La fertilité naturelle des sols, François Hirissou
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La fertilité naturelle des sols : vers une transition agroécologique
La fertilité d’un sol ne se résume plus seulement à sa capacité à nourrir une plante. Dans une approche agroécologique durable, elle englobe également la nutrition de tout l’écosystème environnant (animaux, végétaux, micro-organismes). François Hirissou, agronome, souligne que nous avons trop longtemps ignoré les déterminants naturels de la fertilité en nous reposant sur les énergies fossiles. La transition vers une agriculture de demain nécessite de repenser cette fertilité selon trois niveaux interdépendants : la fertilité de l’habitat, la fertilité alimentaire et la fertilité du vivant.
Fertilité de l’habitat : la structure du sol
La fertilité commence par l’habitat. Un sol sain doit être poreux, oxygéné et riche en [[matière organique]]. Or, l’agriculture intensive a provoqué une compaction majeure des sols via l’usage d’engins lourds. Ce tassement empêche l’eau de circuler, bloque le transfert des nutriments et nuit à la vie du sol.
Pour retrouver des sols fonctionnels, il faut :
- Arrêter la compaction : Limiter le passage d’engins lourds.
- Favoriser la porosité biologique : Contrairement à la porosité mécanique issue du labour, la porosité biologique — celle que l’on observe dans les forêts ou les prairies — est maintenue par les racines et les vers de terre.
- Maintenir une couverture permanente : Un sol couvert (vert plutôt que marron) préserve la vie, favorise l’infiltration de l’eau et permet le transfert des nutriments depuis la roche mère jusqu’à la surface.
Fertilité alimentaire : matière organique et nutriments
La matière organique est le carburant des sols. Elle sert de “batterie” (distributeur d’électrons) et de “frigo” (stockage des nutriments). Une matière organique abondante permet :
- La rétention d’eau : Indispensable face aux aléas climatiques actuels.
- La nutrition optimale : Le sol doit idéalement contenir entre 4% et 6% de matière organique.
- La gestion du rapport carbone/azote (C/N) : Il est crucial de mélanger des matières riches en carbone (bois, paille) avec des matières plus azotées (fumiers, composts) pour atteindre un équilibre permettant la vie microbienne.
Il faut oublier l’idée que la plante s’alimente seule. Elle dépend de son “buffet” biologique. L’apport d’azote minéral issu de l’énergie fossile n’est pas durable. La solution réside dans l’usage des légumineuses, qui fixent l’azote de l’air grâce à des bactéries symbiotiques.
Fertilité du vivant : le rôle des micro-organismes
Le sol concentre 25 % de la biodiversité mondiale. La coopération est plus importante que la concurrence pour bâtir des systèmes résilients :
- Les bactéries : Véritables moteurs du cycle du carbone, de l’azote et du soufre, elles ont une capacité de reproduction fulgurante si les conditions sont favorables.
- Les champignons mycorhiziens : Présents depuis 450 millions d’années, ils prolongent les racines des plantes, leur permettant d’accéder à l’eau et au phosphore, tout en protégeant contre les pathogènes.
- Les vers de terre : Ce sont les bâtisseurs de la structure du sol. Leur lombricompost est exceptionnellement riche en nutriments.
Conclusion : l’agriculture de demain
L’agriculture de demain ne sera plus monoculturale, mais fondée sur l’association de plantes. En diversifiant les couverts et en réintroduisant les animaux (comme accélérateurs d’autofertilité), il est possible de supprimer progressivement le recours aux intrants chimiques (herbicides, fongicides, engrais). La transition agroécologique est une gestion fine du vivant : il s’agit de nourrir le sol pour que celui-ci puisse, en retour, nourrir la plante efficacement.