Prévenir et soigner les mammites en élevage bovin

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Vache avec mammite gangréneuse


Les mammites constituent la pathologie n°1 en élevages bovins. 40% des vaches en production sont touchées. Elles peuvent engendrer de multiples conséquences néfastes sur l’exploitation :

  • Chute de la production de lait (235 kg de perte moyenne de production de lait par lactation en cas de mammites cliniques).[1]
  • Affaiblissement du système immunitaire.
  • Souffrance de l’animal.
  • Contamination du troupeau.
  • Gaspillage génétique.
  • Réforme/mort de l’animal.
  • Impact économique (en moyenne, pour une mammite clinique, 230€ par vache et par an).
  • Stress, notamment pour l'éleveur.
  • Temps passé à la détection et au traitement.


C’est pourquoi il est indispensable de savoir prévenir, repérer et guérir une mammite.


Qu'est-ce qu'une mammite ?

La mammite est une réaction inflammatoire de la glande mammaire d'origine infectieuse, traumatique ou toxique. C'est une pathologie où la mamelle est infectée par des bactéries qui s’infiltrent par le canal du trayon. Cette infection va provoquer un influx de globules blancs (leucocytes) présents pour lutter contre celle-ci. [2] Trois finalités sont alors possibles :

  • Les globules blancs éliminent les bactéries : la mammite est guérie.
  • Les bactéries parviennent tout de même à s'installer et des symptômes sont alors visibles (infection au niveau de la mamelle et aspect du lait qui peut changer) : c’est une mammite clinique.
  • Si ni les bactéries ni les globules blancs ne prennent le dessus, il n’y aura aucun symptôme visible, uniquement des cellules dans le lait qui peuvent témoigner de l'infection : c’est une mammite subclinique.



Mammites cliniques

Description

Mammites avec symptômes visibles. L’infection se caractérise par l’apparition de signes visibles au niveau du quartier, de la mamelle ou même de l’animal. On peut observer une modification de l’aspect du lait (présence de cailles, de grumeaux…), un ou des quartier(s) gonflé(s), chaud(s), dur(s) ou douloureux et, dans les cas les plus sévères, une atteinte de l’état général de l’animal.

Types

Ces mammites sont dites contagieuses.

Causes possibles

Principalement autour de la salle de traite : machine à traite et techniques de traites.


Mammites subcliniques

Description

Mammites sans symptômes visibles. La vache lutte contre l’infection en produisant des leucocytes dans la mamelle. Seul le comptage cellulaire individuel de chaque vache ou le CMT (California Mastitis Test) permet d’identifier la présence de cette infection.

Types

Ces mammites sont dites environnementales.


Causes possibles

Principalement autour de l’environnement : conditions de logement et période de tarissement.


Les mammites sont des pathologies multifactorielles, c'est à dire que ce sont souvent l'association de plusieurs facteurs non maîtrisés qui augmentent le risque. Les facteurs de risque sont multiples. Il est donc souvent difficile, et pourtant nécessaire, d'identifier la cause de la mammite.


Détection des cas

Dans le cas de la mammite clinique, il faut surveiller visuellement l'état général de l'animal (fiévreux, abattu), palper et examiner la mamelle, vérifier la consistance du lait (présence de grumeaux) et examiner systématiquement les premiers jets de lait.

Pour les deux types de mammites, cliniques ou subcliniques, on peut réaliser :

  • Un CMT / leucocytest / test du Teepol qui permet de compter le nombre de cellules somatiques dans le lait.
  • Un comptage individuel (en laboratoire ou chez un vétérinaire) qui permet de compter les cellules somatiques pour un seul animal.
  • Une conductivité (notamment grâce aux robots de traite) : l'augmentation de la conductivité dans les premiers jets est directement proportionnelle à la gravité de l'infection du pis.


Facteurs de risques : une maladie multifactorielle

Les mammites peuvent s'attraper dans deux types de réservoirs : le réservoir mammaire et le réservoir environnemental.

RéservoirMammites.jpg


Pendant la traite : réservoir mammaire

C'est pendant la traite, et plus exactement dans la salle de traite, que les mammites contagieuses se propagent. Une vache infectée va contaminer l'équipement qui à son tour va contaminer les prochaines vaches.


En dehors de la traite : réservoir environnemental

C'est cette fois-ci l'environnement contaminé, comme la litière ou le bâtiment, qui propagera la maladie.


Traitements préventifs

Si la réactivité est essentielle pour détecter les mammites cliniques et subcliniques, la prévention est primordiale pour éviter les situations difficiles à gérer. Les actions préventives sont plus simples et plus rentables à mettre en place. Deux indicateurs doivent déclencher les traitements préventifs : un taux de mammites supérieur à 20% ou un taux de cellules supérieur à 300 000 cellules/ml. Il est donc essentiel de respecter les bonnes pratiques d’élevage pour éviter les contaminations. Ces bonnes pratiques comprennent notamment la technique et l'hygiène de traite et l'hygiène des bâtiments.[3]



La traite

Hygiène avant la traite

Principales techniques :

  • Lavette individuelle : après chaque traite, nettoyer les lavettes soit à la machine à laver, soit dans un seau d'eau chaude mélangée à de la solution désinfectante. Avoir au moins une lavette par vache.
  • Pré-trempage/pré-moussage et essuyage papier : bien recouvrir toute la surface du trayon, attendre au moins 30 secondes pour laisser le produit humidifier voire décontaminer le trayon avant d'essuyer.
  • Autres :
    • Lingettes pré-imprégnées : plus coûteuses mais plus simples et plus rapides.
    • Douchette : surtout utilisée en cas de trayons sales comme premier lavage.
    • Brosse mécanique : Brosses rotatives permettant d'éliminer mécaniquement les souillures du trayon.
    • Nettoyage à sec : à réserver aux troupeaux avec situation sanitaire maitrisée. Utiliser du papier ou de la laine de bois.


Dans tous les cas, 15 à 20 secondes par trayon sont nécessaires pour un bon nettoyage et favoriser l'éjection du lait. Même si les trayons semblent propres, il est obligatoire de les nettoyer. Peu importe la technique, l'essuyage doit toujours être effectué avec une lavette, lingette ou papier individuels !


Efficacité de lutte contre les germes des différentes techniques[4] + : efficace ; - : peu efficace
Techniques Lutte contre germes à

réservoir environnemental

Lutte contre germes

à réservoir mammaire

Lavettes individuelles ++ -
Pré-trempage/pré-moussage

et essuyage papier

+++ +++
Lingettes pré-imprégnées +++ ++
Douchette ++ -
Brosse mécanique ++ + ou -
Nettoyage à sec ++ -

Le choix entre ces techniques dépend :

  • Des objectifs recherchés pour la qualité du lait.
  • De la fréquence des mammites.
  • De la propreté des animaux.
  • De la simplicité, de la rapidité et du coût de la méthode.


Hygiène après la traite

L'hygiène après la traite à trois objectifs :

  • Détruire les germes présents sur la peau des trayons.
  • Préserver l'état des trayons.
  • Prévenir les contaminations entre traites par les germes d'environnement.


Pour cela, deux techniques : le post-trempage et la pulvérisation. La pulvérisation est plus rapide mais ne permet généralement pas une application sur toute la surface du trayon.

Différents produits sont disponibles avec trois différentes actions selon les situations :

  • La désinfection (acide organique, chlorhexidine...) toute l'année.
  • L'action cosmétique (agents émollients, adoucissants) en cas de lésions ou en préventions de celles-ci l'hiver.
  • L'effet barrière (polymères permettant la formation d'une pellicule) en cas de flambée de mammites à réservoir environnemental.


Hygiène du lieu de traite et du trayeur

Avant la traite
  1. Mouiller les quais avant l'entrée des animaux pour faciliter le nettoyage en fin de traite.
  2. Se laver les mains et les avant-bras avec soin, recouvrir les plaies des mains ou des bras avec un pansement étanche (présence de staphylocoques).
  3. Porter des vêtements de traite lavables et propres.
  4. Éventuellement, porter des gants propres jetables à changer à chaque traite ou se désinfecter les mains avec du gel hydroalcoolique.


Pendant la traite
  1. S'il y a des bouses, les évacuer immédiatement en évitant les projections intempestives, et laver quand le lot de vaches est sorti.
  2. Se laver les mains et les avant-bras si nécessaire.


Après la traite
  1. Racler et laver la salle de traite et les couloirs de retour.
  2. Racler et laver l'aire d'attente afin de moins salir les quais.
  3. Nettoyer en particulier l'extérieur des faisceaux trayeurs, les tuyaux longs à lait, la vaisselle de traite (gobelet de trempage, CMT, couvercle, bidon, etc.), ainsi que les plateaux de lavage.[5] En plus de nettoyer la vaisselle de traite, on veillera à la désinfecter.


L'entretien de la machine à traire

La salle de traite sert en moyenne 4H/jour, soit 1500 heures en moyenne à l'année. Les recommandations sont les suivantes :

  • Quotidiennement, à chaque traite : contrôler les faisceaux trayeurs, s'assurer du fonctionnement de l'installation, observer l'état général des trayons et de la mamelle.
  • Quotidiennement, après chaque traite : nettoyer et désinfecter la machine à traire, surveiller l'hygiène extérieure du matériel de traite.
  • Toutes les semaines : vérifier et si besoin rétablir le niveau d'huile, contrôler l'approvisionnement des systèmes de dosage automatique en produit de nettoyage.
  • Tous les mois : dépoussiérer les orifices d'entrées d'air, nettoyer les filtres pulsateurs et nettoyer les filtres et les grilles du régulateur de vide ainsi que la soupape et son siège.
  • Tous les 6 mois : Entretenir les déposes automatiques et vérifier l'état de tension des courroies.
  • Tous les ans : Remplacer les manchons trayeurs, faire contrôler les déposes par un agent agréé en cas de doute, réaliser le contrôle Optitraite®.[6][7]


Le robot de traite

Avant la traite, les tâches d'hygiène sont globalement automatisées. Une augmentation soudaine des spores butyriques peut indiquer un défaut de nettoyage. Il faut alors augmenter l'intensité de celui-ci. La tonte ou l'épilation thermique de la mamelle est nécessaire pour une pose rapide, et cela permet de maintenir la mamelle propre.

Après la traite, il y a pulvérisation sur les trayons. La désinfection du dispositif de lavage des trayons et des manchons trayeurs est possible selon le modèle du robot. Elle peut être recommandée, en fonction de l’état sanitaire du troupeau.


L’environnement

La ventilation

Un bâtiment mal ventilé favorise la multiplication de certains microbes dont ceux responsables de mammites. Cela est dû à l'accumulation de la chaleur et de l'humidité. Un bâtiment bien ventilé permet donc de prévenir les risques sanitaires.

Il peut être intéressant de faire appel à un conseiller (Eilyps par exemple, qui propose l'analyse de 8 indicateurs et un compte rendu avec les conseils personnalisés) pour être aidé.


L'entretien des litières

Les colibacilles et les streptocoques uberis sont des microbes causant des mammites et vivant dans les litières. L'entretien du couchage des animaux est donc primordial pour éviter les mammites subcliniques.


Entretien d'une aire paillée

Il faut en premier lieu s'assurer que la surface disponible est suffisante (7m² de surface de couchage minimum par vache en lactation et 10 à 12 m² par vache tarie). Ensuite, la propreté de l'aire paillée permet de maintenir les animaux propres. Afin de maintenir une propreté correcte, pailler et racler tous les jours. La quantité de paille optimale est de 1 à 1,2 kg/m². Après curage, multiplier ces chiffres par deux pour reconstituer un matelas suffisant. Si le paillage est plus élevé, il faut adapter la fréquence de curage. En effet, Avec un volume de paille plus important, l'aire paillée va s'oxygéner et monter plus rapidement en température, obligeant un curage plus rapide. Un curage régulier est obligatoire pour maintenir une hygiène dans le bâtiment. Celui-ci doit être réalisé dès que la litière se dégrade (humidification, formation de monticules). Le suivi de la température peut aider à décider de la fréquence de curage. Il faut envisager celui-ci lorsque la température à 10 cm de profondeur de la litière atteint 35°C. Enfin, isoler les vaches en chaleur pour éviter que la litière se dégrade trop rapidement.

Echelles d'hygiène des bovins[8]
Entretien de logettes

Là aussi, il faut pailler et racler tous les jours. En système lisier, utiliser 1kg de paille par vache et par jour. En système fumier, en utiliser 2,5 kg. Si possible, on peut même préférentiellement racler deux fois par jour, voire plus si l'exploitation est équipée d'un racleur mécanique. Penser aussi à utiliser une litière de qualité, stockée à l'abri de l'humidité, dans un bâtiment couvert ou sous une bâche. Une litière présentant des traces de moisissures ne doit pas être utilisée pour les vaches.


L’alimentation et abreuvement

L'alimentation a des effets indirects sur l'apparition des mammites. L'affaiblissement des défenses immunitaires rend plus fragile l'animal à la pression bactérienne. Par exemple, un déséquilibre énergétique en début de lactation peut engendrer une acétonémie qui fragilisera l’animal. Son système immunitaire sera donc moins efficace pour lutter contre les bactéries.

La qualité de l'eau a aussi un impact non négligeable sur la santé du troupeau. Plus précisément la qualité microbiologique impacte la santé du troupeau. Il est recommandé d'analyser au minimum 1 fois par an l'eau. Lors de problèmes de qualité du lait, renouveler l'analyse sur une recherche spécifique.

Ainsi, pour la bonne santé des animaux et donc leur capacité de réaction face aux infections, il est nécessaire de respecter les recommandations classiques au niveau de l'alimentation :

  • Couverture des besoins selon le stade physiologique de l'animal.
  • Equilibre des rations.
  • Transitions alimentaires correctes.

De plus, plusieurs micronutriments comme les vitamines E et A, le ß-carotène, le sélénium ou le fer sont impliqués dans le bon fonctionnement du système immunitaire. Des carences ou des excès de ces micronutriments peuvent ainsi accroître la sensibilité des vaches aux infections mammaires.


La génétique

Chaque éleveur doit définir pour son troupeau un objectif de sélection (comme par exemple diminuer le niveau de cellules) et surtout garder le cap sur plusieurs années. C’est indispensable pour véritablement améliorer le niveau génétique.

Les cellules et les mammites sont aujourd’hui indexées et permettent à l’éleveur d’améliorer son cheptel. Trois index existent :

  • L'index "cellules" ("CEL") basé sur le comptage des cellules somatiques.
  • L'index "mammites cliniques" ("MACL") basé sur les mammites cliniques.
  • L'index "santé de la mamelle" ("STMA"). Ce critère santé de la mamelle est un outil essentiel pour le choix des femelles de renouvellement car l'éleveur peut connaître très tôt sa valeur pour son veau grâce au génotypage.


Traitements curatifs

Avant toute chose, il faut identifier la bactérie responsable des mammites. Les analyses bactériologiques doivent être effectuées de manière régulière. En effet le profil épidémiologique peut varier selon la saison, la période de vêlage, les trayeurs...Quand la bactérie est connue, il faut prendre rendez-vous avec son vétérinaire pour faire le point sur les traitements utilisés en lactation et au tarissement. Il faut en effet distinguer ces deux traitements.


Traitement des mammites en lactation

En partenariat avec le vétérinaire, un bilan sanitaire est réalisé une fois par an et permet d'établir un protocole de soins pour l'élevage. Le protocole de soin définit les types de pathologie de l'élevage et les traitements associés. En fonction de l'évolution des pathologies dans l'année,  il est conseillé de le réactualiser avec votre vétérinaire.


Traitements des mammites au tarissement

Ils visent à assainir les vaches leucocytaires ou mammiteuses, nouvelles, douteuses ou infectées chroniques dans le cadre du protocole de soin.

Les traitements seront suivis par trimestre afin d’affiner l’efficacité des protocoles mis en place. Pour éviter la baisse d'efficacité des antibiotiques, leur utilisation doit être encadrée : recours limité, respect des prescriptions vétérinaires, choix des molécules...

D’autres méthodes alternatives se développent comme les huiles essentielles, l’homéopathie ou l’acupuncture.

Le mieux est de réaliser annuellement des remises à niveau, afin de connaître les dernières évolutions, d’affiner le protocole, de revalider leur méthode de travail.


Demandez conseil à votre intervenant en élevage

Quel que soit le problème (flambée de mammites cliniques ou augmentation des cellules), il est toujours utile de faire appel à un conseiller.

L'objectif est d'agir avant que la situation ne devienne dramatique et impactante financièrement.

Un expert en qualité du lait, évaluera la situation de départ pour vous accompagner.  Lors de rencontres sur votre site, il vous proposera des solutions adaptées et personnalisées, avec un suivi pour évaluer les résultats suite aux interventions. 

Pour un maximum de précision, l’enregistrement des données de l'élevage (mammites cliniques, comptages individuels...) permet d’avoir une vue globale et d’optimiser les conseils et les futurs résultats.



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Cette page a été rédigée en partenariat avec Breeder Connect

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Annexes


Sources

  1. Les mammites j'anticipe, Chiffres clés : https://les-mammites-j-anticipe.com/informations/chiffres-cles/
  2. Les mammites j'anticipe - qu'est-ce qu'une mammite : https://les-mammites-j-anticipe.com/informations/qu-est-ce-qu-une-mammite/
  3. Les mammites j'anticipe, les habitudes anti-mammites : https://les-mammites-j-anticipe.com/boite-a-outils/habitudes-anti-mammites/
  4. Les mammites j'anticipe, Hygiène avant la traite : https://les-mammites-j-anticipe.com/wp-content/uploads/2015/07/2-Hygiene-av-traite.pdf
  5. Les mammites j'anticipe, Hygiène du lieu de traite et du trayeur : https://les-mammites-j-anticipe.com/wp-content/uploads/2015/07/5-hygiene-lieu-traite.pdf
  6. Agriculteur Normand, Une machine contrôlée et sécurisée pour un lait de bonne qualité :https://www.agriculteur-normand.com/une-machine-controlee-et-securisee-pour-un-lait-de-bonne-qualite
  7. Les mammites j'anticipe, l'entretien de la machine à traire : https://les-mammites-j-anticipe.com/wp-content/uploads/2015/07/8-machine-a-traire.pdf
  8. Eilyps : https://www.eilyps.fr/
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