AteliersJardinForêt : Parcours territorial, Forêt de Higas
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L’échange détaille surtout le parcours administratif et foncier : point accueil installation, Chambre d’agriculture, DDTM, préfecture, banques, SAFER, et enfin accompagnement par des structures comme Fermes En Vie, qui a permis de débloquer l’accès au foncier. Le projet a aussi contribué à faire émerger une nouvelle catégorie reconnue localement : celle de forêt comestible.
Au-delà du cas concret, la vidéo montre combien l’installation agricole repose sur un ancrage territorial, des partenariats solides, une bonne préparation économique et une forte capacité à naviguer dans le “millefeuille” administratif.Le territoire, portion d'espace appropriée reflète et modèle les activités humaines. Notamment les activités agricoles jusqu'à décider quelle production peut être mise en place sur telle ou telle parcelle. L'agroforêt, système hybride peut à la fois se glisser partout, dissimulé. Au risque de n'apparaître nulle part au grand jour territorial. Force et faiblesse à la fois.
Certains prennent le risque de porter leurs projet au grand jour, y compris sur ce plan. Ce sont aussi ces pionniers bâtissent la place de l'agroforêt dans le territoire actuel. Comme par exemple la Forêt de Higas, dont Yoann Lang, son fondateur, viendra nous raconter le parcours.
Yoann Lang est fondateur de la Forêt de Higas, projet de jardin forêt agricole sur 7ha dans les landes.
Maxime Leloup est chargé de mission développement de l’agroécologie chez Ver de Terre Production. Il a rédigé un mémoire de géographie sur les jardins forêt “Propriété, règles, pouvoir : quelle place pour les agroforêts ?”, l’un de ses thèmes de prédilection.
👉jardinforet@verdeterreprod.fr
En partenariat avec Arbre & Paysage 32.
Présentation de l’épisode
Dans cet épisode des AteliersJardinForêt, consacré au thème du « parcours territorial », l’objectif est de faire un pas de côté par rapport à l’agronomie stricto sensu, afin d’aborder la question du territoire dans lequel s’inscrit une installation agricole.
Le territoire est présenté comme une « portion d’espace approprié », selon une formule empruntée à la géographie. Une citation de Claude Raffestin est mobilisée pour éclairer cette idée : l’espace serait l’enjeu du pouvoir, tandis que le territoire serait le produit du pouvoir. Autrement dit, lorsqu’on souhaite produire dans un cadre agricole, il faut composer avec un ensemble de lois, de règles, de codes juridiques, d’administrations et d’acteurs institutionnels. Cela renvoie à ce qui est souvent appelé en France le « millefeuille administratif ».
L’épisode donne la parole à deux porteurs de projet, Yoann Lang et Franck Ludik, qui présentent leur projet d’installation et racontent leur parcours à travers ces différentes strates administratives et territoriales.
Le projet de la forêt de Higas
Le projet se situe à Estibeaux, dans les Landes, dans le sud-ouest de la France. Il porte le nom de forêt de Higas.
L’ambition est de revoir la conception classique de la production alimentaire pour aller vers un modèle jugé plus environnemental, plus écologique et plus résilient. Le site concerné est un ancien champ de maïs, que les porteurs de projet souhaitent transformer en une grande forêt à but productif.
Le projet comprend plusieurs composantes :
- des zones denses et boisées ;
- des zones de maraîchage ;
- de petites retenues d’eau et un petit ruisseau ;
- un objectif général d’autonomie du lieu ;
- une production alimentaire la plus diversifiée possible.
La diversité de production visée va du maraîchage aux fruits, avec aussi des productions plus atypiques. Il est notamment question d’une verrière photovoltaïque, pensée pour associer production énergétique et production alimentaire. Dans cet espace, il serait envisagé de cultiver du café, du cacao, des bananes, des avocats, des agrumes et d’autres fruits tropicaux.
L’idée est de concentrer sur une même surface une forte diversité de productions afin de répondre à une demande alimentaire locale en limitant au maximum les transports.
Principes agronomiques et techniques annoncés
Le projet repose principalement sur des principes de permaculture et d’agroécologie.
Les porteurs de projet annoncent les choix suivants :
- aucun intrant de synthèse ;
- aucun engrais chimique ;
- aucun pesticide ;
- aucun produit phytosanitaire ;
- un travail exclusivement à partir de variétés anciennes ;
- la reproduction de leurs propres semences.
L’objectif poursuivi est de sélectionner, au fil des années, des variétés de plus en plus acclimatées au contexte local, et donc plus résistantes aux conditions climatiques.
Les porteurs du projet
Le projet est porté à deux :
- Yoann Lang ;
- Franck Ludik.
Yoann Lang explique qu’il n’est pas issu directement d’une famille agricole, mais qu’il a grandi à la campagne, à proximité d’une ferme, au contact du milieu agricole. Il dit avoir passé ses vacances et ses premières saisons d’adolescence dans cet environnement.
Son parcours professionnel est ensuite passé par d’autres domaines :
- tourneur-fraiseur, ce qui lui a donné des compétences mécaniques utiles au projet ;
- travail dans l’informatique, compétence mobilisée pour les dossiers, la gestion et la communication ;
- reconversion progressive vers l’agriculture.
Il explique pratiquer la permaculture depuis plus de quinze ans et avoir consacré environ huit ans de réflexion, d’études, de lectures et d’analyses d’expériences à la maturation du projet. Il mentionne aussi avoir déjà expérimenté de nombreux systèmes de culture sur ses 3000 m² de terrain personnel.
Franck Ludik, de son côté, indique être issu d’un autre parcours, après une carrière en gendarmerie. Désormais retraité, il dit avoir rejoint le projet de Yoann après que celui-ci le lui a présenté. Il exprime une volonté de faire évoluer les pratiques agricoles et de s’éloigner de ce qu’il qualifie d’agriculture industrielle.
Le point de départ foncier
Un élément important du projet est que le terrain visé se trouve autour du domicile de Yoann Lang. Il disposait déjà de 3000 m², et le champ de maïs visé pour l’extension du projet appartenait à un propriétaire prêt à le vendre si les moyens d’acquisition étaient réunis.
Cela a constitué un avantage important, dans la mesure où la question foncière est souvent un obstacle majeur pour les porteurs de projet agricoles.
Premier contact avec l’installation agricole
N’étant pas issu du monde agricole institutionnel et ne maîtrisant pas les démarches administratives, Yoann Lang explique s’être tourné vers le point accueil installation-transmission, en l’occurrence la Chambre d’agriculture des Landes.
Une première réunion d’information collective lui a été proposée. Lors de cette journée, les grandes lignes de l’installation agricole ont été présentées aux participants.
Cette réunion a ensuite été suivie de rendez-vous plus personnalisés avec une conseillère. Un accompagnement payant par la Chambre d’agriculture lui a été proposé. Ne voyant pas alors clairement d’alternative, il a accepté ce suivi, qu’il qualifie rétrospectivement de bon accompagnement.
La demande d’autorisation d’exploiter
Parmi les premières étapes du parcours, il a fallu déposer une demande d’autorisation d’exploiter auprès de la DDTM.
Pour cela, le propriétaire du foncier a signé un document confirmant son accord de principe pour vendre le terrain dans le cadre du projet présenté.
Yoann Lang explique qu’il avait déjà préparé un dossier de présentation conséquent et structuré. Dans la demande, il lui a été conseillé d’insister sur le fait que, même sans statut d’agriculteur au départ, il possédait les compétences nécessaires pour diriger une exploitation agricole, aussi bien sur le terrain que dans les aspects de gestion.
La réponse positive à cette demande d’autorisation d’exploiter est arrivée après un délai d’environ six mois. Ce délai a notamment été affecté par le premier confinement lié au Covid, qui a ralenti l’ensemble des procédures.
Éléments ayant joué en faveur du projet
À la question de savoir ce qui a pu faire pencher la décision en leur faveur, plusieurs éléments sont évoqués :
- la diversité et la complémentarité des compétences entre les deux porteurs de projet ;
- l’expérience antérieure de Yoann Lang comme cotisant solidaire ;
- le fait qu’il avait déjà cultivé, produit et vendu ;
- la capacité à présenter un projet réfléchi, argumenté et documenté.
La question du diplôme et l’acquisition progressive du BPREA
Pour s’installer en tant qu’exploitant agricole et accéder à certains droits, il est normalement nécessaire de disposer d’un diplôme adapté, en particulier le BPREA (brevet professionnel responsable d’exploitation agricole).
Yoann Lang explique qu’il ne souhaitait pas retourner dans un cursus scolaire classique sur une année complète, ce qui lui semblait peu compatible avec la dynamique du projet et avec le calendrier de disponibilité du terrain.
Il a donc demandé une acquisition progressive du BPREA. Cette demande, réalisée avec l’aide de la Chambre d’agriculture, a été adressée à la préfecture. Elle a été acceptée.
Ce dispositif lui donne quatre ans pour valider le diplôme, notamment par la voie de la validation des acquis de l’expérience. L’idée est qu’après plusieurs années d’exploitation effective, l’expérience acquise puisse être reconnue dans le cadre du diplôme, en lien avec un établissement agricole.
Les autres démarches menées en parallèle
Pendant les temps d’attente liés aux réponses administratives, plusieurs chantiers ont avancé en parallèle :
- création d’un site internet ;
- création de pages sur les réseaux sociaux, notamment Facebook et LinkedIn ;
- travail de communication ;
- préparation de présentations de type pitch deck ;
- mise en forme du projet pour des demandes d’aides ou de financements.
Yoann Lang explique qu’il a découvert à cette occasion la nécessité de disposer d’outils de présentation visuels et synthétiques pour convaincre des interlocuteurs extérieurs.
Les soutiens reçus
Plusieurs structures et personnes sont citées comme ayant apporté une aide importante au projet.
Human by Nature
L’association Human by Nature, basée au Pays basque, accompagne des projets éthiques et environnementaux. Elle a apporté un appui important sur :
- les dossiers de présentation ;
- le marketing ;
- la communication ;
- les outils internet ;
- la page LinkedIn.
Selon les porteurs de projet, cette aide a été déterminante.
Digital Venture Company
Cette structure a participé à la création du site internet, de la page Facebook et du profil LinkedIn du projet.
Vue Graines de marketing
Cette structure a été mobilisée pour la communication et surtout pour l’étude de marché. Yoann Lang souligne qu’il avait d’abord tenté de produire lui-même une étude de marché, avant de comprendre, en comparant avec le travail d’une professionnelle, l’écart de qualité et d’impact que cela représente face à des financeurs ou des banquiers.
Alain Gillioz / Forme abondance
Il est présenté comme une personne accompagnant le projet depuis le début, notamment pour la suite du montage financier, la levée de fonds, les appels à projets et les fondations.
Le parcours PPP
Après l’autorisation d’exploiter et l’accord sur l’acquisition progressive du BPREA, les porteurs de projet ont suivi le PPP (plan de professionnalisation personnalisé), sous la forme de trois journées au CFPPA.
Ces journées comprenaient divers intervenants.
Yoann Lang explique cependant qu’il s’y est senti assez seul sur les questions d’agroécologie et de permaculture. Il estime que les contenus proposés étaient surtout orientés vers des modèles agricoles plus conventionnels, évoquant par exemple des formations à l’utilisation de matériels destinés à l’épandage de glyphosate.
Il note néanmoins que certains intervenants, notamment du secteur bancaire, ont pu être utiles.
Le prévisionnel économique et les difficultés de cadrage
À l’issue de ce parcours, un prévisionnel a été construit avec la Chambre d’agriculture. Toutefois, une difficulté majeure est apparue : le projet, jugé atypique, rentrait mal dans les cases habituelles des modèles technico-économiques.
Yoann Lang explique que la conseillère de la Chambre d’agriculture a eu beaucoup de mal à faire entrer le projet dans les cadres existants. Selon lui, il aurait presque fallu déformer la réalité du projet pour le faire correspondre aux catégories administratives ou bancaires, ce qui aurait ensuite pu poser problème en cas de contrôle.
Les relations avec les banques
Le Crédit agricole
Dans un premier temps, le projet a été présenté au Crédit agricole, sur la base du prévisionnel établi avec l’aide de la Chambre d’agriculture.
Un compromis de vente devait être signé. Cependant, la banque a finalement jugé le projet trop atypique et trop risqué pour accorder le prêt demandé.
Le financement recherché portait sur :
- l’achat du foncier, pour un montant total d’environ 72 600 euros avec frais de notaire ;
- un minimum d’outillage ;
- un tracteur ;
- une remorque ;
- du BRF ;
- de la trésorerie ;
- de quoi salarier Franck au démarrage.
Le montant global demandé était d’environ 120 000 euros.
Le Crédit coopératif et France Active
Les porteurs de projet se sont ensuite tournés vers le Crédit coopératif, avec l’idée de s’appuyer sur France Active pour une garantie. Cependant, pour des raisons de montant d’investissement, France Active n’a pas pu se porter caution, et le Crédit coopératif s’est également retiré.
Le recours à FEVE et au groupement foncier agricole
Une nouvelle piste s’est ouverte grâce à Human by Nature, qui a mis l’équipe en relation avec MATA (méthode d’achat de terres agricoles), puis avec FEVE (Fermes en vie).
FEVE est présenté comme une structure visant à accélérer la transition écologique et l’installation agricole. Son rôle est de mettre en relation des agriculteurs ou porteurs de projet avec des investisseurs souhaitant placer leur argent de manière responsable.
Dans ce cas précis, FEVE a permis de réunir en quinze jours les investisseurs nécessaires à l’achat du foncier. La solution retenue a été la création d’un GFA (groupement foncier agricole), qui devient propriétaire du terrain. Les porteurs de projet pourront progressivement racheter les parts par la suite.
Cette solution est présentée comme extrêmement précieuse pour des porteurs de projet ne disposant pas immédiatement des fonds nécessaires.
Il est précisé que FEVE est sélective sur les projets soutenus et qu’elle privilégie des projets cohérents avec une certaine vision de l’agriculture : biodiversité, ressources en eau, production locale, transition écologique.
Le rôle de la Safer
Une fois le montage avec FEVE engagé, il restait à attendre la réponse de la Safer, qui dispose d’un droit de regard sur les transactions agricoles.
Les échanges directs avec la Safer avaient jusque-là été limités. Le projet leur avait été envoyé, sans réponse. FEVE les a ensuite contactés.
La Safer aurait considéré que le foncier était acheté un peu cher, ce qui pourrait poser question. Toutefois, le propriétaire a conservé le terrain en jachère pendant deux années supplémentaires dans l’attente du projet, ce qui explique aussi le contexte de la transaction.
La certification bio
Un contact a également été pris avec Ecocert. Il est expliqué que le champ visé est en jachère depuis sept ans, ce qui, selon l’organisme, ne pose pas de problème particulier pour une certification en agriculture biologique.
Une critique de l’administration et ses effets
À la suite des refus bancaires, Yoann Lang a publié un article sur LinkedIn, au titre explicite : l’administration française freinerait la transition écologique.
Il précise cependant que le problème n’était pas tant les personnes de la Chambre d’agriculture que les cadres administratifs, les outils et les cases existantes, peu adaptés à des projets de ce type.
Cet article a attiré l’attention du président de la Chambre d’agriculture des Landes, qui a proposé un rendez-vous dans les jours suivants.
La création d’une case « forêt comestible »
À la suite de ces échanges, une avancée importante a eu lieu : la création d’une case « forêt comestible » dans les possibilités d’installation agricole reconnues par la Chambre d’agriculture des Landes.
Jusque-là, le projet était rangé dans la catégorie maraîchage, avec les références économiques classiques associées. Or, selon Yoann Lang, la Chambre d’agriculture considérait qu’il fallait environ 12 000 m² pour dégager un SMIC en maraîchage, alors qu’il cite une étude menée par l’Inra et la ferme du Bec Hellouin concluant à la possibilité de dégager un SMIC sur 1000 m².
Ce décalage rendait le projet difficile à défendre dans les cadres habituels.
La nouvelle case « forêt comestible » permettrait davantage de souplesse :
- dans la lecture économique du projet ;
- dans l’implantation spatiale des cultures ;
- dans la reconnaissance de systèmes mêlant arbres, maraîchage et autres productions.
Les porteurs de projet espèrent que cette avancée pourra bénéficier à d’autres projets similaires, dans les Landes puis ailleurs.
Un projet observé « sous microscope »
Les intervenants soulignent que le projet est désormais observé avec attention. Il suscite de l’intérêt, mais aussi des interrogations : beaucoup attendent de voir si cela fonctionnera effectivement.
Les porteurs de projet assument cette position et disent avoir conscience de la pression que cela représente. Ils souhaitent démontrer la viabilité de leur approche.
La question des références techniques et économiques
Un intervenant, Alain, insiste sur l’importance de caractériser précisément ce type de projet avec des indicateurs de résultats et de ne pas rester seulement dans l’intention.
Il interroge notamment :
- la rentabilité réelle ;
- les conditions de production ;
- les besoins en travail ;
- la question des intrants, y compris organiques ;
- les rendements ;
- les conditions permettant réellement de sortir un revenu.
Il rappelle qu’en maraîchage et permaculture, de nombreux projets échouent rapidement, et que les références solides restent rares.
Yoann Lang répond en rappelant :
- ses quinze années de pratique de la permaculture ;
- ses huit années de réflexion et d’expérimentation ;
- ses essais sur 3000 m² ;
- son souci de ne pas se lancer « dans le vide ».
Il précise aussi que son objectif n’est pas de reproduire strictement les chiffres du Bec Hellouin, mais de construire un modèle adapté.
Hypothèses de production et de revenu
Pour viser rapidement un revenu, les porteurs de projet annoncent un démarrage avec près de deux hectares de maraîchage dès la première année.
L’idée est que ce maraîchage intensif de type permaculture assure les premières recettes, en attendant que les arbres et les autres productions plus longues à mettre en place entrent en production.
Ils expliquent aussi que cette première phase sera rendue possible grâce à :
- leur travail propre ;
- des associations venant aider ;
- des chantiers participatifs ;
- des bénévoles motivés par le projet.
Les arbres seraient plantés dans un second temps, également avec l’appui de chantiers participatifs.
Les apports organiques et la biomasse
Le sujet des intrants est abordé, notamment sous l’angle des apports organiques.
Yoann Lang explique que le terrain est presque 100 % argileux et qu’il souhaite reconstruire un sol fonctionnel en amenant de l’humus et en favorisant les échanges argilo-humiques.
Pour cela, il prévoit notamment :
- l’apport de broyat ;
- du compostage sur place ;
- la valorisation de déchets verts issus d’habitants ou d’entreprises locales ;
- un partenariat avec le SIETOM de Chalosse, qui apporte du broyat.
Le broyat est présenté comme une ressource permettant de recréer de la fertilité sur ces terres anciennement cultivées en maïs.
La collecte et l’ouverture des données
Les porteurs de projet souhaitent faire de la forêt de Higas un projet open source.
Il est envisagé de mettre à disposition, via le site internet, une base de données contenant :
- le parcours administratif depuis 2019 ;
- les investissements ;
- les données économiques ;
- les choix de plantation ;
- les importations ;
- les productions ;
- les variétés choisies ;
- les données écologiques.
Il est aussi question de mettre en place un suivi scientifique portant notamment sur :
- l’évolution de la biodiversité ;
- la rétention en eau des sols ;
- la pollution des sols ;
- la pollution de l’eau.
Des partenariats sont en construction avec des structures comme Arbres et nature (association girondine, nom transcrit de manière incertaine) et CDC Biodiversité afin d’organiser ce suivi.
L’objectif affiché est que le projet puisse servir de référence à d’autres porteurs de projet.
Statut juridique envisagé
Le statut prévu pour l’exploitation est celui d’une entreprise en nom propre.
Le terrain serait loué par cette entreprise au GFA.
Matériel, mécanisation et organisation du travail
La mécanisation lourde n’est pas au cœur du projet, surtout du fait de la très grande diversité des cultures et de leur association spatiale.
Yoann Lang indique que :
- les récoltes resteront largement manuelles ;
- la mécanisation de la récolte est jugée impossible dans un système aussi diversifié ;
- un petit tracteur et une remorque sont néanmoins prévus ;
- un vieux tractopelle est déjà disponible pour gérer notamment les végétaux et le compost.
Le projet assume donc une forte intensité de travail humain, avec l’idée qu’il pourrait aussi recréer de l’emploi local plutôt que chercher à tout mécaniser.
À terme, sur sept hectares, l’objectif évoqué est de pouvoir employer huit à dix personnes, avec des métiers variés : apiculteur, myciculteur, arboriste, etc.
Commercialisation et débouchés
Le projet se situe à environ 20 km de Dax et 20 km d’Orthez. Au-delà de ces villes, les porteurs de projet mettent en avant l’existence d’un tissu local intéressé.
Les débouchés identifiés incluent :
- des particuliers ;
- des restaurateurs locaux ;
- une cantine ;
- des collectivités ;
- deux petits Intermarché ;
- un Carrefour contact ;
- un laboratoire cosmétique ;
- un herboriste.
La diversité des productions est présentée comme un levier de valorisation économique, y compris au-delà de l’alimentaire strict.
Les porteurs de projet indiquent également qu’ils n’ont même pas intégré le tourisme à leurs hypothèses principales, alors que le territoire accueille aussi une population touristique importante.
Espèces, variétés et ampleur du projet végétal
À une question sur le contenu précis du projet, Yoann Lang répond qu’il prévoit :
- environ 60 000 arbres, arbustes, buissons et autres plants au total ;
- un minimum de 1000 variétés comestibles implantées en deux ans.
Il précise qu’il s’agit bien de plants très divers, et non de dizaines de milliers de grands arbres identiques.
Pour la partie maraîchère, il évoque environ soixante cultures différentes, avec de nombreuses variétés au sein d’une même espèce, par exemple pour les tomates.
Il souligne également que sur ses 3000 m² actuels, certaines variétés se sont déjà adaptées localement au fil des années, y compris sans traitements.
Production de plants et pépinière
Le projet n’est pas uniquement axé sur la production alimentaire directe.
Même si la priorité des premières années sera d’utiliser les plants pour l’installation du site lui-même, il est prévu à terme de produire aussi des plants, et peut-être des boutures sur commande. Cela permettrait notamment de valoriser les tailles d’arbres.
Trognes et arbres paysans
La question des trognes est également évoquée.
Les porteurs de projet envisagent de conduire certaines espèces de cette manière, notamment :
L’usage visé concerne notamment la production de piquets et de biomasse, dans un esprit d’arbre paysan, proche des pratiques anciennes, sans coupes rases.
Un point de vigilance est cependant rappelé en direct sur le caractère potentiellement très envahissant du robinier faux-acacia, qui doit être manié avec prudence.
Erreurs perçues et conseils pour d’autres porteurs de projet
Interrogé sur ce qu’il referait différemment, Yoann Lang identifie plusieurs points.
Il estime qu’au départ il est allé « au plus vite » en se tournant directement vers les dispositifs institutionnels classiques, faute de connaître les réseaux associatifs susceptibles de l’aider. Avec le recul, il pense qu’il aurait gagné à se rapprocher plus tôt de structures d’accompagnement, d’associations ou de réseaux spécialisés.
Parmi les erreurs ou limites relevées :
- avoir tenté de faire seul son étude de marché ;
- être arrivé au départ « seul avec son projet » face aux institutions ;
- ne pas avoir suffisamment mobilisé d’emblée des relais crédibles ou expérimentés.
Parmi les éléments ayant, au contraire, beaucoup aidé :
- la création du site internet ;
- la communication régulière sur le projet ;
- la constitution d’une communauté de soutien ;
- l’appui de personnes très compétentes sur des sujets précis ;
- l’acceptation de déléguer certains volets à des spécialistes.
Il souligne aussi qu’il a passé huit ans à réfléchir dans son coin et que l’existence de ressources comme celles de Ver de terre production aurait peut-être permis d’accélérer ce cheminement.
Étapes à venir au moment de l’enregistrement
Au moment de l’échange, les prochaines étapes sont les suivantes :
- signer rapidement le compromis ;
- obtenir la décision de la Safer ;
- accéder enfin au terrain ;
- lancer effectivement l’exploitation ;
- préparer les levées de fonds et réponses à appels à projets ;
- planter le maraîchage au plus vite ;
- viser des premières productions à l’automne et en hiver ;
- planter les arbres à partir de la fin de l’automne, selon la météo.
L’objectif est d’atteindre une rentabilité dès l’été suivant, ou le plus rapidement possible.
Structures et personnes remerciées
En fin d’épisode, plusieurs acteurs sont remerciés pour leur soutien :
- Human by Nature ;
- Digital Venture Company ;
- les pépinières Scream (nom transcrit de manière incertaine) ;
- des voisins fournissant plants et boutures ;
- FEVE ;
- Alain Gillioz / Forme abondance ;
- Vue Graines de marketing.
L’équipe remercie également l’ensemble des personnes qui suivent et soutiennent le projet.
Conclusion
L’épisode met en lumière la dimension territoriale, administrative, financière et relationnelle d’une installation agricole atypique.
À travers l’exemple de la forêt de Higas, il montre qu’un projet de forêt comestible ne repose pas seulement sur des choix agronomiques, mais aussi sur :
- la capacité à naviguer dans les cadres administratifs ;
- l’accès au foncier ;
- la construction de références économiques ;
- la communication ;
- l’appui de réseaux ;
- la capacité à convaincre et à documenter.
Le projet est présenté comme une tentative de réarticuler des pratiques inspirées de la paysannerie ancienne avec des enjeux contemporains de biodiversité, d’emploi local, de relocalisation alimentaire et de transition écologique.
Les intervenants concluent en souhaitant au projet de la forêt de Higas deux choses essentielles en agriculture : l’abondance et la prospérité.