Agriculture Bio de Conservation à Genève : retour d'expériences
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Aurélien Bouchet est agronome chez Agrigenève. Il vient ici nous faire part avec Philippe Rizzoli, agriculteur sur la canton, de leurs essais en ce qui concerne l'agriculture bio de conservation.
Agriculture bio de conservation à Genève : retour d’expériences
Ce webinaire, organisé par le Centre national d’agroécologie, met en lumière les travaux menés en Suisse sur l’agriculture bio de conservation (ABC). Aurélien Bouchet, conseiller en grandes cultures chez Agrigève/Agrivulg, et Philippe Rizzoli, agriculteur en polyculture-élevage à Genthod, partagent quatre années de retours d’expériences, mêlant réussites agronomiques et défis techniques.
Le contexte agricole genevois
Genève se caractérise par un territoire périurbain très restreint (environ 11 000 hectares). Le climat évolue avec des hivers plus humides et des étés plus secs, accentuant les besoins en résilience des sols. Les sols, majoritairement [[limono-argileux]], présentent des disparités importantes en termes de structure. Un point critique souligné est le taux de [[matière organique]] relativement bas (10 % du taux d’argile en moyenne), témoignant d’un passé marqué par l’arrêt de l’élevage et des pratiques culturales intensives.
La rotation comme levier de gestion
La rotation est la pierre angulaire de l’ABC en bio, particulièrement pour gérer le salissement (vulpin, régra).
- La stratégie : Intégrer deux cultures de printemps successives pour casser le cycle des graminées.
- Exemple : Philippe Rizzoli illustre ce changement avec une parcelle initialement sale en blé, redevenue propre après une succession maïs-soja sans labour, en utilisant uniquement le scalpage et la fissuration.
Couverts végétaux et couverts relais
L’importance des couverts est rappelée à travers une gestion rigoureuse (“les 11 commandements”), incluant le semis profond (5 cm) pour atteindre l’humidité, la gestion des menus pailles et le choix des espèces.
- Le couvert relais : Technique innovante où l’on mélange un couvert gélif et des plantes hivernantes. Ce système permet une biomasse importante (jusqu’à 9 tonnes de matière sèche) et une restitution azotée significative, tout en couvrant le sol sur une longue période.
- Bilan : L’objectif est de viser environ 10 tonnes de matière sèche cumulée. Un excès de biomasse au printemps peut toutefois compliquer la gestion hydrique et l’implantation de la culture suivante.
Sous-semis dans les céréales
Les sous-semis de légumineuses (trèfles, luzerne lupuline) visent à produire de l’azote, améliorer la structure du sol et réduire le temps de travail estival.
- Facteurs de succès : Partir sur un sol propre ([[désherbage mécanique]] préalable), laisser entrer la lumière (écartement large ou rangs fermés) et semer sur de la terre fine.
- Limite : Cette technique ne résout pas la pression des vivaces ou des graminées résistantes, mais constitue un outil complémentaire précieux.
Colzas associés : pertinence et défis
Travaillés depuis 2010 à Genève, les colzas associés permettent de limiter la pression des ravageurs (altises) et de couvrir le sol.
- Pratique : Utilisation de légumineuses gélives semées en mélange.
- Résultats : Aucun impact négatif sur le rendement du colza, avec une réduction potentielle du recours aux insecticides. En bio, ces colzas sont généralement implantés après labour, mais offrent une grande sécurité culturale sans désherbage mécanique complémentaire.
Témoignage : vers une agriculture sans labour
Philippe Rizzoli a transformé son exploitation en passant au bio en 2017. Il a remplacé le labour profond par un travail superficiel (scalpeur) et une fissuration ciblée (Actisol).
- Outils d’avenir : L’utilisation de l’Orbis (outil à disques lacérant les couverts) est à l’étude pour gérer le mulch en inter-rang.
- Le défi du rang : La principale difficulté réside dans le dégagement de la ligne de semis. La piste privilégiée par les intervenants est l’utilisation d’un strip-till lourd pour mieux préparer le sillon dans les systèmes avec beaucoup de résidus.
Conclusion et conseils
L’expérience montre que si le passage au bio de conservation est exigeant, la gestion du salissement par le travail superficiel et une rotation adaptée porte ses fruits. Le conseil final de Philippe Rizzoli reste pragmatique : “Privilégiez les petites surfaces pour vos essais et lancez-vous dans les différentes techniques.”