Morgane Fournier nous explique comment va se dérouler la campagne de visites de fermes
![]()
RDV sur http://www.kisskissbankbank.com/maraichage-sol-vivant
Morgane Fournier, animatrice de Maraichage Sol Vivant nous explique comment va se dérouler la campagne de visites de fermes financée grâce à vous sur KissKissBankBank ! J'espère que vous n'avez pas mal au coeur, la vidéo tangue un peu :)
- Analyses de sol, données économiques, données environnementales, les pratiques de travail, les outils
- Le tout sera partagé librement dans l'intérêt de tous !
Les objectifs de la campagne de visites de fermes
Morgane Fournier explique qu’il y a trois grands objectifs dans cette campagne de visites de fermes.
Le premier objectif est de faire remonter ce qui se fait réellement sur le terrain. Il s’agit d’observer et de documenter les pratiques mises en œuvre par les agriculteurs, notamment :
- les pratiques liées au matériel ;
- les méthodes de remise en vie du sol ;
- les méthodes d’implantation, comme les semis et les plantations.
L’idée est donc de partir du concret, de ce qui se fait effectivement dans les fermes.
Le deuxième objectif est l’acquisition de références. Morgane Fournier souligne que, lorsqu’on travaille sur des techniques innovantes, notamment en matière :
- d’apports de matières organiques ;
- de non-travail du sol ;
- de gestion de la vie du sol,
il n’existe pas aujourd’hui de cadre de lecture adapté. En pratique, cela signifie que les analyses de sol classiques ne peuvent pas être interprétées avec les protocoles habituels, tels qu’ils sont enseignés à l’école ou transmis par les conseillers agricoles. Il faut donc construire un nouveau protocole de lecture, et pour cela il est nécessaire d’accumuler des références.
Toutes les mesures réalisées sur les fermes ont donc aussi pour but de créer ce cadre de lecture, ce cadre de référence, afin d’être capable de comprendre ce qui se passe dans le sol et dans les cultures au moment de la récolte.
Le troisième objectif est de répondre à de grandes questions fondamentales, ou au moins d’apporter des débuts de réponse. Morgane Fournier donne l’exemple d’une question soulevée autour de l’apport de litières très carbonées au sol. Elle cite notamment le cas de la paillette de lin. Selon elle, cette litière a :
- un premier rôle de couverture ;
- un deuxième rôle de nourriture pour la vie du sol ;
- et peut-être un troisième rôle, encore à explorer, qui serait de capter l’azote de l’air pour ensuite le renvoyer dans le sol.
Elle précise qu’aujourd’hui, la littérature scientifique n’a pas encore étudié ces types de systèmes, jugés trop innovants. L’une des grandes questions est donc de savoir quelle quantité d’azote peut être captée ainsi, « gratos », c’est-à-dire sans apport extérieur direct. Cet exemple illustre le type de questions auxquelles l’enquête cherche à répondre.
Une enquête prévue sur dix fermes
La campagne doit se dérouler sur dix fermes, du moins dans un premier temps. Morgane Fournier indique que l’équipe pense être capable de réaliser les mesures sur ce nombre de fermes, puis d’ajuster éventuellement selon :
- le temps nécessaire pour analyser une ferme complète ;
- les moyens matériels et financiers disponibles.
Elle rappelle que dix fermes représentent déjà :
- dix analyses de sol à envoyer en laboratoire ;
- des tubes de mesure de CO₂ ;
- et plus largement tout un ensemble de matériel qu’il faut financer.
C’est aussi pour cette raison qu’elle présente ce projet : les besoins de financement sont directement liés à la mise en œuvre de cette campagne.
Ce qui va être mesuré sur les fermes
Morgane Fournier détaille ensuite ce qui sera fait concrètement sur les fermes visitées.
Étude du sol
Le premier point, et celui qui les intéresse le plus, est l’étude du sol.
Il s’agit notamment d’étudier la structure du sol. Pour illustrer cela, elle explique qu’une belle structure de sol se reconnaît lorsque, en cassant une motte, la surface observée est hétérogène et ne forme pas un plan plat. L’objectif est donc de caractériser cette structure.
Résistance de la structure à l’eau
L’équipe veut aussi caractériser la résistance de cette structure à l’eau. Pour cela, une motte de sol est prélevée — en réalité, douze mottes ou douze échantillons — puis placée dans douze petits paniers qui sont trempés trois fois dans l’eau, afin de simuler une pluie.
Ensuite, les observateurs notent le pourcentage de l’agrégat qui est resté sous forme d’agrégat. Le lien avec la réalité est direct : si l’agrégat se dissout complètement au bout de ces immersions, cela signifie que la terre part dans le fossé sous l’effet de la pluie. Autrement dit, le sol est lessivé, ce qui est absurde puisqu’il faudrait ensuite mobiliser des moyens pour récupérer cette terre.
Cette mesure permet donc d’évaluer la stabilité structurale du sol face à l’eau.
Capacité d’infiltration et fertilité chimique
D’autres mesures sont prévues :
- la capacité d’infiltration du sol ;
- la fertilité chimique du sol.
Pour la fertilité chimique, cela passe par des dosages, notamment :
- des nitrates ;
- des phosphates ;
- de la potasse.
Relevé des pratiques agricoles
Les pratiques de l’agriculteur seront également notées. Cela doit permettre, par la suite, de faire remonter ce qui fonctionne ou non, et dans quels contextes. L’objectif est bien de relier les résultats observés aux pratiques effectivement mises en œuvre sur chaque ferme.
Une compréhension globale de la ferme
La démarche ne s’arrête pas aux aspects purement techniques. Morgane Fournier insiste sur la nécessité d’avoir aussi une compréhension globale de la ferme, notamment au niveau socio-économique.
Il s’agit de savoir :
- si l’agriculteur vit de son travail ;
- s’il est heureux dans son travail ;
- si son rythme de travail est soutenable.
Elle rappelle qu’on peut vivre de son travail tout en travaillant sept jours sur sept, mais que cela ne convient pas à tout le monde, et même à très peu de monde, en particulier dans sa génération.
Il est également important de savoir si l’agriculteur est intégré dans le réseau local.
Ainsi, l’étude couvre un spectre très large, allant :
- du très technique, avec le sol ;
- au plus global, avec les dimensions économiques et sociales.
Produire des chiffres pour faire reconnaître ces techniques
En étudiant tous ces paramètres, l’objectif est d’être capable de démontrer, chiffres à l’appui, la validité de ces techniques auprès :
- des financeurs ;
- de la recherche.
Morgane Fournier explique qu’aujourd’hui, beaucoup de personnes sont convaincues de l’intérêt de ces pratiques, mais qu’il est nécessaire de donner du poids aux arguments. Or, ce poids passe désormais par les chiffres.
Tous les chiffres collectés doivent donc permettre :
- de produire des éléments solides pour défendre ces techniques ;
- de commencer à apporter des réponses aux grandes questions posées ;
- et de mieux comprendre ce qui se passe réellement dans les sols, sous les pieds des agriculteurs.
Une occasion de mieux comprendre ce qui se passe dans les sols
Au-delà de la démonstration et de la production de références, cette campagne est aussi présentée comme une occasion de toucher du doigt ce qui se passe vraiment dans les sols. Pour Morgane Fournier, l’enjeu est de mieux comprendre ce qui se joue sous nos pieds, dans les sols agricoles, à travers des observations, des mesures et une analyse globale des fermes.