Laurent Schwartz - Cancer : entropie et énergies pour une médecine du vivant
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Aujourd'hui, nous vous proposons une conférence donnée en septembre 2019 à la Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris par le professeur Laurent Schwartz !
Introduction
Cette conférence s’inscrit dans le cadre d’une exposition organisée au Palais de la découverte sur le thème du cancer, intitulée Le cancer, maladie simple compliquée. Romain Attal, du Palais de la découverte, présente la rencontre et rappelle qu’une série d’interventions de chercheurs est proposée autour du métabolisme du cancer. Après une première conférence de Mireille Dumas, cette séance donne la parole au docteur Laurent Schwartz, qui vient exposer son approche métabolique du cancer.
L’objectif annoncé est double : proposer une compréhension globale du phénomène cancéreux, et ouvrir un échange avec les patients et le public, notamment à travers des témoignages.
Une thèse centrale : le cancer est une maladie simple
Dès le début de son intervention, Laurent Schwartz affirme un point qu’il juge fondamental : il faut regarder devant, et non se contenter du bilan passé de la cancérologie. Sans revenir longuement sur les statistiques de mortalité, il souligne qu’il existe un décalage possible entre les sommes considérables investies et les résultats obtenus.
Son message principal est que le cancer est, au fond, une maladie simple. Selon lui, il se définit par l’effet Warburg, lequel serait lui-même une conséquence du deuxième principe de la thermodynamique. Il insiste sur le fait que nous vivons une période de transition : la compréhension de la maladie progresse très vite, mais les traitements pleinement efficaces et non toxiques ne sont pas encore disponibles pour les malades qui en ont besoin immédiatement.
Il décrit ainsi une situation contrastée :
- d’un côté, une science devenue plus claire ;
- de l’autre, l’absence encore d’une « martingale » thérapeutique.
De quoi parle-t-on quand on parle de cancer ?
Laurent Schwartz rappelle qu’une des premières difficultés est de définir précisément le cancer. Il critique les définitions habituelles, qu’il juge floues ou insuffisantes, comme celles qui parlent simplement de prolifération anormale de cellules ou de perte de l’homéostasie cellulaire.
Pour lui, si l’on veut guérir le cancer, il faut d’abord savoir ce qu’est réellement la maladie. Toute sa conférence vise donc à expliquer que le cancer n’est pas une entité mystérieuse et multiple, mais qu’il correspond fondamentalement à l’effet Warburg.
Évolution historique des conceptions du cancer
Laurent Schwartz rappelle que la définition du cancer a varié au cours de l’histoire. Il note par exemple que des notions aujourd’hui considérées comme élémentaires, comme celle de métastase, n’apparaissent dans la littérature scientifique qu’au début du XIXe siècle, vers 1820-1830.
Il évoque ensuite Otto Warburg, figure majeure de cette histoire. Dans les années 1920, Warburg met en avant l’idée que le cancer est lié à une anomalie du métabolisme. Laurent Schwartz dresse aussi un portrait personnel du scientifique : prix Nobel, grand chercheur, personnage austère, vivant de manière ascétique, et ayant fait le choix de rester en Allemagne. Selon lui, ce choix a pu contribuer à limiter la diffusion de ses théories métaboliques, contrairement à d’autres courants scientifiques allemands qui ont été largement repris aux États-Unis.
Après Warburg, le cancer a surtout été perçu comme une maladie génétique, puis d’autres hypothèses se sont succédé.
Le retour à la physique pour comprendre le vivant
Face à la complexité apparente de la biologie, Laurent Schwartz explique qu’il a fallu revenir à une question simple : qu’est-ce qu’on sait vraiment ? Sa réponse est que la physique gouverne l’ensemble du monde, et qu’il existe relativement peu de grandes lois physiques. Dès lors, il pose la question de savoir si la biologie, les maladies, et en particulier le cancer, peuvent s’expliquer à partir de principes physiques simples.
Il cite à ce sujet l’aide de physiciens comme Olivier Lafitte et Marc Henry pour tenter de penser le vivant avec des outils conceptuels venus de la physique.
Le cancer et l’effet Warburg
Le rôle de l’imagerie au glucose
Laurent Schwartz rappelle qu’en pratique clinique, on observe depuis longtemps que les cellules tumorales captent beaucoup plus de sucre que les cellules normales. Il prend l’exemple des examens utilisant du glucose radioactif, comme le PET scan, où l’on voit nettement certaines lésions cancéreuses fixer le sucre de manière intense.
Selon lui, les cellules tumorales peuvent capter entre trois et vingt fois plus de glucose que les cellules normales. Cette observation a contribué à remettre en lumière les travaux de Warburg.
La découverte de Warburg
Warburg avait montré qu’un fragment tumoral :
- capte beaucoup de sucre ;
- ne peut pas le brûler correctement ;
- le transforme en acide lactique.
Laurent Schwartz résume cela en termes simples : il s’agit d’une fermentation. De la même manière qu’il existe une fermentation alcoolique ou une fermentation lactique, il existe dans le cancer une fermentation particulière, caractérisée par la production d’acide lactique.
Trois exemples de fermentation lactique
Pour rendre cette idée intuitive, il rapproche trois phénomènes apparemment très différents :
- le coureur de fond qui fait des crampes ;
- la choucroute ;
- le cancer.
Dans les muscles privés d’oxygène, les cellules ne brûlent plus correctement le sucre et produisent de l’acide lactique, ce qui entraîne les crampes. Dans la choucroute, des bactéries fermentent le sucre et produisent aussi de l’acide lactique. Dans le cancer, les cellules captent le sucre et sécrètent de l’acide lactique.
Le point commun entre ces trois situations est donc la fermentation lactique.
L’eau métabolique et le métabolisme
Laurent Schwartz introduit ensuite une réflexion sur l’eau métabolique. Il prend l’exemple du chameau ou du dromadaire : sa bosse ne contient pas de l’eau, mais de la graisse. Lorsque cette graisse se combine avec l’oxygène, elle produit de l’eau.
Il rappelle que l’être humain produit lui aussi de l’eau par son métabolisme. Il évoque les travaux anciens de Santorio Santorio, qui avait pesé méthodiquement les entrées et les sorties du corps humain et montré que nous fabriquons quotidiennement une quantité importante d’eau.
Cette eau métabolique est, selon Laurent Schwartz, liée au fonctionnement mitochondrial. Il associe même le vieillissement au dessèchement progressif du corps, lui-même relié à une diminution de la production d’eau métabolique par les mitochondries.
Le glucose dans la cellule : combustion ou blocage
Laurent Schwartz résume le devenir du glucose dans la cellule en deux possibilités :
- soit le glucose est brûlé complètement, produisant du gaz carbonique, de l’eau et beaucoup d’énergie ;
- soit il y a blocage, et c’est l’effet Warburg.
Dans ce deuxième cas :
- le rendement énergétique s’effondre ;
- la cellule a besoin de capter toujours plus de glucose ;
- elle produit du lactate.
Pour lui, c’est cela qui caractérise le cancer.
Il ajoute que dans les cellules tumorales, le pyruvate ne peut plus être brûlé correctement. Normalement, le glucose donne du pyruvate, puis ce pyruvate est oxydé. Dans la cellule cancéreuse, ce pyruvate est redirigé vers le lactate.
Toute la symptomatologie cancéreuse découle de l’effet Warburg
Selon Laurent Schwartz, l’ensemble de ce qui fait la complexité apparente du cancer dérive de l’effet Warburg. Il affirme que celui-ci explique :
- la croissance tumorale ;
- la réaction du tissu autour de la tumeur ;
- la réponse immunitaire ;
- les mutations secondaires ;
- et plus généralement toute la symptomatologie cancéreuse.
Il insiste sur le fait que ce que l’on décrit souvent comme des mécanismes multiples et complexes pourrait être ramené à cette perturbation métabolique centrale.
Les causes possibles de l’effet Warburg
Laurent Schwartz précise que l’effet Warburg peut lui-même être induit par différentes causes.
Les anomalies génétiques
Il reconnaît l’existence d’anomalies du génome dans le cancer. Certains gènes, notamment des oncogènes, favorisent l’entrée massive de nutriments dans la cellule, en particulier du glucose. Il évoque aussi l’insuline et les facteurs de croissance apparentés comme fortement cancérigènes dans cette logique métabolique.
La pression et l’inflammation
Il met cependant particulièrement en avant un autre facteur : la pression, liée à l’inflammation. Selon lui, l’inflammation chronique favorise le développement du cancer. Il rappelle qu’autrefois, pour provoquer expérimentalement des cancers, on irritait et traumatisait les tissus de façon répétée.
Il rapproche cela de facteurs de risque connus :
- tabac ;
- alcool ;
- inflammations chroniques.
Selon lui, ces états entraînent un engorgement cellulaire et favorisent l’apparition de l’effet Warburg.
L’entropie et le deuxième principe de la thermodynamique
Une référence à Carnot
Laurent Schwartz consacre ensuite une partie importante de son exposé à la notion d’entropie. Il évoque les travaux de Carnot sur la machine à vapeur : si l’on injecte une certaine quantité d’énergie dans une machine, tout n’est pas converti en mouvement utile ; une partie se dissipe.
De là vient l’idée qu’une transformation s’accompagne toujours d’une perte, d’une dissipation, d’un accroissement d’entropie.
Une loi générale du vivant
Il applique cette idée au vivant. Pour lui, toute cellule reçoit de l’alimentation, et cette alimentation sert :
- soit à produire de la biomasse ;
- soit à produire de la chaleur ;
- soit à générer des déchets.
Cette logique doit rester compatible avec le deuxième principe de la thermodynamique. En d’autres termes, la cellule doit évacuer son entropie :
- soit sous forme de chaleur ;
- soit sous forme de masse.
Dans cette perspective, une cellule vivante peut essentiellement faire deux choses :
- brûler ;
- ou faire de la masse.
Le cancer comme défaut d’évacuation de l’entropie
Le cancer correspondrait alors à une situation où la cellule ne brûle plus correctement. Dès lors, l’entropie n’est plus évacuée convenablement par la chaleur, et passe sous forme de masse : la cellule prolifère.
Ainsi, selon Laurent Schwartz :
- le cancer = Effet Warburg ;
- l’effet Warburg = Conséquence de la deuxième loi de la thermodynamique.
Il considère que cette formulation fournit enfin une grille de lecture simple et cohérente.
Conséquences thérapeutiques de cette lecture
Si le cancer correspond à l’effet Warburg, alors le traitement doit viser un seul objectif : renverser cet effet Warburg, autrement dit restaurer la capacité de la cellule à brûler correctement et permettre à l’entropie d’être dissipée sous forme de chaleur plutôt que de masse.
Laurent Schwartz oppose cette approche à l’ancienne manière de découvrir des traitements, qu’il décrit comme largement empirique : on testait des produits sur des cellules, sans véritable grille conceptuelle.
Selon lui, disposer d’une grille change tout.
Les traitements classiques : chimiothérapie et radiothérapie
Laurent Schwartz explique que, jusqu’à présent, les traitements du cancer ont surtout agi sur les radicaux libres. Lorsque la mitochondrie fonctionne mal, elle produit ces radicaux libres, qui endommagent les structures cellulaires.
La chimiothérapie et la radiothérapie sont présentées ici comme des moyens très agressifs d’intervenir sur cette situation. Elles peuvent lever l’effet Warburg, mais au prix d’une forte toxicité. Il rappelle notamment que les chimiothérapies sont des produits si corrosifs qu’on les administre dans de grosses veines, et qu’une fuite hors du vaisseau peut provoquer des dégâts tissulaires majeurs.
Il montre d’ailleurs une image clinique où, après chimiothérapie, des métastases hépatiques visibles au PET scan ont disparu. Pour lui, cela montre bien que la chimiothérapie peut lever l’effet Warburg. Mais elle le fait de manière brutale, en abîmant aussi les mitochondries normales.
La recherche de traitements métaboliques moins toxiques
L’acide alpha-lipoïque et l’hydroxycitrate
Laurent Schwartz rappelle qu’à partir de 2007, son équipe a travaillé sur des molécules capables de relancer la mitochondrie. Il cite en particulier :
- l’acide alpha-lipoïque ;
- l’hydroxycitrate.
Il indique qu’au départ il n’existait pratiquement pas de publications sur leur usage dans le cancer, mais qu’ensuite plusieurs centaines d’articles ont confirmé l’intérêt de cette piste, chez l’animal puis chez l’humain. Il cite également des confirmations expérimentales obtenues par d’autres équipes, notamment celle de Guido Kroemer à Gustave-Roussy, ainsi qu’à Harvard.
Ces molécules agiraient sur des enzymes importantes du métabolisme, notamment :
- la pyruvate déshydrogénase ;
- l’ATP citrate lyase.
Résultats expérimentaux chez la souris
Il évoque des expériences anciennes sur des souris porteuses de tumeurs. Sans traitement, les animaux meurent rapidement. Avec l’association acide alpha-lipoïque + hydroxycitrate, la croissance tumorale est ralentie. Selon lui, ce résultat a été retrouvé dans divers types de cancers expérimentaux.
Le bleu de méthylène
Laurent Schwartz présente ensuite une autre molécule qui l’intéresse : le bleu de méthylène.
Une vieille molécule de synthèse
Il rappelle qu’il s’agit d’une des plus anciennes molécules de synthèse, antérieure à l’aspirine, découverte au XIXe siècle. D’abord conçue comme colorant, elle s’est révélée instable pour cet usage. En revanche, elle a été utilisée historiquement dans le traitement de diverses maladies infectieuses :
- paludisme ;
- lèpre ;
- tuberculose.
Son intérêt métabolique
Dès les années 1930, on savait, selon lui, que le bleu de méthylène augmentait la respiration cellulaire. Aujourd’hui, à la lumière de travaux plus récents, il serait susceptible de faciliter l’évacuation des électrons et de rétablir l’équilibre rédox.
Il mentionne de nombreuses publications concernant son intérêt dans des pathologies comme :
- le cancer ;
- la maladie d’Alzheimer ;
- la maladie de Parkinson.
Il souligne aussi son coût extrêmement faible, de l’ordre de quelques euros le kilo, et rapporte que certains patients décrivent un effet « énergisant ». Il note enfin que des antidépresseurs ont été dérivés historiquement de cette molécule.
Le dioxyde de chlore
Laurent Schwartz mentionne également le dioxyde de chlore. Il rappelle que les lymphocytes utilisent des dérivés chlorés pour détruire des cellules infectées ou anormales.
Selon lui, des manipulations ont montré que le dioxyde de chlore relance la mitochondrie. Certains patients rapporteraient alors :
- un effondrement des marqueurs tumoraux ;
- une amélioration clinique.
Il précise toutefois que les données disponibles restent insuffisamment structurées.
Ce que rapportent les patients
Laurent Schwartz insiste sur un point important : les informations actuellement disponibles proviennent en grande partie de récits de patients, et non d’essais cliniques au sens classique.
Tumeurs de bas grade
Dans les cancers peu agressifs, comme certains cancers de la prostate ou certains lymphomes, les patients rapporteraient une stabilisation des lésions sans chimiothérapie, grâce à des approches métaboliques.
Tumeurs de haut grade
Dans les cancers plus agressifs, comme certains cancers du pancréas, il lui semble que la maladie peut être ralentie, parfois de manière significative, mais sans constituer encore une solution définitive. Il parle de survies prolongées de quelques années là où l’évolution aurait été beaucoup plus rapide.
Il insiste donc sur le fait que l’on touche probablement quelque chose d’important, mais que ce n’est pas encore la panacée.
Le régime cétogène
Laurent Schwartz explique que beaucoup de patients suivent un régime cétogène, avec réduction drastique des glucides, dans l’idée de priver la tumeur de sa source principale d’énergie.
Il estime que ce régime améliore souvent l’état des patients et ralentit la croissance tumorale. Mais il émet aussi une réserve : si la tumeur ne peut pas brûler le glucose, elle peut peut-être tirer une partie de son énergie d’autres substrats, notamment des corps cétoniques. Il suggère donc qu’il serait peut-être nécessaire, à terme, de mieux comprendre et éventuellement bloquer l’utilisation des corps cétoniques par les cellules tumorales.
Sport et mitochondries
Laurent Schwartz rappelle que l’activité physique est aujourd’hui associée à une amélioration de la survie chez les patients atteints de cancer. Il estime que l’effet d’un sport régulier est comparable, sur certains plans, à celui de certains traitements.
Il pose cependant une question plus large : peut-on faire mieux pour régénérer les mitochondries ? Selon lui, on ne comprend pas encore vraiment pourquoi certaines cellules ont beaucoup plus de mitochondries que d’autres.
Les champs électromagnétiques comme piste
Parmi les perspectives de recherche, Laurent Schwartz évoque une piste plus exploratoire : l’usage de champs électromagnétiques pour favoriser la régénération mitochondriale. Il rappelle qu’avant-guerre, certains essais anciens avaient rapporté des régressions tumorales cutanées sous l’effet de tels champs.
Il ne présente pas cela comme une certitude, mais comme une hypothèse qui mériterait d’être étudiée davantage.
La nécessité de recueillir des données
Pour Laurent Schwartz, une étape essentielle est désormais le recueil systématique des données patients. Il déplore qu’il n’existe pas de chiffres solides, alors que de nombreux témoignages circulent.
L’un des objectifs de la fondation en cours de mise en place est donc de permettre à des patients de :
- s’enregistrer spontanément ;
- raconter leur histoire ;
- transmettre leurs dossiers médicaux ;
- produire des données exploitables dans un cadre légal.
Il insiste sur le fait que sans données, il est impossible d’avancer correctement.
Une fondation pour la suite
Laurent Schwartz annonce la création d’une fondation, hébergée par la Fondation de France, dont le but est d’aider à financer la suite des travaux. Il explique que la phase de compréhension scientifique a beaucoup avancé, mais que la mise au point de traitements, leur évaluation et leur diffusion impliquent d’autres acteurs, d’autres métiers, d’autres formes d’organisation.
Il reconnaît explicitement que les médecins et les scientifiques ne sont pas nécessairement les mieux placés pour organiser le mouvement social, politique ou logistique nécessaire à cette étape.
Témoignage de Gislain
Un premier patient, Gislain, vient ensuite témoigner de son parcours.
Découverte du cancer
En novembre 2016, une hémorragie massive de la sphère ORL l’amène aux urgences. Le diagnostic tombe rapidement : un carcinome épidermoïde infiltrant de la base de la langue, avec atteinte ganglionnaire bilatérale. Il s’agit d’un cancer métastasé, classé T3 N2c M0.
Deux professeurs ORL consultés confirment la gravité du cas, jugé inopérable sauf chirurgie mutilante, et l’un évoque même une espérance de vie très courte avec soins palliatifs à brève échéance.
Mise en place d’une approche métabolique
Avec l’aide de son médecin traitant et après lecture du livre de Laurent Schwartz, il commence rapidement un traitement métabolique associé à une alimentation cétogène stricte.
Parallèlement, il suit le protocole hospitalier classique :
- gastrostomie ;
- extractions dentaires ;
- trois séances de chimiothérapie ;
- trente-cinq séances de radiothérapie.
Difficultés rencontrées
Il décrit une période extrêmement difficile, notamment à cause des brûlures radiques de la sphère ORL, qui l’empêchent de parler, boire ou manger. Il explique aussi qu’il a dû lutter pour éviter certaines poches de nutrition riches en glucides, incompatibles avec son régime cétogène.
Son épouse lui prépare alors des repas cétogènes liquéfiés administrés par la sonde de gastrostomie. Plus tard, il découvre un produit diététique spécifique, KetoCal, qu’il se procure en Belgique.
Résultat
En mai 2017, le premier scanner de contrôle montre la disparition complète de la tumeur et des métastases. Depuis, les examens de contrôle restent négatifs.
Il précise toutefois conserver des séquelles importantes de radiothérapie, notamment une xérostomie sévère, améliorée en partie grâce à la teinture mère de jaborandi.
Message final
Gislain appelle chacun à rester acteur de sa santé, à ne pas se laisser guider aveuglément, et insiste sur l’importance :
- de l’hygiène de vie ;
- de l’alimentation ;
- du jeûne intermittent ;
- de la réduction des produits transformés et des laitages de vache.
Il évoque aussi le cas de sa mère, atteinte de myélome multiple, qui aurait obtenu une seconde rémission après mise en place d’un traitement métabolique et de changements alimentaires, alors que les traitements classiques avaient été arrêtés.
Témoignage d’Alain Schmitz
Alain Schmitz prend ensuite la parole.
Son parcours
Ancien pilote de chasse, il explique qu’il était, quelques années auparavant, dans un état de grande dégradation physique, atteint de plusieurs cancers :
- cancer de la vessie ;
- atteinte prostatique avec PSA très élevé ;
- cancer de la peau.
Il raconte sa rencontre avec Laurent Schwartz, facilitée par une connaissance commune, et la lecture d’un de ses livres. Cette approche le convainc qu’il est possible de sortir du cancer et que celui-ci ne doit pas être considéré comme un destin inéluctable.
Son expérience du traitement métabolique
Il affirme que l’application de la piste métabolique — alimentation cétogène, acide alpha-lipoïque, hydroxycitrate de calcium — permet non pas nécessairement de faire disparaître totalement le cancer, mais de l’« endormir », de le contenir et de retrouver une vie satisfaisante.
À 77 ans, il dit continuer à faire du sport et mener une vie active.
Appel à l’organisation collective
Son message principal est que le vrai drame est l’isolement des malades. Selon lui, ceux-ci ont accumulé des expériences, des observations, parfois des « recettes », mais ne les partagent pas suffisamment. Il cite aussi d’autres substances comme l’artémisinine, qu’il considère digne d’intérêt.
Pour lui, il faut fédérer ces expériences, notamment à travers la fondation créée par Laurent Schwartz.
Discussion avec le public
Une longue série de questions-réponses suit ensuite les interventions.
Les cancérogènes et l’effet Warburg
À une question sur les cancérogènes, Laurent Schwartz répond que tabac, alcool, pesticides et autres facteurs de risque sont à comprendre comme des causes qui convergent vers une même voie finale commune : l’induction de l’effet Warburg.
La demande de protocoles précis
Plusieurs personnes malades demandent des informations concrètes sur les posologies et la manière de mettre en œuvre les traitements métaboliques. Laurent Schwartz répond à plusieurs reprises qu’il est limité par le cadre juridique et qu’il ne peut pas, dans ce cadre, prescrire publiquement ou détailler des conduites thérapeutiques personnalisées hors des essais réglementaires.
Il insiste sur le fait que :
- ce sont des métiers différents ;
- il existe des contraintes légales ;
- les essais devraient être organisés par les institutions ou rendus possibles par des structures adaptées.
L’organisation des malades
Plusieurs interventions convergent vers l’idée que les patients doivent s’organiser eux-mêmes. Laurent Schwartz rappelle que, contrairement au sida, les malades du cancer ne sont pas structurés collectivement. Il appelle à la constitution de réseaux capables de recueillir des données, de partager les expériences et de peser dans le débat public.
Une patiente propose par exemple la création d’une plateforme en ligne pour fédérer les témoignages et les actions.
Régénération mitochondriale et autres molécules
À propos des molécules susceptibles de stimuler les mitochondries, Laurent Schwartz répond avec prudence. Il dit ne pas voir, dans les récits de patients, d’effet majeur de certaines substances parfois proposées, et indique croire davantage à des pistes comme les champs électromagnétiques, tout en précisant qu’il s’agit d’une intuition plus que d’une certitude.
Il évoque également la différence entre anciennes molécules peu coûteuses et analogues modernes beaucoup plus chers, comme illustration des enjeux de modèle économique.
Le bleu de méthylène, la vitamine C, la propolis
D’autres questions portent sur :
- le bleu de méthylène ;
- la vitamine C à haute dose ;
- la propolis.
Laurent Schwartz répond qu’il n’a pas d’expérience suffisante sur certains de ces points, tout en reconnaissant avoir entendu des récits encourageants dans certains cas, mais sans données robustes à ce stade.
Acidité, alcalinité et tumeur
À une question sur le « terrain acide » ou « alcalin », il répond que la tumeur est acide à l’extérieur, à cause de l’acide lactique qu’elle rejette, et alcaline à l’intérieur.
Conclusion
En conclusion, Laurent Schwartz résume sa position en plusieurs points :
- le cancer correspond à l’effet Warburg ;
- cet effet peut être compris dans le cadre du deuxième principe de la thermodynamique ;
- des pistes thérapeutiques métaboliques existent déjà ;
- elles semblent produire des effets, mais restent encore insuffisamment validées et structurées ;
- il faut désormais passer de la compréhension scientifique à l’organisation collective, au recueil de données et à la construction d’essais.
Romain Attal clôt la rencontre en soulignant que cette conférence doit être un point de départ vers une coopération plus forte entre patients, chercheurs et citoyens. Il insiste sur la nécessité de la communication, de l’organisation en réseau et de la science participative.
Laurent Schwartz termine enfin sur une note plus personnelle, en rappelant que cette histoire est aussi pour lui une histoire d’amitié, de travail collectif et d’espoir.