Le sol vivant en 1999, par Lucien Séguy, Jean-Claude Quillet & Claude Bourguignon

De Triple Performance
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Dans cette vidéo de 1999, Lucien Séguy, Jean-Claude Quillet et Claude Bourguignon montrent qu’un sol vivant peut remplacer une partie du travail du labour. Chez un agriculteur près de Tours, une avoine semée en août sert de couverture : ses racines structurent la terre, puis le maïs est semé sans travail du sol. Les observations de terrain mettent en évidence un sol plus poreux, riche en canaux, en air, en eau et en vie biologique, contrairement à un sol labouré, plus compact et minéral. Les intervenants rappellent que le sol n’est pas un simple support recevant des engrais, mais un milieu physique, chimique et biologique complexe. Ils critiquent les analyses trop abstraites et une agriculture dépendante des intrants, qui appauvrit les agriculteurs et pollue l’environnement. Cette approche vise au contraire à restaurer l’humus, réduire les coûts et préserver durablement les eaux et les sols.

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Résumé
Dans cette vidéo de 1999, Lucien Séguy, Jean-Claude Quillet et Claude Bourguignon montrent qu’un sol vivant peut remplacer une partie du travail du labour. Chez un agriculteur près de Tours, une avoine semée en août sert de couverture : ses racines structurent la terre, puis le maïs est semé sans travail du sol. Les observations de terrain mettent en évidence un sol plus poreux, riche en canaux, en air, en eau et en vie biologique, contrairement à un sol labouré, plus compact et minéral. Les intervenants rappellent que le sol n’est pas un simple support recevant des engrais, mais un milieu physique, chimique et biologique complexe. Ils critiquent les analyses trop abstraites et une agriculture dépendante des intrants, qui appauvrit les agriculteurs et pollue l’environnement. Cette approche vise au contraire à restaurer l’humus, réduire les coûts et préserver durablement les eaux et les sols.

Et si on retournait en 1999 ? Nous vous proposons un petit reportage réalisé par France 3 sur nos pionniers favoris ! (avec une bande sonore quelque peu originale sur l'arrivée de l'un d'eux... la faute au chapeau ?).


Reportage sur les méthodes alternatives au labourage dans les champs avec l'exemple de l'avoine. Témoignage de Jean Claude QUILLET, agriculteur et des agronomes Lucien SEGUY et Claude BOURGUIGNON qui approuvent cette technique et parlent de la complexité d'un sol vivant.



Remettre le sol au travail grâce aux plantes

[Applaudissements]

Ce que l’on voit ici, c’est de l’avoine semée au mois d’août. Elle va servir de couverture du sol et remplacer le travail de la charrue. L’idée défendue est que ce sont les plantes, avec leurs racines, qui vont travailler le sol à la place du labour. Ensuite, au printemps, du maïs est semé par-dessus.

Essayer de se passer du labour n’est pas une idée nouvelle. Cette démarche est née dans les années 1930 aux États-Unis, où l’épaisseur de la terre cultivable est beaucoup plus faible qu’en Europe, et donc plus fragile.

Du maïs a ainsi été semé dans l’avoine, implantée en août, sans travail du sol, sans labour, sans préparation mécanique préalable. Le principe consiste à faire « labourer » la terre par une plante plutôt que par une charrue, puis à semer la culture suivante dans ce couvert.

Cette technique, testée depuis cinq ans chez Monsieur Quillet, près de Tours, doit encore faire ses preuves, mais les premiers résultats observés sont jugés encourageants.

Un sol couvert qui fabrique de la matière organique

Le tapis végétal formé par l’avoine constitue une matière organique qui se décompose lentement. Cette matière est ensuite digérée progressivement dans la couche superficielle du sol, qui prend alors une teinte plus brune.

L’idée mise en avant est que cette couverture protège et nourrit le sol. Elle permet de maintenir une activité biologique de surface et de transformer peu à peu les résidus végétaux en humus.

Comparaison entre un sol labouré et un sol travaillé par la vie

Une comparaison est faite entre deux types de sols.

D’un côté, un sol constamment labouré apparaît très dur. Les mottes ont une très faible porosité. Il y a très peu de canaux dans ce sol. Il s’agit d’un sol où l’eau et l’air circulent mal, et dont la structure est appauvrie.

De l’autre, un sol conduit depuis plusieurs années sans ce type de travail mécanique présente une structure très différente. Sa porosité est comparée à celle de la mie de pain. On y voit de nombreux canaux. Cette abondance de galeries et de vides montre que la vie du sol est active. L’eau et l’air peuvent y circuler. C’est un sol décrit comme très vivant.

Le contraste est net : le premier sol est présenté comme beaucoup plus minéral, tandis que le second laisse apparaître une activité biologique importante.

Le labour affaiblit la vie du sol

Selon les intervenants, le labour affaiblit la faune et la flore du sol, et donc sa capacité à produire de l’humus. C’est, selon eux, une des raisons pour lesquelles les agriculteurs ont ensuite recours à des engrais de remplacement.

Le labour conserve pourtant une forte légitimité dans les pratiques agricoles. Un champ bien propre, sans mauvaises herbes ni résidus de la récolte précédente, demeure pour beaucoup un objectif en soi. Cette recherche de propreté est aussi décrite comme culturelle. Il est dit qu’il suffit d’assister à un concours de labour pour s’en convaincre.

[Applaudissements]

Des scientifiques suivent l’évolution du terrain

Des scientifiques viennent régulièrement observer les effets de la méthode utilisée chez Jean-Claude Quillet. Leur travail consiste à suivre le retour de la vie dans le sol.

Différents critères sont examinés :

  • l’analyse de la granulométrie ;
  • la profondeur des racines ;
  • les zones de compaction ;
  • le comptage des vers de terre ;
  • la composition chimique.

Tout est mis à profit pour évaluer la transformation du sol.

Observer le sol directement sur le terrain

Les intervenants insistent sur l’importance du terrain. Des échantillons sont bien prélevés et envoyés au laboratoire pour des quantifications plus rigoureuses, mais cela ne suffit pas.

Sur le terrain, on peut voir des choses que le laboratoire ne montre plus. Lorsque la terre est transportée dans des sacs, une partie des organismes vivants supporte mal le transport. À l’inverse, l’observation directe permet de voir immédiatement les animaux du sol et l’état réel de sa structure.

Le propos insiste sur le fait que le sol est une globalité, un milieu complexe, à la fois physique, chimique et biologique. Il ne s’agit pas seulement d’un support inerte dans lequel on mettrait des engrais pour faire pousser les plantes.

Critique des analyses de sol réduites à des chiffres

Une critique est formulée à l’égard des pratiques consistant à envoyer simplement un échantillon de terre par la poste et à recevoir ensuite une série de chiffres. Une telle analyse, si elle n’est pas accompagnée d’une observation concrète du terrain, ne permet pas de savoir :

  • s’il y a des vers de terre ;
  • s’il y a de la vie dans le sol ;
  • si le sol est profond ;
  • si les racines descendent correctement.

Dans ce cas, on obtient surtout une liste d’engrais à apporter. Les intervenants estiment que cette méthodologie enrichit les marchands d’engrais, appauvrit l’agriculteur et pollue l’environnement. Ils appellent donc à une autre agriculture, reposant sur une approche du sol plus fine et plus scientifique.

Ces propos sont tenus dans la vidéo par Claude Bourguignon, qui insiste sur la nécessité de considérer le sol comme un milieu vivant.

La pratique de Jean-Claude Quillet

Revenons au cas de l’agriculteur. Après la récolte du maïs, alors que ses collègues labourent pour préparer la culture suivante, Jean-Claude Quillet procède autrement. Il passe un herbicide sur l’avoine afin qu’elle n’entre pas en compétition avec la plante cultivée.

La vidéo pose alors la question de savoir si cette méthode sert réellement ses intérêts.

Au départ, explique-t-il, sa motivation était économique. Mais en additionnant tous les avantages possibles, il en arrive à penser qu’il a eu tort de ne pas faire confiance plus tôt à la nature.

Il explique qu’auparavant il considérait presque le sol comme un simple support, auquel il fallait apporter tout ce qu’il fallait pour nourrir la plante. Désormais, il considère le sol comme quelque chose de vivant. On apporte encore des compléments, mais on reconnaît que le sol, les plantes et la vie microbienne sont capables de fournir eux-mêmes une part importante de ce dont la culture a besoin.

Une autre manière de penser l’agriculture

À travers cette expérience, se dessine une autre manière de concevoir le travail agricole. Il ne s’agit plus seulement de corriger un support inerte par des apports extérieurs, mais de soigner un milieu habité, actif, vivant.

Dans cette logique, plus le sol est vivant, plus il a de chances de rester structuré, poreux et fertile. La présence d’une couverture végétale, l’activité des racines et le développement de la vie microbienne deviennent des éléments centraux.

Un enjeu économique et environnemental

Jean-Claude Quillet relie enfin cette pratique aux problèmes environnementaux qu’il observe : excès de nitrates, dégradation générale de l’environnement, pollution des eaux.

Selon lui, si davantage d’agriculteurs mettaient en œuvre ce type de techniques, beaucoup de choses changeraient :

  • des nappes phréatiques plus saines ;
  • des rivières moins polluées ;
  • une agriculture moins dégradante pour l’environnement.

Il souligne aussi qu’il reste un travail à faire sur les mentalités et sur les habitudes, notamment autour de l’idéal de « propreté » des champs. Mais la démarche présentée entend précisément montrer qu’un sol couvert, riche en vie, peut être plus sain et plus durable qu’un sol nu et travaillé intensivement.

Idée générale de la séquence

La séquence montre donc une opposition entre deux logiques agricoles :

  • une agriculture fondée sur le labour, la propreté visuelle du champ et les apports correctifs ;
  • une agriculture qui cherche à s’appuyer sur les plantes, les racines, les vers de terre et la vie microbienne pour restructurer et fertiliser le sol.

L’expérience présentée, menée chez Jean-Claude Quillet et commentée notamment par Claude Bourguignon, ne prétend pas encore constituer une solution définitive, mais elle est présentée comme une piste sérieuse pour redonner au sol sa fonction de milieu vivant.