Le Jardin du Breuil

De Triple Performance
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Ferme en maraîchage diversifié
Millioz Pierrick
Cher (département) Maraîchage

Maraîchage Maraîchage

Présentation

Ferme maraîchère diversifiée sur petite surface située dans l’Indre, installée sur une propriété d’environ 4000 m² comprenant la maison d’habitation et les jardins. Le système repose sur des planches permanentes, une forte intensité de travail manuel et une mécanisation très limitée. L’organisation s’inspire des modèles de microfermes intensives développés dans les années 2010, avec un objectif initial davantage orienté vers un mode de vie autonome que vers une performance économique maximale.

La surface cultivée est d’environ 720 m², répartie en plusieurs jardins longs et étroits, complétés par deux tunnels maraîchers. Le site est caractérisé par un sol argileux, une légère pente orientée au nord et une exposition au vent marquée, ce qui limite les possibilités de cultures très précoces mais permet une bonne réserve en eau.

La ferme produit des légumes diversifiés commercialisés principalement en vente directe sur marché, avec une période de vente allant de la fin de l’hiver jusqu’au début de l’hiver suivant. Pierrick + poule + étal.jpg

Parcours d'installation

Pierrick suit un BPREA en Lorraine en 2014, dans une promotion fortement influencée par la permaculture et les systèmes de jardin-forêt. À cette période, les références techniques sont principalement celles des microfermes intensives, avec l’idée qu’une petite surface bien organisée peut générer un revenu suffisant.

En 2016, après avoir quitté un emploi de naturaliste, il se donne quelques mois pour trouver un terrain accessible financièrement. Le choix se porte sur l’Indre, où il acquiert pour environ 24 000 € une petite propriété comprenant une maison et environ 4000 m² de terrain. Le projet initial n’est pas forcément de créer une exploitation professionnelle rentable, mais plutôt de construire un mode de vie autonome avec une activité agricole.

L’installation débute réellement en 2017, sous statut de cotisant solidaire. La première année, une seule serre de 30 m est installée et les premières ventes sur marché commencent en juillet. Le chiffre d’affaires est très inférieur aux prévisions, avec environ 1 000 € au lieu des 3 000 € espérés.

Description des espaces cultivés

Serre à semis

Caractéristiques du sol

Le sol est argileux, avec une bonne capacité de rétention d’eau mais une tendance au tassement. Une grande partie du temps de travail est consacrée à la reprise du sol et à la gestion de la structure. La légère pente orientée au nord ralentit le réchauffement printanier, ce qui complique la production de légumes très précoces, d’autant plus que la parcelle est exposée au vent.

Organisation des jardins

Les cultures sont conduites en planches permanentes de 120 cm de large avec des passe-pieds d’environ 20 cm. Ce choix permet d’augmenter la surface cultivée, mais pose des problèmes d’ergonomie et de circulation du matériel. L’ensemble représente environ 720 m² cultivés, organisés en jardins d’environ 75 m de long.

La largeur importante des planches limite le passage d’outils roulants, ce qui rend les travaux d’amendement et de préparation du sol très physiques. Une réflexion est en cours pour passer à des planches de 80 cm afin d’améliorer l’ergonomie et de faciliter une éventuelle mécanisation légère.

Polytunnel

Serres et abris

La ferme dispose de deux tunnels de 60 m installés progressivement à partir de 2017. L’espace disponible étant limité, les tunnels sont très proches l’un de l’autre, avec environ 70 cm entre les structures. Une gouttière artisanale a été installée entre les deux, ce qui permet de récupérer l’eau et d’abriter du matériel ou des bâches.

Les cultures sous serre sont conduites en planches permanentes, avec souvent des cultures en monorang pour améliorer la circulation et limiter le temps de travail. Tomates, poivrons et aubergines sont implantés avec des espacements relativement larges, parfois en conduite sur deux tiges.

Une serre est également utilisée pour la pépinière, avec des tables de bassinage installées sur des parpaings afin de faciliter l’arrosage et le travail en été.

La surface sous abri reste limitée, ce qui restreint la production de primeurs et oblige à étaler les cultures dans le temps.

Choix techniques

Conduite des cultures

Le système privilégie les plants plutôt que les semis directs afin de limiter l’enherbement. Des essais ont été réalisés avec des carottes repiquées en plaques alvéolées pour sécuriser la levée en sol lourd.

Les bâches d’occultation sont largement utilisées pour préparer les planches et réduire la pression des adventices. Des filets sont employés contre les insectes, notamment sur les brassicacées.

Sous serre, les cultures sont espacées pour faciliter le passage et limiter le temps de récolte. En plein champ, les séries sont échelonnées pour étaler le travail et la commercialisation. Un logiciel de planification est utilisé pour organiser les cultures, suivre les récoltes et visualiser l’occupation des planches. L’outil est jugé intéressant pour la conception du plan de culture, mais difficile à suivre au quotidien en période de forte activité.


Gestion de la fertilité

Le système a d’abord été conduit avec des apports réguliers de compost et de fumier transportés à la brouette, ce qui s’est révélé très exigeant physiquement. La recherche actuelle porte sur des solutions moins pénibles, avec l’idée d’utiliser un micro-tracteur ou de déléguer certains travaux lourds.

Des essais récents ont été réalisés avec de la paille pour limiter le travail du sol, mais les résultats sont variables, avec parfois des phénomènes de faim d’azote. Des bouchons d’engrais organiques sont utilisés pour compenser, avec une efficacité irrégulière.

Des engrais verts sont testés ponctuellement, notamment phacélie ou féverole, avec de bons résultats sur la structure du sol, mais leur mise en place reste difficile à intégrer dans la planification.


Irrigation

L’irrigation repose sur un puits et un réseau de tuyaux en diamètre 32 mm permettant d’alimenter l’ensemble des jardins. Sous serre, le goutte-à-goutte est utilisé, tandis que le plein champ est arrosé par aspersion avec des arroseurs espacés d’environ deux mètres.

Le débit disponible ne permet pas d’arroser toute la surface en même temps, ce qui oblige à travailler par secteurs. Les systèmes oscillants ont été abandonnés à cause du vent, et l’arrosage manuel reste fréquent.

Commercialisation

La production est vendue principalement sur marché, avec une période de vente allant de fin février ou début mars jusqu’à la mi-décembre.

Indicateurs économiques

La progression du chiffre d'affaire est lente mais régulière. Avec très peu de charges et aucun emprunt, en ajoutant les aides bio, les résultats suffisent aujourd'hui à Pierrick à se sortir un revenu équivalent au SMIC.

Année CA total
2018 3 000 €
2019 10 000 €
2020 16 000 €
2021 21 000 €
2022 Non représentatif (grêle, serres détruites, aides)
2023 23 000 €
2024 21 000 €

L’objectif actuel serait d’atteindre environ 30 000 € de chiffre d’affaires, mais la charge de travail nécessaire apparaît importante au regard de la surface et du niveau de mécanisation. L’expérience montre que la recherche d’un chiffre d’affaires plus élevé implique une charge de travail importante, ce qui conduit aujourd’hui à réfléchir à des évolutions techniques permettant de réduire la pénibilité plutôt que d’augmenter la surface.

Points forts du système

Le système repose sur une petite surface cultivée avec peu d’investissements et sans endettement, ce qui limite les risques économiques. L’absence d’emprunt et la progression progressive des aménagements ont permis de construire l’exploitation sans pression financière importante.

L’organisation en planches permanentes permet une bonne lisibilité du jardin et facilite la planification des cultures. La diversité des légumes produits permet d’assurer une présence régulière sur les marchés pendant une grande partie de l’année.

Le sol présente n bon réservoir de nutriments et une bonne capacité de rétention en eau, ce qui sécurise les cultures en période sèche. La faible mécanisation limite les charges et rend le système accessible avec peu de capital.

La taille réduite de la ferme permet également une grande autonomie dans les décisions techniques et une adaptation rapide des pratiques.

Limites et pistes d’amélioration

La largeur des planches (120 cm avec passe-pieds étroits) augmente la surface cultivée mais rend le travail plus pénible et limite l’utilisation d’outils roulants. Une réduction de la largeur des planches pourrait améliorer l’ergonomie et faciliter une éventuelle mécanisation légère. Le niveau de mécanisation très faible rend certaines tâches très longues, en particulier les apports de matière organique, la préparation du sol et l’irrigation.

Le sol argileux demande un travail important pour maintenir une bonne structure. Les essais de paillage à la paille ont montré des résultats irréguliers, avec des phénomènes de faim d’azote. Une meilleure maîtrise des apports organiques et des engrais verts pourrait améliorer la fertilité tout en réduisant le travail du sol.

La surface sous serre reste limitée, ce qui réduit les possibilités de production précoce et contraint le chiffre d’affaires.

La charge de travail reste élevée au regard du chiffre d’affaires. L’amélioration de l’ergonomie, de la planification et de l’organisation du travail apparaît comme un levier prioritaire pour atteindre un revenu plus satisfaisant sans fortement la surface.

Enfin, l’utilisation d’outils de planification permet une bonne vision du système mais reste difficile à suivre en période de forte activité. Une simplification de l’organisation culturale pourrait faciliter la gestion au quotidien.

Perspectives

Les principales pistes d’évolution concernent :

  • la réduction de la pénibilité du travail
  • l’amélioration de la fertilité du sol
  • une meilleure ergonomie des planches
  • une optimisation de la planification des cultures

L’objectif n’est pas forcément d’augmenter fortement la surface, mais plutôt de stabiliser le système pour diminuer la charge de travail et limiter la pénibilité.