Rencontres Nationales 2022 - 1ére journée - Milène Souvignet - Adaptation à la sécheresse
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Deux journées autour du maraîchage sol vivant ont été organisées le 7 et 8 Novembre 2022. A l'issue de ces rencontres, plusieurs intervenants ont pu présenter leur fermes. Milène Souvignet, ingénieure agronome & ingénieure traitement des eaux, nous indique comment le potentiel redox est une des clefs pour comprendre les processus vivants. Les applications directes du potentiel redox en agriculture et les leviers d'adaptation de la plante et du sol face au stress thermique.
Introduction
Lors de cette première journée des Rencontres nationales 2022, Mylène Souvignet est invitée à intervenir sur le thème de l’eau, la qualité des sols et le soin aux plantes pour une meilleure adaptation à la sécheresse. Cette prise de parole est présentée comme une courte introduction, d’environ dix minutes, destinée aussi à annoncer un atelier plus long l’après-midi, à 16 h, pendant 1 h 30, au cours duquel la thématique sera approfondie et où les participants pourront poser davantage de questions.
Présentation de Mylène Souvignet
Mylène Souvignet commence par préciser qu’elle n’est pas, à proprement parler, maraîchère, en dehors de son grand potager personnel. Elle explique travailler depuis environ six ans sur la mesure du potentiel redox, du pH et du rH2, une approche que certains connaissent peut-être à travers les travaux d’Olivier Husson.
Elle indique que son point d’entrée dans l’agriculture a été essentiellement cette mesure. Son travail a porté surtout sur la grande culture, aussi bien sur les sols que sur les plantes. À travers cette pratique de mesure, elle dit s’être aperçue que cette méthode permet en réalité de mesurer de très nombreux phénomènes du vivant. C’est cette approche qu’elle prévoit de détailler plus largement pendant l’atelier de l’après-midi.
Le lien entre mesure redox et extraits fermentés
Selon Mylène Souvignet, lorsqu’on commence à travailler avec cette méthode de mesure, on est amené à s’intéresser à tout ce qui concerne les extraits fermentés. Elle évoque les préparations souvent connues à travers les fermentations de plantes comme :
Mais elle précise qu’il est possible de travailler avec bien d’autres matières.
Comme elle ne dispose que de peu de temps et seulement de deux diapositives, elle choisit d’aller à l’essentiel. Son idée centrale est que les extraits fermentés ne remplacent pas le travail agronomique de fond, mais qu’ils viennent plutôt optimiser des processus déjà engagés.
Les bases agronomiques indispensables
Pour elle, la base du travail reste ce que font déjà les agriculteurs engagés dans des démarches de sol vivant :
- travailler avec de la matière organique ;
- utiliser les arbres et l’agroforesterie pour favoriser l’infiltration ;
- mettre en place des couverts végétaux ;
- structurer le sol par des apports organiques.
Elle insiste sur le fait que cette base est fondamentale. Les extraits fermentés interviennent ensuite comme un levier supplémentaire, qui permet d’optimiser le reste.
Elle rappelle d’ailleurs à la fin de son intervention qu’on ne peut pas commencer par les aspects les plus subtils, comme certaines approches liées à l’eau ou à sa dynamisation, si le travail de restauration du sol n’a pas déjà été fait. Sinon, on perd l’essentiel de l’effet recherché.
Des usages souvent connus en curatif, mais des effets plus larges
Mylène Souvignet note que les extraits fermentés sont surtout connus et utilisés dans une logique curative, notamment pour agir contre les ravageurs. Mais, d’après elle, les retours de terrain montrent des effets beaucoup plus larges.
Elle souligne en particulier un très gros retour d’expérience d’agriculteurs sur :
- la porosité du sol ;
- la structuration du sol.
Elle précise qu’il s’agit là de retours d’agriculteurs, mais qu’elle a elle-même expérimenté ces effets à la maison, sur une vieille prairie qui avait été fortement pâturée et piétinée. En l’espace de quelques mois, elle dit avoir observé une transformation importante du sol.
Elle mentionne aussi l’hypothèse d’un appel des vers de terre, qu’il resterait à vérifier plus formellement. Certes, les apports massifs de matière organique attirent déjà les vers de terre, mais elle soupçonne que les extraits fermentés pourraient renforcer encore cet effet.
Des effets au niveau du sol, de la plante et de l’animal
Mylène Souvignet explique que les effets observés des extraits fermentés se manifestent à plusieurs niveaux :
- au niveau du sol ;
- au niveau de la plante ;
- au niveau de lanimal.
Elle annonce qu’elle détaillera davantage l’après-midi la partie concernant le sol et la plante, et qu’elle n’entrera ici que brièvement sur le sujet des animaux.
Que peut-on lacto-fermenter ?
Elle explique que, lorsqu’on travaille avec des extraits fermentés, il faut comprendre que l’on peut en réalité lacto-fermenter presque n’importe quoi. Les plantes sont le cas le plus connu, mais elle cite aussi d’autres matières :
- les plantes ;
- l’humus ou des matières proches ;
- du sol ;
- des céréales.
Elle mentionne ici le travail mené par Terre & Humanisme, qui conduit un important travail de recherche-action avec de nombreux agriculteurs et producteurs. Elle invite à consulter leurs ressources et retours de travaux, qu’elle juge très intéressants.
Ce qui l’intéresse dans ces fermentations, c’est qu’elles permettent de développer les lactobacilles, qui constituent selon elle un groupe clé.
La question des sols acides
Un argument souvent avancé, dit-elle, est que les lactobacilles produisent des solutions acides et réduites, et que cela poserait problème sur des sols acides, en risquant d’accentuer encore leur acidité.
Mylène Souvignet explique que, d’après les retours dont elle dispose, ce n’est pas ce qui se passe. Elle avance deux idées :
- d’une part, le sol possède un fort pouvoir tampon ;
- d’autre part, les quantités appliquées — par exemple 20 litres par hectare ou même 120 litres par hectare — ne suffisent pas à modifier directement et massivement l’acidité du sol.
Au contraire, elle indique qu’on observe plutôt une forme de régulation du sol.
Effets observés sur la vie du sol
Elle rapporte que, sur la partie bactérienne du sol, plusieurs effets ont été observés :
- une augmentation de la quantité de bactéries ;
- une augmentation de la diversité bactérienne ;
- une augmentation de la résilience.
Elle présente ces éléments comme faisant partie des premières observations disponibles.
Effets observés sur la plante
Au niveau de la plante, Mylène Souvignet indique avoir observé des effets qui vont dans le même sens que les interventions précédentes de la journée.
Elle explique que les extraits fermentés peuvent être utilisés en fertilisation, en particulier lorsqu’il s’agit d’extraits fermentés de plantes. Elle a alors l’impression que la plante se déploie mieux.
Mais surtout, elle insiste sur un point central dans le contexte de l’adaptation à la sécheresse : les plantes semblent moins souffrir des stress :
- stress hydrique ;
- stress thermique.
Elle précise que ces observations viennent à la fois :
- de ses propres essais à la maison ;
- de retours de producteurs, en particulier de vignerons, qui ont une bonne capacité à faire des comparaisons et des tests.
Selon elle, quel que soit le type de culture, les extraits fermentés ont tendance à agir de manière favorable sur le fonctionnement global de la plante.
Une optimisation des processus vivants
À ses yeux, travailler avec ces solutions revient à optimiser les processus du vivant, que ce soit :
- au niveau du sol ;
- au niveau de la plante ;
- au niveau de l’animal.
Elle donne l’exemple d’un agriculteur proche de chez elle, qui utilisait d’abord ces préparations uniquement sur ses vaches, puis a progressivement étendu leur usage à l’ensemble de son système, car il avait constaté que cela fonctionnait très bien.
Exemple d’effets observés sur un élevage
Dans ce cas précis, l’agriculteur a observé :
- une amélioration de l’état de santé de son troupeau ;
- une légère augmentation du rendement ;
- une amélioration de la qualité du lait.
Mylène Souvignet explique qu’à l’origine, elle était intervenue pour réaliser des mesures sur les bouses de vache, dont les valeurs de pH, de potentiel redox et de rH2 n’étaient pas dans les normes recherchées.
Plutôt que de chercher à corriger directement les bouses, elle dit qu’ils ont choisi de corriger la vache elle-même. Elle fait alors un parallèle avec les plantes : plutôt que de chercher à corriger directement une plante en difficulté face au stress hydrique, il vaut mieux chercher à la renforcer pour qu’elle devienne plus résistante.
Dans cette logique, le besoin d’arrosage peut alors diminuer, parce que :
- le sol fonctionne mieux ;
- la plante fonctionne mieux.
Elle décrit cela comme un cycle vertueux.
Le contenu annoncé pour l’atelier de l’après-midi
Mylène Souvignet présente ensuite ce qu’elle compte développer plus en détail durant l’atelier.
Les bases du potentiel redox
Elle prévoit d’abord de revenir sur les grandes bases du potentiel redox, sans trop s’y attarder, simplement pour permettre de comprendre pourquoi cette entrée lui semble essentielle pour appréhender les processus du vivant.
Les applications directes en agriculture
Elle abordera ensuite les applications directes en agriculture, qui, pour elle, renvoient d’abord aux extraits fermentés.
Les retours d’expérience et premiers résultats de recherche
Enfin, elle présentera des retours d’expérience ainsi que certains résultats de recherche. Elle mentionne en particulier le travail conduit cette année avec Terre & Humanisme autour de l’humus lacto-fermenté.
Fabrication des extraits fermentés
Elle annonce également qu’elle expliquera comment fabriquer ces extraits fermentés. Elle en réalise elle-même de nombreuses sortes à la maison.
Elle insiste sur le fait qu’il existe une grande diversité de recettes. Selon elle, on peut réellement expérimenter, presque comme avec des potions magiques, en mettant différentes choses dans les préparations. Globalement, dit-elle, cela fonctionne.
Ensuite, il faut surtout comprendre que chaque extrait fermenté possède des spécificités :
- certains sont plus orientés vers la fertilisation ;
- certains travaillent davantage sur le sol ;
- d’autres agissent davantage sur la plante.
Elle souligne qu’il est aussi possible de les combiner ou même de faire des préparations plus complexes où l’on met plusieurs éléments ensemble, puis d’observer les résultats.
L’eau, autre domaine de spécialité
En bonus, Mylène Souvignet précise que, avant d’être ingénieure agronome, elle a une autre passion : l’eau. Elle indique avoir été ingénieure en traitement des eaux.
Ce qui l’a particulièrement passionnée, et la passionne toujours, ce sont tous les processus de dynamisation de l’eau.
Son temps de parole étant écoulé, elle n’a pas le temps de développer ce point à ce moment-là, mais l’animateur rappelle qu’elle a également rédigé un livre sur le sujet.
Son livre sur l’eau
Elle précise que ce livre relève d’un travail personnel et en donne le titre :
L’eau sensible : dynamisation et information, quelles applications en agriculture ?
Elle ajoute néanmoins qu’avant de travailler sur ces dimensions plus subtiles, il faut impérativement avoir déjà mis en place les bases agronomiques :
- travail en sol vivant ;
- restauration du sol ;
- fonctionnement biologique déjà relancé.
Sans cela, selon elle, il est inutile de commencer par ces outils plus fins, car on perd toute l’optimisation possible.
Conclusion
Dans cette courte intervention, Mylène Souvignet pose donc les grandes lignes de son approche :
- partir d’une lecture du vivant par le potentiel redox, le pH et le rH2 ;
- considérer les extraits fermentés comme un levier d’optimisation du fonctionnement biologique ;
- observer leurs effets à l’échelle du sol, de la plante et de lanimal ;
- les replacer dans une stratégie globale fondée d’abord sur la restauration du sol.
Son message principal est que l’adaptation à la sécheresse ne passe pas seulement par un apport accru d’eau, mais aussi par le fait de renforcer le fonctionnement du sol et des organismes vivants, de manière à construire un système plus résilient.