Visite commentée de l'élevage, par Jean -François Samarcelli et Gaec Lama

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

Dans cette visite commentée de l’élevage du Gaec Lama, Jean-François Samarcelli présente une exploitation diversifiée : troupeau de brebis avec transformation fromagère, vente d’une partie du lait, élevage bovin, oliviers en restructuration et production raisonnée de bois de chauffage. Il explique surtout sa gestion pastorale de milieux difficiles, avec des vaches qui montent en estive jusqu’au col de Tende, parcourant 15 à 20 km pour valoriser des espaces peu accessibles et laisser reposer les pâturages. La visite met en avant une logique simple : utiliser d’abord l’animal pour entretenir les milieux, et réserver les outils mécaniques comme le girobroyeur au rattrapage. Les échanges portent aussi sur l’intérêt des arbres fourragers, notamment le frêne, le mûrier ou le noisetier, pour nourrir les animaux, protéger les sols, apporter de l’ombre et renforcer la résilience du système d’élevage face aux contraintes du terrain et du climat.

auto_awesome
Résumé
Dans cette visite commentée de l’élevage du Gaec Lama, Jean-François Samarcelli présente une exploitation diversifiée : troupeau de brebis avec transformation fromagère, vente d’une partie du lait, élevage bovin, oliviers en restructuration et production raisonnée de bois de chauffage. Il explique surtout sa gestion pastorale de milieux difficiles, avec des vaches qui montent en estive jusqu’au col de Tende, parcourant 15 à 20 km pour valoriser des espaces peu accessibles et laisser reposer les pâturages. La visite met en avant une logique simple : utiliser d’abord l’animal pour entretenir les milieux, et réserver les outils mécaniques comme le girobroyeur au rattrapage. Les échanges portent aussi sur l’intérêt des arbres fourragers, notamment le frêne, le mûrier ou le noisetier, pour nourrir les animaux, protéger les sols, apporter de l’ombre et renforcer la résilience du système d’élevage face aux contraintes du terrain et du climat.

Le 22 juin 2021, la Chambre régionale d’agriculture de Corse et Ver de Terre Production organisaient à Pietralba une journée technique dédiée à l’élevage. Au programme : des interventions d’experts, des témoignages d’éleveurs et une visite dans l’exploitation du Président de la Chambre d’agriculture. Tout au long de cette journée, les participants, principalement professionnels de l’élevage, ont pu saisir le rôle qu’ils et elles ont à jouer dans la lutte contre le réchauffement climatique. Dans ce contexte particulièrement sensible à ces dérèglements qu’est la Corse, une approche renouvelée offre un nouvel horizon pour l’élevage insulaire.




Présentation de l’élevage du Gaec Lama

Cette visite commentée de l’élevage est présentée par Jean-François Samarcelli, au sein du Gaec Lama. Il explique d’abord le contexte dans lequel cette journée a été organisée.

Avant même de rencontrer les intervenants, et avant que le groupe ne vienne sur place, l’exploitation ne mettait pas forcément de mots précis sur certaines pratiques. Jean-François Samarcelli explique qu’ils ne parlaient pas forcément « d’écologie » au sens théorique, mais qu’ils faisaient déjà des choses qui allaient dans ce sens sans forcément le savoir. Lorsqu’il a fallu organiser cette journée, il a donc été décidé d’accueillir le groupe sur l’exploitation, notamment parce que le lieu était pratique : un endroit stratégique pour manger, avec du stationnement à proximité, et proche de la nationale.

Il raconte avec humour que cela a fait sourire Marion, qui lui a fait remarquer que ce côté « recherche » ou expérimental correspondait justement bien à l’esprit de la journée. Il insiste sur le fait qu’ils écoutent, qu’ils observent, et qu’ils sont prêts à se former s’il le faut.

L’organisation du Gaec Lama

Jean-François Samarcelli présente ensuite les personnes qui composent le Gaec Lama.

Il indique d’abord qu’il y a son frère, qui s’occupe de tout ce qui est machinisme, mécanique et matériel. C’est celui qui prend en charge cette partie plus technique, et Jean-François le décrit comme « le kamikaze » qui fait tout cela.

Il mentionne aussi le jeune de l’exploitation, désormais associé, qui est arrivé depuis quelques saisons. Il le présente de manière très directe, en disant qu’il a eu des saisons « un peu turbulentes », mais qu’aujourd’hui il approche de la trentaine, qu’il fait partie de la jeune équipe, qu’il est associé, et qu’il reprendra ensuite l’exploitation.

Enfin, il cite sa femme, qui s’occupe de la transformation fromagère.

Les productions de l’exploitation

L’exploitation repose sur plusieurs ateliers.

Il y a d’abord un troupeau de brebis. Une partie du lait est vendue à des laiteries, tandis qu’une autre partie est transformée sur place.

Il y a aussi des vaches, visibles lors de la visite.

Le Gaec produit également un peu d’huile d’olive, avec un travail en cours de restructuration des vieilles oliveraies.

À cela s’ajoute une activité de bois de chauffage. Jean-François Samarcelli précise cependant que cette activité est menée de façon raisonnée. L’objectif n’est pas de faire du bois pour faire du bois, ni de produire des stères à tout prix, mais de nettoyer les milieux. Le bois récupéré au fur et à mesure est ensuite valorisé, et quelques stères sont vendus, ce qui permet de couvrir une partie des frais de l’élevage.

Un troupeau adapté à des milieux difficiles

Jean-François Samarcelli attire ensuite l’attention sur les vaches et sur leur capacité d’adaptation.

Une grosse moitié du troupeau est déjà montée plus haut, vers le col de Tende. Les vaches présentes sur place au moment de la visite n’étaient pas encore montées, notamment parce qu’elles avaient été gardées pour montrer leur comportement et leur résilience dans les milieux observés pendant la journée.

Il souligne que les milieux sont difficiles. Lorsque les nuages se lèvent, on voit bien à quel point le terrain est rude. Les vaches partent depuis le secteur proche de la nationale et montent sur le plateau de Tende. Ce déplacement représente, d’après les calculs évoqués, entre 15 et 20 kilomètres. Elles y montent et y restent jusqu’au mois d’octobre, avant de redescendre.

Le fait qu’elles soient encore présentes au moment de la visite est donc assez exceptionnel, car d’ordinaire elles sont déjà en estive à cette période.

Le repos des pâturages et la logique pastorale

Le départ des animaux vers les hauteurs permet aussi de laisser reposer les pâturages plus bas. Jean-François Samarcelli reprend ici une idée évoquée plus tôt dans la journée : cette mobilité contribue au repos, à la restructuration et à la régénération des surfaces pâturées.

Cette logique repose donc sur une circulation des animaux dans différents espaces, afin de ne pas tout faire porter au même endroit et de laisser les milieux se reconstituer.

Les travaux d’ouverture des milieux

Jean-François Samarcelli explique ensuite ce qui a été fait sur les parcelles visibles autour du groupe.

Il insiste sur le fait qu’il n’y a rien eu « d’extraordinaire » au sens technique ou spectaculaire. Le choix n’a pas été de tout bouleverser avec de gros moyens mécaniques ou des travaux lourds de bulldozer. L’idée a plutôt été d’ouvrir les milieux les plus fermés, tout en laissant volontairement des zones refuges ici et là.

Les prochaines interventions consisteront surtout à couper certaines branches et à entretenir les arbres. Ce travail aura plusieurs fonctions :

  • produire du bois de chauffage ;
  • fournir une ressource alimentaire hivernale pour les vaches ;
  • continuer à gérer l’ouverture du milieu.

Jean-François Samarcelli explique qu’un essai a été mené un peu plus bas, dans un creux, mais qu’il a été fait trop tard, faute de temps, parce qu’il y avait d’autres travaux à mener. Dans ce cas précis, les branches coupées avaient encore leurs feuilles. Or, les vaches n’aiment pas forcément manger ces feuilles tard en saison. Après un certain moment, elles ne consomment plus ce qui tombe au sol. Cela donne donc davantage de travail, car il faut ensuite gérer les branches restées au sol avec leurs feuilles.

D’habitude, ce type de travail est plutôt réalisé en plein hiver. À ce moment-là, les branches tombées sont consommées plus facilement, les feuilles sont mangées, et il ne reste surtout que les rameaux et les branches.

La maîtrise du foncier et la responsabilité sur les milieux

Jean-François Samarcelli développe ensuite une réflexion plus générale sur le foncier et sur la responsabilité des éleveurs vis-à-vis des espaces.

Il reprend une formule qu’il dit avoir « copiée » : la terre n’appartient à personne si l’on n’en prend pas soin. Autrement dit, même si juridiquement un terrain est à quelqu’un, cela n’a pas beaucoup de sens si personne ne l’entretient réellement.

Dans cette logique, le Gaec travaille sur ce qui lui appartient, mais intervient aussi parfois un peu sur des espaces qui ne lui appartiennent pas directement, parce que si un incendie arrive, le feu, lui, ne fait pas la différence entre les propriétaires. Ensuite, explique-t-il, on ne retrouve pas toujours les responsables. Sa philosophie reste donc la même : à partir du moment où l’on est là, il faut prendre soin du territoire.

Utiliser l’animal plutôt que la machine

Jean-François Samarcelli insiste sur un point central de son approche : lorsqu’il ouvre une zone, le plus important est ensuite que les vaches y aillent et qu’elles y fassent le bon travail.

Toute la difficulté est là :

  • si elles pâturent trop, elles dégradent ;
  • si elles ne pâturent pas assez, le milieu se referme.

L’objectif est donc de trouver le juste niveau d’intervention animale.

Il reconnaît cependant que c’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y paraît, notamment quand les surfaces sont vastes et que le nombre d’animaux est limité. Avec environ 60 vaches sur un espace très étendu, il est difficile de tout gérer uniquement avec elles. C’est pourquoi il avance l’idée que le vrai travail de conduite pastorale consiste à utiliser l’animal autant que possible, et à ne faire intervenir les outils mécaniques qu’en second recours.

Dans cette perspective, le girobroyeur devrait être un outil de rattrapage, utilisé quand l’animal n’a pas réussi à faire le travail attendu, plutôt qu’un outil principal de gestion. Jean-François Samarcelli ne prétend pas avoir la solution technique complète, mais il propose cette orientation comme piste de travail.

La relation à l’animal et la notion de bulle de tolérance

Un passage de la visite revient sur la manière d’observer les animaux.

L’idée est de se mettre face à une vache, d’avancer régulièrement, et d’observer à quelle distance elle commence à bouger. Cela permet d’évaluer ce qui est appelé sa bulle de tolérance.

Par exemple :

  • si la vache s’éloigne à 15 mètres, cela signifie qu’elle a une bulle de tolérance assez large ;
  • si l’on peut aller jusqu’au contact, cela indique au contraire une bulle très petite, et donc une relation beaucoup plus avancée entre l’humain et l’animal.

Cette observation est présentée comme un indicateur de la qualité de la relation et du niveau de familiarité des animaux avec la présence humaine.

Le potentiel fourrager immense de l’arbre

Une grande partie des échanges porte sur le potentiel de l’arbre dans ces systèmes d’élevage.

Il est expliqué que l’on pourrait facilement planter ou laisser pousser des milliers de frênes, mais aussi du mûrier, du tilleul, du noisetier et d’autres essences. Le potentiel est décrit comme énorme.

L’arbre est envisagé ici comme une ressource fourragère directe. Il est question d’arbres conduits de manière à pouvoir monter dans leur structure, mécaniser certaines opérations, faire tomber des branches, et nourrir les animaux avec cela. Les branches apportent aussi de la matière au sol : elles protègent le terrain, favorisent l’herbe et participent à l’équilibre global du milieu.

Dans les zones humides, il est proposé de ramener des essences adaptées, avec un feuillage plus facile à gérer. Il est aussi rappelé que certaines essences sont déjà présentes localement, comme l’érable de Montpellier, ce qui signifie que la génétique et les arbres-mères existent déjà sur place.

Des zones basses à fort potentiel

Les parties basses du site, plus accessibles, sont présentées comme ayant un potentiel particulièrement important.

Il est suggéré qu’en travaillant ces zones, on pourrait aller vers des formes de conduite rappelant certains paysages du Marais poitevin, avec des frênes têtards ou des arbres conduits sur plusieurs étages. L’idée n’est pas seulement de laisser pousser les arbres, mais de les conduire, de les former, de les travailler pour optimiser leur production de biomasse, leur solidité et leur utilité pour le troupeau.

Un exemple est donné avec des frênes observés ailleurs, dans des conditions encore plus difficiles, mais pourtant beaucoup plus développés. Cela sert à montrer à quel point la production de biomasse et de fourrage peut devenir importante si les arbres sont bien conduits.

Produire du fourrage avec très peu d’énergie

La mécanisation légère est évoquée comme un levier intéressant. Il est question de jeunes qui ont adapté une mini-pelle avec un sécateur. Avec très peu de carburant, il serait alors possible de produire une quantité importante de nourriture pour le troupeau.

Le rapport entre l’énergie consommée et la quantité de fourrage produite est présenté comme très favorable. Cela renforce l’idée que l’arbre peut devenir un levier très puissant dans la résilience alimentaire du système d’élevage.

Compléter l’herbe par la ressource arborée

Dans ces milieux, les animaux pâturent souvent à hauteur d’animal, simplement parce qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à consommer. Dans ce contexte, renforcer la présence de l’arbre et apporter de la branche lorsque c’est nécessaire peut contribuer à rééquilibrer beaucoup de choses.

L’exemple des 5 000 frênes est donné pour montrer que ce qui paraît énorme ne l’est pas forcément à l’échelle du troupeau. Si ces arbres sont taillés tous les cinq ans, cela représente une ressource régulière. L’idée n’est pas nécessairement de nourrir les animaux uniquement avec cela, mais de disposer d’un complément lorsque l’herbe commence à manquer ou à être menacée.

L’arbre apporte alors de la souplesse au système :

  • il permet de relayer l’herbe ;
  • il sécurise l’alimentation ;
  • il donne des alternatives selon les périodes ;
  • il offre une ressource localisée, organisée, facile à mobiliser.

L’objectif n’est pas forcément de compliquer le système en distribuant tous les jours de l’arbre et de l’herbe de manière très fine, mais de disposer de relais fonctionnels, notamment dans les périodes où les prairies sont sous tension.

Conduire les arbres pour faire de l’ombre utile et relancer l’herbe

La fin de l’intervention insiste sur la manière de conduire certains arbres.

L’idée est de sélectionner plusieurs arbres et de les former pour faire une sorte de parasol. Il est question d’un système conduit sur plusieurs brins, dans lequel on gère la lumière de façon très précise. L’objectif est de créer une ombre portée une bonne partie de la journée, favorable à la pousse de l’herbe.

La finesse de cette gestion consiste à laisser entrer une juste quantité de lumière :

  • assez pour que l’herbe pousse ;
  • pas trop pour ne pas griller le sol ni assécher excessivement le milieu.

C’est cette maîtrise fine de l’ombre et de la lumière qui permettrait de retrouver plus facilement de l’herbe sous les arbres.

Enfin, il est rappelé que, au-delà des arbres eux-mêmes, toute la strate arbustive est également très importante dans l’équilibre du système.