SEMIS DIRECT / TCS : les erreurs à ne pas faire pour gérer les ray-grass
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Martin Rollet, Agronome au CNA et à AgroLeague nous partage ici sa synthèse bibliographique sur l'effet parapluie vis à vis des herbicides, notamment en semis direct (ACS) et en TCS.
Merci à Lionel Mesnage, Florent Franzetti, François Cochet et les collègues d’AgroLeague pour leur relecture.
== Introduction
En agriculture de conservation des sols, l'adaptation des programmes herbicides est un sujet complexe, souvent abordé sans données chiffrées précises. Cette analyse, basée sur des essais scientifiques, se concentre sur l'efficacité des herbicides en semis direct ou en travail du sol très réduit, où l'accumulation de matière organique en surface peut influencer le devenir des produits.
== Bio-indication des adventices La théorie selon laquelle certaines adventices seraient strictement bio-indicatrices de conditions physico-chimiques du sol (anaérobiose, équilibre calcium/magnésium) est souvent infirmée par les essais de terrain.
- Les plantes sont avant tout bio-indicatrices de la culture en cours, puis de la culture précédente.
- Des espèces comme le ray-grass sont ubiquistes dans les systèmes céréaliers. Elles sont davantage représentatives des systèmes culturaux que de propriétés pédologiques spécifiques.
- La bio-indication ne reste pertinente que pour des plantes très spécialistes, comme la prêle, qui témoigne effectivement d'une zone humide.
== L'effet parapluie du mulch L'effet parapluie désigne l'interception de la bouillie herbicide par les résidus de culture en surface, empêchant le produit d'atteindre le sol ou les plantules d'adventices.
- Quantification : Il est possible de mesurer le taux de couverture verte ou de résidus via des applications smartphone (comme *Canopeo*).
- Relation bouillie/couverture : Les chercheurs du *GRDC* (Australie) ont démontré une relation proportionnelle entre le taux de couverture (résidus ou couvert végétal) et le taux d'interception de la bouillie. Par exemple, 54 % de couverture peut entraîner environ 30 % d'interception par le mulch.
- Conséquences : Cette interception réduit l'efficacité des produits, surtout pour les herbicides foliaires. Pour les racinaires, cela dépend de la capacité du produit à être lessivé ou "décroché" par une pluie ultérieure pour atteindre le sol.
== Dynamique des herbicides et matière organique Le devenir d'un herbicide dépend de son affinité avec la matière organique et l'eau, notion caractérisée par le coefficient KOC (coefficient de partage carbone).
- Adsorption : Plus un produit a une affinité élevée pour la matière organique, plus il sera bloqué dans le mulch ou la couche organique de surface, limitant son efficacité.
- Relargage : Les produits ayant une affinité pour l'eau sont plus facilement "décrochés" par les précipitations vers le sol pour agir.
- Exemples de matières actives :
- La pendiméthaline et l'aclonifène présentent une forte affinité pour la matière organique et se décrochent difficilement des résidus.
- Le *prosulfocarbe* ou le *S-métolachlore* présentent des capacités de décrochage plus favorables.
- Gestion agronomique : Dans les situations de semis direct de longue date avec une forte accumulation de matière organique en surface (ex: 4-5 % sur les 3 premiers centimètres), un travail superficiel très léger peut parfois être envisagé pour diluer cette couche organique et améliorer l'efficacité des désherbages racinaires.
== Précautions et conditions d'application
- Pluviométrie : Il est déconseillé de traiter si l'intensité des pluies est supérieure à 8 mm/h au moment du traitement.
- Pluies après traitement : Une pluie après l'application est souvent nécessaire pour les herbicides racinaires, mais le délai doit être maîtrisé (idéalement dans la semaine suivant le traitement).
- État du mulch : Les résidus doivent idéalement être secs au moment de la pulvérisation ; si le mulch est déjà humide, l'efficacité est fortement réduite.
== Gestion du glyphosate et résistances Le glyphosate est un outil essentiel en semis direct qu'il convient de préserver face aux résistances physiologiques croissantes du ray-grass et du vulpin.
- Adjuvants et qualité de l'eau : Le glyphosate est sensible à la dureté de l'eau (calcium, magnésium). L'ajout de sulfate d'ammonium est souvent indispensable pour neutraliser cette dureté. La réduction du volume d'eau peut également améliorer l'efficacité en augmentant la concentration de la matière active.
- Roulage : Le roulage des adventices avant traitement (idéalement 2 à 24 heures avant) peut blesser les cuticules des plantes, favorisant la pénétration du produit.
- Mélanges à risque : Certains mélanges (ex: glyphosate + 2,4-D) peuvent induire des phénomènes de détoxification chez les adventices porteuses de la mutation *AKR*, rendant le traitement inefficace.
- Phytotoxicité de rémanence : Le glyphosate peut être relargué par les racines des adventices en train de mourir. Si le semis de la culture est réalisé trop proche du traitement (surtout dans des sols légers), cette rémanence peut causer une phytotoxicité sur la culture.
== Conclusion Les herbicides ne sont qu'un levier parmi d'autres. La pérennité des systèmes en semis direct repose sur la diversification des rotations et des ruptures de cycle. L'utilisation des produits phytosanitaires doit être rigoureusement contextualisée à la parcelle, au type de sol et aux conditions climatiques, en concertation avec des conseillers spécialisés, et non appliquée comme une règle générale. Martin Rollet rappelle que ces données, issues d'études scientifiques, doivent servir de base à la réflexion technique plutôt que de conseils directs d'application.