Partie 4 : Agroforesterie

De Triple Performance
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Dans cette partie consacrée à l’agroforesterie, François Mulet invite à prendre du recul face à l’engouement actuel pour ce modèle. Selon lui, beaucoup d’essais ont été très médiatisés, mais leurs résultats concrets restent souvent décevants. Son retour d’expérience est clair : en concurrence directe, l’arbre domine largement le légume, notamment pour l’eau, la fertilité et la lumière. Il illustre cela avec un essai mené autour d’un noyer : malgré de bons débuts, les tomates ont rapidement souffert de la concurrence racinaire, jusqu’à ce que l’arbre soit supprimé, ce qui a fortement relancé les rendements. Il estime donc que l’agroforesterie maraîchère reste possible surtout au printemps ou à l’automne, quand l’eau est disponible. Pour réussir, il recommande de limiter la concurrence des racines, éventuellement par sous-solage, et de préserver suffisamment de lumière, même si certaines expériences laissent penser que certains légumes tolèrent assez bien l’ombrage.

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Résumé
Dans cette partie consacrée à l’agroforesterie, François Mulet invite à prendre du recul face à l’engouement actuel pour ce modèle. Selon lui, beaucoup d’essais ont été très médiatisés, mais leurs résultats concrets restent souvent décevants. Son retour d’expérience est clair : en concurrence directe, l’arbre domine largement le légume, notamment pour l’eau, la fertilité et la lumière. Il illustre cela avec un essai mené autour d’un noyer : malgré de bons débuts, les tomates ont rapidement souffert de la concurrence racinaire, jusqu’à ce que l’arbre soit supprimé, ce qui a fortement relancé les rendements. Il estime donc que l’agroforesterie maraîchère reste possible surtout au printemps ou à l’automne, quand l’eau est disponible. Pour réussir, il recommande de limiter la concurrence des racines, éventuellement par sous-solage, et de préserver suffisamment de lumière, même si certaines expériences laissent penser que certains légumes tolèrent assez bien l’ombrage.


Mise en garde sur l’agroforesterie

François Mulet propose ici une aparté sur l’agroforesterie, en rappelant qu’il s’agit d’un sujet très à la mode, mais sur lequel il faut rester prudent. Il invite à se méfier d’un certain nombre d’expérimentations très médiatisées, dont on a beaucoup parlé au départ, mais dont les résultats finaux ont parfois été beaucoup moins commentés.

Selon lui, il existe de nombreux essais lancés « à grand bruit », puis abandonnés dans le discours public lorsque les résultats se sont révélés décevants. Son idée générale est simple : entre un arbre et une salade, c’est l’arbre qui gagne. L’arbre est plus fort, notamment sur :

  • la concurrence pour l’eau ;
  • la concurrence pour la fertilité ;
  • la concurrence racinaire de manière générale.

Exemple d’un essai avec un noyer

Pour illustrer cela, il raconte un essai mené sur une parcelle où se trouvait un petit noyer au milieu, déjà assez conséquent. Comme il n’était pas souhaité de couper cet arbre, trois serres avaient été construites autour.

La première année, tout s’est bien passé. Les cultures poussaient bien et tout le monde était satisfait. Il précise que, dans ces serres, de gros intrants avaient été apportés : paillages, irrigation, et autres moyens favorisant la culture. Dans ces conditions, les légumes se développaient correctement.

Mais dès la deuxième année, des signes de problème sont apparus : sur les bords des serres, les tomates ont commencé à jaunir. La troisième année, le phénomène s’était aggravé : sur environ trois mètres, toutes les tomates étaient jaunes.

L’hypothèse s’est alors imposée : le noyer avait probablement développé son système racinaire sous les serres. Un sous-solage a été réalisé pour couper les racines, et la situation est revenue à la normale. Cela a permis de comprendre que la concurrence souterraine posait un problème majeur.

Cependant, le noyer repoussait chaque année ses racines sous les serres, ce qui obligeait à recommencer. Finalement, l’arbre a été coupé. François Mulet explique alors que les cultures des quatre années suivantes ont été sans comparaison : les rendements ou le développement étaient environ trois fois supérieurs à ceux des années précédentes.

La domination de l’arbre sur les légumes

L’enseignement tiré de cette expérience est que l’arbre développe un système racinaire puissant, capte la fertilité, et domine largement les cultures potagères. Il est plus fort que la tomate, plus fort que la salade, et plus fort que les autres légumes en situation de concurrence.

Il ne dit pas que faire du légume en agroforesterie est impossible, mais il souligne que cela ne fonctionne pas de manière régulière toute l’année. D’après son expérience, les légumes peuvent à peu près pousser :

  • au printemps ;
  • à l’automne ;

c’est-à-dire surtout quand les sols sont bien pourvus en eau. En revanche, pendant l’été, la concurrence hydrique devient trop forte.

Exemple de la rhubarbe

Il donne aussi l’exemple de la rhubarbe. Lorsqu’elle était cultivée dans des endroits où il existait une certaine concurrence avec les arbres, il n’y avait qu’une récolte de printemps et une récolte d’automne.

À partir du moment où la rhubarbe a été installée seule, sans concurrence avec des arbres, elle a produit toute l’année de façon spectaculaire. Il indique que le rendement a été multiplié par six.

Cet exemple renforce l’idée que la concurrence avec l’arbre limite très fortement la productivité des cultures légumières.

Les limites de l’agroforesterie pour les légumes

François Mulet insiste particulièrement sur le fait que cette limite vaut encore plus pour les légumes modernes, qu’il décrit comme des légumes très sélectionnés, donc en quelque sorte « super feignants ». Autrement dit, ce sont des plantes cultivées très exigeantes, peu aptes à supporter une concurrence forte.

Dans ce cadre, il estime qu’il est possible de faire une série de salades au printemps entre des arbres. Cela peut fonctionner. Mais pour des cultures d’été, il considère qu’il faut oublier, car :

  • la minéralisation est un peu plus faible ;
  • la concurrence pour l’eau devient fatale.

Il appelle donc à la prudence face à la littérature sur le sujet, rappelant une nouvelle fois qu’il y a beaucoup d’expériences dont on a parlé au début, mais dont on n’a plus parlé ensuite parce qu’elles n’avaient rien donné d’intéressant.

Le cas particulier des systèmes avec travail du sol

Il souligne aussi qu’un certain nombre d’expérimentations en agroforesterie sont conduites dans des systèmes où le sol est travaillé. Dans ce cas, les racines sont coupées ou perturbées, ce qui change fortement la situation.

Selon lui, une des solutions qui peut permettre d’avoir des lignes d’arbres relativement rapprochées avec du légume entre les rangs consiste à sous-soler chaque année pour couper les racines des arbres. Le principe est simple : il faut empêcher les racines des arbres d’entrer en concurrence avec celles des légumes.

Sans cette maîtrise de la concurrence racinaire, l’arbre prend le dessus.

La question de la lumière

Même si la concurrence racinaire est centrale, il rappelle qu’à un moment donné se pose aussi la question de la concurrence foliaire, donc de l’ombre. Si les arbres sont trop denses, il ne reste plus assez de lumière pour les légumes. Il faut donc laisser un éclairement suffisant.

Ses recommandations principales sont donc les suivantes :

  • empêcher la concurrence racinaire ;
  • éviter que les légumes soient trop fortement ombragés ;
  • conserver suffisamment de lumière pour permettre leur développement.

Des pistes encore à explorer

Il ajoute néanmoins qu’il y a encore des choses à travailler pour l’avenir. Il ne sait pas encore si l’on parviendra un jour à bien faire fonctionner ce type de systèmes, mais il évoque une piste intéressante : la plupart des légumes ne sont pas, en réalité, des plantes de pleine lumière.

Globalement, ils reçoivent parfois trop de lumière et ne sont pas capables de l’utiliser entièrement. Ils peuvent donc pousser relativement bien à l’ombre. Dans des systèmes assez ombragés, il serait peut-être possible d’obtenir des légumes se développant un peu plus lentement, mais peut-être de manière plus équilibrée. Cela reste pour lui une question ouverte.

Un exemple intrigant

Pour finir, il mentionne quelques expériences qui l’ont marqué. Il cite notamment le Jardin des fraternités ouvrières, dans une sorte de forêt fruitière, où un chou-fleur de 12 kg aurait été produit.

Cet exemple lui semble montrer qu’il existe peut-être encore des choses à comprendre et à expérimenter sur les liens entre ombrage, équilibre de croissance et production légumière. Toutefois, cela ne remet pas en cause son message principal : dans la plupart des cas, en situation de concurrence directe, c’est l’arbre qui est le plus fort.