Protéger les semis de maïs des corvidés

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Dans la famille des corvidés, on trouve le corbeau freux, la corneille et le choucas des tours. Suite à l’arrêt des traitements de semences à base de thirame, les corvidés sont les principaux ravageurs de la culture de maïs. Face à ce risque difficilement prévisible et maîtrisable, certaines précautions sont recommandées lors de l’implantation de la culture.


Période de risque

Les principales espèces de corvidés déprédatrices sont la corneille noire et le corbeau freux. Ces corvidés consomment les graines de maïs dès le semis et jusqu’au stade 4-5 feuilles, voire exceptionnellement jusqu’au stade 7-8 feuilles.


En suivant la ligne de semis, ils sont capables de faire des dégâts importants, pouvant conduire à un re-semis. L’intensité des attaques dépend des besoins alimentaires de ces volatiles en lien avec leur reproduction, soit de fin avril à fin mai, et de l’offre alimentaire présente dans l’environnement, ce qui correspond aux semis de maïs et aux stades plantules.


Les corvidés sont fortement présents dans des zones avec des refuges à proximité (bois, grands arbres, nidification dans les parcs…). Ils n’apprécient pas d’être dérangés. Ainsi, les parcelles les plus à risque sont celles où la présence humaine est moindre (grandes parcelles, parcelles en hauteur avec vue dégagée, parcelles isolées).


Par ailleurs, une zone avec seulement quelques parcelles de maïs est davantage exposée au risque corvidés qu’un secteur où les semis seraient simultanés sur de larges surfaces (dilution de l’offre). C’est pourquoi leur présence est fréquemment signalée dans des régions où la culture de maïs est minoritaire.


Les moyens de lutte

Soyons clairs tout de suite, il n'existe aujourd’hui aucune solution réellement satisfaisante à elle seule MAIS, une combinaison de leviers va permettre de limiter l'impact de ses attaques sur le semis.

Les leviers agronomiques

La stratégie à privilégier est de semer dans les meilleures conditions possibles pour favoriser une levée et une croissance rapide. Pour cela il est recommandé de combiner plusieurs leviers :

  • Éviter les semis décalés et faire attention aux parcelles isolées. Dans la mesure du possible, il est préférable de ne pas semer les parcelles trop en décalé, c’est-à-dire trop précocement ou trop tardivement par rapport à l’environnement proche.
  • Bien rappuyer la ligne de semis pour un meilleur ancrage et une surface plus "dure" (un lit de semence trop motteux avec présence de nombreux résidus peut faciliter l’arrachage des plantules par les oiseaux).
  • Être vigilant sur la profondeur de semis en ne semant pas trop en surface, l'idéal est de semer à 4-5 cm de profondeur voire plus. Un semis superficiel (2-3 cm) est une pratique à risque favorisant la préhension des graines.
  • Semer en écartements réduits (40-50 cm) pour une perturbation visuelle (plus de rangs impliquent une dilution des attaques).
La partie semée avec du blé est en meilleure santé. (Source: Réussir.fr/lait, P. Bougeard/Ceta 35)
  • Associer des plantes appâts (céréales). L’utilisation du faux semis peut s’avérer très efficace dans la lutte contre les corbeaux. Le semis du maïs sous couvert de blé ou en même temps que le semis de blé peut être très efficace. En effet, le blé sert de plante-appât pour duper les corbeaux dans leur recherche de nourriture. Les jeunes pousses de blé intéressent tout autant les nuisibles, ce qui permet de protéger la vraie culture. Retrouvez un témoignage ici.
  • Utiliser des semences de qualité avec biostimulants. Plusieurs semenciers indiquent travailler sur le sujet et espèrent proposer des alternatives prochainement.
  • Protéger la culture contre les insectes du sol car les corbeaux attaquent en priorité les plantes colonisées par les taupins.
  • D’autres solutions sont citées sur le terrain mais avec des efficacités non mesurées comme l’Avifar (répulsif gibiers et oiseaux), l’apport de chaux vive post-semis à raison de 300 kg /ha, ou encore l'enrobage des semences avec du lait ou du piment avant de semer.

L’agronomie permet de diminuer l’exposition aux risques, mais face à de fortes attaques, cela n’est malheureusement pas toujours suffisant. Pour limiter la pression, on peut envisager d'utiliser d'autres moyens de lutte.


La lutte physique

Les pièges à corbeaux

Cage piège à corbeaux (Source : Ducatillon)

Les pièges à corbeaux sont généralement d’imposantes cages en métal avec une forme particulière. La partie supérieure est dirigée vers le ciel et en forme de V (le V étant dirigé vers l’intérieur). L’objectif étant de faire pénétrer les corvidés par le fond du V qui dispose d’un mécanisme de non-retour. Pour une efficacité optimale dans le piégeage des nuisibles, il faut placer la cage en bordure du champ que l’on veut protéger et placer de la nourriture à l’intérieur pour attirer les corvidés.

Les effaroucheurs

Les effaroucheurs devront être déplacés régulièrement dans la parcelle pour éviter que les oiseaux s'habituent à leur présence.


Les cerfs-volants
Cerf-volant effaroucheur placé au milieu de la parcelle (Source: effaroucheuroiseaux.fr)

Ce sont les plus utilisés contre les corvidés, ils sont en forme de prédateur. Ils ont en général une grande envergure (environ 1m20) qui leur procure de la visibilité et de la crédibilité auprès des ravageurs. L’objectif de ce type d’effaroucheur est d’imiter le vol d’un rapace cherchant sa proie.

Le vol imprécis et brusque de l’effaroucheur crée un environnement stressant et qui semble dangereux pour les oiseaux indésirables. Pour optimiser l’utilisation de cette protection contre les nuisibles, il est recommandé de placer l’objet dans la parcelle et de le déplacer régulièrement tous les 4-5 jours pour éviter tout risque d’accoutumance de la part des nuisibles. Car les oiseaux sont intelligents et s'accoutument à la menace dans le temps. De plus, il est possible d’en installer plusieurs sur une même parcelle (dépendamment de la surface) pour augmenter le champ d’action de ces systèmes.

Prix indicatif TTC:50-85 € l’unité.


Les ballons gonflés à l'hélium
Ballons aluminisés. Source : FIBL. Hansueli Dierauer

La difficulté de cette technique consiste à trouver des ballons robustes, adaptés à voler à l’extérieur pour une longue durée. Les ballons à feuille d’aluminium sont préférables aux ballons en latex car ils ne deviennent pas cassants sous l’effet du soleil et ils sont plus faciles à regonfler. Mais ils risquent d’éclater par forte chaleur. Il faut fixer 3 à 4 ballons par ha au bout d’un fil de pêche ou d’un fil en nylon (résistance > 5 kg) de 15 à 20 m de longueur. En changeant l’emplacement des ballons tous les 3 à 4 jours, on peut augmenter l’efficacité de la méthode. Au bout de 3 à 5 jours les ballons doivent être regonflés. Afin que les corneilles ne s’habituent pas trop rapidement aux ballons, ceux-ci ne doivent être installés qu’en cas de risques de dégâts.

Prix indicatif TTC:50-85 € l’unité.


Les grands sacs montés sur des piquets

La récup est impeccable pour ça, vous pouvez utiliser les sacs à l'intérieur des big bags ou d'anciennes bâches. Il faudra penser à les déplacer régulièrement car les corbeaux s'habituent à leur présence.


Les épouvantails

Il faudra penser à les déplacer régulièrement car les corbeaux s'habituent à leur présence.


L'efficacité de ces effaroucheurs passifs peut parfois être décevante suite à une accoutumance souvent rapide des oiseaux. Un passage humain régulier reste souvent le plus efficace pour éviter une installation des corbeaux dans la parcelle.


Les canons à gaz ou "bazookas"
Canon à gaz effaroucheur d'oiseaux

Attention au voisinage! Les canons à gaz consistent à créer une détonation sonore censée effrayer les ravageurs types pigeon ou corvidés. Le principe est de laisser s’échapper du gaz d'une bonbonne dans une chambre munie d’une soupape jusqu’à atteindre une certaine pression, puis de lâcher ce gaz et d’enflammer ce dernier grâce à une bougie d’allumage pour créer une détonation. D'où le nom de canons anti-oiseaux. La détonation a lieu dans un tube pour concentrer l’explosion et envoyer la détonation dans la direction voulue.


Afin que le canon effaroucheur soit le plus efficace possible, il faut :

  • Le positionner dans le sens contraire du vent afin qu’il tienne en place et que la détonation ne résonne pas trop loin.
  • Ne pas le diriger dans la direction des habitations et, si possible, le mettre à une distance minimum de 300 mètres de ces dernières : cela évite d’avoir des plaintes du voisinage.
  • Régler le type de détonations voulu (aléatoire ou double coups) ainsi que la durée entre chacune d’entre elles (généralement le délai est de 10 à 20 minutes).

En France il n’existe pas de réglementation concernant l’utilisation de canons effaroucheurs mais des arrêtés préfectoraux ou municipaux peuvent être en vigueur pour en réglementer l’utilisation. De plus, les nuisances sonores émises par ces appareils sont réglementées par les dispositions du code de la santé publique. Notamment par les articles R. 1336-6 à R. 1336-9 qui prévoient des valeurs d'émergence pour les bruits liés à une activité professionnelle. Dans le cadre de toutes ces dispositions, le canon effaroucheur peut être équipé d’une horloge numérique afin de couper automatiquement le canon sur les périodes nocturnes (de 22h00 à 7h00).

Inconvénient de cette pratique pour lutter contre les corbeaux, le vol et la dégradation. Il est fréquent qu'un canon ou la bouteille de gaz soient dérobés...

Prix indicatif TTC: 469 -1860 € l’unité


Les appareils émettant des bruits ou des cris

Il existe des appareils acoustiques émettant des bruits effrayants pour les oiseaux : cris de rapaces ou de détresse. Ceux-ci sont disponibles dans le commerce et peuvent facilement être installés. Suivant les différents cris qui sont diffusés, leur effet est de plus ou moins longue durée.



Les corvidés sont des oiseaux intelligents qui s'habituent rapidement aux différentes méthodes d'effarouchement, il faut donc les mettre en place au bon moment et les alterner pour qu'ils soient le plus efficace possible.

Prix indicatif TTC: 350-450 € l’unité


Les lasers

Les oiseaux perçoivent le mouvement de la pastille verte du faisceau laser projeté au sol comme un danger et agit sur leur instinct de survie. Ils identifient ce mouvement comme une menace mais ne parviennent pas à comprendre de quoi il s'agit. Las, ils finissent par quitter la zone. Cette technologie étant totalement silencieuse, elle est une alternative à l'effarouchement sonore dans les zones proches des habitations.

Différents modèles sont disponibles plus ou moins abordables, de la torche au dispositif autonome sur parcelle. Ils permettent de viser des individus, mais peu d’information sur une éventuelle efficacité sur des groupes de colombidés et corvidés.


Les drones

Pour éviter que les corvidés s'installent et nichent à proximité de la parcelle. Attention de bien suivre la réglementation!



Pour plus d'infos, consultez le panorama des principaux modèles d’effaroucheurs de Terres Inovia.'


Favoriser les prédateurs naturels

Installer des perchoirs au milieu des parcelles favorisera la venue des rapaces prédateurs des corvidés tels que la buse variable, le faucon crécerelle, l’épervier d’Europe ou l’Autour des palombes.

Voici quelques conseils pour la construction de perchoirs à rapaces :

  • Pour avoir la meilleure vue panoramique, les rapaces doivent être perchés le plus haut possible : le poteau (le plus souvent en bois) du perchoir doit au moins faire 2 m de haut (jusqu’à 3 m).
  • Il doit contenir une partie horizontale pour qu’un rapace puisse se percher, sans glisser.
  • Bien le fixer : fixé dans le sol (à 40 ou 50 cm de profondeur) ou avec un système de trépied.
  • Choisir le bon emplacement : loin des bordures de routes, dans une zone calme et « infestées » par les oiseaux déprédateurs.
  • Multiplier les perchoirs et les disposer tous les 2 ou 3 ha.


La lutte chimique

La seule solution actuellement homologuée (Korit 420 FS – en dérogation –), ne permet pas de gérer le "risque corbeaux" : selon Arvalis, "son efficacité se situe (…) à un niveau relativement satisfaisant en situation de faible attaque, mais fortement limitée dès que la pression de population de corvidés devient significative"[1].


Les biostimulants

A appliquer comme enrobage à mélanger avant le semis. Par exemple le PC 21 d'Elaf-Solutions


Le tir

Il est possible de réguler les populations de nuisibles en demandant aux chasseurs de tirer les corbeaux. Dans le cadre de dégâts sur une parcelle dus aux corbeaux, il faut alors demander une autorisation de tir. La période de chasse peut donc être allongée jusqu’au 31 juillet. Cela doit se faire par le biais d’une demande d’autorisation préfectorale individuelle qui est délivrée par la DDTM (Direction Départementale des Territoires et de la Mer).

Cependant, préalablement à la demande de destruction à tir de corneilles ou corbeaux, il est impératif de mettre en place un système d'effarouchement. Attention le tir n’est autorisé que de jour avec des armes homologuées et déclarées. Le tir au nid est interdit tout comme l’utilisation d’appelants morts.

Pour rappel, le corbeau freux et la corneille sont classés comme espèce chassable et classée susceptible d’occasionner des dégâts. La lutte peut donc commencer très tôt. La réglementation nationale autorise alors le piégeage (toute l’année) et le tir (à certaines périodes de l’année) dans la plupart des départements. Attention à vérifier les conditions dans votre département, la réglementation évolue fréquemment sur ce sujet.

Le choucas des tours quant à lui est une espèce protégée. Des mesures de régulation peuvent néanmoins être autorisées localement grâce à des arrêtés préfectoraux qui précisent alors le nombre d’individus pouvant être prélevés.


L'utilisation de plusieurs de ces outils en simultané est recommandée de manière à augmenter l'efficacité sur une même parcelle. En outre, chaque dispositif est placé à un endroit précis de la parcelle, ils ne couvrent donc pas toute la surface potentiellement visée par les corbeaux. Le champ d'action de votre système global de lutte contre les corvidés peut donc être amélioré grâce à la combinaison de plusieurs de ces outils.


Alerter

Les attaques ne se jouant pas qu'à l’échelle de la parcelle, il est important de déclarer tous les dégâts de vos parcelles dus aux corvidés (même si vous avez signalé les dégâts les années précédentes) via les formulaires mis à disposition par les organismes départementaux : DDT, Chambre d'Agriculture, FDSEA, FNC selon département, mairie,... afin d’avoir une vision complète de la situation et afin que des actions de régulation puissent être conduites par des chasseurs ou piégeurs agréés et limiter ainsi le risque pour les années suivantes. L’efficacité de ces actions s’inscrit dans le temps.

Même si le signalement ne donne droit à aucune indemnisation, le recensement des dégâts occasionnés par les espèces d’oiseaux (ou l'absence de signalement) est pris en considération pour l'étude de leur classement ou non sur la liste des espèces nuisibles.


Sources

  1. Publication Choisir maïs ravageurs 2019


Annexes