Assises méditerranéennes de la viticulture

De Triple Performance
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Aux Assises méditerranéennes de la viticulture** à **Villeveyrac**, plus de 300 participants ont débattu des réponses à la crise viticole : sécheresse, dépérissement, perte de fertilité des sols et impasses techniques. Les interventions d’**Alain Canet**, **Luc Fanta**, **Marceau Bourdarias**, **Conrad Schreiber**, **Hervé Coves** et **Olivier Husson** ont mis en avant une viticulture de long terme fondée sur trois leviers : sols couverts et vivants, agroforesterie et taille physiologique. Les échanges ont insisté sur la nécessité de restaurer la matière organique, favoriser les mycorhizes, mieux gérer l’eau à l’échelle des parcelles et des territoires, et repenser plantation, matériel végétal et conduite de la vigne. Une table ronde avec les représentants des filières et du territoire a souligné l’urgence de concilier adaptation climatique, viabilité économique et renouvellement humain. L’après-midi s’est poursuivi sur le terrain, autour d’ateliers pratiques et de visites de parcelles.

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Résumé
Aux Assises méditerranéennes de la viticulture** à **Villeveyrac**, plus de 300 participants ont débattu des réponses à la crise viticole : sécheresse, dépérissement, perte de fertilité des sols et impasses techniques. Les interventions d’**Alain Canet**, **Luc Fanta**, **Marceau Bourdarias**, **Conrad Schreiber**, **Hervé Coves** et **Olivier Husson** ont mis en avant une viticulture de long terme fondée sur trois leviers : sols couverts et vivants, agroforesterie et taille physiologique. Les échanges ont insisté sur la nécessité de restaurer la matière organique, favoriser les mycorhizes, mieux gérer l’eau à l’échelle des parcelles et des territoires, et repenser plantation, matériel végétal et conduite de la vigne. Une table ronde avec les représentants des filières et du territoire a souligné l’urgence de concilier adaptation climatique, viabilité économique et renouvellement humain. L’après-midi s’est poursuivi sur le terrain, autour d’ateliers pratiques et de visites de parcelles.

🍇 L'AGROÉCOLOGIE, SOCLE D'UNE VITICULTURE RÉSILIENTE, INSPIRANTE ET PERFORMANTE


👉 Retrouvez des experts agronomes, des scientifiques et des vignerons engagés les 10 et 11 Mai à Villeveyrac (34) pour les Assises Méditerranéennes de la Viticulture.


Programme : 9h-13h : CONFÉRENCE à 6 voix avec Konrad Schreiber, Marceau Bourdarias, Hervé Covès, Alain Canet, Olivier Husson et Luc Fonta : "L'agroécologie en pratiques face aux chocs climatiques : constats, perspectives et modalités de mise en œuvre"

Présentation de 10 clés de sol pour une viticulture résiliente et productive :

- Entretenir la vie autour du cycle du carbone

- Améliorer la fertilité in situ et la nutrition

- Hydrater le milieu face à l'aridité

- Éviter la montée en température

- Construire des racines efficientes

- Produire des réserves abondantes dans les plantes et les sols

- Climatiser les parcelles et protéger la vigne

- Dynamiser l'activité biologique et la biodiversité

- Éviter l'oxydation et le stress des plantes

- Préciser les pratiques et techniques de plantation


Témoignage de Sébastien Michelas des Vignerons Indépendants de France : “L'agroécologie au coeur du vignoble”.


14h30-15h30 : TABLE RONDE "Face à l'aridité, mesures communes" animée par Konrad Schreiber et Alain Canet avec Sète Agglopôle Méditerranée, IGP Pays d'Oc, Conseil Interprofessionnel des AOC du Languedoc et des IGP Sud de France Vignerons Indépendants...


16h-18h30 : ATELIERS TERRAIN

Konrad Schreiber : la couverture végétale de survie

Marceau Bourdarias : la taille physiologique face à la sécheresse

Hervé Covès : entretenir la vie dans les sols 365 jours par an

Alain Canet : l'agroforesterie pour protéger et hydrater les sols

Luc Fonta : l'agroécologie en pratique au quotidien et sur le terrain

Olivier Husson : des plantes en bonne santé, condition de réussite


Accueil et ouverture de la journée

La journée s’ouvre dans une ambiance conviviale à Villeveyrac, avec quelques annonces pratiques faites aux participants. Il est notamment rappelé que le café se trouve sur le marché, avec des petits gâteaux, tandis que dans la salle il n’est officiellement autorisé de boire que du vin. L’accueil insiste aussi sur le fait que la matinée et la journée seront longues, et qu’il ne faut pas hésiter à aller chercher de quoi tenir le rythme.

L’événement réunit environ 300 participants en salle, et il est diffusé en direct sur YouTube sur la chaîne de Ver de Terre Production. Le choix a été fait de prendre le temps, de finir tard, et de privilégier les échanges, les débats et les questions, plutôt qu’un format trop resserré.

Il est également annoncé que la matinée se conclura par une intervention d’Olivier Husson, en transition avec la journée du lendemain consacrée au redox.

Présentation des assises méditerranéennes de la viticulture

Les Assises méditerranéennes de la viticulture sont présentées comme une journée de réflexion, d’échange et de terrain autour de l’agroécologie appliquée à la .

L’introduction insiste sur plusieurs urgences :

  • l’état sanitaire et physiologique des vignes ;
  • l’arrachage en cours dans certains vignobles ;
  • les limites des labels et des approches actuelles ;
  • la raréfaction de la pluie ;
  • la nécessité de penser la vigne sur le temps long.

Le propos central est que la vigne doit être pensée pour cent ans et non pour vingt. La journée veut ainsi aller de l’état des lieux à la proposition, depuis la plantation jusqu’à la fin de vie de la vigne.

Trois grands piliers sont mis en avant :

  • les sols couverts ;
  • les sols prospères ;
  • l’environnement de la vigne, incluant l’ ;
  • la taille douce ou physiologique.

L’idée défendue est que ces pratiques ne s’opposent pas mais fédèrent.

Pourquoi Villeveyrac

Villeveyrac est présenté comme un lieu pertinent pour cette rencontre, notamment à travers l’engagement de Luc Fanta, vigneron local, qui devient ici l’un des représentants d’un mouvement plus large de vignerons engagés.

Le lieu symbolise une volonté de fédérer, d’amplifier et de synthétiser des pratiques déjà présentes chez de nombreux viticulteurs : couvrir les sols, favoriser leur prospérité, intégrer l’arbre et repenser la taille.

Présentation de Luc Fanta

Luc Fanta se présente comme vigneron à Villeveyrac, installé sur un domaine de six hectares conçu comme un modèle agroécologique. Il explique qu’il ne vient pas initialement du monde viticole, mais plutôt du domaine de l’eau et de l’environnement, avec un intérêt ancien pour le fonctionnement des écosystèmes.

Son projet consiste à s’inspirer des modèles du vivant pour construire un système à la fois :

  • agroécologique ;
  • environnemental ;
  • économique.

Deux particularités du domaine sont mises en avant :

  • une approche agroécologique fondée sur le respect des cycles naturels ;
  • une approche redox, développée en lien avec les travaux d’Olivier Husson.

Luc Fanta explique qu’il connaissait déjà ces approches dans le domaine de l’eau, à travers la bioélectronique de Vincent, avant de les mettre en pratique dans le végétal et en particulier sur la vigne.

Il insiste sur le fait qu’il n’existe pas de solution miracle, mais qu’il y a des pistes nouvelles, des angles de vue différents et des retours positifs qui justifient le travail engagé.

Présentation des intervenants

Marceau Bourdarias

Marceau Bourdarias est présenté comme « architecte du vivant ». Il explique développer une chaîne YouTube dans la continuité de Ver de Terre Production, avec la volonté de diffuser librement des connaissances.

Son propos insiste sur plusieurs points :

  • la vigne est une plante profondément complexe ;
  • elle permet de comprendre des liens entre la plante, le terroir, le vin et l’humain ;
  • elle est une plante « civilisatrice » ;
  • son étude pousse à reconnaître que le vivant est complexe, mais qu’il est aussi porteur de sens.

Il souligne également qu’en plongeant très finement dans la compréhension de la vigne, on accède à une compréhension plus large du vivant.

Conrad Schreiber

Cora Schreiber — corrigé en Conrad Schreiber — est présenté avec sa casquette de praticien des sols vivants et de la fertilité. Venu du monde de l’élevage, il explique avoir longtemps vu la viticulture comme « l’abomination agronomique par excellence », tant elle a souvent consisté à détruire le sol et la végétation.

Son objectif est d’apporter dans le monde viticole :

  • le savoir-faire des éleveurs ;
  • le savoir-faire des maraîchers ;
  • le savoir-faire des sols vivants.

Il centre son propos sur la fertilité, en rappelant que sans végétal, rien ne tient sur terre. Il reprend une formule d’Hervé Coves : « l’art de cultiver le soleil pour récolter la pluie ».

Hervé Coves

Hervé Coves est présenté comme le représentant de l’idée que « la vie est belle ». Son intervention relie :

  • les champignons mycorhiziens ;
  • les arbres ;
  • les couverts végétaux ;
  • la vigne ;
  • les oiseaux ;
  • les grandes migrations animales.

Il décrit la vigne comme un être qui relie le ciel et la terre, et insiste sur les réseaux souterrains et aériens qui la rendent fonctionnelle.

Aux origines de la vigne

L’un des premiers développements consiste à rappeler où et comment la vigne est née.

Selon les intervenants, la vigne est née :

  • au bord de l’eau ;
  • dans des ripisylves ;
  • en compagnie d’arbres, d’arbustes et de végétation variée ;
  • avec les oiseaux et les castors ;
  • sur du bois mort.

La vigne est décrite comme une liane. Son fonctionnement originel est le suivant :

  • un oiseau dépose un pépin au pied d’un arbre ;
  • la vigne germe à l’ombre ;
  • pendant les premières années, elle investit son énergie dans sa structure et son système racinaire ;
  • ce n’est qu’une fois qu’elle atteint la lumière qu’elle fructifie.

Cette lecture de la vigne amène plusieurs affirmations fortes :

  • la vigne a besoin d’arbres ;
  • la vigne a besoin de bois mort ;
  • la vigne a besoin d’oiseaux ;
  • une vigne doit chanter l’oiseau 365 jours par an.

Le bois mort est présenté comme fondamental : sans bois qui meurt dans un sol, le pépin de vigne ne peut pas germer. La présence de bois mort est ainsi reliée à la fertilité et à la possibilité même de l’installation spontanée de la vigne.

L’état des lieux avant toute action

Les intervenants insistent longuement sur l’importance de l’état des lieux, avant même de planter ou d’agir.

Cet état des lieux doit porter sur :

  • la nature du sol ;
  • son niveau de couverture ;
  • son niveau de travail ;
  • les plantes présentes ;
  • la roche mère ;
  • l’odeur du sol ;
  • sa couleur ;
  • sa texture sous le pied ;
  • la présence d’oiseaux ;
  • la présence de champignons ;
  • la dynamique générale du lieu.

Pour Conrad Schreiber, beaucoup de choses se lisent à l’œil : un sol nu ou couvert, travaillé ou non, vivant ou appauvri.

Pour Hervé Coves, l’état des lieux consiste aussi à arriver au petit matin, sentir le champignon, observer si le sol est noir, humecté et moelleux, entendre les oiseaux.

Pour Marceau Bourdarias, l’état des lieux permet de définir les règles du jeu : sans lui, les pratiques risquent d’être inadaptées.

L’idée est qu’il faut observer avant d’agir, et non appliquer des recettes.

Le mal est dit : état sanitaire des vignes

Un état des lieux national est évoqué, publié par les instituts, indiquant qu’environ 95 % du vignoble français serait en mauvais état. Les intervenants considèrent que ce chiffre est plausible.

Ils dénoncent la fatalité consistant à considérer qu’une vigne :

  • commence à dépérir vers 15 ans ;
  • stagne vers 19 ans ;
  • et s’arrache vers 23 ans.

Cette logique est jugée insupportable, d’autant plus que la vigne est censée être une plante pérenne.

Les problèmes commencent dès la pépinière

Marceau Bourdarias développe longuement l’idée que les problèmes commencent très tôt, dès le matériel végétal.

Plusieurs points sont soulevés :

  • la vigne est multipliée par bouturage, ce qui la prive de son système pivotant originel ;
  • la greffe est indispensable depuis le phylloxéra, mais la qualité des greffes pose question ;
  • les plants sont produits industriellement ;
  • les systèmes racinaires sont souvent peignés, contraints et déformés à la plantation ;
  • les racines font parfois demi-tour et se strangulent ensuite ;
  • les premiers chicots et les premières plaies apparaissent très tôt.

Les questions posées sont les suivantes :

  • qu’est-ce qu’une bonne greffe ?
  • qu’est-ce qu’un bon système racinaire ?
  • qu’est-ce qu’une plantation durable ?

Il est aussi souligné que, contrairement à une vigne issue de pépin, une vigne bouturée ne développe pas un pivot véritable.

Strangulation racinaire et flux de sève

Les souches observées montrent souvent :

  • des systèmes racinaires peignés d’un seul côté ;
  • des étranglements à la base ;
  • une mauvaise circulation de l’eau ;
  • des différences importantes de diamètre entre racines du même âge.

L’idée centrale est que la circulation de l’eau et des assimilats est gravement perturbée par ces déformations. Cela peut entraîner :

  • une moins bonne alimentation hydrique ;
  • une moindre alimentation du système racinaire ;
  • une fragilité accrue face au stress.

La taille, les plaies et le cambium

Les intervenants reviennent ensuite sur la taille.

Marceau Bourdarias montre que sous l’écorce apparente, il ne reste parfois qu’une très petite zone vivante. Les parties mortes débouchent souvent sur des plaies de taille répétées.

Le point essentiel est que la plante doit être pensée du haut vers le bas :

  • ce sont les feuilles qui alimentent le cambium ;
  • le cambium fabrique ensuite le bois et les vaisseaux ;
  • si la taille est mal pensée, on perturbe cette alimentation.

Cela conduit à défendre :

  • l’allongement de la vigne ;
  • la limitation des grosses plaies ;
  • une taille qui respecte les flux de sève.

L’allongement est présenté non comme une option mais comme une nécessité biologique.

La vigne pousse en couches successives

La vigne est décrite comme se construisant couche après couche, année après année, à la manière d’une poupée russe.

Chaque année :

  • les feuilles produisent de l’énergie ;
  • une nouvelle couche de bois se forme autour de la précédente ;
  • le diamètre augmente, faiblement mais constamment.

Ce mode de croissance explique à la fois :

  • le grossissement des troncs ;
  • le grossissement des racines ;
  • les risques d’étranglement quand le système racinaire est mal conçu dès l’origine.

L’unité prévaut sur le conflit

Un principe général est formulé : « l’unité prévaut sur le conflit ».

Il s’agit de se demander à chaque action :

  • est-ce que cela favorise la coopération ?
  • ou est-ce que cela renforce le conflit dans le système ?

Ce principe vaut aussi bien pour la guerre biologique faite au sol que pour les interventions culturales. Il s’agit de construire des systèmes plus coopératifs et moins fondés sur l’opposition.

L’esca et les champignons du bois

Une partie importante de l’intervention concerne l’esca.

Les intervenants invitent à changer de regard :

  • l’esca n’est pas seulement une maladie ;
  • c’est aussi une manière de mourir ;
  • elle traduit des accidents vasculaires, des défauts de conduite, des plaies, des blessures et des déséquilibres.

Ils rappellent que dans un cep atteint, on peut trouver plus de 160 champignons différents, qui se relaient pour dégrader les différentes composantes du bois.

Ces champignons sont aussi ceux qui assurent :

  • le recyclage du bois ;
  • la fertilité des sols ;
  • le fonctionnement global des écosystèmes.

Dès lors, la question devient : comment travailler avec ces processus plutôt que seulement contre eux ?

Le problème n’est pas seulement la présence de champignons, mais l’état global du système dans lequel ils s’expriment.

Le bois, base de la fertilité

Conrad Schreiber insiste sur l’idée que le bois est la base de la fertilité.

Alors qu’on a appris à considérer le bois comme un ennemi dans les parcelles agricoles, il affirme que :

  • remettre du bois dans un système dégradé le restaure rapidement ;
  • la dégradation de la lignine est une fonction fondamentale de la fertilité ;
  • le bois nourrit les cycles biologiques.

Cette idée rejoint le rôle du bois mort dans l’écologie originelle de la vigne.

La vigne est une liane

Le caractère de liane de la vigne est au cœur de la réflexion.

La vigne est dite :

  • née au pied des arbres ;
  • conçue pour grandir à l’ombre avant de fructifier à la lumière ;
  • faite pour s’allonger ;
  • faite pour s’accrocher aux arbres, et non aux seuls fils de fer.

Chaque allongement produit :

  • des feuilles ;
  • de la photosynthèse ;
  • des sucres ;
  • de l’exploration du sol ;
  • du nourrissage du sol.

Ainsi, plus une vigne s’allonge, pousse et grandit, plus elle nourrit son sol.

L’arbre dans la vigne

Les intervenants défendent fortement l’idée de l’arbre dans la vigne.

L’arbre est présenté comme :

  • un outil de production ;
  • un outil de protection ;
  • un outil de régulation ;
  • un outil de prévention ;
  • un outil d’accumulation de carbone et d’eau.

Il n’est pas question de recette unique : il faut observer, expérimenter, voir quelle espèce est pertinente et à quel moment.

Il est rappelé qu’au XIXe siècle, dans certains vignobles, il était recommandé de ne pas dépasser 400 arbres par hectare dans les vignes, ce qui montre que ces systèmes mixtes ne sont pas une invention récente.

La complexité de l’agroforesterie

Marceau Bourdarias souligne cependant que l’agroforesterie ne fonctionne pas toute seule par simple juxtaposition d’arbres et de vignes.

Si l’on garde les mêmes logiques de culture qu’auparavant, l’arbre peut devenir une source de difficultés. Il faut donc changer de regard, et penser le système dans son ensemble :

  • lumière ;
  • sol ;
  • interactions ;
  • rythme de croissance ;
  • dynamique de l’ensemble.

Les mycorhizes font les commissions

Une idée attribuée à Marc-André Selosse est rappelée : « les mycorhizes font les commissions ».

Cela signifie qu’elles assurent à la fois :

  • la prévention ;
  • la réparation ;
  • l’alimentation.

Un réseau mycorhizien autour de la vigne peut représenter jusqu’à cent fois la surface d’exploration du système racinaire. Plus les partenaires sont nombreux, plus la vigne essaie de se connecter.

Les chiffres donnés montrent qu’on peut passer :

  • de quelques réseaux mycorhiziens dans une vigne conventionnelle ;
  • à plusieurs dizaines en bio ;
  • jusqu’à 185 réseaux différents sur quelques millimètres de racine dans une vigne proche d’arbres et d’un environnement riche.

La question devient alors : les conditions sont-elles réunies pour que les mycorhizes puissent réellement fonctionner ?

Le rôle des oiseaux

Les oiseaux sont décrits comme essentiels, à plusieurs niveaux :

  • ils disséminent les pépins ;
  • ils transportent des microorganismes d’un territoire à l’autre ;
  • ils déposent du guano ;
  • ils réactualisent les microbiotes locaux ;
  • ils participent à l’adaptation des écosystèmes.

Les intervenants avancent qu’une vigne qui chante l’oiseau peut recevoir entre 400 et 500 kg de guano par hectare et par an.

Les oiseaux sont ainsi décrits comme des formateurs, des instructeurs des sols.

La biodiversité invisible

Un point central de la matinée est l’importance de la biodiversité du sol.

Selon les chiffres cités, entre 80 et 99 % de la biodiversité terrestre serait invisible à l’œil nu, et située sous terre. Tout ce qui dépasse 2 mm de taille, y compris les , ne représenterait qu’une très faible part du vivant.

Cela conduit à réinsister sur l’importance :

  • des bactéries ;
  • des champignons ;
  • de la mésofaune ;
  • des cycles alimentaires souterrains.

La chauve-souris et les ravageurs

Les sont citées comme exemple d’auxiliaires indispensables, notamment face aux vers de la grappe.

L’oreillard, par exemple, a besoin de repères tous les 30 mètres pour bien se déplacer. Avec seulement neuf arbres par hectare, il deviendrait possible de restaurer des conditions de circulation favorables aux chauves-souris, et donc à la régulation des ravageurs nocturnes.

L’idée importante est qu’il faut d’abord créer les conditions de circulation et de vie, avant d’installer éventuellement des nichoirs.

Les plantes poussent toutes seules

Le thème de la régénération spontanée revient souvent. Les intervenants montrent plusieurs plantes spontanées, comme la luzerne d’Arabie, comme exemples de ce qui peut s’installer sans semis si les conditions sont réunies.

Ils insistent sur la nécessité :

  • de laisser faire ;
  • d’observer ;
  • de stimuler plutôt que de remplacer systématiquement ;
  • de ne pas tout détruire.

Les couverts végétaux et la folle avoine

Conrad Schreiber présente un exemple emblématique avec la .

Cette plante :

  • germe profondément ;
  • résiste à la sécheresse ;
  • produit graines, fleurs, ombre et biomasse ;
  • peut ensuite être couchée pour former un paillage.

Ce paillage :

  • réduit la température du sol ;
  • protège la biologie ;
  • nourrit les cycles biologiques.

Il est expliqué qu’un sol nu peut monter à 35 ou 40 °C, alors qu’un paillage permet de revenir vers 25 °C, température beaucoup plus favorable à la vie du sol.

Fusariose et mildiou

La dégradation des pailles par la est évoquée comme pouvant produire des acides fusariques, décrits comme très puissants contre le .

Les intervenants prennent toutefois soin de préciser qu’il ne s’agit pas de vouloir pulvériser ces substances à l’extérieur du cycle, mais de comprendre que dans un système vivant, chaque organisme en nourrit ou en régule un autre.

Le mildiou est ainsi replacé dans un cycle alimentaire : il peut lui aussi être mangé et intégré dans des chaînes biologiques.

La fertilité ne s’achète pas

Un message très clair est formulé : la fertilité ne s’achète pas. Ce qui s’achète, c’est de la fertilisation.

La fertilité, elle, se produit sur place, à la parcelle, par le fonctionnement des plantes et de la biologie du sol.

Les intervenants estiment qu’aujourd’hui, une très grande partie des vignes perdent de la matière organique, donc :

  • de la fertilité ;
  • du carbone ;
  • de la vie ;
  • de l’eau ;
  • de la biodiversité.

Les plantes indicatrices et la désertification

Plusieurs plantes sont mentionnées comme indicatrices de dégradation ou de désertification.

Le est notamment cité comme une plante signalant une situation au bord du précipice.

Les intervenants relient cette lecture des plantes aux travaux de Gérard Ducerf, rappelés au début de la matinée.

Les formes de l’azote

Conrad Schreiber développe ensuite une longue explication sur le cycle de l’azote.

Il oppose deux mondes :

  • celui des formes réduites, proches de la vie : acides aminés, urée, ammonium ;
  • celui des formes oxydées : nitrites et nitrates.

Le message principal est que :

  • les plantes utilisent plus facilement et plus efficacement l’azote organique ou réduit ;
  • les nitrates rendent les plantes plus malades ;
  • le travail du sol favorise la production de nitrates ;
  • les formes réduites coûtent beaucoup moins d’énergie et moins d’eau pour être transformées en protéines.

Il est indiqué par exemple qu’il faut :

  • 14 molécules d’ATP et 5 molécules d’eau pour faire de la protéine à partir de nitrates ;
  • beaucoup moins avec l’ammonium ;
  • presque rien avec des acides aminés.

L’enjeu est donc de remettre en route des cycles biologiques de l’azote plutôt que de dépendre des formes oxydées.

Le travail du sol comme destructeur d’écosystème

Conrad Schreiber affirme que le travail du sol est le premier destructeur d’écosystème agricole, avant même les pesticides.

Il détruit :

  • les habitats ;
  • les structures ;
  • les chaînes alimentaires ;
  • la capacité du sol à stocker l’eau et le carbone.

Selon lui, il provoque :

  • minéralisation excessive ;
  • production de nitrates ;
  • perte d’azote ;
  • émissions de CO2 ;
  • érosion ;
  • lessivage.

Le temps l’emporte sur l’espace

Un autre principe fort est formulé : « le temps l’emporte sur l’espace ».

Cela signifie que les petites actions répétées et accumulées dans le temps sont plus puissantes que les grandes interventions ponctuelles.

Cela vaut pour :

  • la taille ;
  • les couverts ;
  • les arbres ;
  • la matière organique ;
  • la reconstruction du sol.

Il est donc demandé de penser la vigne dans des cycles longs, avec des effets cumulatifs.

Les trois temps : Chronos, Aïon, Kaïros

Marceau Bourdarias propose une lecture en trois temps :

  • Chronos : le temps linéaire, rationnel, celui de l’histoire de la parcelle ;
  • Aïon : le temps des cycles, de ce qui se répète ;
  • Kaïros : le moment juste, la révélation, le moment d’agir.

Cette grille sert à penser l’intervention du vigneron :

  • connaître l’histoire de sa parcelle ;
  • comprendre les cycles biologiques ;
  • intervenir au bon moment.

Le Kaïros de l’agroécologie est présenté comme étant maintenant.

Le pouvoir du viticulteur

Le viticulteur est décrit comme celui qui, en intervenant au bon moment, peut infléchir les trajectoires du système.

Des moments clés sont évoqués :

  • l’ébourgeonnage précoce ;
  • l’adaptation de la charge à la vigueur ;
  • la gestion des couverts ;
  • la limitation des pertes d’énergie ;
  • la préservation des réserves.

Il est rappelé que plus la plante produit de surface foliaire, plus elle a de chances :

  • de stocker de l’énergie ;
  • de faire croître ses racines ;
  • de résister à la sécheresse.

Adapter la charge à la vigueur

Le message est martelé : il faut adapter la charge à la vigueur.

Une vigne faible ne doit pas porter trop de raisin. Mieux vaut :

  • moins de grappes ;
  • plus de feuillage ;
  • plus de dynamique ;
  • plus de réserves pour l’année suivante.

La vendange en vert est ainsi défendue comme un véritable outil agronomique, pas seulement qualitatif.

La réserve utile en eau

La réserve utile du sol est présentée comme dépendant d’abord de la biologie.

L’idée défendue est que :

  • sans biologie, pas de réserve utile ;
  • la porosité biologique fait stocker l’eau ;
  • les mycorhizes et les champignons augmentent fortement cette capacité ;
  • chaque point de matière organique en plus permet de stocker beaucoup plus d’eau.

Un chiffre est donné : chaque point de matière organique supplémentaire permettrait de stocker environ 200 m³ d’eau par hectare.

Température du sol, paillage et ombre

Une comparaison est faite entre trois situations :

  • sol nu ;
  • sol couvert ou paillé ;
  • sol sous couvert arboré.

Le sol nu atteint des températures élevées, qui stoppent la biologie. Sous paillage, la température baisse. Sous l’ombre arborée, elle baisse encore davantage. Cela change radicalement le fonctionnement du système.

Racines, bourgeons et croissance

En fin de matinée, Marceau revient sur la notion de racine pivotante et sur la croissance.

Il rappelle que :

  • la racine pivot existe dans une plante issue de pépin ;
  • elle n’existe pas dans une vigne bouturée ;
  • les racines suivent les porosités et non l’inverse ;
  • ce sont les feuilles qui commandent la croissance racinaire.

La croissance racinaire dépend donc directement de la croissance aérienne.

Planter pour cent ans

La matinée se conclut sur une sorte de cahier des charges ouvert, avec de grandes questions à traiter pour une vigne pensée pour cent ans :

  • génétique ;
  • racines ;
  • greffe ;
  • plantation ;
  • taille ;
  • conduite ;
  • couverture ;
  • fertilité ;
  • minéralité ;
  • biologie.

Il est explicitement dit qu’il n’y a pas de recette, mais des principes du vivant sur lesquels il est possible de prendre appui.

Questions de la salle

Plusieurs questions sont ensuite posées.

Productivité et rentabilité

Une question souligne que la rentabilité économique manque dans la diapositive finale. Il est rappelé qu’avec les contraintes administratives, les rendements sont souvent nécessaires pour maintenir la viabilité des exploitations.

Les réponses insistent sur le fait que :

  • l’agroécologie ne doit pas être pensée comme punitive ;
  • la productivité reste un objectif central ;
  • mais la productivité doit être pensée dans le temps long ;
  • l’eau demeure malgré tout une limite incontournable.

Cépages, alcool et adaptation

Une question porte sur l’intérêt de vieux ou de cépages moins riches en sucre, afin de produire des vins plus frais et moins alcoolisés.

La réponse évoque :

  • le rôle du porte-greffe ;
  • le rôle du sol ;
  • le rôle du cépage ;
  • la nécessité d’avoir plusieurs cordes à son arc ;
  • l’intérêt de la diversité.

Le pâturage dans les vignes

Une autre question porte sur le pâturage.

Il est répondu que le pâturage peut être intéressant comme outil de stimulation biologique, mais qu’il devient problématique :

  • en cas de surpâturage ;
  • en conditions humides ;
  • s’il est mal géré.

Le pâturage tournant dynamique est cité comme référence utile.

Intervention d’Olivier Husson

En conclusion de la matinée, Olivier Husson prend la parole.

Il dit ne pas vouloir faire une synthèse, mais insiste sur quelques idées majeures.

Selon lui :

  • l’enjeu est de comprendre comment faire évoluer le système ;
  • il faut s’appuyer sur des connaissances anciennes et nouvelles ;
  • il faut trouver des lignes de force fiables dans la complexité.

Le fil rouge qu’il retient est l’énergie.

L’idée centrale est que toute l’énergie du système vient de la photosynthèse. C’est cette énergie :

  • qui nourrit les microorganismes ;
  • qui permet la structure du sol ;
  • qui permet de stocker l’eau ;
  • qui permet la régénération.

Il insiste donc sur un principe fondamental : il faut une grosse productivité photosynthétique pour faire tourner le système.

Ensuite, tout est affaire d’équilibres, de compromis, de seuils à franchir, de cercles vicieux ou vertueux.

Selon lui, quand certains seuils de régénération sont atteints :

  • le sol fonctionne mieux ;
  • la structure se reconstitue ;
  • les plantes deviennent moins sensibles ;
  • la dynamique devient plus favorable.

Il conclut sur une note optimiste : malgré l’inquiétude liée au manque d’eau et au réchauffement, les connaissances existent pour régénérer les sols et les climats locaux.

Début de la table ronde de l’après-midi

L’après-midi s’ouvre avec une table ronde intitulée : « Face à l’aridité, mesures communes ».

Les participants annoncés sont :

Cette table ronde doit permettre de prolonger les réflexions du matin, avant un départ sur le terrain en fin d’après-midi vers les parcelles de Luc Fanta, avec des groupes thématiques consacrés :

  • aux sols et aux mycorhizes ;
  • aux couverts végétaux ;
  • à la taille physiologique ;
  • à l’environnement et à l’agroforesterie.