Suivi des plantations syntropiques sur l'exploitation maraîchère des Minières

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Exploitation maraîchère avec plantations syntropiques
Cyril Gallier
Orne (département) Maraîchage

Maraîchage Maraîchage

Contexte

  • Nom de la ferme : Les Minières
  • Nom/prénom du gérant de la ferme : Cyril Gallier
  • Localisation : La ferrière-aux-étangs
  • Date de plantation : 20 Février 2026
  • Date du suivi : 12/08/2026
  • Conditions climatiques récentes (pluie, sécheresse, gel…) : Sécheresse
  • Type de sol : sableux acide 5,5 de pH

Cyril s’est installé en 2022 aux Minières dans un corps de ferme datant de la fin du 19ᵉ siècle, avec une superficie de 9 hectares. Il en utilise réellement 2. Le sol est peu profond, environ 15 cm, et assez sableux.

Actuellement, il produit principalement des légumes avec très peu de travail du sol. Pour lui, les parcelles en syntropie sont des zones d’expérimentation, avec l’intention d’augmenter la place des arbres dans les jardins.

Son activité de maraîcher est fortement liée à l’association Les Minières, que l’on peut résumer comme suit :

Jardins maraîchers et pratiques artistiques Un gisement de « faire » au cœur du bocage normand : faire pousser de savoureux légumes et fruits dans un sol vivant, faire naître de nouvelles pensées et pratiques autour du spectacle vivant, faire dialoguer écologie, diversité, expérimentation et arts.

Un lieu unique en lisière de la forêt d’Andaine et des mines de La Ferrière-aux-Étangs : un mélange étonnant qui rassemble des jardins maraîchers – des jardins comestibles où il fait bon déambuler et méditer – et un centre de pratiques artistiques tourné vers la recherche et la création de livres de danse.

Historique et état initial de la parcelle

Historique cultural

Anciennement exploitée en prairie pâturée par des équidés pendant une période minimale de sept années consécutives.

Diagnostic pédologique préalable à l’implantation

Le profil pédologique présentait une structure superficielle meuble, mais révélait à dix centimètres de profondeur une strate caillouteuse continue.

Contraintes environnementales :

  • Un substrat caillouteux en profondeur limitant partiellement l’enracinement ;
  • Une exposition ventée en sommet de coteau favorisant les phénomènes d’assèchement ;
  • Des épisodes de sécheresse récurrents pouvant affecter la reprise végétale.

Préparation du sol avant implantation

Intervention superficielle du sol
  • Préparation du sol : Une intervention superficielle a été menée après une période de bâchage hivernal de quatre à cinq mois, visant à restructurer le sol avant implantation.
  • Matériel utilisé : La grelinette a été employée pour effectuer ce travail mécanique sans perturber excessivement la structure du sol.
  • Amendements apportés : Un apport de fumier de cheval vieilli a été réalisé afin d’enrichir le substrat en matière organique et favoriser la vie microbienne.
  • Mise en place du projet : Les lignes de plantation ont été tracées et implantées selon le planning initial.
  • Gestion des adventices : Aucun désherbage préalable n’a été nécessaire, la parcelle ayant été récemment débachée, offrant ainsi une zone propre à la plantation.
  • Qualité de la préparation :  La préparation du sol a révélé certaines contraintes : la présence de la couche caillouteuse à dix centimètres de profondeur a rendu la plantation difficile. Une intervention manuelle à l’aide d’une barre à mine a été nécessaire pour percer cette strate et permettre un enracinement optimal des plants.

Design général

La parcelle est organisée en 9 lignes parallèles de 15 mètres de longueur, espacées de 3 mètres entre chaque rang.

Structure des lignes

Le design alterne deux types de lignes selon un motif régulier :

  • Lignes d’arbres fruitiers : implantées sur les rangs pairs, elles accueillent au centre des poiriers (Nashis) et pruniers de vigueur moyenne à forte, avec des plantes aromatiques en bordure.
  • Lignes d’arbustes fruitiers : disposées sur les rangs impairs, elles associent feijoas, baies de mai, amélanchiers, ainsi que des boutures intercalaires. Des pommes de terre ont été placées sous un couvert de foin en bordure de ces lignes.
Les arbres fruitiers sont espacés de 4 à 5 mètres et les arbustes fruitiers d'environ 2 mètres.

Espacement des plants

  • Arbres fruitiers : distants de 4 à 5 mètres sur la ligne.
  • Arbustes fruitiers : espacés d’environ 2 mètres.
  • Inter-rang : 3 mètres entre chaque ligne.

Sillons de graines et arbres supports

Un sillon central a été semé sur chaque ligne, entre les arbres ou arbustes, avec un mélange de noyaux de pruniers, pêchers et érables. Ces arbres, destinés à servir de supports, seront sélectionnés et greffés ultérieurement.

Gestion des inter-rangs

Pour les premières années, les inter-rangs sont cultivés en 7 planches de maraîchage de 1 mètre de large, dédiées à des cultures variées (oignons, haricots secs, tabac, pâtissons, mesclun). Une planche est laissée en végétation spontanée pour favoriser la biodiversité et limiter les adventices.

Gestion de l’eau

En syntropie, les protocoles recommandent généralement de planifier les plantations en amont d’épisodes pluvieux, sans apport d’eau supplémentaire, afin de favoriser l’enracinement naturel et l’autonomie hydrique des jeunes plants.

Cependant, dans le contexte actuel marqué par des années exceptionnellement sèches, des vagues de chaleur intenses et un substrat particulièrement filtrant (sableux et caillouteux, avec une faible capacité de rétention hydrique), le système a rapidement subi un stress hydrique sévère.

Face à ces contraintes, une solution d’irrigation a été mise en place pour :

  • Assurer la survie des arbres et arbustes en phase d’implantation,
  • Favoriser leur reprise dans un environnement où le sol ne permet pas une réserve d’eau suffisante,
  • Prévenir les pertes liées à la sécheresse prolongée.

Cette adaptation technique vise à garantir la pérennité du système dans des conditions climatiques et pédologiques particulièrement défavorables. À l’implantation :

  • Arrosage à la plantation : Oui à la main

Après implantation :

Système initial de micro-aspersion À partir du 5 mars, un réseau de micro-aspersion a été installé, couvrant un rang sur deux avec 12 têtes par rang, permettant d’arroser l’ensemble de la surface concernée.

  • Fréquence initiale : Avant l’aggravation de la sécheresse, l’irrigation était appliquée toutes les deux semaines, pendant 2 à 3 heures.
  • Adaptation en période de sécheresse : La fréquence a été augmentée à une fois par semaine, toujours sur une durée de 2 à 3 heures.

Limites du système initial : Le paillage a réduit l’efficacité de la micro-aspersion, limitant la répartition homogène de l’eau. Optimisation par goutte-à-goutte:  En avril, une ligne de goutte-à-goutte a été ajoutée sur chaque rang d’arbres, avec un trou tous les 20 cm, ciblant directement la zone racinaire.

  • Fréquence : Comme pour la micro-aspersion, l’irrigation a été maintenue à une fois par semaine, pendant 2 à 3 heures.

Résultats observés : L’introduction de ces systèmes d’irrigation a permis une reprise de vigueur du système :

  • Les mûres sauvages, initialement en déclin, ont montré une reprise de croissance.
  • La croissance générale du système a été relancée, confirmant l’efficacité de l’adaptation face aux contraintes climatiques et pédologiques.

Reprise des plants

Espèce Méthode Taux de reprise Remarques
Peuplier Bouture * Les peupliers bouturés en place n'étaient pas une variété de peupliers qui poussent sur le terrain et donc certainement moins adapté, il sera remplacé par du peuplier qui lui se trouve sur le terrain
Sureau Bouture ** Bouturer du sureau en place fonctionne moins bien qu'en serre/godet, il a donc du mal à croitre
Saule blanc Bouture *** Très belle croissance de 1,5 à 2 m
Mûre sans épines Bouture *** Problème trop de feuillage laissé pour trop peu de racines
Amélanchier Achat **** Pas de croissance malgré la reprise
Laurier thym Achat **** Ceux qui sont morts étaient petits à la plantation
Nashis Achat **** Croissance initiale de 50 cm avant les fortes chaleurs
Pruniers semés Semis _ Difficile à estimer car il n'y a pas eu de comptage du nombre de noyaux mais il y a eu de la perte liée aux rongeurs
Pruniers greffés Achat **** Croissance de 5 à 30 cm selon les variétés
Fejoa Achat **** Croissance lente (10 cm)
Baie de mai Achat **** Croissance lente (10 cm)
Aulne Achat **** Croissance de 10 cm
Bouleau Achat **** Croissance de 15 cm
Arbre à faisan Bouture **** Croissance de 20 cm
Eléagnus Bouture **** Seul 1 sujet est mort mais il était déjà abîmé à l'arrivée
Cassis Bouture **** Difficulté à repartir
Vigne Achat **** Pousses de 10 cm
Pêcher Semis _ Prédaté par rongeurs mais reprise pousse de 10 cm
Armoise Bouture **** Se développe bien
Romarin Achat **** Stagnation/disparition sous les autres espèces
Armoise camphrée Bordure **** Très bonne reprise et bonne croissance
Consoude (Boocking 14) Bordure **** Très bonne reprise et bonne croissance
Herbe à curry Bordure **** Très bonne reprise et bonne croissance
Lavande officinale Bordure **** Très bonne reprise et bonne croissance
Santoline Bordure **** Très bonne reprise et bonne croissance
Origan jaune Bordure **** Très bonne reprise et bonne croissance
Sauge officinale Bordure **** Très bonne reprise et bonne croissance
Mélisse Bordure **** Très bonne reprise et bonne croissance
Fève Semis **** Récolte médiocre
Féverole Semis **** Récolte médiocre
Pois mange-tout Semis **** Récolte médiocre

Nature et fonctions des plants implantés

Espèces de support (fixatrices d’azote, productrices de biomasse, structurantes)

Ces plantes contribuent à la stabilisation des sols, à l’enrichissement en azote et à la création de microclimats favorables.

  • Saule (Salix spp.)
  • Aulne (Alnus spp.)
  • Peuplier (Populus spp.) → Remplacé prochainement partiellement par du Paulownia (boutures racinaires)
  • Sureau (Sambucus nigra)
  • Érable (Acer spp.)
  • Pêcher (Prunus persica)
  • Prunier (Prunus domestica)
  • Oléa (Elaeagnus angustifolia)
  • Laurier-thym (Laurocerasus officinalis)
  • Consoude (Symphytum officinale)

Production principale (Arbres et vignes à vocation fruitière)

Ces espèces forment l’ossature productive du système, sélectionnées pour leur vigueur et leur adaptation climatique.

  • Nashi (Pyrus pyrifolia)
  • Prunier hybride (Prunus hybrida)
  • Feijoa (Feijoa sellowiana)
  • Amélanchier (Amelanchier lamarckii)
  • Baie de mai (Aronia melanocarpa)
  • Vigne (Vitis spp.)
  • Mûre sauvage (Rubus fruticosus)

Production opportuniste et petits fruits

Plantes secondaires ou "gratuités" biologiques, fournissant des récoltes complémentaires.

  • Cassis (Ribes nigrum)
  • Framboisier (Rubus idaeus)
  • Pommier sauvage (issu des noyaux de prunier et pêcher semés dans les sillons)

Bordures et plantes compagnes (aromatiques, médicinales, répulsives)

Ces espèces créent des brise-vent, attirent les pollinisateurs et remplissent des fonctions sanitaires ou culinaires.

  • Armoise camphrée (Artemisia camphorata)
  • Hélichryse (Helichrysum italicum, "Herbe à curry")
  • Lavande officinale (Lavandula officinalis)
  • Santoline (Santolina chamaecyparissus)
  • Origan jaune (Origanum vulgare flavidum)
  • Mélisse (Melissa officinalis)
  • Sauges (Salvia officinalis et Salvia sclarea)
  • Échinacée (Echinacea purpurea) (optionnel)

Cohérence avec le design initial

Design global respecté :

  • Alternance des lignes (arbres fruitiers vs. arbustes fruitiers + intercalaires) maintenue.
  • Largeurs des planches (1 m de maraîchage, couverts végétaux spontanés) cohérentes avec les 3 m d’inter-rang.
  • Sillons centraux plantés avec noyaux de prunier, pêcher et érable pour une production future de bois.

Ajustements suite aux échecs de reprise :

  • Remplacement du Peuplier par du Paulownia (boutures racinaires installées là où la reprise a échoué).
  • Variétés alternatives testées pour certains pruniers (ex. : 'Stanley' ou 'Mirabelle de Nancy').

Développement des plants

Voir tableau

  • Croissance globale (faible / moyenne / forte) : Croissance globale moyenne sur les arbres et arbustes et croissance forte sur les bordures
  • Homogénéité du développement : Pas d'homogénéité

Focus sur les fruitiers

  • Développement des fruitiers :
  • Différences greffés / non greffés : Pas de différences notable
  • Taux de reprise des fruitiers greffés : 100 %
  • Compatibilité porte-greffe / sol :
  • Problèmes observés (stress hydrique, mortalité, reprise lente…) : Pas de problème observés

Réaction aux pratiques

Taille et perturbations

  • Consoude : Taille réalisée à deux reprises → Bonne réponse avec un redensification marquée du feuillage.
  • Armoise camphrée : Taille légère → Pas de réaction négative, la plante reste vigoureuse.

Réaction à la sécheresse

  • Aucun impact grâce à l’arrosage régulier (micro-aspersion puis goutte-à-goutte).

Désherbage et installation des aromatiques

  • Deux interventions de désherbage réalisées en début de saison.
  • Résultat : Les aromatiques (armoise, lavande, origan, etc.) sont désormais bien installées et couvrent une grande partie du sol, limitant naturellement la repousse des adventices.

Dynamique du système

Fermeture du rang (couverture végétale)

  • Taux de couverture : 80 % (bon niveau pour un système en cours d’installation).

Production de biomasse

  • Non mesurée à ce jour (à suivre pour évaluer la dynamique d’accumulation).

Gestion naturelle des adventices

  • Désherbage manuel réalisé 2 fois en début de saison.
  • Résultat : Les aromatiques (armoise, lavande, origan, etc.) sont désormais bien installées et recouvrent une grande partie du sol, limitant efficacement la repousse des adventices.
  • Adventices dominantes avant installation : orties, graminées, rumex.

Présence de vie du sol

  • Aucune observation spécifique (vers, champignons, etc.) pour l’instant.

Premiers effets microclimatiques

  • Système encore trop jeune pour observer des effets significatifs. À suivre dans les années à venir.

Analyse globale et perspectives

Points de réussite

  • Bordures d’aromatiques : Installation réussie, avec une croissance rapide et une bonne couverture du sol.
  • Saule : Croissance surprenante et vigoureuse, confirmant son adaptation au milieu.
  • Pommes de terre : Culture sous boudins de foinRésultats positifs (protection, conservation de l’humidité).

Difficultés rencontrées

  • Préparation du sol : Nécessité d’utiliser une barre à mine pour percer la couche de cailloux, rendant la plantation plus laborieuse.
  • Taille de perturbation : Incertitude sur l’impact de la taille en période de sécheresse et d’inflorescence (risque de stress hydrique accru).

Écarts par rapport au design initial

  • Aucun écart : Le système respecte le plan établi.

Ajustements envisagés

  • Remplacement des arbres morts (ex. : peupliers non repris → Paulownia en alternative).
  • Suppression des boudins de foin au profit de bordures végétales permanentes (ex. : consoude, trèfle) pour une gestion plus durable.

Besoins techniques / accompagnement

  • Formation ou conseil en taille des fruitiers (arbres adultes et jeunes sujets) pour optimiser la production et la santé des plantes.

Sources

Retour d'expérience rédigé à la suite d'un entretien avec Cyril Gallier en 2026