Réarbrement du territoire grâce au projet agricole, Pierre Chenu

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Dans cette intervention, Pierre Chenu, agriculteur à Yvignac-la-Tour dans les Côtes-d’Armor, présente une ferme laitière conduite depuis 30 ans vers l’autonomie et la fertilité des sols : arrêt du labour, forte place des légumineuses, couverts végétaux, réduction des intrants et hausse de la matière organique. Il explique que cette logique l’a amené à réintégrer les arbres et les haies dans une vision globale de l’exploitation, aux côtés de la biodiversité et même de l’apiculture. Avec d’autres agriculteurs, il a contribué à créer une association pour porter un réarbrement du territoire pensé comme un véritable projet agricole. L’objectif n’est pas seulement de planter, mais de reconnecter les haies au fonctionnement des fermes, de mieux les gérer collectivement, de produire du broyat valorisé sur place, et de faire du bocage un levier durable pour la fertilité, la biodiversité et l’autonomie des systèmes.

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Résumé
Dans cette intervention, Pierre Chenu, agriculteur à Yvignac-la-Tour dans les Côtes-d’Armor, présente une ferme laitière conduite depuis 30 ans vers l’autonomie et la fertilité des sols : arrêt du labour, forte place des légumineuses, couverts végétaux, réduction des intrants et hausse de la matière organique. Il explique que cette logique l’a amené à réintégrer les arbres et les haies dans une vision globale de l’exploitation, aux côtés de la biodiversité et même de l’apiculture. Avec d’autres agriculteurs, il a contribué à créer une association pour porter un réarbrement du territoire pensé comme un véritable projet agricole. L’objectif n’est pas seulement de planter, mais de reconnecter les haies au fonctionnement des fermes, de mieux les gérer collectivement, de produire du broyat valorisé sur place, et de faire du bocage un levier durable pour la fertilité, la biodiversité et l’autonomie des systèmes.

Cette vidéo a été réalisé dans le cadre du Carrefour des Éleveurs 2023 organisé par La Vache Heureuse : https://www.lvh-france.com/




Introduction

Cette séquence s’inscrit dans une journée consacrée à la fertilité des sols. Après des interventions sur la matière organique, les légumineuses et les couverts, l’idée de transition est la suivante : lorsque « la maison est en bon état », les résultats sont au rendez-vous. Dans cette logique, l’intervention de Pierre Chenu et de Thierry élargit la réflexion : après le travail fin sur le sol et les cultures, il s’agit de regarder l’exploitation dans son ensemble, puis l’organisation collective à l’échelle du territoire.

Le thème annoncé est celui du réarbrement du territoire, en lien avec le projet agricole. L’enjeu est de montrer comment les arbres, les haies et le bocage peuvent redevenir des éléments pleinement intégrés aux systèmes agricoles et à la fertilité.

Présentation de Pierre Chenu et de son exploitation

Pierre Chenu se présente comme cultivateur, un terme qu’il dit aimer autant que celui de paysan. Il est installé à Yvignac-la-Tour, dans les Côtes-d’Armor. Avec son épouse, il travaille sur une exploitation de 115 hectares avec un troupeau laitier.

Il explique cultiver l’autonomie depuis une trentaine d’années. Les grandes orientations de l’exploitation ont été prises très tôt :

  • arrêt du labour il y a environ 30 ans ;
  • intégration rapide des légumineuses ;
  • arrêt des insecticides très tôt ;
  • arrêt des fongicides peu après ;
  • recherche d’une augmentation de la matière organique des sols.

Pierre Chenu souligne qu’il se retrouve largement dans ce qui a été présenté par les intervenants précédents, notamment sur le rôle central des légumineuses pour apporter de l’azote. Selon lui, il faut nourrir le sol comme il faut nourrir la vache : il y a une même logique de fonctionnement du vivant.

Il insiste aussi sur les résultats observés sur son exploitation : l’augmentation de la matière organique, passée selon lui d’environ 2 à 5, l’absence de problèmes particuliers de pH, et surtout la capacité de la nature à produire des effets qu’il juge lui-même impressionnants.

Simplifier le travail du sol et réduire les intrants

Dans la continuité de l’arrêt du labour et de la réduction des traitements, Pierre Chenu explique avoir également cherché à simplifier fortement le travail du sol.

Il évoque plusieurs étapes :

  • l’usage ancien du semis direct ;
  • le passage ensuite à un semoir qui gratouillait légèrement la surface, dans l’idée notamment de se passer complètement du glyphosate ;
  • puis, plus récemment, un retour à des outils encore plus simples, avec de nouveau très peu de travail du sol.

Ce retour à la simplicité vient en partie d’un constat pratique : plus on gratouille, plus certains problèmes deviennent difficiles à gérer, notamment les adventices. À ses yeux, revenir à des interventions limitées est une manière de sortir d’une spirale technique.

Penser l’exploitation dans sa globalité

Pour Pierre Chenu, la question ne peut pas être traitée point par point. Il faut regarder l’exploitation dans son ensemble. C’est dans cette logique qu’il a intégré progressivement d’autres éléments à son système :

  • les haies ;
  • les bandes favorables à la faune utile ;
  • des ruches, avec une production de miel.

Il explique que si l’on veut favoriser les carabes et d’autres organismes utiles, y compris ceux liés au sol, il faut leur offrir des lieux de refuge, des continuités, et des conditions pour passer certaines périodes comme l’été. Cela conduit naturellement à s’intéresser aux haies, aux bordures de champs et à l’organisation du paysage agricole.

C’est aussi dans cet esprit qu’il a travaillé avec Thierry à la création d’une association.

Une association d’agriculteurs pour planter et gérer les arbres

Thierry présente ensuite l’association créée en 2008 avec Pierre Chenu et quelques autres agriculteurs. À l’origine, le groupe comptait une trentaine de membres ; il réunit désormais entre 70 et 100 agriculteurs selon les années.

L’objectif est clair : rechercher une autonomie collective agricole pour planter les arbres et les gérer dans une logique agricole.

Selon Thierry, en Bretagne, les politiques de plantation sont généralement portées par les collectivités locales, tandis que les agriculteurs restent souvent passifs. Cela conduit à des formes standardisées de plantation, avec peu d’imagination et parfois sans lien réel avec les besoins agricoles.

L’association part d’une idée différente : le bocage et les haies doivent rentrer dans une réflexion à la fois agricole et agroécologique. Elle a aussi été portée au départ par des agriculteurs qui avaient déjà planté des arbres dès leur installation, parfois dans les années 1990, et qui se posaient ensuite des questions sur l’entretien, la gestion et les effets de ces plantations à long terme.

Le bocage comme forme d’agroforesterie

Thierry propose de considérer le bocage comme une forme d’agroforesterie bocagère. Il observe qu’en Bretagne, on a souvent tendance à séparer :

  • d’un côté le bocage, associé aux plantations des collectivités ;
  • de l’autre l’agroforesterie, plutôt réservée aux systèmes intraparcellaires.

Pour lui, cette distinction est artificielle. Dès lors que l’agriculteur reste pilote du projet, il s’agit bien d’agroforesterie, même si les arbres sont sur les limites de parcelles et non au milieu des champs.

Il rappelle qu’un paysage bocager est un réseau de haies accompagnant le découpage parcellaire. Les arbres sont donc liés aux limites, à leur histoire, et à l’organisation sociale et agricole du territoire.

Évolution historique du paysage et recul du bocage

Thierry insiste sur le caractère profondément humain du paysage bocager. Il rappelle qu’il a été construit par une société paysanne nombreuse, avec une forme d’apogée au XIXe siècle.

En comparant des photographies anciennes et récentes, il montre qu’en deux générations, le paysage a été entièrement réorganisé. Ce qu’il veut faire comprendre, c’est que les arbres n’ont pas simplement disparu : ils se sont déplacés dans le paysage.

Sur les photos commentées :

  • les versants et les terres agricoles anciennes comportaient historiquement des arbres liés à l’organisation paysanne ;
  • les zones humides et fonds de vallée étaient déjà distincts ;
  • dans les paysages plus récents, les arbres sont davantage concentrés dans les fonds de vallée, les bordures de cours d’eau ou des boisements en plein.

Selon lui, il y a donc aujourd’hui encore beaucoup d’arbres, mais ils sont moins liés à l’agriculture. Autrement dit, ils sont sortis de l’agroforesterie.

Le remembrement et les « glaçons qui fondent »

Thierry emploie une image pour parler des haies restantes dans les parcelles : ce sont comme des glaçons dans de l’eau chaude. Elles fondent lentement.

Il explique que dans les communes remembrées, cette disparition a été brutale et anticipée ; dans les communes non remembrées, elle est plus lente, mais suit la même logique. Les haies, autrefois limites entre exploitations, sont devenues des éléments intraparcellaires déconnectés. Lorsqu’elles ne sont plus prises dans un projet agricole, elles disparaissent peu à peu.

Il refuse l’idée selon laquelle la cause principale du recul du bocage serait seulement un mauvais entretien par les agriculteurs. Pour lui, la cause structurelle est d’abord la diminution du nombre de fermes et de paysans. Comme le bocage était lié aux limites entre fermes, la disparition des fermes entraîne mécaniquement celle des limites et donc des haies.

Plus d’arbres au total, mais moins d’arbres liés à l’agriculture

Thierry cite ensuite des ordres de grandeur à l’échelle nationale. Il rappelle que :

  • les surfaces boisées en France ont fortement augmenté en un siècle ;
  • dans le même temps, le linéaire de haies a fortement diminué.

L’idée centrale est la suivante : il y a aujourd’hui plus d’arbres en quantité, mais ces arbres sont majoritairement sous forme de boisements ou de forêts, et beaucoup moins sous forme de haies liées aux systèmes agricoles.

Il souligne également que les boisements forestiers ont accumulé du volume sur pied, du fait de l’extension des surfaces boisées, de la croissance des peuplements et des politiques de reboisement passées.

De ce constat, il tire une conséquence pratique : si l’on cherche du bois pour des usages industriels ou pour alimenter de grosses chaufferies, il est plus logique d’aller le chercher dans la ressource forestière en expansion que dans une ressource bocagère en diminution. À l’inverse, le bois de haie devrait d’abord être valorisé sur les fermes elles-mêmes.

Reconnecter les haies à un projet agricole

L’association ne cherche pas à revenir à la densité de haies du temps du grand-père. Il ne s’agit pas de reconstituer à l’identique les paysages anciens. L’idée est plutôt de retrouver des arbres dans une logique cohérente avec les systèmes actuels.

Thierry explique que la meilleure manière de protéger les haies anciennes est de les remettre dans un projet d’avenir. À défaut, les seules réglementations ne suffiront pas : si la haie n’a plus de place dans la pratique agricole, elle continuera à disparaître.

L’association cherche donc à :

  • relier entre elles les reliques de haies anciennes ;
  • travailler à des échelles de parcelles cohérentes ;
  • faire coopérer plusieurs fermes voisines ;
  • reconnecter les arbres à l’activité agricole.

Il souligne qu’un objectif comme « doubler le linéaire de haies » n’a pas beaucoup de sens si l’on ne se pose pas en même temps la question du nombre de paysans et de la manière dont ces haies seront réellement prises en charge.

Des haies moins nombreuses, mais plus épaisses

Dans les projets de plantation, l’association privilégie souvent une logique de maille élargie, maillon plus épais.

Concrètement, cela signifie :

  • moins de linéaire qu’autrefois ;
  • mais des haies ou bandes boisées plus larges, par exemple à deux ou trois rangs.

Cette approche permet selon Thierry de mieux adapter les haies au parcellaire moderne, avec de grandes parcelles, tout en assurant une meilleure fonctionnalité écologique et agronomique.

Il insiste aussi sur un point de gestion : dans cette logique, on ne raisonne pas arbre par arbre, mais en termes de peuplement. On gère alors la haie de manière proche d’un forestier, avec des éclaircies sélectives et une dynamique d’ensemble. Cela réduit les coûts d’entretien par rapport à des plantations où chaque arbre serait suivi individuellement.

Deux logiques de gestion des haies

Thierry compare ensuite deux manières de conduire les haies.

Dans une première logique, très fréquente selon lui dans les plantations financées par des subventions, tout est fait pour que la haie ne déborde surtout pas dans la parcelle. Cela conduit à des entretiens intensifs et coûteux, avec un objectif implicite qui n’est pas le développement de l’arbre, mais sa contention.

Dans une seconde logique, défendue par l’association, la gestion est plus douce. L’arbre peut se développer, le peuplement peut évoluer, et les tailles restent ponctuelles et raisonnées. Cette logique permet ensuite de produire du bois raméal fragmenté ou du broyat, tout en conservant une fonction agricole et écologique.

Selon Thierry, c’est cette seconde approche qui permet réellement de parler d’agroforesterie bocagère.

Une organisation collective pour l’entretien et le broyage

L’association a structuré collectivement les opérations d’entretien. Thierry explique son fonctionnement :

  • avec une petite équipe, il intervient chez les agriculteurs ;
  • les travaux sont partagés entre le travail à la tronçonneuse et le maniement des engins ;
  • une fois l’hiver terminé, une entreprise équipée d’un broyeur à grappin intervient ;
  • le broyage est organisé à l’échelle de nombreuses exploitations.

Cette organisation répond à une contrainte économique simple : faire venir un broyeur facturé très cher pour quelques minutes sur une seule ferme n’est pas réaliste. En regroupant les besoins, l’association rend possible la production de broyat à une échelle utile.

Thierry indique qu’ils interviennent ainsi chaque hiver sur une quarantaine d’exploitations, pour produire plusieurs milliers de mètres cubes de copeaux.

Le principe général est le zéro brûlage. Lorsque le bois de chauffage peut être valorisé directement, les agriculteurs le font. Sinon :

  • le bois est broyé ;
  • ou parfois laissé à pourrir dans la bande boisée lorsque cela n’a pas de sens économique de l’extraire.

Le BRF et le broyat sur la ferme

Pierre Chenu explique qu’il utilise le BRF depuis environ 25 ans. Pour lui, c’est un moyen d’améliorer les taux de matière organique.

Il mentionne également un travail conduit avec l’INRA, qui suit différents projets sur son exploitation depuis plusieurs années. Des chercheurs sont récemment venus travailler sur les liens entre haies, bordures et fonctionnement agronomique.

Dans la continuité de ce qui a été dit précédemment sur la fertilité, l’idée n’est pas simplement de planter des arbres, mais aussi de voir ce qu’ils apportent au système, notamment à travers le broyat.

Les intervenants soulignent d’ailleurs que, dans beaucoup de cas, il est plus pertinent économiquement de garder ce broyat sur la ferme que de chercher à le vendre à bas prix.

Végétation des talus et pratiques de fertilisation

Pierre Chenu rapporte des observations issues du travail mené avec les chercheurs sur la végétation des bordures et des talus. Il explique que les plantes présentes sous ou autour des haies sont directement liées à la manière dont les effluents et la fertilisation sont gérés.

Trois grands types de végétation sont évoqués :

  • des plantes de prairie ;
  • des plantes forestières ;
  • des adventices.

L’objectif n’est pas d’avoir des bordures dominées par des adventices qui poseront ensuite problème dans la parcelle. Or, lorsque des effluents sont envoyés sur le talus ou en bord de champ, cela peut favoriser ce type de flore.

Pierre Chenu souligne l’intérêt d’outils comme le pendillard, qui permettent de mieux maîtriser l’épandage et d’éviter de charger inutilement les bordures.

Il met aussi en garde contre certaines pratiques d’entretien trop agressives des bords de champ, avec des broyeurs qui mettent le sol à nu. Selon lui, un sol nu sur ces zones est une porte ouverte aux adventices, car le sol « a horreur du vide ». Il préconise au contraire des interventions légères, avec une simple coupe, afin de conserver une couverture végétale.

Les bords de champ comme indicateurs

Les chercheurs ont mis au point un outil d’observation sous forme de triangle, fondé sur la présence ou l’absence de plantes indicatrices sur une portion représentative de bordure.

Sans entrer dans tout le détail scientifique, Pierre Chenu et Thierry expliquent que cette méthode permet de situer un bord de champ selon qu’il exprime davantage :

  • une logique forestière ;
  • une logique prairiale ;
  • ou une logique d’adventices.

L’intérêt est double :

  • lire les effets d’événements récents ou d’anciennes pratiques ;
  • repérer des endroits où une dynamique spontanée est déjà présente.

Ils donnent l’exemple de bords de route où l’on observe du prunellier ou du chèvrefeuille, signes d’une dynamique forestière déjà en place. Dans de tels cas, il n’est pas forcément nécessaire de planter une haie : il peut suffire de reculer une clôture et d’accompagner ce qui existe déjà.

Haies, biodiversité et qualité de l’eau

Pierre Chenu rappelle que les haies ne doivent pas être présentées comme une solution miracle à tous les problèmes environnementaux.

Concernant la qualité de l’eau, il affirme que si des éléments quittent le champ, la haie ne pourra pas tout arrêter. Selon lui, la haie n’est qu’un élément du problème, et certainement pas la solution unique.

Il insiste donc sur la nécessité de traiter les causes à la source : fonctionnement du sol, gestion de la fertilisation, conduite globale du système. La haie a un rôle, notamment pour la biodiversité, les refuges et la structure du paysage, mais elle ne peut pas corriger à elle seule des pratiques mal maîtrisées.

Couverts, maïs et contexte sec

En fin d’échange, Pierre Chenu aborde la question des couverts dans le maïs. Il situe son contexte : une région relativement sèche, à l’opposé d’autres secteurs bretons plus humides, avec autour de 700 mm de pluie par an.

Dans ces conditions, il explique que tout ce qui concurrence le maïs en eau au démarrage peut devenir très pénalisant. D’après ses essais de longue date, laisser pousser quelque chose dans le maïs donne chez lui des résultats moyens, sauf années très humides.

Son point de vue est donc le suivant :

  • en contexte sec, l’eau est le facteur limitant principal ;
  • il faut détruire au maximum la végétation concurrente avant le maïs ;
  • éventuellement, on peut ensuite réimplanter quelque chose qui pousse doucement.

Il mentionne qu’il pratique le strip-till depuis une quinzaine d’années, avec un léger travail en surface, puis une évolution vers une forme de strip-till encore plus simplifiée.

La féverole comme excellent précédent maïs

Dans l’échange, la féverole est présentée comme un très bon précédent du maïs.

Les arguments avancés sont les suivants :

  • elle produit du volume ;
  • elle laisse un couvert qui peut être couché ;
  • elle protège le sol ;
  • elle apporte de l’azote ;
  • elle favorise les mycorhizes.

Il est précisé qu’une bonne féverole constitue un excellent précédent maïs, notamment parce qu’elle permet de mettre en place des réseaux mycorhiziens que le maïs pourra ensuite mobiliser.

Les intervenants insistent sur le fait que des travaux scientifiques ont montré l’existence de familles de mycorhizes communes entre la féverole et le maïs en agriculture de conservation. Cela signifie que les champignons présents sur la féverole peuvent être récupérés très vite par le maïs suivant.

La féverole est donc décrite comme un moyen de faire « gagner du temps » au maïs au démarrage.

Mycorhizes et limites de la sélection variétale en maïs

Un bémol important est toutefois apporté : tous les maïs ne mycorhizent pas de la même manière.

Il est expliqué que certains maïs ont été sélectionnés dans des conditions qui ne favorisent pas la prise en compte de ces interactions biologiques, notamment dans des systèmes labourés. Cela limiterait leur capacité à tirer parti des réseaux mycorhiziens.

À l’inverse, les maïs population sont présentés comme mieux adaptés de ce point de vue. Il est rappelé qu’au Mexique, dans leur terre d’origine, ils poussent mieux en bordure de forêt, ce qui est interprété comme un signe de leur bon fonctionnement avec les réseaux mycorhiziens liés aux arbres.

L’échange souligne aussi l’importance des transferts non seulement de nutriments, mais aussi de carbone entre arbres et plantes via ces réseaux, point qui aurait été montré scientifiquement dans les travaux cités.

Un mot sur les digestats de méthanisation

À une question sur les effets éventuellement négatifs des digestats de méthanisation sur la vie du sol, la réponse apportée est prudente mais globalement positive.

Il est dit qu’il existe de nombreux retours favorables sur la méthanisation agricole, en particulier lorsque les unités sont rurales et alimentées par des intrants équilibrés :

Dans ce cas, les digestats sont présentés comme un engrais complet, jugé en tout cas préférable à un engrais minéral.

Conclusion

L’intervention de Pierre Chenu et de Thierry replace la fertilité des sols dans une vision plus large du système agricole et du territoire. Leur propos tient ensemble plusieurs idées fortes :

  • la fertilité se construit d’abord avec le vivant, la matière organique, les légumineuses et des pratiques simplifiées ;
  • l’arbre et la haie doivent être pensés comme des éléments du projet agricole, et non comme des ajouts extérieurs ;
  • le bocage n’est pas seulement un héritage paysager, mais une forme d’agroforesterie dès lors qu’il est reconnecté à l’activité des fermes ;
  • la gestion collective des arbres, du bois et du broyat permet de rendre ces pratiques réalistes ;
  • enfin, l’arbre ne remplace pas le raisonnement agronomique : il l’accompagne.

Le « réarbrement du territoire » proposé ici n’est donc pas un simple programme de plantation. C’est une manière de redonner une place aux arbres dans des systèmes agricoles autonomes, cohérents et collectivement organisés.