Rencontres 2013 : atelier mecanisation - Xavier Dubreucq
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Principe de l’occultation
Cette intervention présente rapidement la technique de l’occultation, d’abord développée et utilisée en maraîchage conventionnel, puis reprise pour ses intérêts agronomiques plus larges.
Le principe est simple : il s’agit de dérouler un plastique sur le sol afin de le couvrir temporairement.
Cette technique présente plusieurs intérêts :
- détruire des couverts végétaux sans travailler le sol mécaniquement ;
- détruire des faux semis ;
- aider à réaliser des faux semis ;
- protéger la surface du sol, notamment du point de vue de la structure.
L’idée importante est donc qu’on peut obtenir une destruction de la végétation ou une préparation du sol sans intervention mécanique directe sur celui-ci.
Choix du plastique
L’intervenant insiste sur le fait que le choix du plastique est essentiel. Il distingue plusieurs types de films utilisables :
- les plastiques tissés ;
- les plastiques polyéthylène simples ;
- les plastiques de paillage ;
- les voiles ou films de type P17.
Deux questions principales se posent :
- comment poser le plastique et comment le faire tenir ;
- quel type de plastique utiliser selon l’usage recherché.
Si l’on souhaite utiliser un plastique pendant longtemps, il faut un matériau plus épais et plus coûteux, mais aussi plus durable.
La question du plastique microperforé ou non microperforé dépend de l’objectif :
- si le plastique est microperforé, l’eau de pluie peut traverser ;
- si le plastique n’est pas microperforé, il protège complètement la surface du sol.
L’intervenant souligne que, dans les situations qu’il observe, le paillage non microperforé préserve très bien la structure du sol, y compris dans des sols ayant une mauvaise stabilité structurale. L’idée est que, si le sol n’est jamais retravaillé, sa structure de surface peut se maintenir correctement.
Il évoque également l’idée que, lorsque « la machine du sol vivant » est bien en route, les plastiques microperforés ou tissés peuvent probablement très bien convenir.
Comment poser le plastique
Le point central de cette intervention dans l’atelier mécanisation concerne la pose du plastique.
L’intervenant avait vu fonctionner une machine de paillage capable de dérouler mécaniquement un film de paillage, avec l’avantage de permettre ensuite un retrait facile à la main et donc une réutilisation du plastique.
En revanche, avec les pailleuses classiques du commerce, la récupération du plastique en bon état devient plus difficile. Il cite notamment :
- les pailleuses qui enterrent le plastique de façon continue ;
- les pailleuses à soc ;
- les pailleuses de type « CM », avec de grands disques qui font pénétrer le plastique dans des fentes droites.
Dans ces cas, il devient difficile de récupérer le plastique sans le déchirer, et sa reprise n’est pas facilitée.
Une alternative simple pour les maraîchers
Pour les maraîchers de taille modérée, une alternative consiste à dérouler le plastique à la main, ou avec un tracteur portant une bobine déportée. Le plastique est alors simplement déroulé, puis des ouvriers fixent le bord avec une pelle de terre tous les 4 mètres.
D’après l’intervenant, ce système fonctionne très bien, y compris dans des conditions ventées, par exemple en vallée du Rhône, sur des planches orientées est-ouest face au mistral. Le plastique tremble, mais ne bouge pas.
Fixation du plastique : terre ou sacs
Deux solutions de fixation sont décrites.
Fixation avec de la terre
La première consiste à maintenir le plastique avec des pelles de terre tous les 4 mètres.
L’inconvénient est qu’il faut prélever cette terre quelque part, donc remuer du sol, ce qui peut favoriser la levée d’adventices. Cela constitue une contrainte par rapport aux objectifs de non-perturbation du sol.
Fixation avec des sacs
La deuxième solution consiste à remplacer la terre par des sacs lestés.
Dans ce cas, il faut prévoir un sac tous les 4 mètres de chaque côté de la planche. L’intervenant donne un ordre de grandeur : avec environ 5 000 mètres de planches à l’hectare, cela représente environ 1 250 sacs à gérer.
Cela implique une logistique de manutention importante, par exemple avec des palox remplis de sacs. Ces sacs peuvent être remplis de terre ou de sable.
L’intérêt de cette solution est surtout visible lors de la récupération du plastique : si le P17 ou un autre film est maintenu par des sacs, il est beaucoup plus facile à récupérer sans le déchirer.
Le point clé pour que le plastique tienne au vent
L’intervenant insiste fortement sur un point pratique qu’il considère comme essentiel : les tas de terre ou les sacs doivent être placés côte à côte, et non en quinconce.
Autrement dit :
- ils doivent être alignés de part et d’autre du plastique ;
- ils ne doivent pas être décalés.
La raison est simple : si le vent peut rentrer sous le film, il faut qu’il puisse ressortir. Si les points de maintien sont disposés en quinconce, le vent s’engouffre différemment, et le plastique risque de s’envoler au premier coup de vent.
Il signale avoir vu le cas chez un agriculteur qui, en modifiant cette disposition, a vu son dispositif échouer immédiatement.
Exemple de machine observée en Espagne
L’intervenant mentionne une machine observée en Espagne : une dérouleuse de type pailleuse, très basique, mais avec une particularité importante.
Il s’agit d’une pailleuse à soc dont les deux socs sont solidaires l’un de l’autre par un système simple, de façon à ce que les tas de terre soient toujours déposés côte à côte, en parallèle, avec un espacement d’environ 4 mètres.
Selon lui, cette disposition garantit la bonne tenue du plastique.
Il précise aussi avoir vu, chez un autre constructeur, un système automatisé directement commandé depuis la cabine.
Réutilisation du plastique et intégration dans l’itinéraire technique
L’un des grands intérêts de cette méthode de pose est qu’elle permet de récupérer facilement le plastique pour le réutiliser plus tard.
Mais l’intervenant explique qu’il existe aussi une autre option, déjà bien développée : profiter du paillage déjà en place après son utilisation pour l’occultation ou la destruction d’un couvert végétal.
Dans ce cas, on peut utiliser :
- des rouleaux à microperforation, qui réalisent de petits trous permettant ensuite à l’eau d’aspersion de pénétrer ;
- des rouleaux à macroperforation, qui font des trous assez grands pour implanter des mottes de salade ou d’autres plants.
Ainsi, le film utilisé d’abord pour l’occultation peut ensuite être intégré dans la conduite de culture.
Récupération du plastique
Concernant la récupération, l’intervenant mentionne des machines équipées d’un rouleau hydraulique en bout de champ. Il dit avoir déjà vu, il y a plus de vingt ans, des maraîchers récupérer ainsi les plastiques de chenilles de fraises pour les réutiliser plusieurs années.
Il insiste sur un autre avantage du déroulage manuel ou semi-mécanisé : il n’est pas nécessaire d’avoir des bobines parfaitement enroulées.
En effet, lorsqu’un plastique a été récupéré, il est souvent mal rebobiné. Une pailleuse classique ne parvient généralement pas à le redérouler correctement, car la tension n’est pas régulière et les roues sautent. En revanche, en travaillant de façon manuelle ou semi-manuelle, ce problème disparaît.
Coût des plastiques
L’intervenant donne quelques ordres de grandeur sur les coûts, en précisant que ses chiffres sont approximatifs.
Selon lui :
- un micron de polyéthylène représente environ 15 euros par hectare ;
- le minimum pour un paillage suffisamment résistant est d’environ 25 microns ;
- on arrive donc à environ 400 euros par hectare pour ce type de paillage ;
- pour un paillage en polyéthylène destiné à être récupéré et réutilisé plusieurs fois, il faudrait plutôt monter à 80 microns ;
- dans ce cas, le coût atteint environ 1 200 euros par hectare de plastique en intrants, mais amortissables sur plusieurs années.
Efficacité sur les vivaces
L’intervenant souligne que l’occultation apporte un gain très important chez les producteurs gênés par les adventices vivaces.
Il cite notamment des observations faites dans le nord de la France, où, en été, une occultation de un mois à un mois et demi permettait de tuer du chiendent, alors même que ce n’est pas la région la plus chaude.
Il précise bien qu’il ne s’agit pas ici de solarisation, mais d’occultation :
- la solarisation repose sur l’échauffement du sol ;
- l’occultation repose sur la privation de lumière.
Dans le cas évoqué, le chiendent ne survivait pas dans le noir après un à un mois et demi d’été sous plastique noir.
Limites et questions sur la durée
En fin d’échange, une discussion porte sur la durée nécessaire d’occultation et sur les risques de reprise du chiendent, notamment sous serre.
Il est évoqué que, dans certaines situations, du chiendent peut redémarrer après occultation. La question est alors de savoir :
- à quelle saison l’occultation a été réalisée ;
- combien de temps elle a duré ;
- dans quelle région l’observation a été faite.
L’intervenant rappelle ainsi que l’efficacité dépend du contexte climatique, de la période et de la durée de mise en œuvre.