Physiologie des arbres et taille, Julien Coirier
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Julien Coirier : Fort de sa longue expérience d’arboriste-grimpeur, Julien forme à la conduite et à la taille des arbres dans différents contextes.
Formation "Conduite des arbres en vitiforesterie" : finançable VIVEA et OPCO, iformations et inscription : https://formation.verdeterreprod.fr/courses/conduite-des-arbres-vitiforesterie
Physiologie des arbres et taille
Dans cette présentation, Julien Coirier, formateur au sein du réseau “Architectes du vivant”, nous éclaire sur la physiologie des arbres et l’importance cruciale des réserves pour la survie et le développement de ces plantes pérennes.
L’arbre : un condensateur d’atmosphère
Contrairement à la vision classique qui perçoit l’arbre comme un simple jaillissement du sol, il faut le considérer comme un “condensateur” de carbone atmosphérique. Environ 99 % de la masse d’un arbre provient du gaz carbonique (CO2) capté dans l’air et transformé en matière solide (bois, écorce, sève) grâce à l’énergie solaire. Le sol apporte moins de 1 % de la matière sous forme de minéraux.
Le cycle des sucres et le métabolisme
La photosynthèse transforme le CO2 en sucres simples (sève élaborée). Ces sucres servent ensuite de briques élémentaires pour :
- La croissance (allongement et grossissement).
- La synthèse de molécules défensives (tanins, huiles essentielles, phénols) pour se protéger des champignons et des herbivores.
- Le fonctionnement des cellules vivantes (respiration).
- La mise en réserve, essentielle pour la pérennité de l’arbre.
L’équilibre entre source et puits
L’arbre est un équilibre dynamique entre ses “sources” (feuilles, phelloderme) qui produisent de l’énergie, et ses “puits” (croissance, reproduction, défense, mycorhizes). Les réserves jouent un rôle double : ce sont à la fois une source d’énergie (en l’absence de feuilles) et un puits (le stockage est nécessaire pour la survie à long terme).
Croissance et stockage des réserves
L’arbre construit sa structure de manière chronologique : d’abord l’allongement (méristèmes primaires), puis l’épaississement (méristèmes secondaires comme le cambium).
- Le cambium : Cette fine couche de cellules fabrique du bois vers l’intérieur et du liber (phloème) vers l’extérieur.
- Les rayons ligneux : Ce sont les zones de stockage privilégiées des réserves (sous forme d’amidon). Ils assurent la communication entre le bois et le liber, là où circule la sève sucrée.
- L’abandon cellulaire : À mesure que l’arbre grossit, il abandonne les cellules centrales (bois de cœur ou duramen) pour limiter le volume de cellules vivantes à alimenter.
Compartimentation et résilience
L’arbre est un système cloisonné conçu pour maintenir son étanchéité. Face à une blessure ou une taille :
- Réaction de cloisonnement : L’arbre ne “cicatrise” pas au sens humain ; il compartimente la plaie pour empêcher l’oxygène de pénétrer dans son système vasculaire en tension.
- Défenses chimiques : Il mobilise ses réserves pour créer des barrières physiques et chimiques autour de la blessure.
- Gestion des dommages : Le bois endommagé est exclu, et l’arbre se reconstruit sur le bois fonctionnel (l’aubier).
Conseils pour la taille
L’intervention humaine peut fragiliser cet équilibre. Une taille inadaptée peut épuiser les réserves de l’arbre, le rendant vulnérable aux stress climatiques ou aux maladies du bois.
- Mastics : Ils n’ont pas d’efficacité prouvée pour la cicatrisation. Au contraire, sur du bois ancien, ils peuvent créer un microclimat humide favorisant les champignons. Ils ne peuvent être utiles que pour protéger temporairement le cambium sur le pourtour d’une coupe fraîche.
- Observation : Avant toute taille, il est essentiel d’apprendre à lire l’architecture de l’arbre pour distinguer les branches pérennes de celles qui sont temporaires, et ainsi éviter les dommages irréversibles.
En somme, comprendre la physiologie des arbres permet de mieux adapter nos pratiques agroécologiques, en respectant la capacité de l’arbre à gérer ses propres ressources pour faire face aux aléas et aux changements climatiques.