Olivier Husson 7/7 : Redox-pH et santé des animaux
![]()
Captation réalisée dans le cadre d’une formation d’Olivier Husson en février 2022 à Châteauneuf-du-Pape.
Captation et montage vidéo réalisé par : Charlotte Brunier et Romain Mercieux.
Découvrez sur la Chaine Youtube l'Alternative un condensé de la formation d'Olivier Husson !
Conférence d’Olivier Husson : https://youtu.be/pq_Yua7Fnas
Lien de la chaîne : https://www.youtube.com/channel/UCYDa7tXvpKOTB2XxnqaaqvQ
Analogie électrique des milieux vivants et santé animale
Dans cette intervention, Olivier Husson prolonge l’analogie entre les milieux vivants et un système électrique en l’appliquant aux animaux. Il explique que cette approche n’est pas nouvelle : des travaux ont déjà mesuré la résistance électrique d’animaux comme les vaches, les cochons, les moutons ou les volailles.
L’idée générale est que le corps de l’animal conduit plus ou moins bien le courant selon sa résistance. Par exemple, une vache présente une résistance électrique relativement faible, de l’ordre de 500 ohms, ce qui la rend plus sensible aux courants parasites. À l’inverse, certains animaux comme la dinde sont davantage isolés et donc moins sensibles.
Cette sensibilité électrique dépend aussi de la façon dont le courant traverse l’animal, par exemple entre la bouche et les sabots, ou entre deux pattes.
Effets des courants électriques sur les vaches
Olivier Husson rapporte des observations connues depuis longtemps sur les effets de très faibles courants électriques chez les bovins.
Quand il y a plus de 2 milliampères entre la bouche et les sabots, c’est-à-dire typiquement entre l’abreuvoir et le sol, la vache commence à moins boire, ou à boire de façon moins régulière. Avec une résistance de l’ordre de 500 ohms, cela correspond à des tensions très faibles, mais qui suffisent pourtant à modifier le comportement.
À partir d’environ 3 milliampères, la gêne devient plus nette. Au-delà de 6 milliampères, la vache ne boit pratiquement plus : elle reçoit en quelque sorte une décharge au moment où elle boit.
Un signe visible est la modification de son comportement d’abreuvement : au lieu d’aspirer l’eau normalement, elle lape un peu « comme un chien ». Cela donne déjà une indication que quelque chose ne va pas sur le plan électrique.
Olivier Husson mentionne aussi qu’un courant de 1 milliampère entre les deux pattes droites peut augmenter le rythme cardiaque de 25 %. Cela illustre à quel point de très faibles intensités peuvent avoir des effets physiologiques importants.
Le champ électrique naturel de la Terre
L’intervention rappelle qu’il existe naturellement un champ électrique terrestre, de l’ordre de 100 volts par mètre. Ce champ varie rapidement et participe notamment aux phénomènes orageux.
Un organisme vivant placé dans ce champ, qu’il s’agisse d’un humain, d’un animal ou d’un arbre, en modifie localement la distribution. Il y a donc une déformation du champ autour des êtres vivants.
Olivier Husson souligne aussi qu’il existe des fluctuations journalières de ce champ électrique, observées à l’échelle planétaire, avec des variations synchrones mesurées dans différentes régions du monde. Ces phénomènes ont été étudiés par de nombreuses campagnes de mesure.
L’idée importante ici est que les organismes vivants ne sont pas isolés d’un point de vue électrique : ils s’inscrivent dans un environnement électrochimique global, et leurs propriétés électriques influencent leur fonctionnement.
Résistance électrique des animaux et influence de l’environnement
La résistance électrique d’un animal varie selon plusieurs facteurs :
- l’espèce ;
- l’âge ;
- l’humidité du sol ;
- les conditions de contact avec le sol.
Olivier Husson cite par exemple des données sur le porc montrant que sa résistance diminue avec l’âge. De plus, un sol mouillé ne conduit pas comme un sol sec, ce qui modifie encore les courants réellement subis par l’animal.
Cela permet de comprendre pourquoi certaines situations d’élevage peuvent devenir problématiques, même avec de très faibles tensions.
De l’équilibre du sol à l’équilibre de l’animal
Olivier Husson fait ensuite le parallèle avec le raisonnement déjà présenté pour les sols et les plantes :
- un sol déséquilibré produit des plantes déséquilibrées ;
- des plantes déséquilibrées favorisent ravageurs et maladies ;
- de la même manière, une alimentation déséquilibrée conduit à des animaux déséquilibrés ;
- des animaux déséquilibrés deviennent plus sensibles aux maladies.
Chez les ruminants, l’équivalent du sol est en quelque sorte le contenu du rumen. Ce que l’on donne à manger à la vache structure donc directement son milieu intérieur.
L’eau joue également un rôle majeur. Une vache boit en moyenne autour de 100 litres d’eau par jour. La qualité de cette eau, et pas seulement sa quantité, a donc un impact considérable sur son équilibre.
Liens entre sol, herbe et santé animale
Olivier Husson évoque des travaux anciens reliant explicitement le sol, l’herbe et la santé des animaux. Il cite notamment un directeur de l’École vétérinaire de Maisons-Alfort, auteur d’un ouvrage intitulé Sol, herbe, cancer, qui faisait le lien entre l’état du sol, la qualité de l’herbe produite et certaines pathologies animales.
Il mentionne aussi André Voisin, très connu pour ses travaux sur les pâturages et sur les relations entre fertilité du sol, fertilité des animaux et santé. Selon cette approche :
- la fertilité de l’animal dépend de la fertilité du sol ;
- des déséquilibres minéraux du sol se retrouvent dans l’herbe puis dans l’animal ;
- certaines carences, comme celles en cuivre, peuvent être liées aux pratiques de fertilisation ;
- ces déséquilibres peuvent conduire à des troubles métaboliques, à des problèmes de reproduction ou à des maladies.
Il cite également des liens proposés entre déséquilibres du sol et troubles comme la tétanie d’herbage, les thromboses, les dysfonctionnements thyroïdiens ou la météorisation.
Phytotoxines, champignons et redox
Une autre partie importante concerne les toxines produites dans les plantes ou sur les aliments par des champignons pathogènes. Olivier Husson explique que ces phénomènes sont liés à des états de déséquilibre redox.
Parmi les exemples cités :
- les fusarioses ;
- les charbons ;
- les aflatoxines produites par Aspergillus parasiticus ;
- d’autres toxines associées à des champignons de stockage ou de dégradation.
Selon lui, beaucoup de ces phénomènes correspondent à des réactions de sur-oxydation ou à des dérèglements du métabolisme oxydatif. Certaines toxines provoquent ensuite chez l’animal :
- du stress oxydatif ;
- des liaisons covalentes sur l’ADN ;
- des effets néphrotoxiques ;
- des effets mutagènes ;
- des effets cancérigènes.
Les saponines sont également mentionnées comme métabolites secondaires produits par les plantes en protection contre certains champignons.
Mesures dans le rumen : pH, redox et alimentation
Olivier Husson insiste sur l’intérêt de mesurer non seulement le pH du rumen, mais aussi le potentiel redox. Il cite ici les travaux du groupe Lesaffre, spécialiste des levures, qui dispose notamment de dispositifs expérimentaux permettant de simuler le rumen et d’en faire varier les paramètres.
Lorsque l’on passe d’une alimentation riche en fibres à une alimentation très riche en amidon, on observe bien une chute du pH, pouvant conduire à l’acidose. Mais ce qui est particulièrement intéressant est que le redox révèle la manière dont l’animal tente de compenser.
Tant que la vache peut encore maintenir le pH dans une zone compatible avec le fonctionnement du rumen, elle active des mécanismes de régulation, notamment via des pompes à protons. Autrement dit, si l’on regarde seulement le pH, on peut croire que la situation est stabilisée ; mais si l’on regarde le redox, on voit que l’animal est en train de s’oxyder et de mobiliser de l’énergie pour maintenir cet équilibre apparent.
Ainsi, le potentiel redox donne accès à une information complémentaire et souvent plus précoce que le seul pH.
Effet des concentrés sur l’équilibre du rumen
Lorsque la ration contient peu de concentrés, le rumen est dans un état plus réduit, compatible avec une bonne digestion de la cellulose. Plus la proportion de concentrés augmente, plus le milieu s’oxyde.
Cela modifie profondément l’écosystème microbien du rumen. Or nourrir une vache, c’est d’abord nourrir son microbiote.
Le rumen contient en effet une très grande diversité de micro-organismes :
- environ 500 espèces de bactéries ;
- de l’ordre de 10^10 à 10^11 cellules par gramme ;
- une trentaine d’espèces de champignons anaérobies ;
- des protozoaires ;
- des archées, notamment celles impliquées dans la production de méthane.
Selon l’état redox du rumen, certaines populations microbiennes sont favorisées et d’autres pénalisées. On retrouve là encore un fonctionnement écologique analogue à celui d’un sol.
Méthane, protozoaires et biochar
Le potentiel redox du rumen est aussi lié aux émissions de méthane. Lorsque le milieu devient trop réducteur, les archées méthanogènes sont favorisées.
Olivier Husson mentionne qu’en Suisse, certains essais consistent à distribuer du biochar dans l’alimentation des vaches pour éviter de descendre trop bas en redox. L’idée serait de limiter ainsi certaines conditions favorables à la production de méthane.
À l’inverse, dès que le milieu s’oxyde un peu trop, ce sont d’autres groupes du microbiote, notamment les protozoaires, qui sont perturbés.
Le point central est donc qu’il existe une zone d’équilibre à rechercher, et que cet équilibre dépend directement de la ration.
Influence de l’alimentation sur les flores du rumen
L’intervention souligne que les flores microbiennes changent fortement selon la nature de la ration, par exemple entre une alimentation riche en sucres solubles et une autre moins riche. Ces variations peuvent entraîner des différences importantes de potentiel redox, de l’ordre de plusieurs dizaines de millivolts.
Cela a des conséquences sur :
- le pH du rumen ;
- la structure des populations microbiennes ;
- la digestion ;
- la santé générale de l’animal.
Les éleveurs et techniciens qui ont accumulé des références sur ces mesures retrouvent souvent des résultats cohérents : une herbe équilibrée, ou une ration bien construite à base de graminées, se situe dans une zone d’équilibre redox et de conductivité favorable, que l’on retrouve ensuite dans le lait, dans le veau, et même dans les déjections.
La bouse de vache comme produit de transformation très particulier
Olivier Husson insiste sur les caractéristiques très particulières de la bouse de vache : un pH autour de 6,5 et un redox proche de 0. Elle correspond ainsi à une matière organique transformée dans un état très réduit et proche de la neutralité.
Selon lui, cela explique sans doute en partie pourquoi les systèmes avec animaux contribuent puissamment à restaurer les sols. Cette matière organique est en effet très différente de celle produite dans des systèmes sans élevage.
Il ajoute que les processus d’humification dépendent aussi de la disponibilité en oligo-éléments. Or les éleveurs complémentent souvent leurs animaux en minéraux et oligo-éléments, par exemple avec des blocs à lécher. Une partie de ces éléments se retrouve ensuite dans les déjections, ce qui peut améliorer les processus biologiques dans le sol après retour des effluents.
Pâturage, concentrés et qualité des apports
Les références accumulées montrent de fortes différences entre :
- une alimentation au pâturage ;
- une alimentation concentrée ;
- et, même au sein du pâturage, des prairies de qualité très variable.
Il n’y a « pas photo » entre pâturage et alimentation fortement concentrée sur le plan de l’équilibre du milieu interne de l’animal. De façon générale, Olivier Husson considère que l’herbe et le foin restent préférables à l’ensilage, même si un ensilage bien réalisé peut être correct.
Ensilage de maïs et dérives oxydatives
L’ensilage de maïs est présenté comme un point critique. S’il est mal réalisé, il peut partir dans des états d’oxydation très élevés, avec des valeurs pouvant monter très haut, alors que le principe même de l’ensilage est normalement de conserver en conditions réductrices.
Quand l’ensilage dérive, cela perturbe fortement l’animal. Les techniciens qui pratiquent ces mesures commencent alors par examiner l’eau d’abreuvement, puis les pâturages, puis les champs de maïs, les pratiques d’ensilage et la qualité réelle de la ration.
Les conséquences observées sont multiples :
- l’animal boit davantage pour tenter de corriger certains déséquilibres ;
- il modifie son métabolisme pour rééquilibrer son milieu intérieur ;
- cette correction mobilise de l’énergie ;
- il produit donc moins de lait ;
- les jeunes croissent moins bien ;
- la fécondité diminue.
Intérêt pratique des mesures redox en élevage
Pour Olivier Husson, ces mesures commencent à être utilisées concrètement sur les fermes. Des vétérinaires ou techniciens s’en servent pour regarder :
- les champs électriques parasites ;
- la qualité de l’eau ;
- l’état des pâturages ;
- la qualité des fourrages et des ensilages ;
- les déséquilibres du rumen ;
- les liens avec les maladies observées.
L’intérêt est de ne plus raisonner uniquement à partir de symptômes visibles, mais de disposer d’indicateurs du fonctionnement profond du système.
Exemple en aquaculture : l’importance de savoir où l’on se situe
En fin d’intervention, Olivier Husson donne un exemple en aquaculture, sur différents stades larvaires de crevettes. Chaque stade correspond à une zone cible sur un diagramme pH-redox.
Dans un cas, l’ajout d’algues dans l’eau permet de corriger la situation en réoxydant le milieu grâce à la photosynthèse. Dans un autre cas, faire la même chose serait une erreur et aggraverait le problème.
La leçon qu’il en tire est simple : sans mesure, on est « aveugle ». Une même pratique peut être bénéfique ou nuisible selon l’état initial du système.
Il donne aussi l’exemple de grands bassins aquacoles où l’on peut corriger l’état redox en renouvelant l’eau soit par le haut, soit par le bas, selon la situation du moment. Là encore, sans mesure, il est impossible de savoir quelle action mener.
Pourquoi ces approches ont été peu utilisées jusqu’ici
Olivier Husson avance plusieurs explications au fait que ces paramètres aient été peu mobilisés jusqu’à récemment :
- dans les sols, on a longtemps compensé les pertes de matière organique par des apports augmentant la conductivité électrique, ce qui a masqué une partie des problèmes ;
- dans les plantes, les avancées sur ces questions sont relativement récentes, notamment en physiologie et en pathologie ;
- surtout, ces mesures sont techniquement difficiles à réaliser correctement, car elles sont très sensibles aux perturbations spatiales, temporelles et électromagnétiques.
De nombreuses mesures ont sans doute été faites dans le passé sans maîtrise suffisante de ces perturbations, ce qui a produit des résultats peu fiables.
Il conclut en soulignant que de nouveaux outils, notamment spectroscopiques, permettent maintenant d’avancer plus solidement sur ces questions, en limitant certaines perturbations liées aux dispositifs de mesure classiques.
Conclusion
L’exposé montre que la santé animale peut être relue à travers les équilibres électrochimiques des milieux vivants. Les faibles courants électriques, la qualité de l’eau, la composition des rations, l’état redox du rumen, les toxines fongiques, ou encore la qualité des fourrages et des ensilages participent d’un même cadre d’analyse.
L’idée centrale d’Olivier Husson est que l’on ne peut pas comprendre durablement la santé des animaux sans relier :
- le sol ;
- la plante ;
- l’aliment ;
- le microbiote ;
- et le métabolisme de l’animal.
Le redox et le pH deviennent alors des indicateurs clés pour diagnostiquer les déséquilibres et piloter les systèmes d’élevage vers de meilleurs états de santé.