Un bocage productif et rentable - GAEC du Mont Hardy
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Présentation de la ferme
Gilles Delaunay, 56 ans, est installé depuis 1997 au GAEC du Mont Hardy. L’exploitation compte aujourd’hui 132 hectares, avec trois associés et un salarié à mi-temps.
La ferme est en agriculture biologique depuis les années 2000. Elle fonctionne en système de polyculture-élevage de plaine.
L’élevage comprend environ :
- 75 vaches laitières, pour une production située selon les années entre 500 000 et 550 000 litres de lait ;
- environ 35 truies.
L’atelier porcin est conduit en bio depuis 2013, car auparavant il n’existait pas de filière adaptée.
Une ferme bocagère avec un plan de gestion
La ferme a toujours conservé des haies, et le linéaire bocager atteint aujourd’hui environ 18 kilomètres de haies sur les 132 hectares.
Un plan de gestion des haies a été mis en place en 2010. Il permet d’estimer une production annuelle d’environ 450 m³ de bois prélevables, sans entamer le capital arboré.
L’idée exprimée est simple : il s’agit de produire du bois sans toucher au capital, autrement dit de ne prélever que ce que la haie produit.
Organisation du bocage et plantations
Le système comprend principalement du bocage extra-parcellaire, c’est-à-dire des haies autour des parcelles. En complément, depuis une dizaine d’années, environ 450 arbres ont été plantés en intra-parcellaire.
Ces plantations ont été réalisées sous forme de bandes espacées de 27 mètres, dans une logique d’essai. Les arbres ont été pensés selon deux objectifs :
- une partie pour produire du bois d’œuvre ;
- une partie pour produire du bois énergie par recépage ou taille régulière.
L’observation faite sur la ferme est que les arbres implantés en milieu de parcelle poussent très vite.
En complément, la ferme compte aussi environ 5 hectares de prés-vergers, avec principalement des pommiers et quelques poiriers, pâturés par les animaux.
Restaurer les haies plutôt que les arracher
Un point important est soulevé sur les plantations de haies : selon Gilles Delaunay, il vaut souvent mieux restaurer une haie vieillissante que l’arracher pour la replanter.
L’expérience menée sur la ferme montre qu’après arrachage et replantation, la haie met du temps à retrouver son fonctionnement écologique, et laisse s’installer davantage de plantes indésirables. Il privilégie donc une logique de rénovation des haies existantes.
Les usages du bois sur la ferme
Les plaquettes de bois produites sur l’exploitation sont utilisées de plusieurs façons :
- pour le chauffage ;
- pour la litière animale.
Une chaufferie alimente les trois maisons autour de la ferme ainsi que les bâtiments agricoles.
= Le chauffage
Avant l’installation de la chaudière bois, les deux grandes maisons de ferme consommaient environ 6 000 à 7 000 litres de fioul. Cette consommation a été remplacée par environ 100 m³ de plaquettes.
La chaudière a représenté un investissement d’environ 35 000 euros, avec à l’époque plus de 60 % de subventions. Dans ces conditions, le retour sur investissement a été d’environ deux ans.
Pour Gilles Delaunay, lorsqu’un agriculteur produit lui-même son bois, dispose des outils et de la place nécessaire, il n’y a guère d’hésitation à avoir dès lors que la consommation énergétique équivaut à plusieurs milliers de litres de fioul.
= La litière bois
La ferme utilise aussi le bois en litière. Ce système a d’abord été testé sur les porcs, sur une zone de déjections très salissante. Le bois a montré un pouvoir absorbant estimé à près de quatre fois supérieur à celui de la paille.
Le système a ensuite été étendu, et aujourd’hui la ferme fonctionne en litière accumulée 100 % bois pour l’ensemble des animaux.
En pratique :
- une couche de départ d’environ 20 cm est mise en place ;
- la litière est ensuite entretenue régulièrement ;
- un rajout de matériau est effectué environ tous les deux mois.
Le curage en cours d’hiver a été abandonné. D’après l’expérience de l’éleveur, les animaux sont plus propres qu’avec une litière paillée, même si l’aspect visuel peut sembler moins confortable au premier abord.
Un autre avantage cité concerne les chaleurs : les animaux « cassent » facilement une litière de paille, alors qu’ils dégradent beaucoup moins une litière bois.
Sur le plan du travail, le gain est important : pour une stabulation d’environ 50 animaux, l’entretien représente environ 15 minutes par semaine, alors qu’un système paillé imposait de distribuer la paille deux à trois fois par semaine, avec en plus un curage intermédiaire pendant l’hiver.
Pour les veaux, le système est également utilisé en cases collectives avec accès extérieur.
Gestion des haies
La ferme coupe environ un kilomètre de haie par an. Lorsqu’une haie est exploitée, elle est recépée au plus près du sol pour les essences qui s’y prêtent.
Les principales essences citées sont :
- le frêne ;
- un peu de châtaignier ;
- l’aubépine ;
- le saule ;
- l’aulne.
En parallèle, un travail d’élagage est réalisé sur certaines trognes, notamment des chênes anciens qui avaient été délaissés depuis une soixantaine d’années. La remise en état est progressive : seules certaines têtes sont coupées chaque année afin d’éviter de faire mourir les arbres. Certaines branches atteignent jusqu’à 50 cm de diamètre.
Matériel collectif et organisation
Autour de cette dynamique, une CUMA a été créée. Elle dispose notamment :
- de deux déchiqueteuses à bois ;
- d’un sécateur sur pelle ;
- d’outils accessoires comme un casse-bois, un treuil de débardage et une pince pour fendre les gros morceaux.
Le recours au matériel collectif est présenté comme un levier majeur pour améliorer :
- la sécurité ;
- le confort de travail ;
- les rendements de chantier ;
- la qualité de l’organisation.
Conditions de réussite pour la production de bois
Selon l’expérience rapportée, plusieurs points sont importants pour garder des haies productives :
- couper à ras pour favoriser la reprise sur les essences adaptées ;
- ne pas faire pâturer trop près ;
- laisser un espace suffisant entre la clôture et la haie.
Sur la ferme, une observation a été faite après coupe : lorsque la clôture était placée à seulement 50 cm de la haie, la repousse était environ deux fois moins importante que du côté où la clôture était plus éloignée.
L’idée défendue est qu’il faut laisser la haie développer du volume, notamment son houppier, car plus elle dispose de surface végétative, plus elle produit.
Intérêts agronomiques des haies
Le témoignage insiste fortement sur les effets des haies au-delà de la seule production de bois.
Biodiversité et régulation des ravageurs
Depuis l’arrêt de l’usage d’anti-limaces, Gilles Delaunay observe que la haie joue un rôle de réservoir de biodiversité. Il cite en particulier les carabes, prédateurs importants des limaces.
Dans le système de culture de la ferme, ces équilibres semblent suffisants pour ne pas être gêné par les limaces.
Effets sur le microclimat
Lors de la dernière canicule, il a été observé que les champs avec haies conservaient plus d’air que les zones totalement ouvertes. Les haies apportent ainsi à la fois de la protection contre le chaud et contre le froid, avec des effets positifs pour les cultures et les prairies.
Système de culture
La rotation de la ferme est d’environ 9 ans :
- 6 ans d’herbe ;
- 3 ans de culture.
La ferme cultive environ 21 hectares de céréales.
Coûts de chantier et repères économiques
Quelques repères économiques sont donnés sur la production de bois :
- le coût de la pelle avec sécateur est estimé à environ 5 €/m³ ;
- la déchiqueteuse revient à moins de 5 €/m³ lorsque le chantier est bien organisé.
Quelques équivalences de volume sont également rappelées :
- 1 m³ de bois déchiqueté correspond environ à 3 m³ de bois en vrac à la tonne verte ;
- il faut environ 4 m³ de bois pour obtenir une tonne de bois sec.
Le message principal est qu’avec le prix de l’énergie, il existe aujourd’hui un besoin de bois important, et que le bocage peut constituer un revenu complémentaire intéressant pour les agriculteurs, tout en rendant de nombreux services à l’exploitation.
Intérêt économique de la litière bois
Sur la litière, Gilles Delaunay estime que le coût direct est globalement proche de celui d’un système paillé, avec seulement une légère économie sur l’achat de paille.
En revanche, le vrai gain se situe dans :
- le temps de travail économisé ;
- la baisse des manutentions ;
- la diminution des passages de matériel ;
- le confort des animaux et de l’éleveur.
Il évoque un gain d’environ 3 à 4 heures de travail par semaine.
Valorisation agronomique du fumier bois
Le fumier issu des litières bois est ensuite valorisé sur les terres de la ferme. Il est mélangé avec des fumiers plus pailleux, puis composté.
La ferme utilise pour cela un outil de CUMA permettant de mélanger et retourner les andains.
Le compost obtenu est ensuite épandu sur les prairies, parfois après les fauches de printemps. Le produit est décrit comme très bien accepté par l’herbe. Dans certains cas, les vaches ont pu revenir pâturer sur une prairie quinze jours après épandage, sans effet négatif visible.
Ce compost présente aussi un avantage logistique important : il offre une grande souplesse de calendrier d’épandage. Là où beaucoup d’exploitations doivent épandre au printemps, le système permet ici d’intervenir plus tard, en juin ou en juillet, avec un produit assimilé à un véritable fertilisant organique.
Une vision de l’arbre agricole
À travers ce témoignage, l’arbre apparaît comme un élément central du système de production. Il est présenté à la fois comme un outil de :
- protection ;
- production ;
- régulation biologique ;
- accumulation de matière organique ;
- chauffage ;
- autonomie.
Le bocage est ainsi décrit comme à la fois productif et rentable, tout en renforçant la résilience agronomique de la ferme.