RIAV - Odette Ménard
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Odette Ménard du Ministère québécois de l'agriculture et de l'alimentation est passée par la Social Room KissKissBankBank lors des Rencontres Internationales de l'Agriculture du Vivant (20-24 février 2019 à Paris).
Présentation d’Odette Ménard
Odette Ménard se présente comme agronome. Elle indique être à Grenoble et travailler au Québec, auprès des producteurs agricoles, pour le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Elle précise qu’elle œuvre en conservation des sols depuis plus de 30 ans.
L’objectif de l’agriculture de conservation
Selon Odette Ménard, l’agriculture de conservation a comme but principal de protéger les sols.
À l’origine, il y a une trentaine d’années, cette protection était surtout envisagée sous l’angle physique, notamment contre :
- l’érosion hydrique ;
- l’érosion éolienne.
Avec le temps, en laissant des résidus en couverture pour protéger le sol, les agriculteurs se sont rendu compte que les sols « géraient » ces résidus et que la vie biologique du sol était carrément extraordinaire.
Odette Ménard explique ainsi qu’une agriculture de conservation est une agriculture qui permet au sol d’être le plus vivant possible, et donc aussi le plus efficace possible dans sa productivité.
Le semis direct
Odette Ménard précise d’emblée que le terme correct est « semis direct », et non une expression approchante mal comprise à l’oral. Il s’agit d’un semis réalisé directement dans les résidus de la culture précédente.
Elle présente le semis direct comme probablement la pratique la plus extrême de la conservation des sols.
Pour l’expliquer, elle utilise une comparaison très parlante : c’est un peu comme courir un marathon. On ne peut pas faire de semis direct sans s’être entraîné avant, de la même manière qu’on ne peut pas courir un marathon sans entraînement préalable.
Cette image souligne que le semis direct ne s’improvise pas : il demande une préparation, une progression et une bonne compréhension du fonctionnement du sol.
Une agriculture qui ne s’oppose pas aux autres
Odette Ménard affirme qu’elle ne pense pas que l’agriculture de conservation s’oppose à une autre agriculture. Au contraire, elle considère que c’est l’agriculture qu’il faut viser.
Pour elle, il s’agit d’une agriculture qui mise sur la santé du sol afin d’aller chercher le maximum de potentiel.
Elle observe que notre société a tendance à chercher des solutions rapides à toutes sortes de problèmes, alors qu’il faudrait adopter un regard plus long terme. L’agriculture de conservation, parce qu’elle est fondée sur la santé des sols, est justement une agriculture qui voit plus loin.
Une responsabilité envers les générations futures
Odette Ménard reprend une idée forte : on dit de la terre que nous ne l’héritons pas de nos parents, mais que nous l’empruntons à nos enfants.
À partir de cette idée, elle insiste sur une obligation morale en agriculture : les producteurs agricoles ont la responsabilité d’améliorer le sol, d’améliorer cette terre qu’ils laisseront ensuite à leurs enfants.
L’enjeu n’est donc pas seulement de préserver, mais bien de transmettre un sol en meilleur état.
Le rôle des vers de terre et de la vie du sol
À la fin de son intervention, Odette Ménard dit souhaiter « plein de vers de terre ». Pour elle, les vers de terre sont le symbole d’une vie du sol en santé.
Ils représentent les premiers éléments de la chaîne alimentaire du sol. Lorsqu’ils sont présents, cela signifie :
- qu’il y a beaucoup de résidus ;
- qu’il y a beaucoup de nourriture ;
- que l’ensemble des micro-organismes et de la chaîne alimentaire du sol est favorisé.
La présence des vers de terre est donc un indicateur de sols en très bonne santé.
Vers des sols et une société en santé
Odette Ménard conclut en reliant directement la santé des sols à un enjeu plus large. Lorsque toute la chaîne alimentaire du sol est active et équilibrée, on s’oriente vers des sols extrêmement sains.
Pour elle, cette dynamique conduit aussi à une société extrêmement saine. La santé du sol n’est donc pas seulement une question agronomique : elle s’inscrit dans une vision globale, durable et tournée vers l’avenir.