Compaction des sols agricoles : mythes et réalités, Lionel Mesnage
![]()
Webinaire gratuit avec Lionel MESNAGE, conseiller agricole et expert du sujet, et animé par Martin ROLLET, agronome.
Ce webinaire vous est proposé par le Centre national d’agroécologie : https://centre-national-agroecologie.fr/
Chapitrage
- 00:00:00 Introduction et présentation
- 00:04:02 État des lieux de la compaction des sols
- 00:25:08 Causes de la compaction
- 00:31:31 Solutions techniques
- 01:01:40 Questions-réponses
- 01:01:59 « Avez-vous des témoignages ou des retours d’expérience sur la compaction des sols en contexte viticole et arboriculture ? »
- 01:03:31 « Quel est votre avis sur le sous-soleur par rapport au Paraplow à dents Michel ? »
- 01:04:50 « Comment gérer et placer les tas de fumier sur la parcelle avant épandage ? Faut-il faire un tas toujours au même endroit ? »
- 01:06:37 : « Dans un système en ACS, comment gérer les bennes à la moisson ? Faut-il les laisser en bordure de parcelle ? »
- 01:08:46 : « Quel est votre avis sur la méthode de la fissuration avec incorporation d’EM (Micro-organisme efficaces) ? »
- 01:10:57 : « Selon vous, les plantes de couverture du sol ont-elles en rôle dans la protection de la compaction avec leur pouvoir racinaire ? »
- 01:13:18 : « Quel est le meilleur fissurateur ? Faut-il garder en rapport profondeur / espacement entre les dents ? Quelle vitesse maximale ? »
- 01:14:20 : « Quand on observe un sol, à quel moment voit-on que l’on a gagné contre la compaction ? »
- 01:16:30 : « Voyez-vous un lien entre la présence de certaines adventices et la compaction des sols ? » ( Méthode Ducerf)
- 01:19:57 : « Quel conseil donner pour gérer le piétinement des animaux dans une parcelle pour gérer la compaction ? »
- 01:22:35 : « Faut-il en plus de la microfissuration verticale procéder à une fissuration plus en profondeur tous les X années ? »
- 01:26:02 : « Quelle est l’importance du taux de matière organique pour soutenir un sol ? Et donc quelle applicabilité du travail de Pascal Boivin (chercheur suisse) ? »
- 01:28:38 : « Que pensez-vous de l’efficacité d’un point de vue de la fissuration du déchaumeur à patte d’oie, de l’Actisol ou d’un outil muni d’un sabot de fissuration ? »
- 01:32:50 : « Quel impact de l’irrigation sur le tassement des sols ? »
- 01:35:58 : « Quel est votre avis sur les différentes dents sur l’Actisol : dent classique droite et vibrante VS avec patte d’oie ? »
- 01:39:07 : « Quelle technique utiliser pour passer d’une prairie en sol limono-argilo-sableux à une zone de maraichage ? »
Compaction des sols agricoles : mythes et réalités avec Lionel Mesnage
La compaction des sols est un sujet majeur en agriculture, qu’il s’agisse de systèmes en travail réduit ou de cultures industrielles. Lionel Mesnage, conseiller privé en agronomie, revient sur cette problématique complexe, en soulignant l’importance de distinguer les réalités de terrain des idées reçues.
Un mal trop profond et sous-estimé
La compaction physique des sols est un problème grave, souvent amplifié par une méconnaissance ou une négligence de la part des acteurs du monde agricole. Selon une étude de l’université de Cranfield (2011), la dégradation des sols coûte annuellement des milliards de dollars, la compaction représentant entre 39 % et 45 % de ces coûts.
En France, le problème est sous-estimé. Dans l’agriculture conventionnelle, le labour est souvent perçu à tort comme une solution miracle pour “remettre les compteurs à zéro”. Cependant, le labour déstructure le sol et crée, au fil des ans, une semelle de labour de plus en plus compacte. Parallèlement, l’alourdissement constant du matériel agricole entraîne des tassements profonds, détectés parfois à plus d’un mètre sous la surface. À l’inverse, dans les systèmes en techniques sans labour (TSL), l’idée reçue selon laquelle le sol serait naturellement résistant à la compaction grâce aux couverts végétaux et au système racinaire est erronée.
La fragilité naturelle des sols
Des mesures de densité apparente réalisées par l’université Rutgers (USA) montrent que, dans des milieux faiblement perturbés (forêts), la densité est faible (autour de 1,03 g/cm³). Sur des terrains de sport ou des zones résidentielles, elle grimpe à 1,7 g/cm³, soit des niveaux supérieurs à ceux observés dans de nombreuses parcelles cultivées. Cela démontre que les sols sont naturellement fragiles.
La tomographie 3D confirme que la compaction diminue fortement la porosité du sol. Un sol sain contient idéalement 25 % d’air, 25 % d’eau et 50 % de composants solides. Dès que la porosité est altérée, les processus chimiques, biologiques et physiques sont entravés, nuisant directement à la fertilité et à la croissance des plantes, comme le souligne la méthode de la trophobiose de Chaboussou.
Le rôle de l’eau et les mouvements du sol
Le mouvement de l’eau dans le sol est souvent réduit à l’infiltration verticale, mais il faut également prendre en compte la remontée capillaire et la circulation horizontale. La compaction modifie ces flux : un sol compacté se dessèche plus vite en période sèche et sature plus rapidement lors d’épisodes pluvieux.
Lionel Mesnage met en garde contre la fissuration profonde pratiquée n’importe quand : elle doit idéalement être réalisée à l’automne pour bénéficier des pluies hivernales et d’un climat favorable, couplée à des couverts végétaux, afin de ne pas perturber inutilement la remontée capillaire.
Mythes sur les racines et les couverts
Contrairement aux idées reçues, les racines ne décompactent pas un sol par simple passage. Elles sont opportunistes et empruntent les biopores existants (galeries de vers de terre ou anciens passages racinaires). En présence d’une zone compactée dure et pauvre en azote et en air, les racines ne se développent pas : elles ne se ramifient pas et ne résolvent pas le problème. Miser sur des “racines décompactantes” est illusoire dans des situations de compaction sévère. Seules certaines graminées peuvent avoir un effet significatif, mais l’intervention mécanique reste souvent nécessaire.
Les origines de la compaction
Cinq facteurs principaux sont identifiés :
- La circulation des engins de traction, de récolte, de transport et d’épandage (poids élevé).
- Le labour, qui déstructure le sol et fragilise les interventions ultérieures.
- Le piétinement du bétail, même par de petits animaux, particulièrement en conditions humides.
- La compaction pédogénétique, un phénomène naturel indépendant de l’activité humaine.
- L’utilisation d’outils de semis (sidewall compaction ou lissage vertical) dans des conditions trop plastiques.
Stratégies de prévention
La prévention passe par une gestion rigoureuse de la pression au sol.
- Matériel : Il ne s’agit pas seulement d’utiliser des pneus basse pression, mais surtout d’éviter le surpoids (charge par essieu). Le passage vers des équipements plus larges ne doit pas être une excuse pour augmenter les charges transportées.
- Organisation : Le trafic contrôlé (RTK) est une solution efficace mais complexe à mettre en œuvre, surtout dans les systèmes d’élevage avec des chantiers collectifs.
- Intervention chirurgicale : Dans certains cas, le “vertical tillage” (disques verticaux) est préférable à une dent droite agressive qui risque de lisser le sol. Le recours à des fissurateurs bien conçus (type Paraplow ou modèles à angulation légère) reste indispensable pour restructurer le sol sans mélanger les horizons.
En conclusion, la compaction est un problème multifactoriel. Chaque agriculteur devrait chiffrer ses charges annuelles de transport pour prendre conscience de l’ampleur des passages. La résilience du sol existe, mais elle n’est pas infinie ; la prévention par le choix du matériel et la maîtrise des dates d’intervention reste la clé de voûte de la gestion agronomique.