Le manuel pratique du semis direct à Madagascar, Olivier Husson
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Cette intervention a eu lieu dans le cadre du colloque d'hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier.
Pour retrouver la vidéo du colloque dans son entièreté : https://www.youtube.com/watch?v=o0Y3qdaK1uk
Diffusion du manuel et intérêt suscité
Le manuel pratique du semis direct à Madagascar a été très largement diffusé. Olivier Husson indique qu’il a probablement été téléchargé entre 50 000 et 100 000 fois, et sans doute plus près de 100 000. Il est présent sur de nombreux sites, ce qui rend le suivi précis difficile.
Cette diffusion importante montre l’intérêt suscité par ce travail. Le manuel est aussi fréquemment repris et cité, parfois sans référence explicite, notamment pour ses schémas et graphiques devenus très reconnaissables. Ces visuels circulent beaucoup, y compris dans des présentations ou des publications.
Structuration générale du manuel
Le manuel est organisé en plusieurs volumes.
Le premier volume présente surtout les principes et les intérêts des SCV, c’est-à-dire les systèmes de culture en semis direct sur couverture végétale. Il comprend notamment deux chapitres fondamentaux :
- le fonctionnement des écosystèmes cultivés en semis direct ;
- la gestion de ces écosystèmes cultivés.
Ces deux chapitres posent les bases communes à tous les milieux. Ils constituent le socle conceptuel de la construction des SCV.
Le deuxième volume est davantage tourné vers la pratique. Il traite de la mise en place des systèmes de culture en semis direct, avec :
- le choix des cultures ;
- le choix des associations ;
- le choix des systèmes ;
- le choix des itinéraires techniques ;
- la manière de proposer ces systèmes aux agriculteurs.
Un troisième volume est consacré aux principales plantes de couverture utilisées à Madagascar.
Enfin, le manuel comprend aussi plusieurs annexes, notamment sur :
- les adventices ;
- les calculs économiques ;
- les unités agronomiques ;
- les outils de communication et de formation.
Les principes de fonctionnement des SCV
Le manuel reprend les principes de fonctionnement d’un écosystème naturel forestier afin de montrer ce qui fonde les SCV.
On y retrouve :
- le turn-over de la matière organique ;
- le fractionnement de cette matière organique ;
- la part de minéralisation ;
- la part d’humification ;
- la bioturbation, en particulier par les vers de terre et plus largement par la faune du sol ;
- la formation du complexe argilo-humique ;
- l’agrégation et la structuration des sols ;
- le recyclage des éléments nutritifs par les racines et par la litière.
Ces principes avaient été conceptualisés par Lucien Séguy et Hubert Charpentier, puis mis en forme dans les piliers des systèmes SCV.
Le rôle central de la biodiversité fonctionnelle
Au cœur des systèmes SCV se trouvent :
- la biodiversité fonctionnelle ;
- les associations de cultures ;
- les successions culturales.
Même si cela était présenté comme le deuxième principe, Olivier Husson insiste sur le fait que c’est en réalité fondamental.
Le fonctionnement du système repose aussi sur :
- une couverture végétale permanente ;
- une forte activité biologique ;
- l’action combinée de la macrofaune, de la microfaune et de la microflore ;
- le rôle éventuel des animaux d’élevage.
Racines, micro-organismes et structure du sol
Les racines nourrissent les micro-organismes dans le sol. Ceux-ci participent à la création d’une structure fine, notamment par la formation de microporosité. Cette microporosité est indispensable au stockage de l’eau.
La faune du sol, quant à elle, contribue davantage à la macroporosité. Celle-ci permet :
- l’évacuation de l’eau quand il y en a trop ;
- la circulation de l’air.
La litière joue aussi un rôle de régulation majeur :
- elle réduit l’évaporation ;
- elle augmente l’infiltration ;
- elle tamponne les températures ;
- elle régule l’humidité ;
- elle protège contre les ultraviolets.
Pour maintenir cette litière, deux conditions sont nécessaires :
- ne pas perturber le sol ;
- conserver une couverture végétale permanente.
Cela suppose de produire et de restituer une forte biomasse, d’où le rôle essentiel des plantes multifonctionnelles, en association et en succession.
Différences avec les systèmes conventionnels
Le fonctionnement de la matière organique et de la structure du sol dans un écosystème cultivé en semis direct est très différent de celui d’un système conventionnel.
Dans les SCV, ce sont avant tout les plantes qui apportent l’énergie nécessaire :
- à la formation des micro-agrégats et des macro-agrégats ;
- à l’entretien de la structure ;
- à la régulation des cycles de l’eau.
Le manuel comparait les différentes fonctions entre agriculture conventionnelle et systèmes SCV. Des schémas montraient notamment :
- les faibles retours de biomasse en monoculture ;
- les effets négatifs qui en découlent sur le fonctionnement global du système.
La matière organique et les besoins en biomasse
Dès cette première partie du manuel, rédigée autour de 2009 selon Olivier Husson, étaient déjà mobilisés des modèles simples de fonctionnement du carbone, notamment le modèle de Hénin-Dupuis, repris et adapté.
Même si ce modèle pose des problèmes pour le calcul de certains coefficients, il permettait d’avoir une bonne idée des quantités de matière organique à apporter selon les milieux.
Exemples à Madagascar
Les besoins varient fortement selon les contextes :
- sur la côte Est de Madagascar, en milieu tropical humide, si l’on n’apporte pas 15 à 17 tonnes de matière organique sèche par hectare et par an, on déstocke du carbone ;
- dans le Sud-Ouest, beaucoup plus sec, il faut plutôt 4 à 5 tonnes.
Olivier Husson souligne que la nature est bien faite : là où l’on peut produire moins, il faut aussi moins de biomasse pour maintenir les stocks ; là où la minéralisation est très rapide, les capacités de production de biomasse sont en général plus élevées car il fait chaud et humide presque toute l’année.
Produire en saison sèche ou froide
Un point important est qu’il est très utile de produire de la biomasse pendant la saison sèche ou pendant la saison froide, notamment grâce à des plantes capables d’aller chercher l’eau en profondeur.
Pendant ces périodes, la minéralisation de surface est plus faible. Produire de la biomasse à ce moment permet donc :
- de régénérer plus rapidement les sols ;
- d’augmenter les stocks de carbone.
Nutrition des plantes et pompe biologique
Le manuel insiste aussi sur la notion de pompe biologique.
Certaines plantes possèdent des racines capables :
- de descendre rapidement en profondeur ;
- de récupérer des éléments qui auraient pu être lessivés ;
- de mobiliser des éléments fixés dans le sol ;
- de fixer l’azote, dans le cas des légumineuses.
Cette approche permet de mieux comprendre sur quoi reposent les systèmes et comment les faire fonctionner.
Une vision globale et complexe de l’agroécosystème
Le schéma global présenté dans le manuel rassemble les différentes fonctions :
- gestion de l’eau ;
- nutrition ;
- activité biologique ;
- structuration du sol ;
- recyclage des éléments.
Olivier Husson rappelle que ce fonctionnement est forcément complexe, car la nature est faite d’interactions entre des milliards d’organismes. Néanmoins, ces grandes lignes suffisent pour comprendre l’essentiel et guider la construction des systèmes de culture.
Construire des systèmes selon les milieux
À partir de cette compréhension, il devient possible de créer différents types de systèmes de culture :
- successions intra-annuelles ;
- rotations ;
- intégration de plantes vivaces ;
- associations adaptées à des longues saisons sèches.
Dans certains contextes, il est important d’avoir des plantes capables d’aller chercher l’eau en profondeur, comme la dolique, qui commence aussi à être utilisée en France.
Le manuel proposait une structuration des systèmes en fonction :
- des précipitations ;
- du régime hydrique ;
- des températures ;
- de l’intensité d’utilisation des sols ;
- des besoins en fourrage.
À partir de là, il devenait possible d’identifier les types de rotations ou de successions à rechercher.
La notion de praticabilité
Le manuel introduisait aussi une notion de praticabilité, c’est-à-dire la facilité ou la difficulté de gestion d’un système.
Plus les contraintes sont fortes, plus le système devient difficile à gérer. C’est un message important : plus on attend que les sols se dégradent, plus il devient difficile de les restaurer.
Hubert Charpentier rappelait souvent qu’il est beaucoup plus facile d’entretenir la fertilité que de la regagner.
Prise en compte des contraintes des agriculteurs
Le manuel comportait aussi des tableaux tenant compte :
- de l’espace disponible ;
- du temps disponible ;
- de la pression sur la terre ;
- de l’état de dégradation du sol ;
- des possibilités d’investissement des agriculteurs, en intrants comme en travail.
Ce travail de structuration a été considérable. Dans la première version du manuel, plus de 600 systèmes testés à Madagascar avaient été rassemblés. Sans un effort de synthèse et d’organisation, il aurait été impossible d’aider à la décision.
Le volume pratique : choix des systèmes et des itinéraires techniques
Le deuxième volume portait sur la mise en place concrète des systèmes de culture en semis direct.
Il traitait :
- du choix des cultures ;
- du choix des associations ;
- du choix des systèmes ;
- des itinéraires techniques.
Olivier Husson insiste sur une différence fondamentale avec l’agriculture conventionnelle. En conventionnel, on règle souvent les problèmes par l’itinéraire technique :
- un problème de fertilité appelle un apport d’engrais ;
- un problème sanitaire appelle un traitement ;
- un autre problème appelle une intervention spécifique.
Dans les SCV, on règle d’abord les problèmes par le système lui-même, qui modifie l’environnement, notamment le sol. C’est ce qui rejoint aujourd’hui les approches d’agriculture régénératrice.
Gérer la fertilité pour le fonctionnement du système
Dans ces systèmes, les itinéraires techniques servent surtout à optimiser le fonctionnement du système.
La fertilité n’est pas gérée seulement pour nourrir la plante, ni même seulement pour nourrir le système au sens abstrait, mais pour permettre le bon fonctionnement de l’ensemble sol-plante-micro-organismes.
Comment proposer des systèmes aux agriculteurs
Le dernier chapitre du deuxième volume expliquait comment proposer des systèmes aux agriculteurs. Il s’adressait particulièrement aux organismes de diffusion et de vulgarisation, souvent démunis, notamment à Madagascar.
L’objectif était de les former afin qu’ils puissent :
- proposer des systèmes cohérents ;
- les adapter aux situations rencontrées ;
- les présenter de manière pertinente aux agriculteurs.
Les unités agronomiques : un outil central de diagnostic
Un des éléments les plus structurants du manuel est la définition des unités agronomiques.
Ces unités permettent, à partir de quelques questions simples, de savoir :
- dans quel type de milieu on se trouve ;
- quel type de système de culture on pourra proposer.
La structuration n’a pas été faite d’abord à partir de la géologie ou de la typologie des sols au sens classique, mais à partir du type de systèmes susceptibles d’être proposés ensuite.
Exemples de questions de diagnostic
Dans le schéma présenté, quelques questions suffisent :
- où se situe-t-on dans la toposéquence ?
- est-on en haut ou en bas ?
- quel est le niveau de fertilité ?
- quel est le niveau de compaction ?
En quatre questions, il devient possible d’identifier l’unité agronomique et les systèmes de culture envisageables.
Dans les bas-fonds, les critères sont davantage liés au régime hydrique :
- présence ou non d’irrigation ;
- possibilité ou non de faire une contre-saison.
Un travail de longue haleine
Olivier Husson précise que ce tableau des unités agronomiques représente à lui seul près de deux ans de travail, avec de nombreux échanges :
- avec les agriculteurs ;
- avec les services de vulgarisation ;
- avec les projets de diffusion.
Le but était d’aboutir à une grille commune à tout Madagascar.
Lors de son habilitation à diriger des recherches, on lui a demandé si un tel travail ne vaudrait pas aussi pour la France. Sa réponse est clairement positive : structurer les milieux en fonction des systèmes que l’on peut y proposer serait très utile.
Les bases de données sur les plantes
Le manuel s’appuyait aussi sur l’ensemble des connaissances accumulées dans les essais menés dans les différents milieux de Madagascar.
Lucien Séguy circulait continuellement entre ces milieux. Chaque année, plusieurs semaines de visites permettaient d’observer les plantes, leur comportement, leurs capacités, les milieux où elles fonctionnaient ou non.
Cette expérience a permis de construire des tableaux sur :
- l’adaptation des plantes cultivées aux différents milieux ;
- l’adaptation des plantes de couverture ;
- l’intérêt agronomique des espèces.
Parmi les fonctions prises en compte :
- décompaction des sols ;
- protection contre l’érosion ;
- fixation de l’azote ;
- autres fonctions jugées limitantes dans les systèmes.
Ces tableaux étaient volontairement simples en apparence, mais très riches pour la pratique.
Les clés de décision
Le manuel proposait des clés permettant d’avancer progressivement dans le choix :
- des cultures ;
- des associations ;
- des systèmes ;
- des itinéraires techniques.
Ces choix se faisaient en fonction :
- des conditions de la parcelle ;
- des objectifs des agriculteurs ;
- de la biomasse disponible ;
- des interactions avec l’élevage ;
- des modes de gestion possibles ;
- des techniques de paillage recommandées.
Le choix de l’itinéraire technique consistait ensuite à ajuster :
- les paramètres du semis ;
- les dates de semis ;
- différents réglages selon les conditions rencontrées.
Des tableaux de synthèse portaient aussi sur la gestion de la fertilité, notamment sur les exportations d’éléments nutritifs par les cultures. Quand le système fonctionnait correctement, l’idée était de restituer au système ce qui était exporté par les récoltes, en particulier par les grains.
Le troisième volume : les plantes de couverture à Madagascar
Le troisième volume portait sur les principales plantes de couverture à Madagascar :
- légumineuses annuelles ;
- légumineuses pérennes ;
- graminées annuelles ;
- graminées pérennes.
À chaque fois, on trouvait des informations sur :
- la plante elle-même ;
- les climats et les sols adaptés ;
- la résistance éventuelle au gel ;
- l’adaptation à différents types de sols ;
- les cycles ;
- la manière de les intégrer dans les systèmes ;
- la manière de les contrôler ;
- les fonctions qu’elles remplissent ;
- leurs intérêts ;
- les situations où elles ne sont pas adaptées.
Le manuel signalait aussi les conditions mal supportées par certaines espèces :
- engorgement ;
- froid ;
- faible production en période froide, etc.
Illustration sur les hautes terres du lac Alaotra
Le manuel donnait un exemple détaillé sur les hautes terres du lac Alaotra, en montrant comment, selon les différentes unités agronomiques, on pouvait proposer différents systèmes.
On retrouvait alors :
- la caractérisation du milieu ;
- la structuration des unités agronomiques ;
- les systèmes de culture envisageables ;
- la prise en compte de l’élevage.
La présence ou l’absence de divagation était prise en compte :
- si les animaux divaguent, certaines biomasses ne peuvent pas être laissées sur place ;
- dans d’autres cas, la biomasse peut être valorisée comme fourrage, par exemple pour les éleveurs laitiers.
Le manuel donnait aussi des recommandations sur les intrants :
- s’ils sont nécessaires ;
- s’il est possible de s’en passer ;
- ainsi que des remarques sur les caractéristiques des systèmes pour faciliter le choix par les agriculteurs.
Quelques systèmes SCV particulièrement performants
Le manuel présentait plusieurs systèmes très performants.
Contrôle du Striga
Une attention particulière était portée au contrôle du Striga, plante parasite causant des dégâts très importants, notamment sur les céréales dans le Moyen-Ouest de Madagascar, mais aussi dans d’autres pays comme le Cameroun.
Certains systèmes permettaient de le contrôler, en particulier grâce au Stylosanthes, utilisé comme couvert végétal.
Systèmes maïs ou sorgho associés à une légumineuse alimentaire
Des systèmes fonctionnaient dans de nombreux contextes avec :
Le rôle majeur du Stylosanthes guianensis
Les systèmes à base de Stylosanthes guianensis étaient particulièrement mis en avant. Cette plante était considérée comme la plante phare à Madagascar, mais aussi dans d’autres pays.
Olivier Husson rappelle qu’en Afrique, il est souvent difficile de proposer des mélanges multi-espèces, car la production de semences est compliquée. Le Stylosanthes apparaît alors comme une solution très polyvalente, un « passe-partout ».
Il remplit en effet de nombreuses fonctions :
- fixation de l’azote ;
- contrôle des adventices ;
- apport de carbone ;
- apport d’un carbone plus stable ;
- amélioration de l’état sanitaire des cultures qui suivent.
Le manuel présentait donc ce type de système avec :
- ses caractéristiques ;
- sa capacité à contrôler rapidement le Striga ;
- son adaptation selon les climats ;
- les niveaux de fertilisation adaptés ;
- des fiches de synthèse avec des codes et des logos identifiant les intérêts et caractéristiques principales.
Les annexes
Flore adventice et plantes bio-indicatrices
Une annexe importante était consacrée aux principales adventices des cultures à Madagascar.
Ces fiches donnaient :
- des éléments sur la plante ;
- les moyens de contrôle ;
- les possibilités de l’utiliser comme couvert végétal ;
- son rôle comme plante bio-indicatrice.
Les espèces étaient ainsi interprétées comme indicatrices de conditions favorables ou défavorables du sol, par exemple de compaction ou de défaut de structure.
Olivier Husson rapproche ce travail de celui de Gérard Ducerf en France sur les plantes bio-indicatrices. Sans être une encyclopédie, cette annexe rassemblait déjà une bonne soixantaine de plantes, avec des informations très utiles.
L’exemple du chiendent
Le Cynodon, c’est-à-dire le chiendent, est donné comme exemple marquant. Cette plante couvre environ 35 millions d’hectares dans le monde.
Lors du troisième congrès mondial de l’agriculture de conservation au Kenya, un grand pionnier du semis direct, venu du Brésil, s’est d’abord opposé à l’idée d’utiliser le chiendent, qu’il considérait comme une très mauvaise herbe.
Puis, en comprenant qu’il était utilisé pour faire du semis direct de légumineuses comme le haricot ou le soja, il a finalement été enthousiasmé.
Pour Olivier Husson, cela montre la puissance de l’approche : si la plante est là, c’est aussi parce qu’elle possède certaines fonctions écologiques, notamment une capacité à restaurer les sols compactés.
L’association du chiendent avec une légumineuse pouvait être intéressante. Dans certains cas, il était même plus efficace de ne pas tuer complètement le chiendent, mais seulement de le freiner avec un peu de glyphosate. Le redémarrage du chiendent sous la légumineuse permettait :
- de maintenir une couverture vivante permanente ;
- d’obtenir de meilleurs rendements de la légumineuse ;
- de disposer d’un couvert déjà installé.
Calculs économiques et autres annexes
Parmi les autres annexes figuraient :
- des éléments de calcul économique ;
- le détail des unités agronomiques ;
- des outils de communication et de formation.
Communication et formation
Le manuel s’accompagnait de supports spécifiques pour la communication.
Un manuel simplifié pour les agriculteurs
Un petit manuel intitulé Semis direct sous couverture végétale permanente : comment ça marche ? avait été rédigé pour les agriculteurs, avec l’appui d’un organisme spécialisé dans la communication vers des publics très peu lettrés.
Il était structuré :
- sous forme de questions-réponses ;
- avec des explications plus poussées lorsque nécessaire.
Posters, jeu de l’oie et catalogue variétal
D’autres outils avaient aussi été développés :
- des posters de formation ;
- un jeu de l’oie ;
- un catalogue de variétés, en particulier de riz.
Concernant ces variétés de riz, Olivier Husson précise qu’il s’agissait de variétés sélectionnées par Lucien Séguy à Madagascar. Un avantage du travail à Madagascar est la possibilité d’enchaîner les cycles de culture sur différentes zones, ce qui permet d’accélérer la sélection, avec parfois deux à trois cultures par an.
Disponibilité du manuel
Le manuel est disponible en téléchargement sur plusieurs sites, notamment :
- celui du GSDM, le Groupement semis direct de Madagascar ;
- celui de Ver de terre Production ;
- celui du Cirad ;
- et aussi, indique Olivier Husson, sur son propre site.
Il souligne qu’il s’agit d’un travail construit sur de nombreuses années, nourri par des échanges passionnants, en particulier avec Hubert Charpentier et Lucien Séguy, qui relisait régulièrement les versions successives.
Selon ce qui lui a été dit, rien d’aussi complet n’aurait vraiment été refait depuis, malgré l’ancienneté désormais relative du document.
Questions et échanges
À propos du SRI
Une question a porté sur le SRI, le système de riziculture intensive.
Olivier Husson rappelle que ce système a été développé notamment à Madagascar par le père de Laulanié, mais qu’il a été davantage diffusé dans d’autres régions du monde qu’à Madagascar même.
La difficulté principale du SRI est qu’il exige une très bonne maîtrise de l’eau dans les rizières :
- pouvoir amener l’eau ;
- pouvoir drainer quand c’est nécessaire.
Le système alterne des périodes de submersion et des périodes de culture en conditions plus aérées.
Il y voit un intérêt particulier au niveau biologique. Des études montrent que durant la phase non submergée, les exsudats racinaires du riz favorisent des micro-organismes capables de solubiliser le phosphore. Quand l’eau revient, ces micro-organismes sont lysés, ce qui augmente la disponibilité du phosphore soluble.
Cependant, à Madagascar, les surfaces de rizières avec une maîtrise de l’eau suffisante pour cela restent faibles. En Asie, en revanche, le système est beaucoup plus développé.
Où trouver de la semence de Stylosanthes ?
À une question sur la luzerne tropicale, c’est-à-dire le Stylosanthes, Olivier Husson répond qu’il existe des producteurs :
- au Brésil ;
- en Australie ;
- en Thaïlande notamment.
Les Australiens ont aussi beaucoup travaillé à sa diffusion. Il mentionne qu’une base de données avait été constituée à un moment, et rappelle qu’une tonne de semences avait été importée de Thaïlande vers Madagascar pour aller vite.
Le cas de Chromolaena odorata
Une question a aussi porté sur Chromolaena odorata, plante parfois disponible localement et dont les petits producteurs peuvent récolter les graines directement.
Olivier Husson raconte une anecdote issue de son expérience au Vietnam. Lucien Séguy lui avait expliqué une méthode simple :
- couper la Chromolaena,
- laisser repartir trois semaines,
- appliquer un peu de 2,4-D,
- puis semer directement dans la biomasse.
Au Vietnam, il a proposé cet essai à des agriculteurs de zones montagneuses très isolées, qui travaillaient en système traditionnel de culture sur brûlis. À son retour quelques mois plus tard, l’agriculteur semblait d’abord furieux. En réalité, il lui reprochait de ne lui avoir conseillé de tester la méthode que sur la moitié de la parcelle, car selon lui il aurait fallu la faire sur toute la surface tant cela avait bien marché.
Outils de description des plantes de couverture
À une question sur l’outil de description des plantes de couverture, Olivier Husson répond que ces éléments sont présents dans le manuel du semis direct à Madagascar.
Il mentionne aussi des bases de données internes encore peu accessibles, et un travail en cours pour les rendre plus disponibles.
Il recommande également le site Tropical Forages, issu de travaux du CIAT sur les fourrages tropicaux. Comme beaucoup de plantes de couverture sont à l’origine des fourrages, ce site est très utile. Il comprend :
- des clés de choix des couverts ;
- des informations selon le climat, les sols et d’autres critères ;
- des descriptions des plantes ;
- parfois des indications pour se procurer les semences.
Il existe aussi une application pour téléphone, mais l’outil est en anglais.
Faudrait-il un équivalent du manuel pour la France ?
Interrogé sur ce que coûterait la réalisation d’un équivalent en France, Olivier Husson répond qu’il ne s’agit pas seulement d’une question financière.
Selon lui, la clé est surtout :
- de disposer de suffisamment d’informations et d’essais ;
- d’avoir des personnes capables de prendre du recul ;
- de structurer et de synthétiser l’ensemble.
Si les connaissances existent déjà, cela ne coûterait pas forcément très cher. Le principal enjeu serait surtout le temps intellectuel nécessaire.
Il souligne aussi l’intérêt de plateformes d’échange comme Triple Performance, qui permettent de comparer les expériences selon les zones et de voir ce qui fonctionne ou non. Selon lui, ce type d’outil peut devenir très puissant pour construire un équivalent du manuel.
Place des herbicides, pesticides et du glyphosate en semis direct sur couverture végétale
Une autre question a porté sur l’usage du glyphosate dans les associations chiendent-légumineuse, et plus largement sur la place des pesticides et herbicides en semis direct sur couverture végétale.
Olivier Husson distingue plusieurs choses.
Historiquement, le semis direct a effectivement pu conduire à une augmentation de l’usage des herbicides pour contrôler les couverts. Mais il faut distinguer :
- les herbicides ;
- les fongicides ;
- les insecticides ;
- les systèmes avec ou sans OGM.
Dans les systèmes qu’il défend, il n’est pas question d’OGM.
Baisse rapide des fongicides et insecticides
Quand le sol recommence à bien fonctionner biologiquement, il est souvent possible de diminuer rapidement, voire d’arrêter :
- les insecticides ;
- une partie des fongicides.
On peut parfois arriver à des demi-doses de fongicides, voire à des traitements non systématiques.
Les herbicides : une baisse plus lente et plus technique
La baisse des herbicides est en général plus lente :
- cela demande des couverts végétaux efficaces ;
- c’est plus technique ;
- il manque encore des connaissances dans certains domaines.
Olivier Husson mentionne une thèse en cours qui montre que la réalité est plus nuancée qu’une simple opposition entre conventionnel et semis direct. Certains agriculteurs en conventionnel utilisent plus d’herbicides que certains agriculteurs en semis direct ; certains en semis direct utilisent moins de fongicides. Tout dépend des contextes et des pratiques.
Quand les couverts végétaux sont très développés, il devient aussi possible de réduire les herbicides.
Vers un semis direct sans pesticides
L’objectif poursuivi notamment par Lucien Séguy était d’aller vers un semis direct biologique, autrement dit sans pesticides.
Hubert Charpentier cherchait même à faire analyser les productions pour montrer l’absence de résidus de pesticides, dans une logique d’obligation de résultat plutôt que d’obligation de moyens.
Olivier Husson mentionne l’existence de parcelles en semis direct biologique, par exemple au Cambodge.
Il rappelle aussi que les contextes tropicaux sont très différents. Dans certains pays, comme le Laos à certaines époques, les doses d’herbicides utilisées dans les systèmes traditionnels pouvaient être énormes. L’introduction de systèmes SCV a alors permis de faire fortement baisser ces usages.
À Madagascar aussi, les doses utilisées restent faibles par rapport à d’autres contextes. L’idée est qu’il peut y avoir au départ une phase d’augmentation ou d’ajustement, puis une recherche de baisse progressive grâce à des alternatives.
Parmi les pistes alternatives, il cite les outils mécaniques de type rouleaux destructeurs de couverts, développés notamment pour contrôler les couverts, y compris pérennes.
Conclusion de l’intervention
L’intervention se termine par l’annonce de la session suivante, consacrée à la dynamique de séquestration du carbone dans les sols, avec une vidéo enregistrée d’un professeur brésilien ayant beaucoup travaillé avec Lucien Séguy, suivie d’interventions d’Amérique du Sud.
Olivier Husson conclut en remerciant les participants et en donnant rendez-vous à 14 heures.