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Montage d'une ferme en collectif : difficultés rencontrées et clés de réussite

De Triple Performance
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La Sittelle Herboriste © Mathilde Bugeat

Botaniste de formation, Mathilde Bugeat s’oriente vers la culture de plantes à parfum aromatiques et médicinales (PPAM). Elle part faire des expériences dans des fermes collectives dans les Yvelines où elle rencontre plusieurs difficultés. Elle nous raconte ici son parcours et donne quelques conseils précieux sur le montage en collectif.


Son parcours

Après un master en écologie, Mathilde souhaite travailler davantage sur l’écologie appliquée à un agrosystème et agir pour la protection de l’environnement. Elle décide en 2018 de suivre un BPREA à Saint-Germain en Laye en Ile-de-France pour s’installer et cultiver des PPAM en agriculture biologique.


Elle réalise des stages dans une ferme collective dans les Yvelines qui regroupe plusieurs entreprises individuelles (maraîchage, petits fruits, œufs et poulets de chair, apiculture) dans laquelle elle souhaite s’installer. Les tensions marquées au sein du groupe, le manque de communication et le manque de réactivité l’épuisent. Mathilde décide donc de partir et de monter un autre projet en collectif avec des personnes rencontrées en BPREA. En parallèle, elle travaille pour un bureau d’étude et réalise des inventaires naturalistes.  


Pour monter ce nouveau projet en collectif, Mathilde va suivre avec ses 4 associés des formations données par Les champs des Possibles. Pendant 6 mois, ils réfléchissent ensemble à leur projet commun, aux fondements et apprennent comment s’installer en collectif d’un point de vue fiscal et administratif. Ils trouvent un terrain dans une ferme communale à Magny-les-Hameaux dans les Yvelines. A cette époque, Mathilde ne se sent pas prête à s’engager et à demander la Dotation au Jeune Agriculteur (DJA) pour ce terrain dans lequel elle ne se projette pas. Seuls 2 d’entre eux s’installent et Mathilde choisit d’être hébergée en contrat CAPE (en couveuse d’entreprise au sein du Champs des Possibles). Le contrat CAPE lui permet de tester son activité agricole sans que cela soit comptabilisé comme une installation et de jouer la DJA. Elle est également suivie par une tutrice, professionnelle PPAM, pour l’accompagner dans son projet. Mathilde cultive ses plantes aromatiques et à tisanes sur une surface de 300 m², avec 12 m² de laboratoire pour la distillation et 15 m² de hangar qui comprend un séchoir et dans lequel sont entreposées les plantes séchées. Elle produit des tisanes (simples ou en mélanges), des sels aux plantes, des huiles macérées solarisées et des hydrolats. Après quelque temps, Mathilde souhaite partir suite, entre autres, à des tensions qui se créent au sein du groupe et avec le voisinage. Elle a pour projet de cultiver des PPAM à temps partiel et de dédier le reste de son temps à des activités de bien-être et d’inventaires naturalistes.


Quelques conseils pour monter un projet en collectif

Suite à ses expériences sur le terrain dans des fermes collectives, Mathilde nous explique ici quels sont pour elle les facteurs de réussite d'un montage en collectif et la vision qu'elle en a :

  • Fonder un collectif implique d’avoir des valeurs communes et partagées, de vivre ensemble et d’avoir du lien. Il est important de travailler sur les valeurs lorsque l’on crée le collectif, de partager des valeurs communes et de les ressentir au quotidien au risque de créer des divergences. Chacun doit pourvoir s’exprimer sur la notion de temps de travail et de qualité de vie.


  • Le temps de travail et l’argent gagné doivent convenir à tous les membres du collectif. Les conditions financières doivent être claires. Comment faire en sorte que chacun gagne ce qu’il veut et que ça lui convienne ? Les objectifs financiers sont propres à chacun dans le collectif mais il faut en parler et mettre ça sur la table. Mettre des chiffres.

-->Marquer noir sur blanc la rémunération et le temps de travail.


  • Avoir un cadre et des règles claires, le tout compilé dans un document écrit. Si on pose les choses par écrit, on gagne en sérénité et cela peut aider les discussions en cas de désaccord. Ce document écrit doit être suffisamment complet pour aborder tous les sujets possibles mais être aussi modifiable d’année en année.

-->Ecrire peut permettre de communiquer plus sereinement.


  • Travailler sur la reconnaissance du travail de l’autre (pour éviter l’impression "d’en faire plus que les autres"). Par exemple, il peut être intéressant de créer des outils et/ou des temps dédiés pour échanger sur ce que les autres ont fait.


  • Suivre des formations sur le montage de collectifs (comme par exemple celles proposées par Abiosol ou Le champs des Possibles). Cela permet de pousser la réflexion et d’aborder différents sujets (le temps de travail, la communication non violente – CNV – etc.).


  • Dans les votes, définir si l’on souhaite travailler par consensus ou non. Le compromis demande davantage de temps et d’énergie mais peut faciliter l’entente et la confiance du groupe.  


  • Avoir une gouvernance partagée et ne pas être individualiste dans son projet. Ne pas faire d’injonctions, demander l’avis et les souhaits de chacun.


  • Travailler sur le vivre ensemble. Dégager du temps pour discuter et échanger, faire des réunions régulièrement et créer des moments de convivialité.


  • Prendre en compte le facteur humain. Parler de météo, comment chacun se sent, parler de sentiments et d’émotions.


  • Ne pas idéaliser son lieu d’installation.


Se lancer dans un projet en collectif peut ainsi nécessiter une réflexion préalable : Quel sens donne-t-on au terme « collectif » ? Quels engagements cela implique ? Quelles valeurs souhaite-t-on porter au travers du collectif ? Quels seraient les facteurs clés à prendre en compte et à appliquer pour garantir son bon fonctionnement ?






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