De l’intérêt des rencontres entre les acteurs du monde agricole, par M.-A. Selosse et G. Michon

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Dans cette vidéo, Marc-André Sélosse et Geneviève Michon expliquent combien les rencontres entre chercheurs, agriculteurs et citoyens transforment la manière de penser l’agroécologie. Tous deux racontent comment leurs échanges avec le terrain, notamment grâce à Arbres et Paysages et à Alain Canet, ont fait évoluer leurs recherches, leurs questions et leur façon de transmettre les savoirs. La science, rappellent-ils, ne doit pas seulement livrer des résultats : elle doit aussi partager ses méthodes, son doute, et aider à distinguer les réussites durables des illusions. Ces dialogues permettent également de replacer les pratiques actuelles, comme l’agroforesterie, dans une histoire longue et universelle. Pour les intervenants, ces rencontres ne relèvent pas seulement de la vulgarisation : elles nourrissent directement la recherche, en l’ouvrant à d’autres expériences, à d’autres regards, et à une compréhension plus vivante du monde agricole.

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Résumé
Dans cette vidéo, Marc-André Sélosse et Geneviève Michon expliquent combien les rencontres entre chercheurs, agriculteurs et citoyens transforment la manière de penser l’agroécologie. Tous deux racontent comment leurs échanges avec le terrain, notamment grâce à Arbres et Paysages et à Alain Canet, ont fait évoluer leurs recherches, leurs questions et leur façon de transmettre les savoirs. La science, rappellent-ils, ne doit pas seulement livrer des résultats : elle doit aussi partager ses méthodes, son doute, et aider à distinguer les réussites durables des illusions. Ces dialogues permettent également de replacer les pratiques actuelles, comme l’agroforesterie, dans une histoire longue et universelle. Pour les intervenants, ces rencontres ne relèvent pas seulement de la vulgarisation : elles nourrissent directement la recherche, en l’ouvrant à d’autres expériences, à d’autres regards, et à une compréhension plus vivante du monde agricole.

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Parcours de Marc-André Sélosse vers l’agroécologie méditerranéenne

Marc-André Sélosse se présente comme professeur au Muséum national d’histoire naturelle et microbiologiste. Il souligne qu’on pourrait s’étonner de voir un microbiologiste intervenir dans des rencontres d’agroécologie méditerranéenne, mais il explique que sa présence est le résultat d’un long cheminement, nourri par des rencontres décisives.

Il cite notamment ses échanges avec Hervé Covès et avec d’autres personnes qui l’ont interpellé pour venir raconter ce qui se passe dans les écosystèmes. Ces rencontres ont produit une forme de maturation intellectuelle : au fil du temps, il ne se pose plus les questions biologiques de la même manière. Ce qu’il raconte aujourd’hui n’est plus exactement ce qu’il racontait lors de ses premières interventions devant des auditoires composés d’agriculteurs. Son discours a beaucoup évolué grâce aux questions qui lui ont été posées, lesquelles ont recentré et enrichi sa manière de comprendre les phénomènes.

Le rôle des rencontres dans l’évolution du regard scientifique

Marc-André Sélosse insiste sur le fait que les échanges avec les acteurs du monde agricole transforment aussi le regard du chercheur. Il explique que la confrontation aux questions venues du terrain modifie la façon d’aborder les objets d’étude, d’expliquer les résultats, et même de construire les recherches.

Selon lui, ces rencontres obligent à sortir d’un entre-soi scientifique où les chercheurs parlent surtout aux chercheurs, dans leurs écrits comme dans leurs échanges. Or, lorsque la recherche ne s’adresse qu’à elle-même, elle risque de tourner en rond. Pour lui, il est essentiel que la recherche parle à la société.

Cela signifie plusieurs choses :

  • donner des résultats ;
  • partager des méthodes ;
  • mettre en perspective certaines idées reçues ;
  • interroger des opinions fondées sur des réussites empiriques ;
  • montrer que certaines réussites observées sur le terrain peuvent être appuyées par des résultats théoriques ;
  • signaler aussi, dans d’autres cas, qu’un succès apparent peut être trompeur parce qu’un autre paramètre n’a pas été vu ;
  • savoir dire : « on ne sait pas ».

Pour Marc-André Sélosse, cette capacité à dire qu’on ne sait pas fait aussi partie de ce que les scientifiques peuvent apporter. Il insiste également sur l’importance de la méthode : un point isolé ne suffit pas, ce qui compte, c’est la convergence de plusieurs observations racontant la même histoire. La démarche scientifique aide ainsi à discerner, dans ce que propose l’empirisme, ce qui est réellement jouable, sans danger pour l’environnement ni pour la viabilité financière de l’exploitant.

Il ajoute que cette posture impose beaucoup d’humilité aux scientifiques : elle les conduit souvent à reconnaître les limites de leur savoir, tout en rendant visibles des éléments de méthode que les chercheurs discutent rarement avec d’autres publics.

Le parcours de Geneviève Michon dans les systèmes agroforestiers

Geneviève Michon explique que son parcours est un peu différent, car ses méthodes de travail sont moins « carrées » que celles des biologistes. Elle se présente comme ethnobotaniste et rappelle qu’elle a travaillé sur les systèmes agroforestiers dits « traditionnels », une expression qu’elle dit ne pas beaucoup aimer.

Elle explique que son implication dans ce milieu doit beaucoup à Alain Canet, qui l’a sollicitée en 2008 pour écrire un livre. À cette occasion, ils se sont rendus ensemble dans la Dehesa espagnole, où elle a rencontré un groupe de personnes d’horizons variés, mais toutes profondément enthousiasmées par l’agroforesterie. Elle y a découvert une manière de voir les arbres très différente de celle qu’elle connaissait jusque-là dans les cercles plus policés de la recherche.

Cette expérience l’a amenée non seulement à travailler autrement, mais surtout à parler autrement de ces systèmes. Pour la première fois, dit-elle, elle ne s’adressait plus seulement à des chercheurs. Cette sortie du cadre académique lui a fait beaucoup de bien.

Relier les pratiques locales à une histoire agraire universelle

Geneviève Michon explique qu’en venant dans ce réseau, elle a essayé de montrer aux acteurs locaux que ce qu’ils faisaient s’inscrivait dans quelque chose de beaucoup plus vaste. Les pratiques observées ici ne sont pas des exceptions isolées : on les retrouve dans de nombreuses régions du monde, chez des agriculteurs qui vivent et produisent avec les arbres depuis très longtemps.

Elle espère que cela a permis d’éclairer autrement la perception que ces acteurs avaient de leurs propres pratiques. Selon elle, ils n’étaient pas en train d’inventer la roue, mais plutôt de redécouvrir des éléments d’une très ancienne tradition agraire, relativement universelle.

Cette mise en perspective a aussi permis, en retour, de discuter du sens des pratiques nouvelles proposées en France dans le domaine de l’. Geneviève Michon distingue alors deux manières de concevoir les choses :

  • soit on réinvente tout, parce qu’il est temps de repenser en profondeur les systèmes agricoles ;
  • soit on continue à faire la même agriculture moderne, avec de grosses machines, en ajoutant simplement des arbres, sans que cela change grand-chose au fond du système.

Elle souligne l’importance de cette question : pourquoi fait-on de l’agroforesterie ? Pour elle, il ne suffit pas de planter des arbres si rien d’autre ne change. On peut très bien ajouter des arbres à un système intensif moderne sans remettre en cause son fonctionnement général. Or l’agroécologie, plus vaste que la seule agroforesterie, suppose une réflexion plus profonde sur l’évolution des pratiques.

Elle précise avoir beaucoup discuté de cela avec Alain Canet, dont le point de vue a lui aussi évolué sur ces questions.

Les échanges avec le terrain transforment aussi la recherche

Marc-André Sélosse explique que ce mouvement se fait dans les deux sens : les scientifiques apportent des connaissances, mais ils reçoivent aussi du terrain de nouvelles questions qui transforment leurs recherches.

Il évoque en particulier les travaux menés dans son équipe sur la truffe. Ces recherches les ont conduits à aller chez des trufficulteurs, à écouter leurs questions, qui n’étaient pas celles que les chercheurs se posaient spontanément. Cela a profondément fait évoluer leur programme de recherche.

Il insiste ainsi sur le fait que ce qu’on appelle souvent « vulgarisation » ne consiste pas seulement à transmettre un savoir vers la société. C’est certes un devoir pour les scientifiques de rendre compte de leurs travaux, mais c’est aussi un processus qui les fait évoluer eux-mêmes, dans leurs questionnements comme dans leurs façons de raconter et d’expliquer.

Expliquer à des collègues chercheurs n’est pas la même chose qu’expliquer à des praticiens ou à un public plus large. Cette seconde situation est même, selon lui, plus riche, précisément parce qu’il y a en face un questionnement vivant, dynamique, qui change complètement la manière d’approcher les choses. Il dit avoir lui-même réalisé, grâce à ces échanges, un grand nombre de liens et d’éléments de preuve qu’il n’avait pas perçus auparavant, et qu’il réutilise désormais dans son enseignement.

Il parle ainsi d’un véritable mouvement d’évolution croisée, très riche.

Au-delà de la vulgarisation : une dimension pleine de la recherche

Geneviève Michon va encore plus loin : pour elle, il ne s’agit pas seulement de vulgarisation, mais d’une part intégrante de la recherche elle-même.

Ayant travaillé avec des populations locales dans de nombreuses régions du Sud, elle dit s’être aperçue qu’en France l’accès aux agriculteurs n’allait pas de soi. Souvent, les chercheurs se heurtent à des réactions du type : « je n’ai pas le temps », « qu’est-ce que cela va me rapporter ? », ou encore « pourquoi voulez-vous venir mettre votre nez dans mon exploitation ? ».

Or elle dit avoir trouvé, autour d’Arbres et paysages d’autan, des praticiens d’une générosité absolument incroyable : des gens passionnés, désireux d’apprendre, de partager, et d’accueillir le regard du scientifique sans crainte ni méfiance. Elle insiste sur l’importance de mentionner cette générosité, car elle rend possible un travail réel avec les populations locales, c’est-à-dire avec des personnes qui ont les mains dans la terre, qui produisent avec les arbres, et qui ont des choses passionnantes à raconter.

Un élargissement vers l’ensemble des citoyens

Geneviève Michon remarque aussi que les rencontres d’agroécologie méditerranéenne ne réunissent pas seulement des agriculteurs ou des spécialistes. Elle mentionne par exemple la présence du maire d’Auriac. Cela ouvre la possibilité de parler à des sphères plus larges : celles des citoyens ordinaires, qui eux aussi façonnent l’agriculture par leurs choix d’achat, et transforment les paysages par leurs aménagements.

Cette ouverture élargit encore la portée des échanges. Elle permet de sortir d’un dialogue réservé aux spécialistes pour aller vers une réflexion plus collective sur les pratiques agricoles, les paysages et les façons d’habiter les territoires.

Une expérience à renouveler

En conclusion, les deux intervenants soulignent combien ces rencontres ont changé leur façon de voir, de travailler, de raconter leurs recherches, et d’entrer en relation avec des non-scientifiques. Ils y voient une expérience profondément enrichissante, à la fois pour la science et pour le dialogue avec le monde agricole et la société.

Marc-André Sélosse ajoute qu’il le dit aussi à ses collègues : ce type d’expérience change réellement la façon de percevoir son propre travail et ses relations avec les non-scientifiques. Il espère donc que ces rencontres pourront se poursuivre l’année suivante, et être à nouveau l’occasion de tels échanges.