FAUX SEMIS, ça marche ou pas ? Jérome Labreuche de ARVALIS

De Triple Performance
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Dans cette vidéo, Jérôme Labreuche, d’ARVALIS, présente une synthèse de 56 essais sur l’efficacité du faux semis, menée avec plusieurs partenaires depuis 2005. Le principal constat est nuancé : le travail du sol en interculture stimule bien les levées d’adventices, mais souvent moins qu’attendu, car certaines lèvent aussi spontanément sans intervention. Surtout, dans la culture suivante, les faux semis montrent peu d’effet mesurable, notamment en blé, et seulement un effet léger, non significatif, en cultures de printemps. Pour Jérôme Labreuche, ce levier reste donc faible à court terme, même si des essais de moyenne durée seront relancés pour confirmer ces résultats. En revanche, un enseignement fort ressort : la perturbation du sol au moment du semis favorise nettement les levées. Limiter les reprises juste avant semis permettrait ainsi de réduire l’enherbement, à condition de semer sur un sol propre.

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Résumé
Dans cette vidéo, Jérôme Labreuche, d’ARVALIS, présente une synthèse de 56 essais sur l’efficacité du faux semis, menée avec plusieurs partenaires depuis 2005. Le principal constat est nuancé : le travail du sol en interculture stimule bien les levées d’adventices, mais souvent moins qu’attendu, car certaines lèvent aussi spontanément sans intervention. Surtout, dans la culture suivante, les faux semis montrent peu d’effet mesurable, notamment en blé, et seulement un effet léger, non significatif, en cultures de printemps. Pour Jérôme Labreuche, ce levier reste donc faible à court terme, même si des essais de moyenne durée seront relancés pour confirmer ces résultats. En revanche, un enseignement fort ressort : la perturbation du sol au moment du semis favorise nettement les levées. Limiter les reprises juste avant semis permettrait ainsi de réduire l’enherbement, à condition de semer sur un sol propre.

Jérôme Labreuche, responsable travail du sol et intercultures chez ARVALIS - Institut du végétal, nous présente les recherches effectuées sur les faux semis




Une synthèse de 56 essais sur les faux-semis

Jérôme Labreuche explique qu’ARVALIS a récemment synthétisé, dans Phytoma, un ensemble d’environ 56 essais sur les faux-semis. Ce volume de données est jugé important, car il couvre plusieurs années, avec des essais datant pour les plus anciens d’environ 2005, et d’autres beaucoup plus récents.

Ces essais proviennent de différents organismes :

Les deux cultures les plus documentées dans cette synthèse sont :

Ce travail a été mené dans le cadre d’un projet appelé Comberpic, avec l’objectif de rassembler toutes les données disponibles sur le sujet.

Une limite importante : des essais annuels

La principale limite de cette synthèse est que les essais sont annuels. Autrement dit, ils comparent des modalités de travail du sol pendant l’interculture, puis observent les conséquences dans la culture qui suit, mais sans prolonger l’observation sur plusieurs années.

Jérôme Labreuche insiste sur ce point : ce ne sont pas des essais conduits pendant 5 ans, ce qui limite la portée des conclusions, notamment sur un levier comme le faux-semis, dont l’effet pourrait théoriquement se construire dans la durée via une action progressive sur le stock semencier.

Il annonce d’ailleurs que de nouveaux essais de moyenne durée vont être relancés pour confirmer ou non les observations actuelles.

Le faux-semis stimule les levées, mais pas autant qu’on pourrait le croire

Le premier enseignement de la synthèse est que le travail du sol en interculture augmente bien les levées d’adventices, mais pas toujours dans les proportions attendues.

En effet, certaines adventices sont capables de lever spontanément sans travail du sol. Jérôme Labreuche cite par exemple :

  • des situations derrière colza, où « ça lève tout seul »
  • le cas du géranium, pour lequel des travaux de Terres Inovia ont montré que le déchaumage pouvait même réduire les levées par rapport à l’absence de travail du sol

Ainsi, de manière générale, le faux-semis stimule un peu les levées, mais la différence avec une situation sans travail du sol n’est pas toujours énorme. On ne part pas de zéro quand on ne travaille pas le sol.

Selon lui, cela peut déjà expliquer en partie pourquoi les résultats finaux entre faux-semis et absence de faux-semis ne sont pas si différents.

Ce qu’est un « vrai » faux-semis

Jérôme Labreuche rappelle qu’un faux-semis doit être un travail :

  • très superficiel
  • au maximum à 5 cm
  • le plus fin possible
  • bien rappuyé

L’objectif est de créer des conditions idéales de levée, « comme si on devait semer un gazon ». Pour des graines comme celles du ray-grass, il faut :

  • une faible profondeur d’enfouissement
  • éviter les mottes
  • obtenir une terre fine
  • conserver un bon rappui

Il souligne aussi que plusieurs passages peuvent être nécessaires, selon le climat et les conditions de l’essai, car tout ne lèvera pas en une seule fois.

Beaucoup de déchaumages ne sont pas de vrais faux-semis

Un point fort du raisonnement de Jérôme Labreuche est que, dans la pratique, beaucoup d’agriculteurs pensent faire des faux-semis alors qu’ils réalisent en réalité des déchaumages peu adaptés à cet objectif.

Selon lui, beaucoup de déchaumeurs travaillent plutôt à :

  • 5 à 8 cm, voire 7 à 8 cm
  • avec un sol souvent un peu moteux
  • avec un rappui parfois insuffisant, notamment avec des rouleaux cages peu lourds

Mis bout à bout, ces éléments conduisent à des levées d’adventices qui ne sont « pas franchement très bonnes ».

Autrement dit, si l’on parle de faux-semis, il faudrait viser un travail ultra superficiel. Après récolte, il faut certes aussi gérer les résidus et la paille, ce qui impose parfois un minimum de profondeur, mais plus le travail reste superficiel, mieux c’est du point de vue du faux-semis.

Un simple passage de semoir peut parfois stimuler presque autant les levées

Dans certains essais, les chercheurs ont observé que le simple fait d’implanter un couvert avec un semoir pouvait stimuler les levées presque autant qu’un déchaumage superficiel.

Le cas cité est celui d’un semoir direct à disques. Le petit travail du sol provoqué par le passage du semoir, même localisé sur le rang ou à proximité, pouvait suffire à déclencher des levées proches de celles observées après un déchaumage.

Cela renforce l’idée qu’en matière de faux-semis, c’est surtout le caractère ultra superficiel de la perturbation qui compte.

Une synthèse réalisée sur des sols propres avant semis

Pour analyser les effets du faux-semis dans la culture suivante, les essais retenus dans la synthèse ont été conduits en imposant un semis sur sol propre.

Jérôme Labreuche précise que les essais sans glyphosate ont été écartés de la synthèse lorsqu’il estimait que le semis n’avait pas été réalisé sur un sol propre.

La raison est méthodologique : si l’on sème dans des adventices déjà vivantes, on ne sait plus distinguer :

  • les plantes repiquées ou non détruites
  • les adventices levées avant le semis
  • les adventices réellement levées dans la culture

Or la destruction des adventices déjà présentes et la levée de nouvelles adventices relèvent de mécanismes différents. Mélanger les deux brouille complètement l’interprétation.

Le glyphosate a donc été utilisé, dans le cadre de cette synthèse, comme un moyen de partir d’une situation propre et de ne pas mélanger les effets.

Désherbage dans les essais : une certaine hétérogénéité

Après le semis, le désherbage n’a pas été strictement identique dans tous les essais. Selon les cultures et les sites, il a pu y avoir :

  • une prélevée
  • ou non

Jérôme Labreuche cite l’exemple du tournesol, où il est parfois difficile de se passer de prélevée.

Cette variabilité constitue une autre limite du réseau d’essais. Mais elle reflète aussi la réalité du terrain : tous les agriculteurs ne désherbent pas de la même manière, et les stratégies s’adaptent aussi à la flore présente.

Sol perturbé ou non perturbé au moment du semis

Dans les essais, les chercheurs ont aussi comparé des situations de semis en sol perturbé et non perturbé.

Cela recouvre plusieurs cas :

  • semis direct à disques sur sol non travaillé
  • semis sans travail du sol sur sol déjà déchaumé auparavant
  • reprise du sol avec rotavator, herse rotative ou autre outil
  • comparaison de modules perturbateurs montés ou non sur un semoir

Dans la synthèse, les situations ont été classées comme « non perturbées » lorsqu’il n’y avait eu aucun travail du sol au moment du semis ou dans les 10 jours précédents.

Jérôme Labreuche cite notamment :

  • des situations avec rotavator sur chaume non travaillé ou sur sol déjà travaillé
  • des semis directs à disques
  • un essai en Normandie avec un semoir à disques Lemken Solitaire, utilisé avec ou sans disques indépendants à l’avant (module de préparation)

Dans la culture suivante, très peu d’effet du faux-semis

Le résultat principal de la synthèse est très clair : dans les cultures d’automne, en particulier en blé, il n’a pas été observé d’effet des faux-semis sur l’enherbement de la culture suivante.

Jérôme Labreuche insiste : sur un nombre d’essais important, il n’a « strictement rien vu ». Les résultats ne sont pas significatifs.

Dans les cultures de printemps, il y a eu parfois de légers effets, mais :

  • ils n’étaient pas significatifs
  • ou bien certains essais ne permettaient pas de faire de statistiques solides, faute de blocs ou de répétitions

En résumé :

  • en culture d’automne : pas d’effet mis en évidence
  • en culture de printemps : au mieux un léger effet, mais très faible

Un levier à démystifier

Pour Jérôme Labreuche, cette synthèse a au moins le mérite de démystifier le faux-semis.

Dans les discours techniques, le faux-semis est souvent présenté comme un levier important, au même niveau que :

  • la rotation culturale
  • le labour
  • le décalage de la date de semis

Or les résultats de la synthèse montrent que, s’il s’agit bien d’un levier, son effet semble extrêmement faible, au moins à court terme.

Il nuance en rappelant qu’il existe encore une incertitude sur les effets à moyen terme, faute d’essais pluriannuels. Mais sur la base des données disponibles, il estime qu’il ne faut pas surestimer ce levier.

Il va même plus loin : un agriculteur en non-labour qui ne change ni sa rotation ni sa date de semis, mais qui compte surtout sur les faux-semis, risque selon lui de « se faire plaisir pour pas grand-chose » et de se bercer d’illusions sans améliorer réellement sa situation.

Cette synthèse doit donc être lue comme une alerte : miser principalement sur les faux-semis, sans autres leviers associés, expose à de fortes déceptions.

Deux explications possibles à cette faible efficacité

Jérôme Labreuche avance deux grandes explications.

Des conditions estivales parfois trop sèches

En été, les conditions peuvent être très sèches. Dans ce cas, un faux-semis ne fait tout simplement pas lever grand-chose.

Une très faible part du stock semencier lève à chaque fois

Même quand le faux-semis provoque des levées, la proportion du stock semencier total concernée est probablement très faible.

Il explique que, chez les adventices sauvages, le stock semencier n’est pas conçu pour lever en une seule fois. C’est une stratégie de survie de l’espèce :

  • si toutes les graines levaient simultanément et que les conditions devenaient défavorables, l’espèce pourrait disparaître localement
  • en étalant les levées dans le temps, l’espèce garde toujours une chance de produire de nouvelles graines

Ainsi, même un travail du sol bien réalisé ne ferait jamais lever une très grande part du stock semencier en un seul passage.

La perturbation du sol au semis : un effet bien plus marqué

Pour Jérôme Labreuche, l’enseignement le plus important des essais n’est finalement pas tant l’effet du faux-semis que celui de la perturbation du sol au moment du semis.

C’est même, selon lui, un point insuffisamment pris en compte dans le monde agricole, en dehors du milieu de l’agriculture de conservation des sols.

Dans les essais, le fait de perturber le sol au moment du semis ou dans les jours qui précèdent a eu un effet majeur sur les levées d’adventices.

Exemples observés sur blé et tournesol

Sur tournesol, par exemple, dans des situations où le sol avait été préparé à l’avance, les chercheurs ont comparé :

  • un semis sans reprise finale
  • une reprise au vibroculteur
  • une reprise plus agressive à la herse rotative

Les résultats montrent que :

  • la herse rotative, qui affine davantage le sol, stimule le plus les levées d’adventices comme le ray-grass
  • le vibroculteur les stimule aussi, mais un peu moins
  • l’absence de préparation finale stimule le moins les levées

Le même phénomène a été observé globalement sur blé.

Ne pas perturber le sol au semis permet de réduire les levées

Le message technique mis en avant est donc le suivant : sur un sol déjà préparé à l’avance, le simple fait de ne pas faire de reprise dans les trois semaines avant le semis permet de réduire les levées d’adventices.

Jérôme Labreuche estime que l’absence de perturbation du sol au semis permet globalement de diviser par deux la quantité d’adventices levées.

Il précise que :

  • ce n’est ni 100 % d’efficacité
  • ni même 80 %
  • mais environ 50 %

Et ces 50 % peuvent devenir très intéressants lorsqu’ils s’ajoutent à d’autres leviers.

Un point peu entendu malgré des résultats déjà anciens

Jérôme Labreuche se dit frappé par le fait que le monde agricole parle beaucoup des faux-semis, mais très peu de la perturbation du sol au semis, alors même que des résultats sur ce sujet existent et ont déjà été diffusés depuis environ 15 ans.

Selon lui, ce point est assez connu dans le milieu de l’ACS, mais beaucoup moins en dehors.

Une conséquence possible : devoir recourir au glyphosate

L’absence de perturbation du sol au semis a cependant une contrepartie importante : elle peut imposer l’usage d’un glyphosate en amont pour semer sur sol propre.

En effet, si l’on choisit de ne pas retravailler le sol juste avant le semis, on ne peut pas se permettre de semer dans des adventices déjà installées, surtout lorsqu’il s’agit de graminées problématiques comme les ray-grass, souvent résistants.

Jérôme Labreuche mentionne quelques cas où des repousses peuvent être gérées après semis :

  • un colza semé dans des repousses de blé, avec possibilité de rattrapage par antigraminées
  • du blé dans des repousses de colza, parfois gérables ensuite

Mais dès qu’il s’agit de graminées difficiles, il estime qu’il ne faut surtout pas prendre ce risque.

Une limite réglementaire derrière labour

Enfin, il rappelle qu’il existe aussi une limite réglementaire : derrière un labour, le recours au glyphosate n’est en principe pas autorisé, sauf cas particulier de labour très précoce en été sur sols argileux hydromorphes.

Conclusion

La synthèse présentée par Jérôme Labreuche conduit à un message assez net :

  • le faux-semis stimule bien les levées d’adventices en interculture, mais souvent assez modestement
  • dans la culture suivante, son effet apparaît très faible, voire nul dans de nombreux cas, en particulier en blé
  • son efficacité est sans doute surestimée dans les discours techniques
  • à l’inverse, la perturbation du sol au moment du semis a un effet beaucoup plus clair sur les levées
  • éviter cette perturbation peut réduire de moitié les levées d’adventices, à condition de réussir à semer sur un sol propre

Autrement dit, le faux-semis ne doit pas être considéré comme un levier majeur isolé. S’il a une place, elle semble limitée, et il doit être replacé dans une stratégie plus large, combinant d’autres leviers agronomiques comme la rotation, le décalage de date de semis ou la gestion de la perturbation du sol au semis.