Fertilisation azotée : baisser l'azote et maintenir les rendements par la méthode APPI-N (INRAE)
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Raphaël Paut et Marie-Hélène Jeuffroy de l'INRAE nous parlent de la méthode APPI-N pour maîtriser sa fertilisation azotée. Elle est basée sur 120 essais en 4 ans. Cette méthode permet de vérifier la nutrition des cultures à chaque stade et de piloter la fertilisation azotée. Les résultats d'essai montrent une baisse moyenne de 23UN, sans perte de rendement sur l'ensemble des essais.
Chapitrage :
- 00:00 Zapping d'introduction
- 00:58 Introduction
- 01:59 Présentation de la méthode APPI-N par Marie-Hélène Jeuffroy
- 28:33 En pratique : utilisation sur le terrain, par Raphaël Paut
Ce webinaire sera animé par Martin Rollet, et vous est proposé par le Centre national d’agroécologie : https://centre-national-agroecologie.fr/
Fertilisation azotée : baisser l’azote et maintenir les rendements par la méthode APPI-N (INRAE)
La fertilisation azotée du blé d’hiver est un enjeu majeur, à la fois pour les performances économiques des exploitations et pour limiter les impacts environnementaux liés à la pollution des nappes par les nitrates et aux émissions de gaz à effet de serre. Dans cette vidéo, Raphaël Paut et Marie-Hélène Jeuffroy (INRAE, UMR Agronomie) présentent la méthode APPI-N (Apport Piloté par Plante - Nutrition azotée), une approche innovante qui décentre le raisonnement du classique “bilan prévisionnel” pour se concentrer sur les besoins réels de la plante.
Limites de la méthode du bilan
La méthode du bilan, bien que scientifiquement rigoureuse sur le papier, pose des difficultés de mise en œuvre :
- Controverse sur l’objectif de rendement : Il n’existe pas de consensus sur la fixation de cet objectif entre les exigences réglementaires (moyennes olympiques) et les attentes des agriculteurs (valorisation du potentiel de la parcelle).
- Fiabilité du reliquat sortie hiver : La mesure du reliquat azoté au sol est souvent perçue comme peu fiable ou complexe à extrapoler.
- Sur-fertilisation : Pour sécuriser les rendements et les taux de protéines, les pratiques tendent vers des excès d’azote, augmentant les pertes par volatilisation et le coût financier.
Le concept de la méthode APPI-N
La méthode APPI-N repose sur trois piliers scientifiques délaissés par le bilan classique :
- Tolérance aux carences précoces : Une culture de blé peut tolérer des phases de carence azotée en début de cycle sans préjudice pour le rendement final.
- Efficience d’utilisation de l’azote (Cau) : L’efficience dépend de la vitesse de croissance de la plante au moment de l’apport. Les apports décalés sont mieux valorisés.
- Gestion des pertes gazeuses : Les conditions climatiques (notamment l’humidité du sol au moment de l’apport) conditionnent directement les pertes.
Fonctionnement du pilotage intégral
Contrairement au bilan, la méthode APPI-N ne calcule pas de dose totale a priori en sortie hiver. Le pilotage se fait tout au long du cycle :
- Mesure de l’Inn (Indice de nutrition azotée) : En utilisant un outil de mesure (type N-Tester ou SPAD), on suit l’état nutritionnel réel de la plante.
- Trajectoire seuil : On compare l’Inn mesuré à une “trajectoire minimale” en dessous de laquelle il ne faut pas descendre pour éviter une perte de rendement.
- Apport raisonné : On déclenche l’apport uniquement lorsque la plante se rapproche de cette trajectoire et que les conditions climatiques sont favorables (prévision de pluie pour limiter la volatilisation).
Mise en œuvre sur le terrain
Pour réussir cette approche, la méthode préconise :
- Le témoin sur-fertilisé : Indispensable pour fiabiliser la mesure, un petit carré (1 m²) doit être maintenu en sur-fertilisation régulière (50 unités tous les 3 semaines) afin de servir de référence maximale pour le calcul de l’indice.
- Utilisation de l’outil numérique : L’INRAE propose une application (disponible sur oad.agronomi.inra.fr/apn) qui permet de rentrer ses mesures et d’obtenir des préconisations de dose adaptées au stade de la culture.
- Précautions : Il faut réaliser les mesures sur la dernière feuille étalée, dans des conditions sèches, et éviter de faire la mesure sur des zones présentant des stress autres que l’azote (maladies, carences en soufre ou potasse).
Résultats et perspectives
Les 113 essais menés en France (Centre-Val de Loire et Grand Est) montrent des résultats probants :
- Un maintien des rendements et des taux de protéines malgré une diminution de la dose totale d’azote (environ 23 unités en moyenne).
- Une réduction significative des pertes d’azote vers l’environnement et des émissions de CO2.
- Une meilleure adaptabilité aux aléas climatiques (sécheresses printanières) grâce à la flexibilité du fractionnement.
Les travaux actuels visent désormais à adapter cette méthode à d’autres cultures comme le colza, à intégrer des outils de mesure moins coûteux (comme les scanners pour smartphone) et à réfléchir à une extrapolation à l’échelle de l’exploitation pour une meilleure gestion de l’hétérogénéité parcellaire.