POMMES DE TERRES, compaction, non labour, rendements, avec Philippe DOLO
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Philippe DOLO est agronome expérimentateur chez Bretagne plant. Reconnu unanimement pour son expertise et son sérieux scientifique, il vient ici nous faire un compte rendu bref d'une carrière d'essais sur le sujet de la pomme de terre
Contexte et enjeux de la production de pommes de terre en Bretagne
La production de plants de pommes de terre en Bretagne représente 7 400 hectares pour un volume d'environ 210 000 tonnes, dont deux tiers sont destinés à l'exportation, principalement vers les pays méditerranéens et l'Europe du Sud.
Les sols bretons présentent des caractéristiques spécifiques :
- Textures : Dominance de limons (50 à 75 %) avec une faible teneur en argile (10-15 %), ce qui peut poser des problèmes de battance et de structure.
- Matières organiques (MO) : Les taux sont globalement élevés (plus de 98 % des parcelles dépassent 2,6 %). Toutefois, la biomasse microbienne est souvent insuffisante par rapport à ces taux, et la minéralisation du carbone est faible sur une grande majorité des parcelles, traduisant une [[matière organique]] peu fonctionnelle.
- Azote : Le potentiel de minéralisation est très variable d'une parcelle à l'autre (de 90 à 250 unités/ha), soulignant une grande disparité dans l'autofertilité des sols.
- Structure : On observe fréquemment des problèmes de compaction en profondeur, limitant le développement racinaire malgré des sous-sols favorables.
Itinéraire technique et défis actuels
La technique majoritaire (95 % des surfaces) repose sur le labour suivi d'un billonnage et d'un tamisage. Cette méthode, bien qu'agressive, permet d'obtenir des plants de haute qualité en éliminant les cailloux. Cependant, les agriculteurs font face à des défis croissants :
- Orages et pluviométrie : L'augmentation de l'intensité des pluies au printemps et en automne accroît les risques de battance, de reprise en masse, d'hydromorphie et d'érosion.
- Bilan humique : La culture de la pomme de terre est très déficitaire en carbone, ce qui réduit l'activité biologique.
Stratégies d'agroécologie : vers le non-labour
Pour pallier ces difficultés, Philippe Dolo et son équipe travaillent sur des méthodes de conservation des sols :
- Couverture végétale longue : L'objectif est d'atteindre 85 à 90 % de "jours racines" en optimisant les couverts végétaux.
- Réduction du travail du sol : Substitution du labour par de la fissuration automnale et réduction des passages d'outils rotatifs.
- Gestion des couverts : Le choix des espèces est crucial pour éviter les couverts trop ligneux qui pénaliseraient le tamisage. Il est recommandé de fertiliser les couverts (40 unités d'azote) pour maximiser la biomasse, surtout dans les parcelles à faible reliquat.
Résultats sur les couverts végétaux
- Impact du roulage et profondeur : Le roulage et une profondeur de semis importante peuvent nuire à la levée sur des terres limoneuses qui se referment rapidement. La stratégie doit être adaptée au contexte hydrique.
- Restitution d'azote : La minéralisation des couverts peut fournir entre 20 et 100 unités d'azote à la culture de pomme de terre. Le timing de destruction (destruction tardive début mars) permet de mieux caler la minéralisation sur les besoins de la culture.
- Biomasse et minéraux : L'apport de 40 unités d'azote sur le couvert permet de multiplier par 1,5 la quantité de minéraux recyclés (azote, potasse, soufre).
Innovations : paillage et buts d'automne
- Buts d'automne : Cette technique consiste à préparer les buttes à l'automne pour éviter le travail du sol au printemps, période où les risques de compaction sont plus élevés. Les résultats de rendement sont équivalents au classique.
- Paillage (paille de blé) : L'épandage de 5 tonnes/ha de paille permet de maintenir la porosité des sols, de limiter l'évaporation et de réduire les contaminations virales en perturbant le comportement visuel des pucerons vecteurs.
Gestion des bio-agresseurs
- Rhizoctone : Les couverts végétaux multiespèces ont un effet globalement positif sur la réduction de la sclérotisation du rhizoctone par rapport aux mono-espèces.
- Taupins : Contrairement aux idées reçues, les couverts multiespèces n'augmentent pas nécessairement les attaques de taupins. Les observations tendent même à montrer une légère réduction des dégâts, bien que les résultats restent complexes à valider statistiquement.
Conclusion : les clés du succès
Le travail présenté par Philippe Dolo insiste sur l'importance de considérer le couvert végétal comme une véritable culture, nécessitant un itinéraire technique réfléchi (fissuration, semis, fertilisation). La réussite dépend étroitement de la typologie du sol et du contexte climatique local. Il n'existe pas de recette universelle, mais plutôt une nécessité d'ajuster les doses de fumure (notamment potassique et azotée) en fonction des apports réels des couverts et de l'état biologique du sol.