Biodiversité à l'échelle de la commune - Marceau Bourdarias - Paysage in Marciac 2020

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Dans cette intervention de Marceau Bourdarias, la biodiversité est présentée comme un véritable changement de regard sur l’agriculture. Fort de son expérience en paysage, arboriculture et viticulture, il explique comment il est passé d’une vision critique de la monoculture à une compréhension plus fine du vivant, fondée sur les interactions entre plantes, sols, humains et paysages. Son message est clair : la biodiversité ne se limite pas à être protégée, elle doit aussi être construite et accueillie. En laissant davantage s’exprimer la naturalité, en réduisant l’interventionnisme et en s’appuyant sur des leviers comme les couverts végétaux ou l’agroforesterie, l’agriculteur peut réparer les écosystèmes tout en maintenant une production viable. Pour Marceau Bourdarias, il ne s’agit plus seulement de produire une culture, mais de rendre productif tout un système vivant, plus autonome, plus résilient et plus fertile.

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Résumé
Dans cette intervention de Marceau Bourdarias, la biodiversité est présentée comme un véritable changement de regard sur l’agriculture. Fort de son expérience en paysage, arboriculture et viticulture, il explique comment il est passé d’une vision critique de la monoculture à une compréhension plus fine du vivant, fondée sur les interactions entre plantes, sols, humains et paysages. Son message est clair : la biodiversité ne se limite pas à être protégée, elle doit aussi être construite et accueillie. En laissant davantage s’exprimer la naturalité, en réduisant l’interventionnisme et en s’appuyant sur des leviers comme les couverts végétaux ou l’agroforesterie, l’agriculteur peut réparer les écosystèmes tout en maintenant une production viable. Pour Marceau Bourdarias, il ne s’agit plus seulement de produire une culture, mais de rendre productif tout un système vivant, plus autonome, plus résilient et plus fertile.

Paysage in Marciac 2020


Comme tous les dimanches, un sort une vidéo de Paysage in Marciac édition 2020

Aujourd’hui Marceau Bourdarias nous parle de la production de la biodiversité à l'aide des actions communes.


Bon visionnage !



Parcours et regard sur le paysage

Marceau Bourdarias explique qu’il intervient aujourd’hui comme conseiller agricole, après avoir longtemps travaillé dans le paysage, notamment en arboriculture ornementale. Ce parcours l’a amené très tôt à relier les questions de biodiversité à celles du paysage.

Il dit avoir toujours gardé cette conscience des liens entre biodiversité, paysage, écosystèmes et perception humaine de la nature. Pour lui, le paysage est un prisme à travers lequel l’humain regarde la nature, mais aussi un moyen de comprendre comment les écosystèmes résonnent entre eux.

Peu à peu, ces questions l’ont conduit à travailler avec des agriculteurs. Il s’est alors trouvé dans une position de transmission, en devant expliquer des techniques mais aussi une compréhension du vivant, en particulier du fonctionnement des plantes ligneuses : comment elles fabriquent du bois, comment elles entrent en relation avec leur environnement, et comment elles participent à des dynamiques écologiques plus larges.

De la monoculture à une autre lecture du vivant

Marceau Bourdarias raconte que la difficulté initiale, dans son travail avec les agriculteurs, a été de se retrouver face à la monoculture. Au départ, il voyait celle-ci comme un système simple, voire simpliste.

Il prend l’exemple de la viticulture, où la question de la diversité génétique est particulièrement visible : la vigne est reproduite à l’infini, souvent clonée, greffée sur des porte-greffes eux-mêmes clonés, et plantée sur des centaines de milliers d’hectares. Cette situation conduit nécessairement à interroger les effets de cette homogénéité sur la biodiversité.

Mais sa vision évolue ensuite au contact de différentes rencontres, notamment avec Conrad Gerber. Ces échanges l’amènent à ne plus considérer la plante comme un organisme isolé, indépendant, mais comme un être vivant pris dans un ensemble de relations.

À partir de là, il remet aussi en question la notion même de monoculture. Selon lui, cette idée est en partie liée à un prisme d’observation. Si l’on regarde les choses à l’échelle du mètre carré, on s’aperçoit que, quoi qu’on fasse, la diversité est toujours là. Plus on observe finement, plus on découvre que la nature conserve une dynamique de diversité.

La naturalité comme socle

L’un des messages centraux de l’intervention est que la naturalité est toujours présente, comme un socle prêt à s’exprimer. Même dans des systèmes très contrôlés, très interventionnistes, la nature tend à refaire surface.

Marceau Bourdarias explique que, plus il avance dans son expertise du vivant, de l’arboriculture et de la viticulture, plus il constate qu’en laissant s’exprimer la naturalité, il est possible de construire des systèmes fonctionnels. Il ne s’agit pas d’abandonner totalement l’action humaine, mais de reconnaître que les processus du vivant existent déjà et qu’ils peuvent redevenir opérants si on leur laisse de la place.

Il relie cette idée aux pratiques actuelles comme les engrais verts, les couverts végétaux ou l’agroforesterie. Ces pratiques relèvent, selon lui, d’une agriculture de réparation. Elles participent à une politique du « mètre carré », qui consiste à agir localement, avec une double posture :

  • réparer ce qui a été dégradé ;
  • apprendre en même temps à lâcher prise.

Le rôle fondamental des plantes ligneuses

Dans cette réflexion, les plantes ligneuses occupent une place centrale. Marceau Bourdarias insiste sur le fait qu’elles sont particulièrement aptes à construire la biodiversité. Pour lui, elles constituent même le socle de la construction de la diversité.

Ces organismes vivants ont la capacité remarquable de capter les rayonnements du soleil, y compris dans leur dimension destructrice, et de les transformer par la photosynthèse. C’est à partir de cette photosynthèse que tout commence : l’énergie est mise en circulation, la matière vivante se construit, et les chaînes écologiques peuvent se déployer.

Il affirme ainsi que, souvent, en ne faisant rien ou en intervenant beaucoup moins, la diversité est déjà là et la productivité finit par s’installer. Cela suppose de prendre du recul et de limiter l’interventionnisme.

Il fait écho à une idée entendue plus tôt dans la journée, selon laquelle produire moins en en faisant moins peut rester rentable et reproductible. Cette remarque nourrit sa conviction qu’une autre manière de produire est possible, à condition de sortir d’une logique de contrôle permanent.

Observer plutôt qu’expérimenter sans fin

Pour Marceau Bourdarias, la biodiversité suppose d’abord un apprentissage de l’observation. Les processus sont déjà en place : la nature sait faire.

Il dit qu’il n’est pas toujours nécessaire d’inventer ou de multiplier les essais artificiels ; il faut d’abord regarder comment fonctionne la nature, puis l’accompagner dans la mise en place de la diversité. Cette posture demande un changement profond dans la manière d’aborder l’agriculture.

Cela n’empêche pas de reconnaître l’ampleur du travail à accomplir. Il insiste sur le fait qu’il y a « beaucoup de boulot » pour réparer, car l’humanité a largement détruit. Mais il refuse de s’arrêter à ce constat. Selon lui, si l’humain a un grand potentiel de destruction, il a aussi un fantastique potentiel de construction et de réparation.

Ce point est essentiel dans son message : la capacité de détruire implique aussi une capacité à reconstruire. Il invite donc à adopter une posture active, tournée vers la reconstruction des milieux vivants.

Construire la biodiversité, un nouveau métier

Le cœur de son propos est là : accueillir la biodiversité ne suffit pas, il faut la construire.

Il présente cela comme un nouveau métier. Construire la biodiversité, ce n’est pas seulement protéger quelques éléments de nature ou ajouter des dispositifs symboliques. Il prend un exemple très concret : il ne suffit pas d’installer un hôtel à insectes et quelques fleurs mellifères devant un parking. Ce type d’action peut être un début, mais ce n’est pas une compréhension profonde de la biodiversité.

Pour lui, le sujet engage une transformation beaucoup plus intérieure. C’est un chemin, dit-il, vers une compréhension de soi-même. Construire la biodiversité revient aussi à apprendre à considérer l’autre, y compris tout ce qui nous nourrit et vit avec nous.

Il élargit alors la réflexion à l’humain lui-même : nous sommes des organismes complexes, multiples, habités par une flore intestinale et par tout un vivant associé. Il n’y a pas, selon lui, de rupture entre l’intérieur et l’extérieur : c’est la même profondeur du vivant, les mêmes logiques relationnelles.

Une logique écologique globale

Marceau Bourdarias appelle à faire de cette approche une véritable science pratique, fondée sur l’écologie au sens fort : la logique de l’habitat du vivant.

Il insiste sur la nécessité d’une vision globale des interactions et des systèmes. L’agriculture, le paysage, la chasse, la naturalité dans l’habitat, la construction : tout devrait être pensé à partir des fonctionnements du vivant et de ses cycles.

Ces cycles sont décrits comme des processus qui se nourrissent mutuellement. Un système vivant fonctionne parce qu’il alimente d’autres systèmes, et qu’il est lui-même alimenté en retour. Cette interdépendance est, à ses yeux, absolument indispensable à prendre en compte.

S’il y a un message à retenir, dit-il, c’est que chacun est en capacité de construire cette biodiversité. Il ne s’agit donc pas seulement d’une affaire d’experts, mais d’un changement de posture accessible, à condition de changer de regard.

Accompagner les agriculteurs par une vision d’ensemble

Dans son travail, il explique chercher à rendre cette vision accessible aux agriculteurs. Ce qu’il transmet n’est pas seulement une technique, mais une manière de voir.

Il insiste sur le fait qu’il s’agit d’apprendre à se projeter dans l’idée que la biodiversité nous nourrit. À partir du moment où cette vision est intégrée, le métier d’agriculteur change.

Il donne l’exemple du travail mené actuellement en viticulture. Lorsque les concepts d’agroforesterie sont présentés à des viticulteurs, l’introduction des arbres dans la vigne provoque d’abord de nombreuses résistances. Les inquiétudes portent sur l’ensoleillement, la concurrence racinaire et, plus largement, sur la complexité du système que cela produirait.

Mais en développant une narration fondée à la fois sur les fonctionnements de la nature et sur une compréhension très précise, très technique, du fonctionnement des plantes, de leur floraison, de leur productivité et des systèmes de culture, il devient possible de construire une vision cohérente.

Et, selon lui, au bout d’un, deux ou trois ans, certains viticulteurs en viennent à dire qu’ils changent de métier : ils ne se contentent plus de produire du raisin, ils se mettent à construire de la biodiversité et de l’équilibre, puis à récolter aussi les effets de cette construction.

Repenser la productivité du système

Marceau Bourdarias insiste enfin sur un point majeur : il ne faut pas se tromper de productivité.

Selon lui, il existe au moins deux formes de productivité :

  • la productivité de la culture elle-même ;
  • la productivité du système dans son ensemble.

Or, on ne peut pas dissocier les deux. Si l’on produit moins de blé, il faut se demander si l’on produit autre chose en contrepartie, et quel est le bilan global du système. À l’inverse, viser 120 ou 150 quintaux à coups d’intrants pour n’obtenir finalement que 80 quintaux utiles est une mauvaise logique, parce qu’une partie de ces intrants finit dans les rivières. Les « rendements » apparents masquent alors une inefficacité écologique et agronomique.

Il critique ainsi une vision désuète du rendement, pensée uniquement en fonction des intrants et de l’énergie investie. Pour lui, la véritable efficacité consiste à construire une agriculture moins fondée sur les intrants et davantage sur la naturalité, c’est-à-dire sur ce que l’écosystème est capable de produire par lui-même.

L’enjeu est donc de stimuler la naturalité pour augmenter, sur chaque mètre carré, la capacité du système à produire davantage, mais sans intrants. C’est cela qu’il présente comme profondément vertueux, et comme l’un des grands enjeux agricoles contemporains.

Changer de métier

La conclusion de Marceau Bourdarias est claire : il faut changer de métier.

Cela ne signifie pas abandonner l’agriculture, mais la redéfinir. Le travail de l’agriculteur ne consiste plus seulement à piloter une production à l’aide d’intrants et de techniques correctives. Il consiste à construire les conditions d’expression du vivant, à réparer les milieux, à favoriser les interactions, et à récolter les bénéfices d’un système plus équilibré.

Dans cette perspective, la biodiversité n’est pas un supplément d’âme ni une contrainte extérieure. Elle devient le cœur même du travail agricole, du paysage et, plus largement, d’une manière d’habiter le monde.