Conservation des sols : 20 ans d'expérience en Normandie, Sylvain Delahaye
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Merci à Sylvain Delahaye pour nous avoir ouvert les portes de sa ferme !
Cette vidéo a été réalisée dans le cadre du projet CoAgroEco, avec le soutien de la région Normandie et de l'Union Européenne.
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Chapitrage :
00:00:00 Zapping d’introduction
00:01:17 Présentation et historique
00:07:49 Transition vers le semis direct
00:22:01 Les débuts en semis direct
00:40:10 Le système actuel
00:43:57 Labellisation en conservation des sols
00:47:21 Rotation et couverts végétaux
00:55:00 Les ravageurs en semis direct
00:59:48 Itinéraires techniques
00:52:19 Le colza
01:08:33 Le blé
01:15:52 Couvert court entre blé et orge
01:18:26 L’orge d’hiver
01:19:13 Couvert long entre orge et pois
01:21:13 Le pois
01:23:39 Gestion des matières organiques
01:28:38 Rendements
01:32:35 Evolution des charges
01:37:18 Biodiversité et érosion
01:38:33 Qualité de la production et gestion de l’azote
01:41:09 Matériel
01:53:23 Tour de plaine
02:03:57 Parcelle de blé
02:15:05 Parcelle d’orge d’hiver
02:22:33 Transmission
02:26:08 Un conseil pour se lancer ?
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Conservation des sols : 20 ans d’expérience en Normandie, Sylvain Delahaye
L’agriculture de conservation des sols (ACS) est une pratique qui, au-delà de la technique, transforme profondément le métier d’agriculteur. Sylvain Delahaye, exploitant en Normandie, partage son expérience de plus de vingt ans sans travail du sol, une transition qu’il a entreprise d’abord par pragmatisme économique avant de devenir un passionné de la biologie des sols.
L’évolution vers l’agriculture de conservation
Sylvain Delahaye s’est installé il y a plus de 40 ans dans un système traditionnel et conventionnel, orienté vers l’élevage bovin. Jusqu’en 1996, le système reposait sur une logique d’assurance “tous risques” : recours systématique au labour classique, forte mécanisation (tracteurs de 220 chevaux) et application stricte des ordonnances de la coopérative et de la Chambre d’agriculture.
La crise de la vache folle et le départ en retraite de ses parents en 1996 l’ont forcé à repenser son modèle économique. Confronté à des rendements plafonnés et des charges de structure exorbitantes (consommation de carburant, usure des machines, coûts des intrants), il a décidé de tester des méthodes de simplification. Après quelques années de tâtonnements infructueux en TCS (techniques culturales simplifiées) qui ne solutionnaient pas ses problèmes de structure et d’érosion, il a pris la décision radicale de passer à l’agriculture de conservation et au semis direct sur la totalité de son exploitation.
Les piliers de la réussite
Pour Sylvain Delahaye, la réussite en ACS ne repose pas sur une recette unique, mais sur une combinaison de facteurs :
- L’approche économique globale : Il insiste sur le fait qu’il ne faut pas viser uniquement la rentabilité d’une culture à l’instant T, mais raisonner à l’échelle de la rotation complète et de la pérennité de l’exploitation.
- La vie du sol : Le nombre de vers de terre sur ses parcelles a été multiplié par 20 en 20 ans, atteignant environ 200 individus au m². Cette activité biologique est le moteur de la fertilité.
- La couverture permanente : “Il faut que le sol soit toujours couvert”. Que ce soit par des cultures intermédiaires ou des résidus, la protection du sol contre l’érosion et le maintien de la nourriture pour la faune du sol sont cruciaux.
- La gestion des ravageurs : Le campagnol est le principal défi. Il recommande une approche préventive : installer des perchoirs à rapaces (2 piquets par hectare), favoriser les prédateurs naturels comme les renards et intervenir ponctuellement uniquement en cas de forte infestation.
Stratégie technique et mécanisation
L’ACS a permis à l’exploitation de diviser par deux le nombre de chevaux de traction nécessaires. Sylvain Delahaye utilise des semoirs à disques brésiliens très robustes, capables de travailler en conditions sèches comme humides.
- Fertilisation : Il a abandonné les apports massifs de phosphore et de potasse, constatant que la structure racinaire plus profonde des plantes permet d’aller puiser les réserves minérales dans l’argile du sous-sol. Il maintient toutefois ses doses d’azote, jugeant dangereux de les réduire avant que la minéralisation du sol ne soit pleinement établie.
- Pulvérisation : Pour optimiser les coûts et réduire l’impact environnemental, il pratique le “bas volume”. En utilisant des buses et des filtres adaptés, il divise par deux ou trois les volumes d’eau par hectare, ce qui permet une meilleure efficacité des produits de contact tout en limitant les charges.
- Gestion du risque : Il prône la prudence : ne pas tenter l’ACS sur de petites parcelles isolées (10 % de la ferme) sans un investissement personnel total, car l’échec est alors quasi inévitable. Il conseille de se lancer sur la totalité de la surface pour forcer l’apprentissage et l’adaptation.
Bilan et perspectives
Après 20 ans, le constat est clair : l’érosion a quasiment disparu et la portance des sols s’est considérablement améliorée, permettant des interventions dans les champs bien plus flexibles. La qualité nutritionnelle des grains, notamment le taux de protéines dans le blé, a progressé de manière significative.
Pour Sylvain Delahaye, l’ACS est avant tout une source de “dé-stress” professionnel. En acceptant de travailler plus lentement (vitesse de semis réduite pour un placement optimal), il a retrouvé une sérénité face aux aléas climatiques et une véritable passion pour l’agronomie. Son conseil pour ceux qui souhaitent se lancer : “Allez voir ailleurs, formez-vous, et remettez l’agronomie au centre du sujet.”