Témoignages agris : le numérique fait-il vraiment ses preuves ?

De Triple Performance
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Table ronde animée par Henri de Richecour (Triple Performance) avec deux agriculteurs : Olivia Girbal, éleveuse au GAEC du Champ Fleuri dans le nord Aveyron, et Sébastien Albouy, éleveur laitier et cofondateur d'Assolia. Olivia Girbal explique pourquoi elle a équipé sa ferme de détecteurs de vêlage, de colliers de détection des chaleurs et de sondes à fourrage : gommer la part de subjectivité de l'observation, intervenir au bon moment, sauver des veaux et gagner du temps et du sommeil, sur une démarche restée intuitive plutôt que chiffrée. Elle témoigne aussi des logiciels de gestion, adoptés d'abord pour des raisons réglementaires (PAC, identification des bovins, registres) avant d'y trouver un intérêt propre, et des freins très concrets comme les mots de passe ou le manque de formation des jeunes. Sébastien Albouy défend qu'un bon agriculteur le reste sans numérique, mais qu'il devient meilleur avec des outils répondant à un vrai cas d'usage, et raconte la naissance d'Assolia, outil d'optimisation de l'assolement issu d'un tableur familial. La question du financement par les banques et les assureurs clôt l'échange, avec la réponse d'un représentant de la Banque Populaire : l'outil ne remplace pas la compétence, il la prolonge.

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Résumé
Table ronde animée par Henri de Richecour (Triple Performance) avec deux agriculteurs : Olivia Girbal, éleveuse au GAEC du Champ Fleuri dans le nord Aveyron, et Sébastien Albouy, éleveur laitier et cofondateur d'Assolia. Olivia Girbal explique pourquoi elle a équipé sa ferme de détecteurs de vêlage, de colliers de détection des chaleurs et de sondes à fourrage : gommer la part de subjectivité de l'observation, intervenir au bon moment, sauver des veaux et gagner du temps et du sommeil, sur une démarche restée intuitive plutôt que chiffrée. Elle témoigne aussi des logiciels de gestion, adoptés d'abord pour des raisons réglementaires (PAC, identification des bovins, registres) avant d'y trouver un intérêt propre, et des freins très concrets comme les mots de passe ou le manque de formation des jeunes. Sébastien Albouy défend qu'un bon agriculteur le reste sans numérique, mais qu'il devient meilleur avec des outils répondant à un vrai cas d'usage, et raconte la naissance d'Assolia, outil d'optimisation de l'assolement issu d'un tableur familial. La question du financement par les banques et les assureurs clôt l'échange, avec la réponse d'un représentant de la Banque Populaire : l'outil ne remplace pas la compétence, il la prolonge.



L'enregistrement commence en cours d'échange, alors qu'Henri de Richecour vient de présenter les deux intervenants.

Les outils connectés de l'élevage : gommer la part de subjectivité

Henri de Richecour s'adresse d'abord à Olivia Girbal, qui a accepté, dans le cadre d'Occitanum, de faire le portrait de sa ferme et de son usage du numérique sur la plateforme Triple Performance. Ce qui l'a frappé dans les solutions mises en place sur sa ferme, ce sont surtout des outils qui font gagner du temps et soulagent la pénibilité du travail : la détection des vêlages et la détection des chaleurs des animaux. Pourquoi les avoir mis en place, et comment être arrivé à la conclusion que le jeu en valait la chandelle ?

Pour Olivia Girbal, quand on se tourne vers un outil connecté, la première démarche part du moment où la subjectivité humaine introduit un biais : on cherche alors un outil qui gomme cette part de subjectivité. Les agriculteurs connaissent très bien tous les signes qui annoncent qu'une vache va vêler. Mais il y a la règle, et toutes les exceptions qui la confirment. « Pour parler basiquement », la vache monte à 39 ou 40 °C de température 24 heures avant le vêlage, puis la température redescend en dessous de 39 °C. Seulement, certaines vêlent à 39,2 °C, d'autres ne vêlent pas dans les 24 heures annoncées… C'est là qu'intervient l'œil humain : on les observe, on les surveille. Les détecteurs, eux, ignorent ces règles approximatives : grâce aux indicateurs que des concepteurs « vraiment extraordinaires » y ont intégrés, ils donnent le moment précis. Résultat : on est moins fatigué, on n'intervient qu'au bon moment et seulement sur les bêtes qui en ont besoin, et l'on sauve des veaux.

C'est vrai pour les détecteurs de vêlage, et aussi pour les colliers de détection des chaleurs : beaucoup d'agriculteurs passent énormément de temps à surveiller leurs vaches. Le deuxième bénéfice est donc le gain de temps. Et même si, dans le milieu agricole, le travail n'est pas chiffré, gagner du temps finit par faire gagner de l'argent. Même chose pour les sondes à fourrage connectées : les éleveurs savent très bien s'ils ont rentré du foin humide ou non, mais une sonde qui donne une température précise et alerte sur un risque d'incendie supprime cette part subjective. « C'est un outil d'aide à la décision. C'est beaucoup ce qui nous guide. »

Henri de Richecour retient l'idée : le numérique apporte une précision de jugement que l'œil humain, aussi expert soit-il, n'atteint pas avec autant de finesse.

Un retour sur investissement intuitif

Le retour sur investissement a-t-il été calculé ? Non, c'était intuitif : l'idée de gagner en performance relevait plus de l'intuition que du calcul. Aucune analyse n'a été faite avant le déploiement, ce qu'il faudrait faire dans une logique de rentabilité. En revanche, l'exploitation sait combien de veaux elle a sauvés et pourrait chiffrer après coup ce qu'elle a économisé.

Henri de Richecour, qui n'est pas issu du monde agricole, y voit un trait fréquent : on ne se conçoit pas toujours comme une entreprise qui chiffre avant de se lancer, on agit à l'intuition et l'on constate ensuite qu'on a gagné de l'argent. Or il est convaincu que le cap, pour l'agriculture, est de devenir de plus en plus entrepreneur.

Qu'est-ce qui a déclenché la décision ? D'abord les échanges entre agriculteurs : « Moi je l'ai, tu devrais essayer, c'est bien. » Ensuite la fatigue : quand on passe deux mois à se lever toutes les deux heures la nuit pour surveiller ses vaches, on finit par être épuisé, et quand le voisin dit « je me suis équipé et ça marche vraiment », on passe le cap. Pour les colliers de détection des chaleurs, la démarche s'est faite plutôt avec des techniciens de la chambre d'agriculture, avec aussi un enjeu économique : l'exploitation n'a plus accès à des taureaux, devenus d'un coût prohibitif. Recourir à l'insémination en détectant très précisément les chaleurs le permet. Olivia Girbal le reconnaît : la démarche reste empirique, « ce n'est pas marqué sur le papier ». Pour l'animateur, ce retour d'expérience est précieux, et sans doute représentatif de beaucoup d'exploitations.

Les logiciels de gestion : de la contrainte réglementaire à l'intérêt personnel

Autre catégorie : les outils de gestion. En préparant la table ronde, Olivia Girbal avait souligné des éléments très simples qui compliquent ou simplifient la vie, à commencer par les mots de passe.

Beaucoup d'agriculteurs, constate-t-elle, bloquent dès l'ouverture de l'ordinateur : il faut entrer un mot de passe dont ils ne se souviennent pas, qui n'a pas été enregistré. Simplifier l'accès aux logiciels permettrait à beaucoup plus d'agriculteurs d'y adhérer.

Contrairement aux outils connectés, la plupart des logiciels qu'elle utilise ont d'abord servi à répondre à des contraintes réglementaires. D'abord la PAC, à laquelle on n'échappe pas : « Dieu seul sait si j'ai galéré au départ avec Télépac », au bout de la souris. Puis l'identification des bêtes, le carnet sanitaire, le registre des épandages. Tout cela est obligatoire, et beaucoup d'agriculteurs restent réticents parce qu'en dehors de la contrainte réglementaire, ils n'en voient pas l'utilité.

Sur son exploitation, le logiciel principal est MesParcelles, et elle en teste un autre. Elle y a trouvé un intérêt personnel : savoir sur quelle parcelle des engrais minéraux ou organiques ont été épandus, savoir si les IFT ont été dépassés (même si l'exploitation est peu concernée, car elle utilise très peu de produits), connaître ses stocks de fourrage. Mais cet intérêt n'est pas venu d'emblée, et elle le regrette.

Les jeunes savent faire, mais en ont-ils envie ?

Ce qui la choque davantage, c'est qu'on attribue souvent la réticence aux personnes d'un certain âge, alors que des jeunes de 19 ou 20 ans du nord Aveyron lui disent, à propos de Synel : « Ah non, ça je ne m'en occupe pas, c'est maman qui le fait. » Rien n'est pourtant plus simple que de déclarer les entrées et sorties des bêtes, ou d'enregistrer directement une ordonnance et un traitement pour des bovins. Elle s'interroge sur la formation : un étudiant en BTS lui a répondu qu'il avait eu une heure d'informatique en première année, et aucune en deuxième année.

Sébastien Albouy nuance : les jeunes savent utiliser les applications, lui-même se sert de Synel avec les notifications, et beaucoup de choses se font facilement. Pour lui, tout est question de valeur perçue : tant que « maman » peut le faire, elle le fait ; quand elle n'est plus là, il faut s'y mettre et comprendre ce que l'outil peut apporter. Le problème, c'est qu'un outil purement réglementaire ne sert pas à grand-chose. Il regrette par exemple que Synel ne fasse pas aussi remonter des données qui permettraient une approche statistique vétérinaire : l'outil s'est arrêté au réglementaire. Le réglementaire offre certes un marché sécurisé, puisque les agriculteurs sont obligés d'y aller, mais développer davantage a un coût, et il faut un marché. « Les jeunes, ils savent faire, mais est-ce qu'ils en ont envie, c'est autre chose. »

Henri de Richecour en tire une piste : la formation, peut-être, mais dans une autre perspective. Il s'agit d'expliquer aux futurs agriculteurs que leur métier n'est pas seulement de sortir les bêtes, mais aussi de savoir gérer leurs terres, leurs cultures ou leurs animaux, et que savoir utiliser un outil numérique en fait partie. La simplification des outils compte tout autant.

« Un mauvais agriculteur avec du numérique ne devient pas un bon agriculteur »

La parole passe à Sébastien Albouy, avec une perspective différente. Il l'a répété à l'animateur : un mauvais agriculteur équipé de numérique ne devient pas un bon agriculteur ; un bon agriculteur reste un bon agriculteur, et avec du numérique, il en devient un meilleur.

Quand Henri de Richecour l'a appelé le vendredi soir, il a eu peur que Sébastien Albouy « lui fasse capoter la conférence », car le titre suggérait qu'il faut du numérique pour être un bon agriculteur. Or on peut être un bon agriculteur sans numérique : des générations entières l'ont prouvé, et beaucoup d'agriculteurs aujourd'hui sont bons parce qu'ils sont de bons gestionnaires, qu'ils ont compris le vivant, la nature, qu'ils savent intervenir au bon moment, performer et s'adapter, tout en utilisant peu d'outils numériques. Il faut certes un minimum de bases, comme la boîte mail, mais certains équipés de numérique sont bien moins bons que d'autres qui n'en ont pas et qui ont su se remettre en question, apprendre, écouter, observer et reprendre ce qui se fait de bien.

Le numérique n'est donc qu'un outil, comme lorsqu'on est passé du bœuf au tracteur, ou du semoir à sabots au semoir à disques. La vraie question est de savoir s'il apporte un gain, s'il répond à un cas d'usage. On parle beaucoup de données et de robotique, mais des robots existent depuis 20 ou 25 ans en élevage : les robots de traite. C'est, selon lui, le seul robot au monde à avoir travaillé pendant 20 ans en autonomie avec du vivant, sans qu'on en fasse de grandes conférences, parce que le cas d'usage était évident : un besoin, un énorme marché, un fort usage. De même, la sélection génétique gère depuis des années d'énormes bases de données en élevage.

Or les cas d'usage évoluent : le changement climatique est là, les coûts augmentent, et les prix des produits ne suivent pas forcément. D'où la nécessité d'améliorer sa compétitivité et sa rentabilité, à laquelle le numérique peut contribuer. Son père a toujours obtenu de bons rendements sans outil numérique ; depuis que Sébastien Albouy le pousse à en utiliser, font-ils un peu mieux ? « La réponse est plutôt oui. » Le numérique améliore la performance, les coûts de production et le rendement, en ajoutant une couche à une compétence qui doit exister par ailleurs.

Assolia : optimiser le choix des cultures sur chaque parcelle

Henri de Richecour lui demande de présenter, non pas la publicité d'Assolia, mais la démarche qui l'a conduit à penser qu'on pouvait véritablement optimiser son assolement.

Au départ, Sébastien Albouy n'avait jamais pensé créer une entreprise, il y a 7 ans. Depuis 10 ou 15 ans, avec son père, ils partaient du principe que l'itinéraire technique est suffisamment challengé du semis à la moisson : le technicien de la coopérative et tous les acteurs interviennent dessus. En revanche, le choix de la culture à semer dans chaque champ relève de la responsabilité de l'agriculteur, et ils le faisaient très bien. Certains agriculteurs utilisent des tableurs Excel, d'autres des feuilles de papier, d'autres font tout de tête. Eux se posaient sans cesse des questions : « Si on fait ça, est-ce que l'année prochaine, pour avoir nos hectares de paille, on ne va pas devoir faire une paille sur paille ? Si on met cette luzerne en rotation longue, qu'est-ce que ça va impacter ? » Ils en discutaient au petit déjeuner, y revenaient, et parfois le technicien de la coopérative faisait bouger le plan.

Ce qui le frustrait, c'était de raisonner à l'envers : tel précédent entraîne tel risque de maladie, donc on fait telle intervention, au lieu d'avoir anticipé avec une vue globale. Avec son père, ils avaient fait un simple tableur Excel qui additionnait les hectares de paille, de maïs et de luzerne, les trois principaux besoins du troupeau, et ils essayaient d'optimiser. Ils voyaient bien qu'à chaque fois qu'ils allongeaient les délais de retour d'une culture, c'était là que les cultures étaient les plus belles.

Sébastien Albouy n'a pas de BTS en productions végétales : il a un BTS ACSE et une licence en nutrition animale ; son père n'a qu'un CAP. Ils n'ont pas fait de grandes études, mais ils observaient et aimaient raisonner en marge. Son père, dans un département où la moyenne est de 56 quintaux, « pourra aller dans la tombe en ayant fait 100 quintaux ».

Un jour, lors d'un repas de famille, ses cousins lui ont trouvé un start-up weekend consacré à l'agritech. Le weekend précédant la fête du village, ils ont présenté l'idée du tableur Excel, ont gagné, puis ont été sollicités par des coopératives pour en faire un outil. Le premier outil a échoué ; l'outil actuel bat le tableur Excel de tous ceux qui acceptent de jouer le jeu. Il fait un pari : si l'outil perd, il paie le restaurant, sinon c'est l'agriculteur qui paie. Il gagne beaucoup de restaurants, car 20 champs sur 5 ans avec 10 cultures possibles représentent plus d'un milliard de combinaisons : à moins d'être très fort en calcul mental et de n'oublier aucune contrainte, il y en a toujours une qui sera battue. L'outil ne produit pas forcément des choses inattendues, mais la réaction est toujours la même : « Ah oui, je n'avais pas pensé à cette combinaison. »

Il ne met pas en avant les chiffres d'Arvalis, de 100 € gagnés par hectare et par an, qu'il juge déconnectés. Il préfère dire : sur un champ de 8 hectares, gagner 50 € par hectare, c'est au minimum 400 € de gagnés, et il y a toujours un agriculteur pour reconnaître qu'il avait oublié une combinaison. Les stocks fourragers sont aussi pris en compte, car c'était son principal besoin.

Il utilise évidemment l'outil sur sa ferme, parfois au dernier moment, car il a besoin de connaître ses stocks pour décider. Surtout cette année, avec les prairies qui ont brûlé : il a attendu longtemps pour voir comment adapter son assolement. L'outil permet de voir des stratégies qu'on n'aurait pas imaginées. S'il fait un peu plus de rendement qu'avant, l'outil y est peut-être pour quelque chose, mais les semences ont aussi évolué, tout a évolué, c'est difficile à dire.

Des résultats chiffrés chez un premier client

Seul élément objectif : la coopérative Arterris, premier client d'Assolia, a communiqué le 18 août sur son compte LinkedIn officiel des résultats chiffrés finement sur 53 agriculteurs, parmi lesquels 140 % de légumineuses en plus et 15 % de hausse de marge (deux autres indicateurs cités, de 10 % et 2 %, sont inaudibles dans l'enregistrement). Il s'en souvient d'autant mieux qu'après 3 ou 4 ans, on lui demandait : « Vous êtes sûr qu'avec Assolia, on va avoir plus ? » Or il ne sait pas si l'année sera sèche, s'il grêlera, si le maïs sera mangé par les sangliers. On fait des plans de bataille, et leur réalisation reste un mystère.

L'outil seul ne suffit pas, insiste-t-il. C'est comme un détecteur de vêlage : si l'on n'a pas vérifié que les vaches sont en bon état pour vêler, qu'elles sont bien alimentées, et si l'on utilise des taureaux qui donnent de gros veaux, on peut être présent au bon moment et avoir quand même de la casse. L'outil permet d'aller plus loin et de gagner des choses, mais il ne remplace pas la base du métier.

Henri de Richecour y voit le fil conducteur de l'échange : un outil qu'il faut apprendre à maîtriser, et qui rend service une fois maîtrisé. Il plaisante : à voir sa silhouette, Sébastien Albouy ne doit pas consommer beaucoup des déjeuners qu'il gagne. « Je suis plutôt typé vache laitière que vache à viande », répond-il en riant.

Les banques soutiennent-elles le numérique agricole ?

Le numérique, dans des expériences très différentes par les productions, l'histoire et la géographie, contribue clairement à la performance, résume l'animateur, en insistant sur le mot « contribue ». Comme des représentants de la Banque Populaire sont dans la salle, il pose la question : les banques ne devraient-elles pas, par intérêt bien compris, aider les agriculteurs qui deviennent plus performants ?

Olivia Girbal ne veut pas « casser l'ambiance » : elle a bien obtenu des subventions pour le petit équipement, notamment les colliers et les détecteurs, et les assurances ont aidé à financer les sondes à fourrage. Mais elle ne s'est jamais tournée vers les banques et n'a jamais vu de communication commerciale de la sienne proposant ce type d'aide.

Sébastien Albouy rebondit sur les sondes à fourrage : les assureurs ont démontré qu'elles réduisaient le risque d'incendie, c'est pourquoi ils les ont financées. C'était un gain indirect pour eux, une façon d'animer le territoire et une porte d'entrée commerciale. La Banque Populaire l'a d'ailleurs aidé à financer l'achat de son troupeau allaitant, et s'en est servi pour entrer dans un réseau normalement fermé. Il rappelle aussi qu'il possède encore un robot de traite d'origine de 18 ans, parmi les premiers installés. Le Crédit Agricole l'avait financé, mais pas au-delà de 5 ans, ses responsables disant, avis de leur entourage à l'appui, que « ça ne marcherait pas ». Selon lui, c'est notamment avec les robots de traite que la banque a perdu son leadership sur le marché agricole : faute d'avoir cru à cette innovation, elle a laissé entrer d'autres banques. Le produit présentait certes des risques, une machine travaillant en autonomie avec du vivant, et il y a eu des erreurs, mais il s'agissait aussi d'accompagner les pionniers prêts à se lancer. Quand on prend ce pari, on peut se tromper, mais on apprend aussi de ses erreurs. Il ne parlera pas au nom de la Banque Populaire, dont il est client depuis peu : « Pour l'instant, ils perdent de l'argent avec moi. »

La réponse de la Banque Populaire

Henri de Richecour rappelle que la Banque Populaire est très investie, puisque c'est en partie grâce à elle que la manifestation peut se tenir, et donne la parole à l'un de ses représentants, dont l'intervention n'était pas prévue.

Il est tout à fait d'accord avec Olivia Girbal et Sébastien Albouy : un bon agriculteur le sera avec ou sans numérique. « Étant l'un des plus vieux de la salle », il a mis en place à l'époque des systèmes de gestion de production assistée par ordinateur : ils fonctionnaient dans les entreprises dont la production fonctionnait déjà bien. Originaire lui aussi du nord Aveyron et un peu éleveur de bovins viande, il est content de croiser une voisine.

Ce qui lui plaît à CoFarming, c'est qu'il est convaincu que les transitions agricoles demandent à la fois des gens qui connaissent l'agriculture et des personnes qui apportent des solutions nouvelles, comme toutes les start-up présentes. La Banque Populaire s'y intéresse évidemment, sinon elle ne serait pas là. Mais c'est une banque : elle propose des prêts spécialisés qui accompagnent les transitions, notamment le prêt à impact, par lequel l'agriculteur s'engage sur des indicateurs ; si ces indicateurs sont validés, une partie des intérêts lui est ristournée, jusqu'à 15 %. Elle n'accompagne pas par des subventions. Les assureurs le font parce qu'ils y ont un intérêt direct ; la Banque Populaire n'est pas l'assureur des agriculteurs, mais peut aussi les accompagner sur ce point.

Plus largement, les banques se posent la même question que les agriculteurs : comment l'agriculture va-t-elle évoluer dans les 5 à 10 ans ? Il n'y a pas une seule agriculture, ni seulement une grande et une petite. Ce qui l'impressionne chez les agriculteurs qu'il connaît, c'est leur capacité d'innovation : on sait l'agriculture résiliente, elle est aussi innovante, et c'est ce qui portera l'agriculture de demain.

Ce qu'il faut retenir

Henri de Richecour conclut la table ronde en résumant les enseignements :

  • L'outil ne remplace pas la compétence : il vient en plus et permet de chercher de la performance, mais il faut d'abord savoir faire son métier.
  • L'apprentissage doit devenir une composante à part entière du métier d'agriculteur, comme de tous les métiers.
  • Il faut savoir trouver un avantage aux outils, même s'il n'est pas immédiat : tout outil demande un apprentissage.
  • Les outils doivent être pensés pour servir les agriculteurs : c'est fondamental, et cela a été beaucoup discuté.
  • Inversement, les outils n'étant pas parfaits, il faut avoir la démarche positive d'aller y chercher un bénéfice, même lorsqu'ils ne sont au départ que réglementaires : c'est aussi une manière de se les approprier.

La table ronde se termine avant l'intervention suivante, consacrée à la présentation de Tellia par Coline.