Semis de colza à la volée : retour sur 4 ans d'essais, Bastien Boquet (AgroTransfert)
![]()
La réunion intitulée "Semis de colza à la volée : retour sur 4 ans d'essais" présentée par Bastien Boquet d'AgroTransfert a abordé les principes et objectifs de cette technique expérimentale visant à réduire la pression des adventices et l'utilisation d'herbicides, sans travail du sol préalable. L'expérimentation, menée sur trois ans en collaboration avec Alpha Semence et la Chambre d'agriculture de l'Oise, a montré une densité d'adventices significativement plus faible et une réduction des intrants phytosanitaires, tout en permettant d'abaisser les charges de 25%. Les résultats indiquent un rendement légèrement inférieur, mais une marge brute équivalente grâce aux économies réalisées. Des actions ont été décidées pour poursuivre l'amélioration de la technique et sa performance, notamment une évaluation continue des populations de bio-agresseurs et l'optimisation de l'épandage des semences.
En septembre 2024, l'association AgroTransfert organise une journée de retour sur le projet Adventurh sur l'exploration de nouvelles voies pour maitriser les adventices. Ici, Bastien Boquet revient sur les essais de colza à la volée sans travail du sol en Haut de France.
Par ici pour en savoir plus sur Agrotransfert : https://www.agro-transfert-rt.org
Cette vidéo a été créée dans le cadre du projet CONSERWA, pour valoriser les résultats du projet mené par AgroTransfert-RT, avec le financement de l’Union Européenne, de la confédération suisse et du Royaume-Uni. Par ici pour plus d'info : https://conserwa.eu/
Notes
🌱 Principes et objectifs du semis à la volée (00:03 - 05:06)
- Technique expérimentale de semis de colza à la volée avant moisson
- Objectif principal: réduire la pression des adventices et l'utilisation d'herbicides
- Absence totale de travail du sol avant et après moisson
- Principe fondamental: ne pas provoquer de germination d'adventices
- Un jour d'août équivaut à deux jours de septembre en termes de somme de température et développement
- Réduction de moitié du temps de travail et d'environ trois fois moins d'IFT herbicide
🔬 Méthodologie de l'expérimentation (05:06 - 10:34)
- Expérimentation menée sur 3 années en partenariat avec Alpha Semence et la Chambre d'agriculture de l'Oise
- Mélange testé: 3 kg de colza enrobé avec du trèfle d'Alexandrie et 10 kg de vesce
- Semis idéalement 1 à 3 jours avant la moisson (entre 15-30 juillet)
- Densité de levée moindre (15 pieds/m² en moyenne) mais suffisante
- Peuplement plus hétérogène mais qui s'équilibre naturellement
- Biomasse entrée hiver généralement supérieure dans les semis à la volée
- Conservation obligatoire des pailles sur la parcelle pour former un mulch protecteur
🐛 Performance contre les bioagresseurs (10:34 - 14:06)
- Densité d'adventices significativement plus faible en entrée hiver (moins de 10 à 26/m²)
- Réduction de l'IFT herbicide (environ 3 fois moins)
- Moins de larves d'altises par plante (moins de 3 vs plus de 5 dans le témoin)
- Points de vigilance: repousses de céréales, léthrons rudes et vivaces
- Nécessite des parcelles propres au départ
- Technique préférable en années plutôt sèches
💰 Bilan économique et perspectives (14:06 - 20:22)
- Rendement légèrement inférieur (3-4 quintaux/ha de moins)
- Charges réduites d'environ 25% (pas de travail du sol, moins de passages)
- Marge brute équivalente (+60€/ha en moyenne pour le semis à la volée)
- Coût estimé du mélange de semences: 120-130€/ha
- Points de vigilance: réglage du semoir, timing du semis, propreté de la parcelle
- Technique compatible avec l'objectif de réduction des produits phytosanitaires
- Gain de temps significatif (5 minutes/ha pour semer)
Présentation de l’expérimentation
Bastien Boquet présente une expérimentation menée en partenariat avec Romain d’Alpha Semence et Juliette de la chambre d’agriculture de l’Oise sur le semis de colza à la volée avant moisson.
L’idée peut paraître surprenante, mais elle s’appuie sur un précédent projet piloté chez Agro-Transfert par Romain Crignon et Antoine Galland sur les couverts d’interculture. Dans ce projet, des semis de couverts à la volée avant moisson avaient été testés. Les résultats montraient des couverts très productifs, dans 80 % des cas supérieurs à la modalité témoin, avec :
- un démarrage très rapide ;
- un développement estival important ;
- une dynamique de végétation plus précoce.
À partir de ce constat, l’idée a été de transposer cette logique au colza, non pas en colza seul, mais en colza associé à des plantes compagnes.
Cette expérimentation s’inscrit dans le projet ADVENTURE, avec pour objectif de mettre au point une technique de semis de colza permettant de réduire la pression des adventices et, potentiellement, de se passer de certaines interventions, notamment :
- des herbicides ;
- et, dans certains cas, d’autres produits comme les insecticides.
Objectifs de la technique
L’objectif principal est de mobiliser deux grands leviers :
- ne pas provoquer de nouvelles levées d’adventices en évitant le travail du sol au moment du semis ;
- obtenir un colza robuste et compétitif très tôt, capable de couvrir rapidement le sol.
Contrairement au reste de la parcelle semé de façon plus classique, avec une ou deux interventions de travail du sol avant semis, la bande semée à la volée ne reçoit aucun travail du sol, ni avant ni après la moisson.
L’idée est donc de profiter :
- de l’absence de perturbation du sol ;
- de la précocité de levée ;
- de la vitesse de croissance estivale du colza.
Bastien Boquet rappelle à ce sujet qu’un jour d’août équivaut à deux jours de septembre en termes de dynamique de végétation et de somme de températures accumulées. En semant plus tôt, on capitalise donc plus rapidement de la chaleur utile à la croissance.
Conditions nécessaires à la réussite
La technique suppose de partir sur une parcelle plutôt propre à la récolte. C’est un impératif important.
Il faut éviter les parcelles :
- trop envahies de vivaces ;
- trop chargées en dicotylédones annuelles ;
- ou avec des adventices susceptibles de repartir après la moisson et de prendre de l’avance sur le colza.
Autre point essentiel : le respect de la date de semis. Le mélange est semé idéalement 1 à 3 jours avant la moisson, généralement entre le 15 et le 30 juillet.
Bastien Boquet insiste fortement sur ce point. Lorsque la moisson a été retardée d’une dizaine de jours après le semis, l’essai a échoué. Plusieurs facteurs ont été en cause :
- des germinations suivies de mortalité ;
- de la pression de limaces ;
- des dégâts provoqués par les engins sur les plantules déjà levées.
À l’inverse, lorsque le semis a été réalisé la veille et la récolte le lendemain, le résultat a été satisfaisant.
Composition du mélange semé
Avec Alpha Semence, un travail a été mené pour mettre au point un mélange capable d’être épandu sur toute la largeur des pendillards ou de l’outil de répartition, parfois sur 27, 30, voire 36 mètres.
Le problème de départ est que projeter du colza seul à 30 mètres est illusoire. Il fallait donc alourdir la graine de colza. Ce travail a été réalisé en utilisant des plantes compagnes.
Le mélange testé pendant trois années comprenait :
- 3 kg/ha de colza enrobé/aggloméré avec du trèfle d’Alexandrie ;
- 10 kg/ha de vesce en complément.
L’objectif est d’obtenir une ballistique se rapprochant de celle des engrais, afin d’assurer une meilleure régularité de répartition.
Bastien Boquet précise que, selon les années, le mélange a pu évoluer légèrement, mais que la logique reste la même.
Gestion de la parcelle après semis
La technique impose de laisser les pailles sur la parcelle. Il n’est pas possible de les exporter, sauf éventuellement dans certaines années très humides, mais ce n’est pas la règle.
Les pailles jouent un rôle important :
- elles forment un mulch ;
- elles favorisent l’implantation du colza ;
- elles aident à conserver l’humidité résiduelle après récolte.
Le colza réussit ainsi à s’implanter sous cette couverture, en prenant progressivement le dessus.
Densité de peuplement et comportement du colza
Les comparaisons menées sur trois années montrent que le semis à la volée donne généralement une densité de levée plus faible que le semis témoin.
Sur les modalités témoins, la densité visée est de l’ordre de 25 à 30 pieds/m². En semis à la volée, les essais montrent généralement 40 à 50 % de pieds en moins.
En moyenne pluriannuelle, les essais tournent autour de 15 pieds/m², ce qui reste au-dessus du seuil de retournement du colza.
Bastien Boquet insiste sur plusieurs points :
- il ne faut pas s’inquiéter d’une densité plus faible ;
- il ne faut pas non plus s’inquiéter d’un peuplement plus hétérogène ;
- la meilleure année observée en semis à la volée était justement celle avec le moins de pieds.
Le colza présente souvent un étalement de levée plus important qu’en semis en ligne. On observe alors dans une même parcelle :
- de très gros colzas ;
- et d’autres beaucoup plus petits, parfois au stade deux feuilles.
Selon lui, cet écart s’équilibre naturellement, et en entrée ou sortie d’hiver, la différence visuelle entre modalités tend à disparaître.
Cette année-là, sur la parcelle présentée, la densité observée était de l’ordre de 35 à 40 pieds/m², donc proche du témoin.
Biomasse à l’entrée et à la sortie de l’hiver
Le colza semé à la volée démarre plus tôt, ce qui conduit logiquement à des biomasses supérieures à l’entrée de l’hiver.
Sur les trois années d’essai, les biomasses à l’entrée hiver ont été systématiquement plus élevées en semis à la volée que dans les témoins, même si les écarts ne sont pas toujours statistiquement significatifs en raison de la variabilité.
Cette avance de croissance s’explique par un démarrage plus précoce, parfois avec près d’un mois et demi à deux mois d’avance.
En revanche, à la sortie de l’hiver, les écarts de biomasse s’atténuent. Les colzas semés à la volée ont tendance à davantage défolier que les témoins.
Risque d’élongation
Une crainte fréquente chez les agriculteurs concerne le risque d’élongation automnale.
Bastien Boquet indique que ce problème n’a pas été observé de façon particulière. Selon lui, l’élongation nécessite la combinaison de trois facteurs :
- une forte densité de pieds, ce qui n’est généralement pas le cas ici ;
- un choix variétal inadapté, avec des variétés très rapides ;
- une forte disponibilité en azote.
Dans ce système, l’absence de déchaumage limite la minéralisation et donc la disponibilité immédiate de l’azote. Les colzas ne sont donc pas forcément en situation de nutrition excessive.
Une année, les colzas étaient encore plus développés qu’ici à la même date, au point de faire craindre un risque de gel de l’apex. Un broyage mécanique a alors été testé sur une zone, dans l’idée d’éviter l’usage d’un régulateur. Dix jours plus tard, tout était revenu au même stade et aucune différence n’était visible. Il n’y a pas eu de dégâts de gel ni en sortie d’hiver ni à la récolte.
Effets sur les adventices
Concernant les adventices, les résultats sont jugés très encourageants.
Les mesures réalisées à l’entrée de l’hiver montrent des densités adventices significativement plus faibles en semis à la volée qu’en témoin. Les écarts sont nets sur les trois années d’essai.
Sur les parcelles étudiées, les densités d’adventices en entrée hiver sont généralement restées à des niveaux faibles dans les semis à la volée, souvent inférieurs à 10 à 20 adventices/m² selon les situations, alors qu’elles étaient plus élevées dans les témoins.
Ce résultat s’explique par :
- l’absence de travail du sol ;
- la moindre stimulation des levées adventices ;
- la couverture rapide du sol par le colza.
En revanche, la technique suppose de partir sur une parcelle propre. Certaines espèces peuvent malgré tout poser problème, notamment :
- les laiterons rudes en année humide ;
- les vivaces ;
- les repousses de céréales.
Gestion du désherbage
Du fait de la pression adventice réduite, les parcelles semées à la volée ont été conduites avec moins de traitements.
Dans les essais, le seul traitement herbicide réellement réalisé sur le semis à la volée a été un antigraminées destiné à gérer les repousses de céréales. Comme il n’y a pas de déchaumage, ces repousses peuvent devenir problématiques, en particulier en année humide.
Sur les témoins, l’IFT herbicide moyen est d’environ 1,66. En semis à la volée, il est environ trois fois plus faible.
Effets sur les altises
Les observations menées sur les altises montrent également un intérêt de la technique.
Des Berlèse ont été réalisées à l’entrée de l’hiver. Les colzas semés à la volée, plus robustes à l’approche de l’hiver, présentent des populations de larves d’altises nettement plus faibles :
- moins de 3 larves par plante en semis à la volée ;
- contre plus de 5 larves par plante sur les témoins.
Ces résultats n’ont été mesurés que sur l’année 2023 au moment de la présentation, mais devaient être reconduits.
Bastien Boquet explique que les altises arrivent finalement au moment où les autres colzas sont semés. À ce stade, les colzas semés avant moisson sont déjà suffisamment développés pour mieux supporter la pression.
Cela permet, dans certains cas, d’éviter les traitements insecticides de début de cycle.
Limaces
La pression limaces peut en revanche devenir un point de vigilance, en particulier en année humide.
Sur la parcelle présentée, le lycée n’a pas souhaité appliquer d’antilimaces. Sur une autre parcelle, Bastien Boquet explique en avoir appliqué sans succès pour tenter de sauver un essai compromis.
La pression limaces fait donc partie des risques à surveiller dans cette technique, surtout lorsque les conditions sont humides ou que la moisson est retardée.
Performances économiques
Sur le plan économique, les résultats montrent :
- des rendements légèrement inférieurs en semis à la volée ;
- mais aussi des charges nettement plus faibles.
Sur les deux années prises en compte pour l’analyse économique, le semis à la volée présente environ 3 à 4 q/ha de moins que le témoin.
En contrepartie :
- il n’y a pas de travail du sol ;
- le coût de semis est réduit ;
- le débit de chantier est très élevé ;
- les interventions phytosanitaires sont moins nombreuses.
Au total, les charges sont réduites d’environ 25 %. Une fois l’ensemble des postes intégrés, le différentiel de marge est considéré comme globalement équivalent, voire légèrement favorable au semis à la volée, avec environ 60 €/ha de plus dans les résultats présentés.
Le système permet aussi une économie importante de temps de travail, estimée à environ la moitié du temps nécessaire à un semis de colza classique.
Retour de Juliette, chambre d’agriculture de l’Oise
Juliette souligne que le choix d’un agriculteur prêt à tester la technique n’a pas été évident, notamment parce qu’il fallait disposer d’une parcelle moissonnable assez tôt, autour du 15 juillet. Dans l’Oise, ce n’était pas toujours facile à trouver.
Elle rappelle également que le réglage du semoir ou de l’outil d’épandage demande de la technicité.
Au départ, elle a été inquiète par :
- la densité de peuplement ;
- la taille des colzas ;
- l’aspect très différent par rapport à des colzas semés au monograine.
Mais, selon elle, les résultats obtenus étaient bien là.
Bastien Boquet précise toutefois que la date du 15 juillet n’est pas une obligation stricte. Ce qui compte surtout, c’est de profiter au maximum de l’avance offerte par un semis avant moisson. Un semis au 1er août peut tout à fait fonctionner si la moisson est plus tardive. En revanche, lorsque la récolte est trop tardive, par exemple vers le 20 août, l’intérêt de la technique devient plus limité face à un semis classique.
Positionnement de la technique
Bastien Boquet insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une technique miracle, mais d’une possibilité supplémentaire.
Il rappelle qu’il existe d’autres systèmes performants, y compris très différents, par exemple des semis à 45 cm avec possibilité de binage.
Le semis de colza à la volée avant moisson doit donc être vu comme :
- une nouvelle manière d’aborder l’implantation ;
- une option intéressante pour réduire phytos et temps de travail ;
- une technique potentiellement plus risquée aussi, selon les contextes.
Coût des semences et logique économique
Romain précise que le mélange utilisé est encore un prototype. Le coût des semences avait été estimé avec Bastien Boquet autour de 120 à 130 €/ha.
Ce coût peut sembler élevé si on ne regarde que le mélange semé. Mais il faut le comparer à un itinéraire classique comprenant :
- déchaumage ;
- préparation ;
- semis en ligne ;
- consommation de carburant ;
- temps de chantier.
Le coût d’un passage de semis dans ce système est estimé à environ 5 €/ha, alors qu’un itinéraire classique peut déjà représenter autour de 90 €/ha de semis, sans compter le reste.
Le raisonnement économique doit donc se faire en coût global du chantier d’implantation, et non sur le seul prix du mélange.
Romain explique que le travail commun avec Bastien Boquet et Agro-Transfert visait à faire converger deux objectifs :
- réduire les applications phytosanitaires ;
- faire gagner du temps aux agriculteurs.
Comportement des plantes compagnes
Les plantes compagnes choisies gèlent généralement assez facilement. Elles ont été sélectionnées pour cela.
Même lorsqu’elles ne gèlent pas complètement, cela ne semble pas poser de problème majeur. Bastien Boquet évoque un cas où la vesce avait persisté au point de donner un colza « rose », sans conséquence notable. Chez un agriculteur suivi par Juliette, quelques pieds avaient même grainé avant l’hiver, sans que cela pose de difficulté particulière ensuite.
Points de vigilance retenus
En conclusion, Bastien Boquet retient plusieurs points de vigilance majeurs :
- optimiser la régularité de l’épandage, ce qui suppose un très bon réglage de l’outil ;
- ne pas trop anticiper la date de semis, point jugé majeur ;
- choisir une parcelle propre à la récolte ;
- surveiller les limaces, les vivaces, les laiterons rudes et les repousses de céréales ;
- accepter une technique potentiellement un peu plus risquée qu’un semis classique.
Conclusion
Le semis de colza à la volée avant moisson apparaît, au terme de quatre années d’essais évoquées dans la vidéo, comme une technique prometteuse.
Ses principaux atouts sont :
- une réduction importante du travail du sol ;
- une baisse des charges ;
- un gain de temps conséquent ;
- une réduction des herbicides ;
- une moindre sensibilité aux altises grâce à un colza plus robuste en début de cycle.
Ses limites et conditions de réussite sont toutefois bien identifiées :
- nécessité d’une parcelle propre ;
- importance du bon créneau entre semis et moisson ;
- vigilance en année humide ;
- besoin de bien maîtriser la qualité d’épandage.
Pour Bastien Boquet, il s’agit donc moins d’une recette universelle que d’une nouvelle possibilité pour penser l’implantation du colza.