Quotient d’Impact Environnemental (EIQ)
Le quotient d’impact environnemental (QIE ou EIQ en anglais) est un indicateur qui permet d’évaluer l’impact environnemental généré par l’application de produits phytosanitaires. Il a été développé en 1992 par le programme de gestion intégrée des ravageurs de l’Etat de New-York (NYSIPM) à l’université Cornell.
Description
l’EIQ est un indicateur composite qui agrège des composantes de toxicité définies par l’OCDE et la FAO :
- Toxicité cutanée chez les mammifères
- Toxicité chronique
- Comportement systémique
- Toxicité pour les poissons
- Potentiel de lessivage
- Potentiel de ruissellement
- Toxicité pour les oiseaux
- Demi-vie des résidus au sol
- Toxicité pour les abeilles
- Demi-vie des résidus sur la surface de la plante
- Toxicité pour les vers de terre (organismes du sol)
Les données sont publiées pour chaque matière active (voir source https://cals.cornell.edu/integrated-pest-management/risk-assessment/eiq/eiq-pesticide-values) et on peut calculer l’EIQ pour un produit phytosanitaire quelconque en faisant la somme des EIQ de chaque matière active. On peut calculer l’EIQ d’une application au champ en calculant le volume total appliqué sur la surface.
L’EIQ se mesure en valeur absolue, ce qui permet de le comparer facilement.
Sous composantes
L’EIQ est la moyenne de trois sous indicateurs :
Travailleur agricole :
La composante « travailleur agricole » intègre le risque potentiel pour l’applicateur de pesticides ainsi que pour le travailleur agricole réalisant des activités après l’application. La toxicité chronique est utilisée compte tenu de l’exposition potentielle constante des travailleurs agricoles manipulant des pesticides, et la toxicité cutanée aiguë est prise en compte car il s’agit de la voie d’exposition la plus courante et la plus efficace pour les utilisateurs de pesticides (Tudi et al., 2022). Le facteur « applicateur » est multiplié par cinq afin de tenir compte d’un risque élevé d’exposition. Le facteur « travailleur agricole » est multiplié par la demi-vie des résidus à la surface des plantes, car l’exposition dépend de la durée de persistance du pesticide dans les cultures.
Consommateur :
Pour estimer le risque potentiel pour les consommateurs, l’équation intègre la toxicité chronique afin de prendre en compte l’exposition potentielle constante aux résidus de pesticides présents dans l’alimentation et l’eau. Elle inclut également la moyenne de la demi-vie des résidus à la surface des plantes et de la demi-vie des résidus dans le sol comme indicateurs de la persistance de la molécule dans l’environnement, ainsi que le caractère systémique ou non du pesticide, les molécules systémiques présentant un risque d’exposition plus élevé car elles sont susceptibles d’atteindre les organes reproducteurs des cultures. Le lessivage est ajouté pour tenir compte du risque de contamination des eaux souterraines.
Écologique :
La composante écologique intègre des données de toxicité aiguë pour les poissons, les oiseaux, les abeilles et, à l’origine, pour les arthropodes auxiliaires, aujourd’hui c’est celle pour les vers de terre qui est prise en compte (car on a plus de données). Chaque toxicité pour les organismes non ciblés est multipliée par un indicateur d’exposition et par un facteur de pondération. La toxicité pour les poissons est multipliée par le potentiel de ruissellement, afin de tenir compte des transferts horizontaux potentiels vers les milieux aquatiques. La toxicité pour les oiseaux est multipliée par la demi-vie des résidus dans le sol et sur les plantes, tandis que celles pour les abeilles est multipliée par la demi-vie des résidus sur les plantes et celle des vers de terre par la demi-vie des résidus au sol, afin de considérer la persistance dans l’environnement ainsi que le contact avec ces matrices qui conditionnent le risque d’exposition. Le facteur de pondération représente le risque d’exposition des groupes non ciblés en fonction de leur habitat et de leurs déplacements.
Calcul
Le calcul précis est décrit sur le site de l’EIQ et peut être téléchargé au format Excel. Un calculateur est disponible ici.
Avantage du QIE comme indicateur
- Approche holistique.
- Facile d’utilisation.
- Indicateur de risque phytosanitaire complet.
- Les différents EIQ peuvent être comparés grâce à un système de notation sous forme d’échelle.
Limites
- Il faut savoir que la pondération des éléments de l’équation est asymétrique. Les trois composantes principales (travailleurs agricoles, consommateurs et environnement) ont des poids égaux, mais dans ces catégories, la pondération est inégale. Par exemple : la demi-vie des résidus à la surface des végétaux, la toxicité chronique et la toxicité cutanée ont un poids important tandis que le potentiel de lixiviation ainsi que celui de ruissellement en ont un plus faible.
- L’utilisation de l’échelle de notation entraîne une perte d’information et de capacité à distinguer les pesticides.
- Les conditions spécifiques du site (types de sol, conditions météorologiques, …), les méthodes d’administration, le matériel et la formulation (liquide, granulé, poudre) ne sont pas pris en compte dans le calcul actuel.
- La note finale est fortement dépendante du taux d’application des produits. Il ne faut donc pas seulement regarder la note finale mais analyser les scores de chaque composante.
Provenance des données
Les auteurs ont rassemblé des données toxicologiques issues :
- de la base de données sur les propriétés des pesticides hébergée par l’université d’Hertfordshire
- des données réglementaires
- d’évaluations publiées par l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) et l’EPA (Environmental Protection Agency) des États-Unis
- des fiches de sécurité des matériaux.
Les valeurs de QIE ont été regroupées ici.
Voir aussi
Sources
- Fermes en ville. 2004. Le quotient d’impact environnemental (QIE). [22/01/2026]. https://www.agrireseau.net/phytoprotection/documents/Quotient%20impsct%20env%20-%20fermes%20en%20ville%20-%2020%20avril%2004.pdf
- Diana Obregon. 2024. Environmental Impact Quotient. [22/01/2026]. https://cornell.app.box.com/v/eiq-user-guide
- Diana Obregon, Daniela Hernandez Correal, Brian Eshenaur, Alejandro A. Calixto. 2025. Global use of the Environmental Impact Quotient: A tool to indicate potential pesticide risk. [22/01/2026]. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0048969725018753