Le Garde forestier, Balade en forêt avec Claude-André Montandon
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La forêt suisse de Couvet est réputée dans le monde entier pour sa gestion sylvicole douce et perfomante depuis 145 ans. Découvrez "la forêt jardinée" l'adaptation locale de la futaie irrégulière, avec Claude-André Montandon, un Garde forestier qui détient tous les secrets du lieu.
Musiques :
- Alexandr Zhelanov - Uncatchable
- David Chivers - The Circular Nomad
- David Chivers - Electric Rain
- AERØHEAD - Somewhere Down The Line
- Cjbeards - Brave The Storm
- Rafael Krux - Ass*sissin
Cheffe opérateur : Jennifer Morin
Avec le soutien du Master BIOTERRE - Paris I Panthéon Sorbonne.
Projet parrainé par la Société des Explorateurs Francais.
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Le jardinage forestier : une leçon de résilience avec Claude-André Montandon
Dans cette immersion au cœur du Val de Travers, nous partons à la rencontre de Claude-André Montandon, garde forestier depuis 27 ans. Responsable des forêts de la commune, il nous ouvre les portes d’un écosystème d’exception : la forêt jardinée de Couvet, une référence mondiale en matière de sylviculture durable.
Une histoire marquée par la méthode Biolet
La forêt que nous parcourons n’est pas le fruit du hasard, mais d’une gestion précise initiée en 1881 par le célèbre sylviculteur Henry Biolet. À cette époque, la forêt subissait encore des prélèvements anarchiques, puis des tentatives de coupes rases (système allemand). Biolet a imposé une vision révolutionnaire pour l’époque : le jardinage.
Ce système, qui consiste à ne jamais laisser le sol nu, maintient une structure étagée et mélangée. Aujourd’hui, avec plus de 140 ans de recul, le site de Couvet est considéré comme l’une des plus anciennes forêts jardinées d’Europe, attirant des visiteurs du monde entier désireux de comprendre comment concilier production de bois et intégrité de l’écosystème.
Les principes de la forêt jardinée
La forêt jardinée repose sur un mélange intime de quatre essences principales : le sapin blanc, l’épicéa, le hêtre et l’érable sycomore. Le principe est simple mais exigeant :
- Stucture permanente : Les arbres de tous âges et de toutes tailles cohabitent sur la même surface.
- Renouvellement naturel : On ne plante rien. La forêt se régénère naturellement grâce aux puits de lumière créés par les prélèvements.
- Récolte constante : Tous les 8 à 9 ans, le garde forestier effectue un martelage (choix des arbres à couper). Le prélèvement correspond strictement à l’accroissement annuel, garantissant un rendement soutenu (entre 13 et 15 m³ par hectare et par an ici).
Cette gestion permet non seulement une production de bois de haute qualité (menuiserie, charpente), mais assure également une protection permanente contre les aléas climatiques, comme les chutes de pierres ou les glissements de terrain.
Face au défi climatique : la force du mélange
Le réchauffement climatique et les sécheresses à répétition fragilisent les peuplements, notamment l’épicéa, première cible du bostryche (scolyte). Claude-André Montandon observe que la forêt jardinée, de par sa diversité, oppose une résistance bien supérieure aux monocultures.
« L’épidémie s’arrête au mètre près là où la forêt est diversifiée », explique le garde forestier. En cas d’attaque, la structure hétérogène permet de prélever les arbres touchés sans créer de trou béant dans le paysage. Pour l’avenir, la stratégie consiste à favoriser davantage les essences feuillues et à s’adapter aux nouvelles conditions stationnelles, tout en acceptant que la forêt puisse évoluer.
La valorisation économique et le bois énergie
La gestion de Couvet prouve qu’une sylviculture écologique est aussi une réussite financière. En plus du bois d’œuvre de haute qualité valorisé notamment en France voisine, le développement du chauffage à distance à Couvet permet de valoriser les sous-produits (cimes et branches). Aujourd’hui, 110 bâtiments sont chauffés grâce à ce bois énergie, transformant un déchet forestier en une source de revenus stable pour la collectivité.
La transmission et l’avenir
L’approche de Claude-André Montandon est avant tout une philosophie : « Il faut aimer la forêt pour la gérer. » Avec les jeunes apprentis et ses collègues de l’arrondissement, il travaille à transmettre ces méthodes, notamment grâce aux « martelloscopes », des parcelles pédagogiques permettant aux futurs forestiers de s’exercer à la décision sylvicole.
Alors que certains modèles industriels prônent une exploitation intensive au détriment de l’écosystème, la forêt jardinée reste, selon Claude-André Montandon, le modèle le plus solide pour traverser les crises climatiques à venir. Un héritage précieux qui nous rappelle que, si l’homme apporte sa technique, c’est la nature qui, sur le temps long, demeure la véritable architecte.