Pâturage régénératif : retour d'expérience en Sologne
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Pâturage régénératif : retour d’expérience en Sologne
Aujourd’hui, nous explorons le pâturage régénératif avec Franck Baeschler, qui nous partage son expérience concrète sur sa ferme en Sologne.
Parcours et vision de l’agriculture
Franck Baeschler s’est installé en 2018, après une vingtaine d’années passées comme conseiller en grandes cultures à la Chambre d’agriculture. Durant cette période, il a animé un groupe axé sur l’amélioration de la qualité des sols. En progressant, il a identifié l’agriculture de conservation comme un outil puissant pour améliorer la structure des sols.
En 2011-2012, il a commencé à explorer le rôle du ruminant comme un levier pour apporter de la vitalité aux systèmes. Après un voyage d’étude aux États-Unis avec le réseau BASE, il a quitté la chambre d’agriculture en 2015 pour créer la structure “Holisticom”. Son approche repose désormais sur la construction de systèmes autonomes au sein de communautés d’intérêt, où les agriculteurs mutualisent leur savoir-faire pour faire progresser leurs systèmes de production.
La ferme et son contexte pédoclimatique
La ferme de 70 hectares est située en Sologne, près de Chambord, sur des sols sableux et sable-limoneux. Ces terres, contenant moins de 4 % d’argile, reposent sur des argiles non rétractables, ce qui les rend hydromorphes en hiver et très séchantes en été. Le pH moyen oscille entre 5,5 et 6, avec des taux de [[matière organique]] faibles (entre 0,5 % et 1,5 %).
Historiquement, ces terres étaient exploitées en grandes cultures avec une politique minière d’extraction. Le défi de Franck est donc de restaurer ces sols. Il insiste sur le fait que le passage en semis direct ne donne pas de résultats immédiats : il existe un temps nécessaire à la réorganisation du sol pour retrouver une portance, durant lequel il faut accepter certains accidents sur les parcelles sans retravailler le sol.
Principes de l’agriculture régénérative
Pour Franck, l’agriculture régénérative repose sur cinq piliers :
- L’introduction ou la réintroduction de l’élevage.
- La couverture maximale du sol avec une restitution importante de biomasse.
- La réduction du travail du sol.
- La rotation des cultures.
- L’association végétale.
Il définit l’agriculture régénérative comme l’utilisation des ruminants pour dynamiser les flux d’énergie (carbone) et les éléments fertilisants, afin que le sol retrouve son potentiel naturel.
Gestion des matières organiques et fertilité
Le cœur du système est la gestion fine des matières organiques. Franck distingue : - La matière organique libre : le “frigo” qui alimente l’activité biologique, la nutrition des plantes et la stabilité à court terme. - La matière organique liée : l’“habitat” stable, essentiel pour la capacité d’échange cationique (CEC).
Dans des sols pauvres en argile, le compost joue un rôle majeur pour améliorer la “gamelle” du sol. Franck utilise les analyses de sol “Célesta” pour piloter ses apports et comprendre les besoins de la biomasse microbienne, qu’il considère comme un second type d’animal à nourrir sur l’exploitation.
L’animal comme outil de production
Franck considère l’animal comme un outil de travail. Son système inclut : - Le pâturage régénératif : avec un fort chargement instantané pour dynamiser le sol. - Le “bale grazing” (pâturage sur ballot) : pour concentrer la matière organique sur des parcelles à restaurer et gagner en autonomie sur la gestion du temps et de la main-d’œuvre. - Le choix des espèces : il privilégie des races rustiques comme la Solognote, bien que la rusticité doive être entretenue, pour valoriser des zones humides et réduire les interventions vétérinaires.
Conclusion
Pour Franck Baeschler, l’agriculture régénérative est intrinsèquement liée à la présence animale. Sans ruminants pour dynamiser les cycles de carbone et de nutriments, il estime qu’on reste dans une forme d’agriculture de conservation ou raisonnée, mais pas pleinement régénérative. Le succès de cette démarche repose sur une optimisation constante des flux de biomasse et une compréhension fine des interactions entre le sol, la plante, l’animal et l’homme.