Michael HORSCH - Du machinisme au semis direct
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Interviewé au SIMA, Michael HORSCH nous présente sa vision des sol vivants.
Une histoire familiale et le point de départ
Michael Horsch commence par rappeler l’histoire de sa famille et de l’exploitation familiale. Son père a acheté l’entreprise en 1968. À cette époque, il s’agissait d’une ferme d’environ 250 hectares. Il explique que la famille porte une histoire agricole très ancienne, de plusieurs siècles, et que cette continuité familiale a fortement marqué sa manière de penser l’agriculture.
Peu après l’achat de la ferme, des agronomes de l’université de Munich sont venus observer les parcelles. Ils ont remarqué que certains champs présentaient un fonctionnement particulier, avec un sol qui semblait mieux réagir, sans qu’ils puissent l’expliquer facilement. C’est à partir de là qu’ont été engagées des expérimentations agronomiques sur l’exploitation.
Les essais de travail du sol et la découverte décisive
Des essais comparatifs ont été menés pendant une dizaine d’années. Sur une parcelle, un hectare a été conduit sans labour ou avec un travail très réduit, tandis que l’hectare voisin était travaillé de façon plus classique, avec un travail du sol à environ 20 cm de profondeur.
Après dix ans, un test particulièrement marquant a été réalisé. Il consistait notamment à observer la vie du sol, en particulier les vers de terre, et à mesurer l’infiltration ou le comportement de l’eau dans le sol. Le résultat a profondément marqué Michael Horsch : dans la zone non labourée ou moins perturbée, on a trouvé environ quatre fois plus de vers de terre par mètre carré que dans la zone labourée. Le sol y fonctionnait différemment, avec une structure et une activité biologique bien supérieures.
Pour lui, cette observation a été essentielle. Il explique que c’est à ce moment-là, alors qu’il avait une vingtaine d’années, qu’il a compris l’importance du sol vivant. Cette prise de conscience l’a conduit à s’intéresser au semis direct et à développer des machines adaptées, car il n’existait alors pratiquement pas d’équipements réellement conçus pour cette approche.
Le passage du machinisme au semis direct
À partir de cette expérience, Michael Horsch explique qu’il s’est mis à concevoir des machines pour répondre à un besoin concret sur sa propre ferme. Il ne s’agissait pas d’abord d’un projet industriel, mais d’une réponse pratique à une conviction agronomique : il fallait préserver le sol, limiter sa perturbation et favoriser son activité biologique.
Il souligne que cette orientation a rencontré de très grandes résistances au départ. Dans les années 1980, beaucoup considéraient cette vision comme irréaliste. L’idée qu’un sol sain, riche en vers de terre, puisse devenir le fondement d’une agriculture efficace paraissait étrange ou trop audacieuse. Pourtant, c’est cette vision qui a guidé durablement le développement de l’entreprise Horsch.
Aujourd’hui, explique-t-il, l’entreprise emploie près de 2000 personnes et dispose d’usines dans le monde entier. Il présente cette réussite comme la conséquence directe d’une vision poursuivie pendant plus de 40 ans.
Une vision d’entreprise : des sols sains et une agriculture efficace
Michael Horsch insiste sur le rôle de la vision dans le développement d’une entreprise. Selon lui, une grande entreprise doit être portée par une idée forte, presque comme un pari de long terme. Dans son cas, cette vision est claire depuis les années 1980 : construire une agriculture fondée sur un sol sain et sur l’efficacité.
Il précise que cette vision n’est pas seulement technique ou économique. Elle constitue aussi un projet transmissible à la génération suivante. Il évoque la question de la reprise de l’entreprise par les enfants et explique qu’une entreprise familiale ne peut être reprise durablement que si elle porte une vision capable d’être vécue avec passion.
Pour les décennies à venir, il affirme que la base doit rester la même : un sol sain. C’est, selon lui, le fondement agronomique et économique de toute stratégie sérieuse.
La deuxième étape : des hommes en bonne santé
Après le sol sain, Michael Horsch présente ce qu’il considère comme la deuxième grande base stratégique pour les 30 prochaines années : des hommes en bonne santé. Il explique que l’agriculture ne peut pas se limiter à produire toujours plus ; elle doit aussi s’interroger sur les effets de ce qu’elle produit sur la santé humaine.
Il rappelle qu’au cours des 150 dernières années, l’agriculture a répondu à une mission historique claire : produire davantage, produire moins cher, rendre accessibles à tous des aliments qui étaient auparavant réservés à une très petite partie de la société, comme la viande, les produits laitiers ou le sucre. De ce point de vue, il estime que cette mission a été remplie, et même au-delà.
Aujourd’hui, selon lui, le problème est précisément que cette mission a été « trop bien » remplie. La population a désormais accès en abondance à ces produits. Or cette abondance entraîne de nouveaux problèmes.
Une critique de l’excès alimentaire moderne
Michael Horsch estime que les sociétés occidentales sont confrontées à une situation d’excès : trop de viande, trop de produits laitiers, trop de sucre. Cet excès contribue selon lui à l’apparition de nombreux problèmes de santé.
Il évoque le développement du surpoids, de l’hypertension, du diabète et de certains cancers. À ses yeux, ces évolutions montrent que la question agricole ne peut plus être posée seulement en termes de rendement ou de volume produit. Il dit en substance que l’agriculture a accompli sa mission quantitative, mais qu’elle doit désormais participer à une mission qualitative : nourrir sainement.
Il critique aussi le fait que l’ensemble du système économique finisse par profiter davantage à l’industrie pharmaceutique qu’aux agriculteurs. Les agriculteurs, dit-il, ne captent pas réellement la valeur créée, alors que les coûts sanitaires augmentent dans la société.
Quelle alimentation pour l’avenir ?
Pour Michael Horsch, il faut ouvrir une discussion de fond sur l’alimentation du futur. La réponse qu’il avance est simple : il faudra probablement consommer moins de viande, moins de produits laitiers et moins de sucre.
Il précise toutefois qu’il ne croit pas à une solution strictement végane ou végétarienne imposée comme modèle unique. Son propos n’est pas de supprimer totalement les productions animales, mais d’en réduire la place. Il appelle à un rééquilibrage.
Pour illustrer cette idée, il évoque l’usage des terres agricoles à l’échelle mondiale. Selon lui, une part considérable des surfaces cultivées sert à nourrir les animaux plutôt qu’à nourrir directement les humains. Il en conclut qu’un changement dans les systèmes alimentaires aurait des conséquences majeures sur les rotations, sur l’assolement et sur l’ensemble de l’organisation des productions.
Réorienter les surfaces et les systèmes agricoles
Dans sa réflexion, Michael Horsch souligne qu’une partie importante des terres arables mondiales est aujourd’hui mobilisée pour l’alimentation animale. Si la consommation de produits animaux diminuait, une part de ces surfaces pourrait être réorientée.
Il estime donc que l’agriculture doit se préparer à de grands changements dans les 20 prochaines années. Cela impliquera de repenser les cultures, les rotations et la manière de valoriser les terres. Cette transformation ne relèvera pas seulement de la technique, mais aussi d’un choix de société sur la façon de se nourrir.
Il critique l’argument classique selon lequel, face à la croissance démographique mondiale, il faudrait simplement produire toujours plus. À ses yeux, cette logique n’est plus suffisante. La question n’est pas seulement celle de la quantité, mais aussi celle de la destination des productions et de leur effet sur la santé humaine.
Les limites du bio et l’idée d’une agriculture hybride
Michael Horsch aborde ensuite la question de l’agriculture biologique. Il dit explicitement que le bio, dans sa forme actuelle, ne peut pas constituer l’unique réponse pour l’ensemble de la population. Selon lui, ce modèle correspond à une part limitée de la société, peut-être 10 à 20 %, mais il ne peut pas être généralisé tel quel à 80 % de la population.
Il ne rejette pas pour autant les principes du bio. Au contraire, il affirme qu’il faut chercher à combiner le meilleur de l’agriculture biologique et le meilleur de l’agriculture conventionnelle. C’est ce qu’il appelle une agriculture « hybride ».
Cette agriculture hybride n’est pas encore complètement définie ni totalement opérationnelle, reconnaît-il. Mais il la présente comme un chemin nécessaire pour atteindre l’objectif qu’il fixe : produire dans des sols sains et contribuer à des hommes en bonne santé.
Une orientation pour les décennies à venir
L’intervention de Michael Horsch relie ainsi très fortement le machinisme, l’agronomie et la question de l’alimentation. Le point de départ a été l’observation du sol, des vers de terre et des effets du non-labour ou du semis direct. Mais cette réflexion s’élargit jusqu’à une vision globale de l’agriculture.
Cette vision repose sur deux piliers :
- un sol sain ;
- des hommes en bonne santé.
À partir de là, il appelle à poursuivre l’innovation technique, non pas pour elle-même, mais pour servir une transformation plus large de l’agriculture. Le semis direct et les techniques de préservation des sols apparaissent alors comme une première étape d’un changement plus profond, qui concerne aussi la qualité de l’alimentation, l’organisation des productions et la responsabilité de l’agriculture dans la société.