Webinaire carbone PADV
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Le LBC est-il réellement une opportunité pour financer la transition agroécologique ? Avec quelle prise de risque pour les agriculteurs ? Quelle articulation avec l'Indice de Régénération ?
Telles sont les thématiques abordées lors de notre Webinaire : "Label Bas Carbone en grandes cultures : résultats et enseignements après un an de tests terrain".
18 mois après le lancement du LBC Grandes Cultures, nous avons partageons les conclusions de l’étude menée sur le terrain avec nos partenaires coopératives/négoces et agriculteurs.
Webinaire carbone PADV
Dans ce webinaire, Léa Lugassy, responsable de la recherche et du développement au sein du mouvement Pour une agriculture du vivant (PAV), présente les résultats de deux projets de diagnostic carbone menés sur plus d’un an auprès des adhérents du réseau. L’objectif est de faire le lien entre la transition agroécologique, le stockage de carbone dans les sols et les enjeux économiques pour les filières.
Rappels sur le bilan carbone agricole
Un bilan carbone agricole repose sur deux volets :
- Les émissions de gaz à effet de serre (GES) : Issues de l’utilisation d’engrais (minéraux ou organiques), de la consommation de carburant par les machines et des unités de stockage. Chaque ferme émet des GES, avec une forte variabilité selon les pratiques.
- Le stockage de carbone dans le sol : Il dépend de la restitution des résidus de culture, de l’apport de couverts végétaux, de l’usage d’effluents et de l’activité biologique du sol.
L’enjeu de la régénération des sols réside dans la balance entre les émissions et le stockage. Si les émissions sont supérieures, le sol déstocke (perte de fertilité) ; si le stockage est supérieur, le sol est qualifié de “stockeur de carbone” (gain de fertilité).
Transition agroécologique versus transition bas carbone
Il existe des divergences potentielles entre les objectifs de ces deux transitions :
- Transition agroécologique : Vise la fertilité des sols, la résilience climatique et la réduction de la dépendance aux intrants.
- Transition bas carbone : Vise la réduction des émissions de GES.
- La divergence : En phase de transition agroécologique, un agriculteur peut potentiellement ne pas être “bas carbone” immédiatement. Il peut y avoir un antagonisme : vouloir réduire les émissions trop rapidement peut pénaliser le stockage de carbone, et inversement, maximiser le stockage peut parfois impliquer, dans un premier temps, une hausse des émissions pour sécuriser le système (ex: apports organiques).
Résultats des diagnostics de terrain
Les études menées sur 51 fermes (projet Culture d’industrie sur sol vivant et projet Bon diagnostic carbone ADEME) révèlent une grande hétérogénéité :
- Performance agroécologique : Les fermes pionnières, plus avancées dans la transition (indice de régénération élevé), émettent un peu plus de GES que la moyenne, mais stockent également beaucoup plus de carbone.
- Le rôle des composts : Le poids des émissions liées aux composts de déchets verts (selon les outils actuels) pèse lourdement sur le bilan des fermes. Cela constitue souvent un biais méthodologique, car ces apports sont essentiels pour restaurer la structure et le taux de [[matière organique]] des sols.
- La phase de transition : Les données suggèrent que les émissions augmentent en début de transition pour ensuite se stabiliser, tandis que le stockage de carbone progresse fortement chez les agriculteurs pionniers.
Limites méthodologiques et défis
Léa Lugassy souligne plusieurs points de vigilance :
- Biais des outils : Les modèles actuels (label Bas Carbone) sont conçus sur des bases expérimentales qui ne prennent pas toujours en compte la réalité biologique des sols vivants, ni le bénéfice de pratiques comme le pâturage des couverts.
- Dépendance aux rendements : Les simulations d’amélioration (ex: produire 4 tonnes de matière sèche de couverts) sont faciles à réaliser dans les outils, mais techniquement complexes à mettre en œuvre de manière pérenne face aux aléas climatiques.
- Le cas des pionniers : Le label Bas Carbone valorise peu les efforts passés, contrairement à d’autres systèmes de certification qui prennent en compte l’historique des pratiques sur 15 ans.
Vers un nouveau modèle économique : le collectif comme socle
La conclusion principale est que le financement carbone doit être perçu comme un “treizième mois” et non comme le financement unique de la transition. Pour sécuriser l’agriculteur, le mouvement préconise :
- Le rôle des filières : Sécuriser l’investissement sur la durée via des contrats pluriannuels.
- L’indice de régénération : Utiliser cet indice comme dénominateur commun pour agréger différents financements (MAEC, paiements pour services environnementaux, aides filières).
- L’accompagnement technique : S’appuyer sur le réseau (formateurs, experts, partage d’expérience via RexAgri) pour réduire le risque technique et climatique.
- L’articulation territoriale : Coordonner les aides publiques et privées autour de l’indice de régénération pour massifier la transition et permettre à terme d’alléger le poids financier sur les filières elles-mêmes.
Léa conclut en rappelant que le mouvement Pour une agriculture du vivant reste pleinement mobilisé pour harmoniser ces politiques et soutenir les agriculteurs dans leur transition agronomique, réelle et systémique.