Triple Performance

Favoriser la biodiversité en organisant le parcellaire pour augmenter l'effet de lisière

De Wiki Triple Performance
Icone categorie Pratiques.png Pratique agro-écologique
Courts tours aménagés. Crédit photo : Charles Boutour.


Dans les « Open Fields », les lisières de cultures sont des composantes essentielles à la reproduction de l’entomofaune[1] et de l’avifaune de plaine[2].


Objectifs et bénéfices attendus

Les lisières sont nécessaires au développement des populations d’environ 90% des auxiliaires [3] contre 50% des ravageurs. Pour les insectes rampants, on estime que la distance prospectée depuis une bordure est d’environ 75 m à 80 m [4].


Les oiseaux qui nichent au sol dans les cultures installent leur nid dans les 25 premiers mètres de la bordure : 85% des nids de perdrix grises[5] et 70% des nids d’Alouette des champs[6]. La quantité de lisière disponible traduit la capacité d’accueil de la parcelle.


1950 2000

Evolution du paysage de plaine sur le même îlot de 36,4 ha entre 1950 et 2000. Au-delà du nombre de parcelles qui a diminué, il faut surtout noter la quantité de bordure disponible qui a diminuée : 7,2 km de bordure de champs, soit 180 m de lisière/ha en 1950 contre 3,2 km de bordure disponible, soit 80 m de lisière/ha en 2000.

A noter

Les différents remembrements depuis les années 50 ont encouragé l’arrachage des haies. Cependant dans les zones de plaine, les haies n’étaient que peu ou pas présentes : c’est la quantité de lisière disponible qui a diminué[7]


Parole d'expert

« Ce facteur est très important, les parcelles ne doivent pas être trop larges. Du fait de leurs déplacements quotidiens globalement limités, on considère qu’une parcelle n’est plus assez bien protégée au-delà de 80 m d’une zone refuge. La largeur offrant le meilleur compromis est donc de 150 m environ. Limiter la largeur d’une parcelle est d’autant plus efficace qu’une zone refuge (bande herbeuse, buissons, ligneux...) la sépare de la voisine. De plus, il est très important de connecter ces zones refuges entre elles.» Jean Pierre Sarthou, Agro Toulouse INP, INRAE AGIR.

Méthodologie

Le même îlot que ci-dessus - 2020, soit 6 km de lisière (150 m de lisière/ha) et 3 parcelles facilement cultivables.

Encourager les agriculteurs à revenir à la situation de 1950 serait utopique et contre productif. Cependant il est possible d’augmenter la proportion de lisière sans alourdir le travail de l’agriculteur comme par exemple en alternant les cultures de l’exploitation au niveau paysager. Chaque interface entre deux milieux favorise la quantité de lisière disponible. Pour allier débit de chantier et biodiversité, les parcelles de forme rectangulaire sont à privilégier. Or rares sont les exploitations qui ne possèdent que des parcelles rectangulaires.

Une largeur de parcelle efficiente pour la biodiversité et le travail de l’agriculteur est un multiple de l’outil le plus large entre 150 et 200 m de large.


A noter

Il est possible de découper les parcelles en un multiple de l’outil le plus large utilisé sur l’exploitation : pulvérisateur, rampe ou enrouleur d’irrigation. Avec le matériel de précision, il est maintenant possible d’être précis au cm.


Parole d'expert

« Dans les zones à problématique grand gibier, les parcelles étroites offrent l’avantage de faciliter le décantonnement des animaux.» David Granger, chargé de mission agriculture, faune sauvage et dégât de gibier à l’Office Français de la Biodiversité.


Comment mettre en place cette pratique sur mon exploitation ?

A l’échelle de l’exploitation, le parcellaire est rarement homogène au niveau de la qualité de sol, de la forme et la taille des parcelles. Pour les parcelles tortueuses, il est possible de les découper en îlots de forme optimale. De cette façon, on optimise les travaux dans les parcelles aux formes non avantageuses. L’intérêt est de ne plus perdre de temps à manœuvrer dans les courts tours du pulvérisateur, les faux angles ou les fortes courbes.


Le découpage en un nombre rond de passages de pulvérisateur permet d’améliorer l’efficacité, limite les manœuvres et évite les doublements de dose.


Les courts tours font diminuer la performance de la parcelle : plus forte charge temps pour une production plus ou moins égale par rapport au reste de la parcelle. Ces espaces sont des zones qu’il est possible d’aménager en priorité.


Courts tours aménagés : légère perte de surface mais gain de productivité contre 3,2 km de bordure disponible (80 m de lisière) en 2000). Crédit photo : Charles Boutour.



Il est également possible d’aménager les zones de terres à très faible potentiel agronomique : veine de cailloux, bordure de bois, zone humide… Ces zones cultivées font également diminuer la performance de la parcelle : faible production pour des charges opérationnelles égales ou plus élevées que le reste de la parcelle.

Limites réglementaires

La mise en place de cette pratique est plus difficile pour le petit parcellaire ou les parcelles enclavées.


Pour aller plus loin

Ajouter une bande intercalaire entre les parcelles augmentera le nombre de lisières disponibles donc la capacité d’accueil du territoire.


Sources


  1. Keller S., Häni F. ; 2000. Ansprüche von Nützlingen und Schädlingen an den Lebensraum. Streifenförmige ökologische Ausgleichsflächen in der Kulturlandschaft: Ackerkrautstreifen, Buntbrache, Feldränder. Verlag Agrarökologie, Bern, 199-217
  2. 2 Eraud C. ; 2002. Ecologie de l’Alouette des Champs Alauda arvensis en Milieux Cultivés, Caractéristiques Ecologiques de l’Habitat et Perspectives de Conservation,Thése de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, ONCFS, Ministère de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie, p168
  3. Boller E. F., Häni F., Poehling H. M., 2004. Ecological Infrastructures : Ideabook on Functional Biodiversity at the Farm Level. IOBC-OILB. 212pp.
  4. Collins K.L. et al. ; 2002. Influence of beetle banks on cereal aphid predation in winter wheat , Agriculture, Ecosystems and Environment n°93, p 337–350
  5. Bro E. ;2016. La Perdrix grise. Biologie, écologie, gestion et conservation. Biotope, Mèze, 304p.
  6. Eraud C. ; 2002. Ecologie de l’Alouette des Champs Alauda arvensis en Milieux Cultivés, Caractéristiques Ecologiques de l’Habitat et Perspectives de Conservation,Thése de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, ONCFS, Ministère de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie, p168.
  7. Omnès F. ; 2017. Parcellaire et faune sauvage : vers un aménagement foncier agro-écologique?, Faune sauvage, p 66-73.

Annexes