La Ferme Magnyfestante
Ferme bio en maraîchage sur sols vivants
Sarah Dieu, Benjamin Dieu
Sarah et Ben se sont rencontrés en BPREA en 2018. Ils ont construit un projet commun, qui a servi de base à leur ferme actuelle. Installés en janvier 2020 sans apports financiers, ils ont conçu leur ferme en investissant suffisamment au début pour avoir un outil fonctionnel, sans toutefois se lancer dans un format intensif, afin de limiter leur endettement.
Le choix de cette ferme s’est fait pour plusieurs raisons : présence d’une maison attenante, terres entourées de haies, forage domestique, prix du foncier accessible et dynamique locale favorable dans le Boischaut sud. Leur famille se situe entre le Cher et l’Indre-et-Loire, ce qui a aussi pesé dans la décision.
Ils ont été bien accueilli-es par les maraîcher-es du territoire, notamment via une réunion locale de la Confédération paysanne et de l’ADAR sur le manger local. Cela a permis de créer des liens, de mutualiser du matériel et de participer à des dynamiques collectives, notamment autour du magasin de producteur-ices Biolo and Co. Ils ont également participé à la SCIC de Neuvy, très dynamique pendant la période Covid, aujourd’hui disparue.
Pour celles et ceux qui ne l’auraient pas deviné, c’est par militantisme que Sarah et Ben se sont lancés dans l’aventure agricole : attirés par les pratiques de non travail du sol, ils ont décidé de ne pas attendre qu’on fasse à leur place, et de lancer leur projet. Leur objectif principal aujourd’hui est de dégager du temps et de maintenir des conditions de travail soutenables.
Une installation express retardée
En été 2019, Sarah et Ben trouvent un terrain dans leur budget, avec deux hectares de terres en prairie non exploitées depuis 20 ans, une maison attenante et des haies bordant les parcelles. Ils s’installent avec 65 000 € de prêts et la DJA comme apport. Les taux d’intérêt étant faibles à ce moment-là, leur projet est accepté rapidement.
Le parcours d’installation est accéléré, mais la pandémie ralentit la livraison du matériel. Ils installent l’irrigation en hiver 2021 et commencent les ventes à la ferme à l’été.
Au départ, environ 50 % du chiffre d’affaires se faisait en local.
Le réseau local
Dès leur arrivée, Sarah et Benjamin intègrent le groupe local de la Confédération Paysanne. Iels sont élu-es au comité de la Conf’ en 2020. La rencontre des maraicher-es du territoire se fait via un groupe de travail sur l’accès à l’eau. Les maraicher-es environnants sont dans une logique de partage, et de mutualisation, notamment via le magasin de producteur-ices Biolo and Co, à la Châtre (Voir la Ferme de Corlay). Iels intègrent également une SCIC mise en place à Neuvy, très dynamique pendant le COVID et qui constitue 50% du chiffre d’affaire de leurs premières années de vente. Mais ce débouché ne résiste pas aux années post Covid, et à la reprise d’habitude d’achats tournés vers la grande distribution. L’Indre, qui a subi de plein fouet l’exode rural, leur a réservé un très bon accueil.
Commercialisation
Au départ, leur souhait est de commercialiser principalement via une AMAP. Leur réseau local n’est pas encore assez fourni, iels décident donc de se lancer dans la SCIC proche de chez elles et eux. Leur objectif est de ne pas s’éparpiller, et iels ne souhaitent pas faire de marché : la concurrence est rude et les relations avec les voisin-es s’en ressentirient, la logistique rigide des marchés ne leur correspond pas, iels craignent de ne pas avoir le temps de créer du lien avec les client-es. Pour prendre le temps d’expliquer comment sont fixés leurs prix, et donc quelles sont leurs pratiques de culture, iels décident de se tourner vers de la vente à la ferme, d’avril à décembre. Le reste de l’année, la vente en ligne prend le relai, via leur site internet sur lequel il est possible de réserver des légumes et un créneau sur lequel venir les chercher. Leurs client-es régulier-es sont une vingtaine, dans un périmètre de 20 km, issu-es principalement d’un milieu aisé, et soucieux-ses de leurs habitudes de consommation. Iels viennent un peu par militantisme écolo, beaucoup pour des raisons de santé. Il est comlpiqué d’augmenter le nombre de personnes touchées. En octobre 2024, iels sont contacté par l’AMAP d’une association locale, avec laquelle il leur était arrivé de travailler sur des événements festifs. Leurs premiers paniers sont prévus pour janvier 2025, avec deux tailles.
Communication
Leur site internet a été conçu par la sœur de Sarah, dont c’est le métier. Les brèves publiées dans les journaux locaux n’ont pas été très efficaces. Iels ont évité Facebook pour des raisons politiques les trois premières années, avant d’y retourner pour toucher les personnes entre 30 et 65 ans.
Objectif à l'installation
Limiter l’endettement tout en ayant un outil fonctionnel. Mettre en place un système en non travail du sol. Construire une ferme résiliente permettant de dégager du temps libre. Viser un revenu modeste au départ (proche du RSA), avec l’objectif d’atteindre un SMIC tout en conservant du temps pour militer et avoir une vie personnelle.
Perspectives à venir
Projet de salarier une personne d’avril à l’été (21 h/semaine). Investissement prévu dans une chambre froide pour sécuriser la conservation des légumes. Développement de la transformation à long terme. Développement des AMAP.
Retours d'expérience sur installation
Ce qu’iels auraient fait si iels s’étaient installé-es autrement
Sarah et Ben auraient aimé bénéficier, et demander un prêt de trésorerie plus important, pour avoir plus de marge financière pour vivre. La DJA leur a permis de rallonger artificiellement leur prêt. Iels savaient qu’iels allaient rester au RSA quelques années, ce qui est une pression supplémentaire dans les processus d’installation, en raison des contrôles administratifs fréquents auxquels iels n’ont pas échappé. Iels reviennent également sur leur choix de ne pas acquérir de tracteurs à l’installation, et de ne pas avoir designé leurs parcelles en fonction : les roundballers commencent à leur peser.
Ce qu’ils aiment dans leur système
C’est un système résilient. Mis à part les quelques points abordés ci-dessus, iels sont content-es de l’équilibre entre l’efficacité de leur système et leur niveau d’endettement. Iels visent SMIC pour deux désormais, et du temps pour faire plus de choses à côté, pour avoir plus de temps à deux non consacré au travail.
Gestion de la fertilité des sols
La ferme comporte deux parcelles de 5000 m² et une parcelle d’un hectare. Ils ont commencé sur les deux parcelles de 5000 m², avec occultation et cultures sur toile tissée.
Premières cultures : courges, permettant une longue occultation. Pas d’amendement au départ (retour de prairie).
Apports utilisés : - foin et paille - fumier équin et ovin - fumier épandu à la brouette - bouchons de fumier depuis deux ans - calcium et magnésium suite aux analyses de sol
Les analyses ont révélé des carences importantes, visibles notamment sur les tomates.
Itinéraires innovants
Semis de carottes sans travail du sol. Plantation de pommes de terre mi-décembre au lieu de fin février, associées avec des pois.
Analyse environnementale
- Taux de matière organique : Entre 1,5 et 8% de taux de matière organique.[1]
- Nombre d'espèces cultivées : 100% au delà de 30 espèces cultivées sur la ferme.
- Absence de chimie : 100% quand la ferme est en bio.
- Non travail du sol : % de la SAU qui n'est jamais travaillée.
- Biodiversité : Pourcentage de la surface d'intérêt écologique sur la SAU.
- Couverture de sol : 100% quand moins de 10 jours de sols nus dans l'année - 0% au delà de 150 j/an.
Analyse socio-économique
Le métier est jugé difficile et physiquement exigeant. Ils tiennent à conserver des conditions de travail compatibles avec leur santé.
Ils ont été élus au comité de la Confédération paysanne en 2020 et participent à un groupe local sur l’accès à l’eau pour les maraîchers.
Stratégie commerciale
Au départ, le projet était orienté AMAP, mais difficile sans réseau local. Pas de marché volontairement, pour ne pas concurrencer les maraîchers voisins et parce que la logistique ne leur correspond pas.
Vente à la ferme d’avril à décembre. Système de réservation en ligne avec créneau de retrait. AMAP de Jeu-les-Bois depuis 2025.
Communication : - site internet fait par la sœur de Sarah - Facebook utilisé depuis deux ans - présence dans les journaux locaux - clientèle majoritairement locale dans un rayon de 20 km
Irrigation
Irrigation sur réseau avec bon débit. Coût initial faible mais prix de l’eau en forte hausse. Forage domestique existant mais débit insuffisant et investissement long.
Capacité d'autoproduction
Itinéraires techniques détaillés
- ↑ Dans l'analyse de terre, la matières organiques (MO) est quantifiée à partir du dosage de la teneur en carbone organique (C) son constituant majeur, que l'on multiplie par un coefficient censé refléter la teneur en carbone de la MO, qui peut différer selon les laboratoires Français : 1.72 ou 2. Ce coefficient est toujours précisé sur les bulletins d'analyse. Il est donc nécessaire de vérifier le coefficient utilisé si on change de laboratoire pour éviter une interprétation erronée de l'évolution de la teneur en MO.
