Après 600 profils de sols il fait le lien avec les pratiques agricoles, Etienne Gautier

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Dans ce webinaire, l’agronome et conseiller indépendant Étienne Gautier partage l’analyse de 650 profils de sols réalisés entre 2023 et 2025, afin d’identifier les leviers les plus efficaces pour améliorer structure et activité biologique. Son principal constat : ces deux dimensions sont étroitement liées, et progressent surtout quand le sol est davantage nourri. Les résultats montrent un effet significatif des rotations intégrant des prairies temporaires, et plus encore d’une gestion “régénérative” des prairies : respect des stades, temps de repos, restitution de biomasse, enracinement profond. À l’inverse, le travail du sol seul — labour ou semis direct — n’apparaît pas comme un facteur déterminant s’il n’est pas accompagné d’apports organiques suffisants. Étienne Gautier insiste ainsi sur une approche globale sol-plante-animal, où la technique, l’observation et la gestion des restitutions priment sur les oppositions simplistes entre systèmes.

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Résumé
Dans ce webinaire, l’agronome et conseiller indépendant Étienne Gautier partage l’analyse de 650 profils de sols réalisés entre 2023 et 2025, afin d’identifier les leviers les plus efficaces pour améliorer structure et activité biologique. Son principal constat : ces deux dimensions sont étroitement liées, et progressent surtout quand le sol est davantage nourri. Les résultats montrent un effet significatif des rotations intégrant des prairies temporaires, et plus encore d’une gestion “régénérative” des prairies : respect des stades, temps de repos, restitution de biomasse, enracinement profond. À l’inverse, le travail du sol seul — labour ou semis direct — n’apparaît pas comme un facteur déterminant s’il n’est pas accompagné d’apports organiques suffisants. Étienne Gautier insiste ainsi sur une approche globale sol-plante-animal, où la technique, l’observation et la gestion des restitutions priment sur les oppositions simplistes entre systèmes.

Etienne Gautier est agronome au sein de la société Agri-nourir (https://www.agrinourrir.fr/)

Expert des systèmes élevages il vient ici nous présenter son bilan après 600 sols interprétés avec le méthode VESS pour faire le lien avec les pratiques agricoles.





Présentation de l’intervenant

Étienne Gautier est agronome et conseiller indépendant. Il travaille avec une approche globale « sol-plante-animal », en particulier dans des systèmes de polyculture-élevage. Il intervient notamment en Auvergne-Rhône-Alpes, en Bourgogne-Franche-Comté, en Normandie, ponctuellement en Belgique, et aussi au Chili.

Il rappelle en introduction qu’il partage ici un état de ses observations actuelles, à partir du terrain, et que cette analyse a vocation à évoluer avec le temps, les échanges et de nouvelles données. Il insiste sur l’importance du dialogue avec les agriculteurs et les techniciens pour faire progresser la compréhension des sols.

Son parcours et ses centres d’intérêt sont fortement liés :

Il mentionne aussi plusieurs vidéos antérieures, notamment sur :

  • le pâturage régénératif,
  • le système sol-plante-animal,
  • la destruction des couverts,
  • la hauteur de fauche,
  • et la similitude entre le rumen et la vie biologique du sol.

Le webinaire présenté ici est centré non pas sur un thème technique isolé, mais sur une analyse de terrain issue de nombreux profils de sol.

Objet du webinaire

L’objectif de cette présentation est de partager l’analyse de 650 profils de sol réalisés entre 2023 et 2025, afin de faire ressortir des leviers réels et statistiquement significatifs pour améliorer :

  • la structure du sol ;
  • l’activité biologique du sol.

Étienne Gautier précise qu’il s’agit d’une analyse de profils observés dans différents contextes pédoclimatiques et de production, avec une volonté de relier les constats de terrain aux pratiques agricoles.

L’idée centrale du travail présenté est la suivante : comprendre ce que montrent les profils de sol pour mieux orienter les pratiques.

Méthode d’observation des profils de sol

Matériel utilisé

Pour réaliser les profils de sol, Étienne Gautier utilise :

  • une machine avec hélice permettant de descendre jusqu’à environ 50 à 60 cm ;
  • une bêche à profil ;
  • une pelle ;
  • une mini-bêche à profil ;
  • une valise pH-mètre ;
  • des fiches d’évaluation du profil.

Il montre dans une vidéo de démonstration comment il procède sur le terrain. L’observation comprend à la fois :

  • l’ouverture du profil,
  • l’examen visuel des horizons,
  • l’analyse de la structure,
  • l’évaluation de l’activité biologique,
  • et la prise en compte du pH.

Finalité du profil de sol

Pour l’intervenant, le profil de sol est un outil majeur de diagnostic agronomique. Il permet de :

  • comprendre l’état réel du sol ;
  • observer la profondeur d’exploration racinaire ;
  • évaluer la structure ;
  • apprécier la porosité et la bioturbation ;
  • replacer les pratiques dans leur contexte.

Il rappelle que, dans l’ordre des facteurs de production d’un sol, le premier niveau est :

  1. l’état physique du sol ;
  2. la structure ;
  3. la biologie.

Viennent ensuite :

  1. la gestion du pH ;
  2. la gestion organique et organobiologique ;
  3. puis seulement l’aspect minéral.

Autrement dit, selon lui, on ne peut pas raisonner correctement un itinéraire technique sans commencer par regarder l’état physique et biologique du sol.

Méthode de notation

La méthode VESS pour la structure

La méthode utilisée est la méthode VESS, reconnue scientifiquement. Elle attribue une note de structure de 1 à 5 :

  • 1 : structure très friable, très poreuse, très enracinée ;
  • 2 : structure friable, se brisant facilement ;
  • 3 : structure intermédiaire, avec présence de mottes plus fermées ;
  • 4 : structure plus difficile à casser, peu poreuse ;
  • 5 : structure très compacte, très difficile à casser, parfois avec odeur de putréfaction et teinte gris-bleutée.

Notation de l’activité biologique

L’activité biologique est évaluée à partir de l’aspect des agrégats et de la bioturbation :

  • B- ou B+ quand la structure est friable ou intacte ;
  • B0 à B3 quand il s’agit de structures plus fermées.

Les grandes tendances sont :

  • B- : peu d’activité biologique, agrégats anguleux ou prismatiques ;
  • B+ : agrégats arrondis et grumeleux, fortement liés à l’activité biologique ;
  • B0 : aucune perforation observée ;
  • B1 : début de perforation ;
  • B2 : bioturbation partielle ;
  • B3 : forte porosité et bioturbation.

Traduction en notes sur 20

Pour faciliter l’analyse statistique, les notes ont été converties sur 20.

Pour la structure :

  • structure très compacte : proche de 0/20 ;
  • structure compacte : autour de 5/20 ;
  • structure ferme : autour de 10/20 ;
  • structure friable : autour de 15/20 ;
  • structure très friable/intacte : jusqu’à 20/20.

Pour l’activité biologique :

  • activité très faible : autour de 0 à 4/20 ;
  • activité moyenne : autour de 8 à 12/20 ;
  • activité forte : autour de 16 à 20/20.

Étienne Gautier précise que cette traduction en note sur 20 est sans doute perfectible, mais qu’elle lui a permis d’exploiter les données statistiquement.

Secteurs géographiques et réseau de travail

Les profils proviennent d’un ensemble de fermes suivies dans plusieurs régions :

  • Allier ;
  • Saône-et-Loire ;
  • Jura ;
  • Doubs ;
  • sud de l’Alsace ;
  • Savoie ;
  • Haute-Savoie ;
  • Isère ;
  • Seine-Maritime ;
  • Manche ;
  • Finistère ;
  • Belgique ;
  • Chili.

Il remercie les agriculteurs avec lesquels il travaille, ainsi que sa conjointe Sandy Masson, qui l’a aidé à analyser les résultats et à réaliser la vidéo de présentation.

Il mentionne aussi ses échanges avec différents collectifs de techniciens :

  • le groupe Ragro ;
  • un groupe autour du pâturage régénératif selon la méthode Allan Savory ;
  • le réseau Rumenco, composé de nutritionnistes et vétérinaires.

Résultat global sur 650 profils

Sur l’ensemble des 650 profils de sol, les notes moyennes se situent autour de :

  • 10 à 11/20 en structure ;
  • 10 à 11/20 en activité biologique.

Cela correspond globalement à :

  • des sols à tendance ferme, voire légèrement compactée ;
  • une activité biologique moyenne.

Étienne Gautier résume ce constat en disant que la situation n’est ni catastrophique, ni très bonne. On est dans une situation intermédiaire.

Lien entre structure et activité biologique

L’un des premiers résultats marquants est l’existence d’une corrélation très nette entre :

  • la structure du sol ;
  • l’activité biologique.

Selon lui, cela confirme de manière très concrète ce qui est souvent admis en agronomie :

  • si on veut améliorer la structure, il faut améliorer l’activité biologique ;
  • si on veut améliorer l’activité biologique, il faut nourrir davantage le sol.

Il insiste sur cette idée : structure et biologie se travaillent ensemble. L’augmentation de la biologie entraîne une amélioration de la structure.

Il note toutefois une nuance importante :

  • il semble plus facile d’augmenter l’activité biologique que d’atteindre des structures vraiment intactes et excellentes ;
  • il existe une forme de palier au-delà duquel améliorer encore la structure demande sans doute d’autres paramètres complémentaires.

Il évoque à ce sujet :

  • le pH ;
  • la densité racinaire ;
  • la profondeur d’enracinement ;
  • le niveau global de restitution organique.

Facteurs étudiés

L’analyse statistique a porté sur six grands facteurs :

  1. la rotation ;
  2. le mode de gestion des prairies ;
  3. le travail du sol ;
  4. le système de production (bio ou conventionnel) ;
  5. la saison (mois et année) ;
  6. la zone géographique.

L’objectif était de déterminer quels facteurs avaient un effet significatif sur la structure et la biologie des sols.

Effet de la rotation

Trois grands types de rotation

Les rotations distinguées sont :

Une catégorie « VTI » apparaît aussi dans les données, mais Étienne Gautier précise qu’elle est peu représentée et ne doit pas être interprétée fortement.

Résultats sur l’activité biologique

Les moyennes d’activité biologique sont environ :

  • 8/20 en rotation culture ;
  • 10,7/20 en prairie permanente ;
  • 12/20 en prairie temporaire-culture.

Le résultat principal est que la rotation prairie temporaire-culture améliore significativement l’activité biologique par rapport à la rotation culture.

En revanche, la prairie permanente n’est pas significativement différente des deux autres de façon aussi nette. Cela conduit l’intervenant à souligner que la simple présence d’herbe ne suffit pas : la prairie doit aussi être bien gérée.

Résultats sur la structure

Le même effet se retrouve sur la structure :

  • les rotations avec prairie temporaire améliorent significativement la structure par rapport aux rotations purement culturales ;
  • la prairie permanente n’apparaît pas toujours nettement supérieure si sa gestion n’est pas travaillée.

L’idée forte est donc que l’introduction de prairie dans une rotation a un effet positif, en particulier lorsqu’il s’agit de prairie temporaire intégrée dans un système cultural.

Interprétation agronomique

Pour Étienne Gautier, cet effet s’explique par le fait qu’une prairie :

  • pousse longtemps dans l’année ;
  • produit des racines en continu ;
  • injecte davantage de carbone dans le sol ;
  • apporte plus de matière organique et de restitution ;
  • stimule davantage l’activité biologique.

Effet du mode de gestion des prairies

Deux types de gestion comparés

Les prairies ont été classées en deux grands modes de gestion :

  • gestion classique ;
  • gestion régénérative ou agronomique.

La gestion classique correspond notamment à :

  • du surpâturage ou du pâturage trop ras ;
  • des temps de repos insuffisants ;
  • des temps de présence parfois trop longs ;
  • peu de restitution ;
  • peu de prise en compte agronomique de la prairie.

La gestion régénérative correspond à :

  • une observation des stades de la plante ;
  • le respect des mises en réserve ;
  • une attention portée à l’enracinement ;
  • davantage de biomasse aérienne laissée ;
  • davantage de litière ;
  • davantage de restitution ;
  • un pilotage technique plus fin du pâturage ou de la fauche.

Effets observés

Les résultats montrent clairement qu’une prairie gérée de façon classique a souvent :

  • une activité biologique moyenne à faible ;
  • parfois proche de celle de systèmes purement culturaux.

À l’inverse, une prairie gérée de façon régénérative améliore de manière significative :

  • l’activité biologique ;
  • la structure du sol.

Quand on combine :

  • présence de prairie ;
  • et gestion régénérative,

on obtient les meilleurs résultats.

Cas des prairies permanentes régénératives

Les meilleurs effets observés sur la structure concernent particulièrement les prairies permanentes gérées de façon régénérative.

Étienne Gautier explique cela en partie par :

  • l’importance des restitutions au pâturage ;
  • le maintien d’une couverture ;
  • une forte production racinaire ;
  • une vie biologique très active.

Il rappelle que beaucoup de prairies permanentes sont en réalité en mauvais état structurel, malgré leur apparence. D’où l’importance d’aller les profiler et de ne pas supposer qu’une prairie est forcément en bon état.

Ce que signifie « gestion régénérative » en prairie

Étienne Gautier explique la logique en s’appuyant sur un schéma comparant deux fonctionnements.

Gestion classique

Dans une gestion classique :

  • les animaux entrent souvent dans une herbe pas très haute ;
  • la prairie est pâturée ou fauchée trop tôt ou trop ras ;
  • la plante n’a pas le temps de refaire ses réserves ;
  • l’enracinement diminue ;
  • la quantité de biomasse restituée au sol est faible.

À terme, cela conduit à :

  • peu de végétation ;
  • peu de racines ;
  • peu de protection du sol ;
  • peu d’alimentation pour la vie biologique.

Gestion régénérative

Dans une gestion régénérative :

  • on laisse davantage la plante aller vers un stade plus développé ;
  • on cherche à maximiser l’enracinement ;
  • on favorise les exsudats racinaires ;
  • on maintient plus de biomasse en surface ;
  • on produit plus de litière ;
  • on nourrit davantage le sol.

L’intervenant fait le parallèle avec l’agriculture de conservation :

  • en grandes cultures, on cherche à allonger les rotations, couvrir les sols et restituer davantage ;
  • selon lui, il faut appliquer la même logique en prairie.

Effet du travail du sol

Catégories comparées

Trois grandes catégories ont été distinguées :

Les prairies permanentes étaient également présentes dans certaines comparaisons, mais sans effet spécifique si leur gestion n’était pas travaillée.

Résultat principal

Le résultat qui a le plus surpris Étienne Gautier est l’absence de différence statistiquement significative entre les catégories de travail du sol sur la structure et la biologie.

Autrement dit :

  • il observe des tendances,
  • mais pas d’effet significatif aussi net que ce qu’il imaginait.

Il précise que le labour semble tout de même associé à une activité biologique un peu plus faible dans certains cas, mais que cela n’apparaît pas comme le facteur principal.

Interprétation proposée

Son hypothèse est que le travail du sol n’est pas le facteur déterminant si, derrière, le système :

  • restitue beaucoup ;
  • couvre bien le sol ;
  • apporte de la matière organique ;
  • entretient une forte activité racinaire.

Inversement, réduire le travail du sol sans nourrir le système ne suffit pas.

Il résume cela en disant qu’il ne faut pas croire que passer en TCS ou en semis direct fera automatiquement fonctionner le sol. Le point décisif reste la quantité de nourriture apportée à la vie biologique.

Effet du système de production : bio ou conventionnel

L’analyse n’a pas mis en évidence de différence significative entre :

Étienne Gautier nuance toutefois :

  • la typologie « bio / conventionnel » est trop grossière ;
  • il faudrait probablement aller plus loin, par exemple en distinguant des systèmes plus ou moins intensifs.

Mais dans les données analysées ici, ce facteur n’explique pas à lui seul des différences majeures de structure ou de biologie.

Effet de l’année et des mois

Effet de l’année

Entre 2023, 2024 et 2025, il n’apparaît pas de différence significative forte.

Une légère tendance est perçue :

  • 2023 semblerait un peu meilleure en activité biologique ;
  • 2024, année plus humide, semble un peu plus défavorable.

Mais ces différences ne sont pas jugées statistiquement significatives.

Effet du mois

Les mois montrent des variations de tendance, sans effet significatif marqué.

Il observe :

  • des activités biologiques plus faibles en décembre, février, mars, avril, août ;
  • des niveaux plus élevés au printemps et surtout à l’automne.

L’automne apparaît comme un moment particulièrement fort pour l’activité biologique, parfois même plus que le printemps.

Cela conduit Étienne Gautier à insister sur l’importance de :

  • protéger les sols à l’automne ;
  • maintenir de la biomasse ;
  • nourrir le système à cette période.

Selon lui, cette lecture mensuelle est utile non pas pour éviter de faire des profils hors « bon moment », mais au contraire pour interpréter ce que l’on voit selon la saison. Il compare cela au pH : il y a des variations, et il faut savoir dans quelle phase on observe.

Effet du secteur géographique

Des tendances apparaissent entre départements, avec des contextes différents :

  • systèmes de grandes cultures intensives en Alsace ou en Seine-Maritime ;
  • systèmes laitiers du Jura et du Doubs ;
  • systèmes plus herbagers ou allaitants en Savoie, Haute-Savoie ou Allier.

Mais là encore, l’effet géographique n’est pas statistiquement significatif.

Pour l’intervenant, ce n’est donc pas le territoire en lui-même qui fait la qualité du sol, mais la manière dont le système est géré.

Il note simplement une tendance :

  • plus les systèmes sont intensifs et exportateurs, plus il est difficile de maintenir l’équilibre entre exportations et restitutions.

Synthèse des facteurs significatifs

Au terme de l’analyse, les deux grands leviers significatifs sont :

  1. La rotation

L’introduction de prairie temporaire dans les rotations améliore significativement la biologie et donc la structure.

  1. La qualité de gestion de la prairie

Une prairie bien gérée, avec une logique régénérative, améliore nettement plus la biologie et la structure qu’une prairie gérée de manière classique.

Les autres facteurs étudiés ne ressortent pas comme significatifs dans cette analyse :

  • travail du sol ;
  • bio ou conventionnel ;
  • mois ;
  • année ;
  • secteur géographique.

Le message principal est donc que tout est d’abord une question de technique et de fonctionnement du système.

Hypothèses et pistes d’explication

Étienne Gautier avance plusieurs éléments explicatifs pour comprendre les meilleurs résultats observés :

  • la quantité totale de restitution organique ;
  • la durée de couverture du sol ;
  • la densité et la profondeur de l’enracinement ;
  • le maintien d’une plante active longtemps dans l’année ;
  • le niveau de pH ;
  • la capacité à équilibrer exportations et restitutions.

Il insiste particulièrement sur la notion de volume : la vie biologique fonctionne à l’échelle de « tonnes à manger ». Pour produire beaucoup de vie biologique, il faut beaucoup d’apports, beaucoup de racines, beaucoup de biomasse.

Exemples de terrain présentés

Prairies temporaires en contexte céréalier

En Alsace, sur des limons profonds, il présente le cas d’une prairie temporaire introduite pendant un an et demi dans un système céréalier pour régénérer des sols qui reprenaient en masse.

Le mélange était complexe, avec notamment :

La végétation atteignait environ 1,20 m de haut. L’objectif était de restaurer fortement la structure et la biologie avant retour à la culture.

Prairies de l’Allier gérées de façon régénérative

Dans l’Allier, il montre des profils réalisés en prairie pâturée avec des vaches laitières. Les profils révèlent :

  • un enracinement marqué jusqu’à 35-40 cm ;
  • une structure intacte et friable ;
  • une forte activité biologique.

Il relie ce résultat à :

  • la gestion du pâturage ;
  • la restitution ;
  • l’activation de la biologie.

Comparaison entre prairie dégradée et prairie bien gérée

Dans l’Allier et dans le Doubs, il présente plusieurs comparaisons entre prairies proches géographiquement mais gérées différemment.

Dans les prairies dégradées, on observe :

  • des horizons bleutés ;
  • des odeurs de putréfaction ;
  • des mottes compactes ;
  • peu de porosité ;
  • une structure fermée malgré la présence de racines.

Dans les prairies bien gérées :

  • les profils sont friables ;
  • les racines sont nombreuses ;
  • l’odeur du sol est meilleure ;
  • la biologie est beaucoup plus active.

Il insiste sur le fait qu’une prairie peut sembler correcte en surface, alors qu’en profondeur elle est très compactée. D’où l’importance de vérifier par le profil.

Réponses aux questions du webinaire

Pourquoi le labour ne ressort-il pas comme facteur significatif ?

À la question sur l’absence de différence flagrante entre labour et TCS / semis direct, Étienne Gautier répond que certains agriculteurs labourent mais :

  • implantent de très bons couverts ;
  • apportent beaucoup de matière organique ;
  • ont parfois des élevages permettant des restitutions importantes.

Selon lui, ces éléments peuvent compenser largement l’effet négatif attendu du labour.

Les résultats sont-ils représentatifs de tous les systèmes ?

Il explique que les données concernent beaucoup d’agriculteurs déjà engagés dans une réflexion agronomique, souvent avec couverts et restitutions. Il reste donc prudent sur les extrapolations à des systèmes très simplifiés ou sans apports organiques.

Néanmoins, il pense que les grands principes observés restent valables :

  • le niveau de technique ;
  • la gestion de la restitution ;
  • et la cohérence globale du système

sont déterminants.

Que penser des apports de micro-organismes, EM ou lithothamne / Lifofer ?

Sur ces produits, il estime qu’ils peuvent aider dans certains systèmes, mais qu’ils ne constituent pas le moteur principal de l’amélioration.

Pour lui, il faut d’abord :

  • une structure correcte ;
  • une forte production de biomasse ;
  • des racines ;
  • des apports organiques suffisants ;
  • une bonne couverture du sol.

Sans cela, ces apports restent secondaires par rapport aux besoins massifs de la vie biologique.

Comment régénérer une prairie temporaire conduite en fauche ?

Il propose de commencer par :

  • faire le bilan entre exportations et restitutions ;
  • raisonner les stades de coupe selon l’état structural du sol ;
  • accepter parfois des stades plus avancés pour produire davantage de biomasse et de racines ;
  • travailler aussi la gestion de l’automne ;
  • adapter la stratégie en fonction du profil de sol observé.

Si la structure est trop dégradée, il faut d’abord stimuler la régénération du système avant de rechercher une intensité maximale de coupe.

Ce qui a le plus surpris Étienne Gautier

Il cite deux points principaux :

  • l’absence de différence significative sur le travail du sol : il s’attendait à un effet plus net ;
  • l’absence de différence significative forte entre les mois : alors qu’il perçoit malgré tout des tendances saisonnières.

Ces résultats l’ont conforté dans l’idée que :

  • ce n’est pas une pratique isolée qui fait le système ;
  • c’est la qualité technique de l’ensemble qui compte.

Conclusion

La conclusion du webinaire est claire :

Pour améliorer durablement la structure et la biologie d’un sol, il faut avant tout :

  • nourrir le sol ;
  • produire des racines ;
  • maintenir des restitutions ;
  • bien gérer les prairies ;
  • intégrer des prairies temporaires quand c’est possible ;
  • raisonner le système dans sa globalité.

Selon l’analyse présentée, les leviers les plus puissants sont :

  • l’introduction de prairie dans les rotations ;
  • la gestion régénérative de la prairie.

À l’inverse, des facteurs souvent mis en avant comme centraux — travail du sol, bio contre conventionnel, région, saison — ne ressortent pas ici comme les déterminants principaux.

Étienne Gautier insiste enfin sur le fait que cette analyse est une première étape, amenée à évoluer avec de nouvelles observations et de nouvelles données. Il appelle à continuer à observer les sols, à les noter, à mesurer, et à confronter les résultats de terrain.

Message final

Le profil de sol est présenté comme un outil essentiel pour sortir du ressenti seul et objectiver les situations. Observer le sol, le noter et suivre son évolution permet de mieux piloter les pratiques.

Le message de fond du webinaire pourrait se résumer ainsi :

  • la structure et la biologie ne se décrètent pas ; elles se construisent par la gestion technique du système, en particulier par la plante, la restitution et le temps.*