Stockage de carbone et pratiques agricoles : mythes et réalités, V Chaplot
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Webinaire avec Vincent Chaplot, agriculteur et chercheur à l’IRD. Il nous parlera des difficultés à stocker du carbone en agriculture et nous aidera à faire le tri en mythes et réalités.
Stockage de carbone et pratiques agricoles : mythes et réalités, avec Vincent Chaplot
Introduction
Dans cet article, nous revenons sur les travaux de recherche de Vincent Chaplot, directeur de recherche à l’IRD, pédologue et agriculteur, concernant le stockage de carbone dans les sols agricoles. Son intervention vise à déconstruire certains consensus scientifiques largement répandus en confrontant les discours officiels aux preuves scientifiques vérifiables et aux réalités de terrain.
Le stockage de carbone : mythes et réalités
L’hypothèse que l’arrêt du travail du sol (semis direct) permettrait de stocker du carbone est aujourd’hui largement remise en question par la communauté scientifique internationale.
- Semis direct et horizon de surface : Lorsqu’on arrête de travailler le sol, on enrichit l’horizon de surface (0-30 cm) en carbone et en [[matière organique]], mais cela se fait au détriment d’une perte de carbone en profondeur. En considérant l’ensemble du profil de sol (notamment le premier mètre), les différences de stockage entre sol travaillé et non travaillé sont souvent nulles.
- Le rôle des couverts végétaux : Si l’implantation de couverts d’interculture est une pratique bénéfique pour la biodiversité et la lutte contre l’érosion, les données scientifiques actuelles ne prouvent pas une séquestration significative de carbone sur le long terme. Beaucoup d’études initiales souffraient de biais méthodologiques (échantillonnage trop superficiel, absence de prise en compte de la densité apparente du sol).
- L’importance des nutriments : L’élément clé du stockage réside dans la gestion de la fertilisation. Les sols agricoles sont souvent appauvris en nutriments (phosphore, soufre, potasse) du fait de l’exportation massive liée aux récoltes. Lorsqu’il y a une carence, les plantes et les micro-organismes “puisent” dans la matière organique (le “frigo” du sol) pour combler ces besoins, provoquant une minéralisation et une perte de carbone. Une fertilisation équilibrée est donc indispensable pour maintenir ou augmenter les stocks de matière organique stable.
Vers une révision des pratiques
Pour Vincent Chaplot, il est nécessaire de repenser nos objectifs agronomiques en se basant sur les données réelles plutôt que sur des idées reçues :
- Fertilisation équilibrée : Il faut intégrer les besoins des organismes du sol dans les plans de fumure pour favoriser la transformation des résidus (comme les pailles) en matière organique stable.
- Rotations et prairies : L’intégration de prairies temporaires dans la rotation reste une des méthodes les plus efficaces pour reconstituer les stocks de nutriments et de carbone, grâce à l’exploration racinaire profonde qui permet de remonter des éléments minéraux.
- Approche critique : Il est crucial que les agriculteurs, techniciens et chercheurs reprennent la main sur l’analyse des données. Le cas du glyphosate, souvent décrié pour son impact sur les vers de terre sans étude scientifique rigoureuse à l’appui, illustre la nécessité de revenir aux faits plutôt qu’aux discours émotionnels.
Conclusion
Le semis direct, bien que non “stockant” pour le carbone à l’échelle du profil complet du sol, conserve un intérêt majeur pour la gestion de l’érosion et la préservation de la structure physique du sol à court terme. Toutefois, les politiques publiques de type “Label Bas Carbone” doivent évoluer pour ne pas allouer des moyens financiers dans des techniques qui ne remplissent pas l’objectif de séquestration réelle. L’avenir de l’agronomie repose sur une collaboration étroite entre chercheurs et agriculteurs, capable de proposer des solutions basées sur des preuves solides, sans pour autant négliger la viabilité économique des exploitations.