Agroecologie, Eh pH et viticulture bio, Luc Fonta

De Triple Performance
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Dans cette intervention, Luc Fonta, vigneron au domaine Les Trois Mazets à Villeveyrac, partage son retour d’expérience sur l’approche pH-redox appliquée à la viticulture bio. Son domaine est conduit en agroécologie, avec comme base des sols vivants, des couverts végétaux, la réduction du travail du sol et la recherche d’un meilleur équilibre entre biologie, physique et chimie. Formé en 2019 aux travaux d’Olivier Husson, il adapte progressivement cette approche à la vigne. À partir de 2020, il mène une expérimentation ambitieuse sur 1,5 hectare de syrah, sans cuivre ni soufre, en misant sur la prévention, la qualité de l’eau, les oligo-éléments et des pratiques moins oxydantes. Après trois années d’essais, il observe des résultats jugés très positifs, avec des vignes saines et une première cuvée, Vincent, vinifiée sans intrants ajoutés. Un témoignage concret, encore expérimental, mais porteur de nouvelles pistes pour piloter autrement la santé de la vigne.

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Résumé
Dans cette intervention, Luc Fonta, vigneron au domaine Les Trois Mazets à Villeveyrac, partage son retour d’expérience sur l’approche pH-redox appliquée à la viticulture bio. Son domaine est conduit en agroécologie, avec comme base des sols vivants, des couverts végétaux, la réduction du travail du sol et la recherche d’un meilleur équilibre entre biologie, physique et chimie. Formé en 2019 aux travaux d’Olivier Husson, il adapte progressivement cette approche à la vigne. À partir de 2020, il mène une expérimentation ambitieuse sur 1,5 hectare de syrah, sans cuivre ni soufre, en misant sur la prévention, la qualité de l’eau, les oligo-éléments et des pratiques moins oxydantes. Après trois années d’essais, il observe des résultats jugés très positifs, avec des vignes saines et une première cuvée, Vincent, vinifiée sans intrants ajoutés. Un témoignage concret, encore expérimental, mais porteur de nouvelles pistes pour piloter autrement la santé de la vigne.

Cette intervention a eu lieu lors de la journée national RedOx le 11 juin à Villeveyrac.



Présentation et contexte

Luc Fonta présente ici son retour d’expérience sur l’approche pH-redox, avec un angle très pratique appliqué à la viticulture biologique.

Il est vigneron au domaine Les Trois Mazets, situé à Villeveyrac, dans l’Hérault, entre Montpellier et Béziers, sur le territoire du bassin de Thau.

Le domaine est piloté selon un modèle agroécologique. L’objectif est de travailler avec des sols vivants, en relançant la vie du sol et en respectant les cycles biologiques.

Le domaine et la démarche agroécologique

La première étape mise en place sur le domaine a été le travail sur la vie du sol, notamment grâce aux couverts végétaux.

Selon Luc Fonta, les couverts végétaux permettent de :

  • restructurer les sols ;
  • maximiser la biodiversité ;
  • préserver les ressources en eau ;
  • séquestrer du carbone ;
  • limiter l’érosion ;
  • tempérer les parcelles.

Cette étape constitue, pour lui, le premier palier fondamental du pilotage agroécologique du vignoble.

Découverte de l’approche pH-redox

En 2019, Luc Fonta découvre les travaux de Olivier Husson sur l’approche pH-redox.

De son côté, il travaille dans le domaine de l’eau et connaissait déjà la bioélectronique de Vincent. Il fait alors très vite le lien entre cette approche et les travaux d’Olivier Husson.

Il se forme avec lui en 2019, puis se pose une question centrale : comment apporter toute cette masse d’informations et de données dans les vignes et dans les sols, de manière concrète et opérationnelle ?

Cette réflexion se construit autour du fonctionnement du sol, qu’il décrit comme un triptyque :

  • la biologie ;
  • la physique ;
  • la chimie.

Il cherche alors à comprendre comment améliorer chacun de ces leviers, notamment la structure du sol sur le plan physique.

De la théorie à la pratique

Luc Fonta explique qu’au départ, il se retrouvait face à une multitude de pièces de puzzle. Pour avancer, il s’appuie à la fois sur :

  • ses observations de terrain ;
  • les recherches d’Olivier Husson ;
  • des échanges avec La Belle Vigne ;
  • des discussions avec Xavier Saada, ingénieur à La Belle Vigne.

Petit à petit, un protocole expérimental se met en place.

Premières expérimentations en 2020

En 2020, il lance ses premières expérimentations. Il est alors très motivé par cette approche, qu’il considère comme novatrice.

Il réalise beaucoup de mesures sur ses parcelles, en suivant attentivement le protocole transmis par Olivier Husson. Il prend en compte de nombreux paramètres susceptibles de faire varier les résultats :

  • la luminosité ;
  • l’heure de la journée ;
  • différents biais possibles de mesure.

Après avoir accumulé un grand nombre de données, il les transmet à Olivier Husson. Le retour est sans appel : les valeurs ne sont pas bonnes, probablement à cause d’un problème de résistance interne sur l’appareil.

Cette étape lui fait prendre conscience de deux choses :

  • faire des mesures demande un apprentissage ;
  • interpréter des chiffres demande aussi un apprentissage.

Il en conclut qu’on peut faire dire beaucoup de choses à des chiffres, et décide alors de prendre le problème à l’envers.

Une approche fondée sur les gestes culturaux

Plutôt que de se focaliser d’abord sur les mesures, il choisit de se demander :

  • que peut-il faire pour restructurer ses sols ?
  • comment rapporter de l’énergie ?
  • comment maintenir un équilibre sur la plante ?
  • quels gestes, tout au long de l’année, vont dans le bon sens ?

L’idée est donc de raisonner la somme des actions culturales réalisées sur les parcelles.

Le choix d’un essai à grande échelle

Au départ, le protocole devait être mis en place sur deux rangs seulement. Plusieurs vignerons en France tentaient alors l’expérience, notamment sur l’île d’Oléron, dans l’Aude et en Alsace.

Mais au moment de l’installer, Luc Fonta décide finalement de mener l’essai sur un hectare et demi, et non sur deux rangs. Il reconnaît lui-même que c’était une prise de risque importante, mais il estime que l’urgence de la transition justifie d’oser.

L’expérimentation est conduite sur :

  • un hectare de syrah ;
  • une parcelle de raisin de table.

La zone de confort de la vigne selon l’approche pH-redox

En s’appuyant sur la « carte des mondes » présentée par Olivier Husson, Luc Fonta retient que la zone de confort de la vigne se situe dans un milieu :

  • légèrement acide ;
  • légèrement réduit.

Selon cette lecture, dès que l’on s’éloigne de cette zone — en allant vers des terrains plus oxydés, plus alcalins ou plus acides — on favorise le développement d’organismes pathogènes : champignons, insectes, et notamment le '.

Pourquoi supprimer cuivre et soufre

C’est cette réflexion qui le conduit à faire un choix très fort sur ses parcelles expérimentales : ne pas utiliser de cuivre ni de soufre.

Son raisonnement est le suivant :

  • en agriculture biologique, il a droit au cuivre et au soufre ;
  • or la bouillie bordelaise amène selon lui la vigne vers un état plus oxydé et plus alcalin ;
  • si la vigne est poussée hors de sa zone de confort, elle va ensuite devoir revenir vers l’équilibre ;
  • cela crée une forme de « yoyo » physiologique.

C’est pour cette raison qu’il choisit de ne pas traiter ses parcelles expérimentales au cuivre, ni au soufre.

Il précise que c’est là son raisonnement de vigneron, basé sur l’observation, et que cette carte l’a beaucoup aidé à structurer sa réflexion.

Les actions jugées défavorables

Luc Fonta établit d’abord une liste d’actions qu’il considère comme oxydantes, destructurantes ou énergivores pour la parcelle :

  • le désert biologique ;
  • la compaction des sols ;
  • l’érosion ;
  • le travail du sol avec les outils ;
  • une taille non résiliente ;
  • les passages d’atomiseur ;
  • la bouillie bordelaise ;
  • le rognage ;
  • le sol nu ;
  • l’exposition du sol nu au soleil ;
  • les chocs climatiques.

Concernant la compaction, il insiste sur le rôle des tracteurs, qu’il décrit comme des « dinosaures » sur les parcelles, tassant continuellement les sols.

À propos de l’érosion, il résume sa vision avec une formule :

  • « sur des sols couverts, on est sur des sols prospères » ;
  • « sur des sols nus, on est sur des sols foutus ».

Les actions mises en place sur les parcelles expérimentales

En contrepoint, il dresse une liste des gestes qu’il juge bénéfiques :

  • semer des couverts végétaux ;
  • restituer de la matière organique ;
  • privilégier la vie du sol et la biodiversité ;
  • restructurer ;
  • pratiquer une taille physiologique ;
  • ne plus travailler le sol, ou le moins possible ;
  • limiter la compaction, surtout au printemps ;
  • limiter l’entrée du tracteur ;
  • apporter de la diversité de micro-organismes au sol ;
  • réaliser des pulvérisations d’oligo-éléments ;
  • travailler sur le pH et le redox via la qualité de l’eau des pulvérisations ;
  • respecter le cycle biologique de la vigne jusqu’après les vendanges, en apportant des oligo-éléments.

Sur les parcelles expérimentales, il a fait le choix de ne plus travailler du tout le sol, ni sous le rang ni en interrang.

Comme il devait malgré tout intervenir au printemps, période où les sols sont fragiles, il a cherché à limiter les passages. Sur un hectare et demi, il a donc réduit au maximum l’usage du tracteur, avec beaucoup d’actions réalisées à pied.

Il souligne bien que ces parcelles sont de véritables laboratoires, et qu’il faut ensuite réfléchir à la manière de transposer ou non ces pratiques ailleurs.

Résultats obtenus

Le résultat marquant de cette expérimentation est qu’il n’a réalisé aucun traitement cuivre ni soufre sur ces vignes.

En dehors d’apports d’oligo-éléments et de ferments lactiques, il n’a pas effectué de traitements phytosanitaires sur les parcelles expérimentales.

L’idée, dans l’approche pH-redox, est selon lui de maintenir en bonne santé le couple sol-plante. Si ce couple est en bonne santé, il est moins favorable à l’installation des maladies et des terrains propices au mildiou, à l’oïdium et à d’autres pathogènes.

Il insiste toutefois sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une solution miracle, mais d’un travail expérimental fondé sur des prises de risque importantes.

Trois années de recul

Au moment de l’intervention, Luc Fonta indique avoir obtenu les mêmes résultats sur trois années :

  • 2020 ;
  • 2021 ;
  • 2022.

En 2020, il y a eu une légère pression mildiou. Il raconte qu’un voisin, sur une parcelle voisine de syrah conduite en conventionnel, lui expliquait avoir dépensé 65 euros par bidon à l’hectare pour contrôler le mildiou. Luc Fonta lui répondait en plaisantant que, de son côté, il utilisait des oligo-éléments à 12 euros le litre.

À la veille des vendanges, ce voisin est venu constater l’état de la parcelle et lui a reconnu que le raisin était beau. Pour Luc Fonta, cela a constitué l’un des plus beaux compliments reçus sur ce travail.

Une approche encore en construction

Luc Fonta insiste sur le caractère récent de ces travaux. Selon lui :

  • il existe des pistes intéressantes ;
  • une veille scientifique est en cours ;
  • des protocoles se mettent en place ;
  • des retours commencent à émerger.

Il pense qu’à l’avenir, cette approche pourra permettre de piloter la vigne différemment. Il ne dit pas que l’on ira partout vers le zéro traitement, mais que cela peut ouvrir des voies nouvelles.

Il rappelle aussi que cela ne fonctionne pas forcément partout de la même manière. Il cite par exemple un carignan récupéré dans un très mauvais état, avec des sols bloqués, pour lequel la transition sera forcément plus longue.

Rendements et stratégie de production

Sur ces parcelles expérimentales, Luc Fonta est parti sur des rendements faibles, car il n’avait pas de modèle de référence sur cette approche.

Il donne plusieurs raisons à ce choix :

  • il a récupéré des parcelles en fermage dans un état dégradé ;
  • il voulait « requinquer » les vignes ;
  • il cherchait à favoriser beaucoup de feuillage et de photosynthèse ;
  • il voulait peu de raisin au départ.

Les rendements visés se situaient entre 15 et 25 hl/ha. Son objectif pour la suite est de monter progressivement vers 25 à 30 hl/ha.

Il précise que les vignes récupérées avaient auparavant connu une conduite conventionnelle, avec chimie, sur des sols qu’il qualifie de « déserts biologiques ». Dès qu’il les a reprises, il les a engagées vers une conduite fondée sur le vivant, notamment avec des couverts végétaux.

Selon lui, la nature réagit vite dès lors qu’on lui redonne de bonnes conditions.

Une première cuvée issue de l’expérimentation

En 2020, au lieu d’amener les raisins à la cave coopérative comme habituellement, il décide de voir ce que cette expérimentation peut donner en vinification.

Il produit alors sa première cuvée, appelée Vincent.

Il explique qu’il s’agit d’un jeu de mots : « vin sans t », autrement dit un vin conduit sans cuivre, sans soufre. Il pousse même l’expérimentation jusqu’à la vinification, en choisissant de ne pas faire d’intrants œnologiques supplémentaires et de produire un vin sans sulfites ajoutés.

Ce vin a donné, selon lui, un résultat au-delà de ses espérances, confirmant qu’en travaillant main dans la main avec la nature, il est possible d’obtenir des produits de qualité.

Questions-réponses

Sur les résultats observés

À la question de savoir si les mêmes résultats concernent bien ses parcelles expérimentales, Luc Fonta répond que oui : il n’a fait ni cuivre ni soufre sur ces parcelles.

Sur le recul disponible

Il rappelle que l’expérimentation a commencé en 2020. Il estime qu’il faut rester sur ce protocole pendant 4 à 5 ans pour disposer d’un vrai recul.

Il souligne qu’il n’existe pas de solution miracle, seulement des axes de travail à construire face aux différentes problématiques rencontrées.

Sur l’entretien sous le rang

Luc Fonta explique qu’il travaille sur de petites surfaces, avec un domaine de 6 hectares. Pour l’entretien des interceps, il utilise essentiellement un rotofil et réalise beaucoup de travail à la main.

Il reconnaît qu’il s’agit d’un mode de conduite très artisanal, presque de l’orfèvrerie, possible parce qu’il travaille sur de petites surfaces.

Il mentionne néanmoins que d’autres solutions existent ou peuvent être inventées : outils adaptés, rouleaux, nouveaux dispositifs pour un nouveau métier.

Sur la fertilisation

Concernant la fertilisation, il précise qu’il apporte à l’automne un engrais organique simple bouchon bio. Il ne cherche pas à fertiliser directement la vigne, mais plutôt à fertiliser les couverts végétaux.

Comme cela a été évoqué durant la journée, cette fertilisation d’automne devient ensuite disponible au printemps.

Sur le semis des couverts végétaux

Luc Fonta décrit trois méthodes de semis.

Sur ses premières parcelles, il réalisait un semis à la volée à la main, suivi :

  • d’un très léger travail du sol, sur environ 2 cm ;
  • puis du passage d’une palette plombée derrière le rotavator pour tasser le lit de semence.

Il indique que cette méthode donnait de très bons résultats.

Il mentionne également la possibilité du semis direct.

Sur la destruction des couverts

Pour la destruction des couverts, il utilise un broyeur à marteaux, tout simplement parce que c’est l’outil dont il dispose.

Il explique que d’autres options existent, comme le rouleau, mais qu’il faut souvent s’adapter au matériel disponible. L’objectif reste de restituer la matière organique au sol.

Sur l’usage du Food Scanner

À la question de savoir s’il pilote ses vignes avec les analyses du Food Scanner, Luc Fonta répond que non.

La liste des actions qu’il a mises en place avait été pensée bien avant l’arrivée de cet outil. Le Food Scanner n’a été utilisé que plus tard, dans le cadre d’expérimentations menées sur la vigne pour accumuler des données.

Il précise qu’il a eu la chance de l’utiliser l’année précédente sur son domaine, en collaboration avec plusieurs vignerons de Villeveyrac :

  • un vigneron en bio ;
  • un autre en conventionnel ;
  • un autre en bio non officiellement certifié ;
  • et sa propre parcelle sans traitement.

Il n’a cependant pas pu aller au bout de toutes les mesures, faute de temps. Il a suivi les analyses jusqu’au début juillet seulement.

Sa réponse est donc claire : il n’a pas piloté ses vignes à partir du Food Scanner. Pour lui, cet outil est encore en phase d’accumulation de données, mais pourrait à terme aider à piloter les traitements, l’état du sol et la santé de la plante.

Conclusion

Le témoignage de Luc Fonta montre une mise en pratique très engagée de l’approche pH-redox en viticulture biologique, fondée sur :

  • l’observation ;
  • la réduction maximale des interventions jugées oxydantes ;
  • la restauration de la vie du sol ;
  • la recherche d’un équilibre global sol-plante.

Son retour d’expérience reste présenté comme une démarche expérimentale, prudente dans ses conclusions, mais suffisamment encourageante pour ouvrir des perspectives concrètes sur d’autres façons de conduire la vigne.