Archipel de Kembs : retour d'expérience d'un maraîcher salarié de mairie, Julien Broual

De Triple Performance
Aller à :navigation, rechercher

À Kembs, entre Mulhouse et Bâle, Julien Broual, 27 ans, partage une expérience originale de maraîchage : il est salarié de la mairie et de l’association locale, sur une ferme créée pour approvisionner la cantine du village et porter des actions pédagogiques avec les enfants. Installé sur un ancien terrain de foot remis en culture, il décrit la transformation d’une friche en jardin maraîcher en s’appuyant sur les principes du maraîchage sur sol vivant : apport de compost et de bois broyé, bâches d’occultation, irrigation, serres et forte mécanisation pour préserver le corps et durer dans le métier. Il revient aussi sur les coûts, les rendements des premières cultures et les limites rencontrées. Au-delà de la technique, Julien défend le modèle de régie municipale agricole : une façon, selon lui, de relocaliser l’alimentation, maîtriser les coûts des cantines et faciliter l’installation agricole.

auto_awesome
Résumé
À Kembs, entre Mulhouse et Bâle, Julien Broual, 27 ans, partage une expérience originale de maraîchage : il est salarié de la mairie et de l’association locale, sur une ferme créée pour approvisionner la cantine du village et porter des actions pédagogiques avec les enfants. Installé sur un ancien terrain de foot remis en culture, il décrit la transformation d’une friche en jardin maraîcher en s’appuyant sur les principes du maraîchage sur sol vivant : apport de compost et de bois broyé, bâches d’occultation, irrigation, serres et forte mécanisation pour préserver le corps et durer dans le métier. Il revient aussi sur les coûts, les rendements des premières cultures et les limites rencontrées. Au-delà de la technique, Julien défend le modèle de régie municipale agricole : une façon, selon lui, de relocaliser l’alimentation, maîtriser les coûts des cantines et faciliter l’installation agricole.

Julien Broual, maraîcher salarié à Kembs, partage son expérience de conversion d’un terrain de foot en jardin agroécologique, intégrant pédagogie et production pour la cantine.

Voir aussi le portrait de la ferme Archipel de Kembs

Highlights

  • 🌱 Julien Broual, 27 ans, maraîcher salarié à Kembs.
  • ⚽ Transformation d’un terrain de foot en jardin maraîcher.
  • 🥕 Production dédiée à la cantine du village et projets pédagogiques.
  • 🌍 Engagement pour la transition agroécologique et pratiques durables.
  • 📈 Investissements dans des infrastructures et matériel pour optimiser la production.
  • 🧑‍🌾 Importance de l’accompagnement dans l’installation agricole.
  • 🍅 Premiers résultats prometteurs en termes de récolte et de diversification.

Key Insights

  • 🌿 Approche innovante : L’initiative de convertir un terrain inutilisé en jardin maraîcher montre comment les ressources locales peuvent être réutilisées efficacement. Cela renforce l’idée d’agriculture urbaine.
  • 🏫 Éducation intégrée : En enseignant aux enfants à cultiver des légumes, le projet crée un lien entre l’agriculture et la sensibilisation à l’alimentation, favorisant de futures générations conscientes des enjeux alimentaires.
  • 💧 Gestion des ressources : Utilisation de l’eau de la nappe phréatique du Rhin, soulignant l’importance de la gestion des ressources en eau pour l’agriculture durable.
  • 📊 Économie circulaire : La production pour la cantine permet de réduire les coûts et d’assurer une alimentation de qualité tout en soutenant l’économie locale.
  • 🤝 Collaboration municipale : Le soutien de la mairie facilite l’accès aux terres et aux financements, illustrant l’importance de l’engagement institutionnel dans les initiatives agricoles.
  • 🛠️ Investissement en matériel : Les investissements dans des infrastructures comme des serres et des systèmes d’irrigation sont cruciaux pour augmenter la productivité et la durabilité.
  • 🔄 Systèmes de culture durable : La mise en place de pratiques agroécologiques, comme le compostage et l’utilisation de paillis, est essentielle pour maintenir la fertilité des sols et la santé des cultures.


Cette vidéo à été réalisé dans le cadre d'une journée de conférence organisée par l'Association Française d'Agriculture Urbaine Professionnelle (AFAUP), Ver de Terre Production, le Réseau Francilien des Agricultures Urbaines et l'Académie du Climat.

Transcriptions

Présentation du projet

Julien Broual, 27 ans, est maraîcher à Kembs, entre Mulhouse et Bâle, dans la région dite des « trois frontières » (France, Allemagne, Suisse). Le village compte environ 6 000 habitants et s'étire sur une dizaine de kilomètres, entre forêt et Rhin. Le site se situe dans les limons sableux du Rhin, avec un climat continental marqué.

La particularité de son installation est son statut : Julien Broual est salarié à la fois de la mairie et d'une association, le GSPR (Groupement d’achat solidaire du pays rhénan). Il fait partie des rares maraîchers salariés en France. Le projet vise principalement à produire pour la cantine du village, tout en développant un volet pédagogique. Il s'inscrit dans une dynamique de mise en place d'une régie municipale agricole.

Le principe est que la mairie porte le foncier, met à disposition des financements et a fourni un ancien terrain de football, remis en culture pour devenir un espace maraîcher.

Parcours de Julien Broual

Avant son installation, Julien Broual a suivi un BPREA (brevet professionnel de responsable d’entreprise agricole) à Orléans. Cette formation, d'une durée de neuf mois, permet notamment de s'installer et d'accéder à certaines aides.

Il a également réalisé :

  • un an de woofing ;
  • deux saisons de maraîchage autour d’Orléans ;
  • un tour de France à vélo des fermes remarquables.

Il insiste sur l'intérêt, avant de s'installer, d'aller voir d'autres fermes, de s'inspirer de projets existants, de retenir les bonnes idées et de laisser de côté celles qui le sont moins.

Le site cultivé

La parcelle cultivée représente aujourd'hui 1 600 m², répartis sur près d’un hectare de prairie, ou plutôt d’ancienne friche, auquel s’ajoutent 6 000 m² de forêt. Le tout se trouve en plein milieu du village.

Le projet a plusieurs objectifs :

  • produire des légumes pour la cantine ;
  • porter un projet pédagogique ;
  • apprendre aux enfants à faire pousser des légumes.

Selon Julien Broual, ce volet pédagogique fonctionne déjà plutôt bien.

Diagnostic du sol et du site

Julien Broual explique que son intervention complète ce qui a été présenté auparavant sur ce qu’il faut faire avant de s’installer : lui montre ce qui a été fait concrètement au moment de l’installation.

Caractéristiques du sol

Le sol est décrit comme sableux, argileux et limoneux, avec environ 4,5 % de matière organique. Il s'agit d'un sol « qui a envie », c’est-à-dire un sol réactif, avec un bon potentiel de réponse agronomique. Le rapport matière organique / argile est jugé très bon, autour de 28. Le pH est légèrement alcalin, ce qui peut entraîner certaines limites sur le bore et d’autres oligo-éléments, mais celles-ci peuvent être contournées par de petits apports ou amendements ciblés.

Une analyse visuelle du sol montre :

  • des traces de vers de terre ;
  • quelques traces d’oxydation ;
  • une terre assez homogène ;
  • la présence de cailloux.

Le site est situé dans la nappe du Rhin, présentée comme l’une des plus grandes nappes d’eau d’Europe. Julien Broual résume cela en disant qu’ils « ont les pieds dans l’eau », ce qui constitue un atout important pour la production de légumes, même si une irrigation reste nécessaire.

Analyse visuelle et flore bio-indicatrice

Une analyse visuelle de la terre a été réalisée, ainsi qu’un inventaire floral. Julien Broual cite Gérard Ducerf, auteur d’ouvrages sur les plantes bio-indicatrices, qui permettent d’interpréter l’état du sol à partir de la flore spontanée.

Sur le site, cette lecture a mis en évidence :

  • des zones de compaction ;
  • une forte présence d’azote.

Cette forte teneur en azote est attribuée à l’ancien usage du terrain de foot, qui recevait beaucoup d’engrais, notamment de l’ammonitrate.

Conversion d’un terrain de foot en jardin maraîcher

Julien Broual présente ensuite l’itinéraire technique mis en œuvre pour transformer cette friche en jardin maraîcher.

Atouts et contraintes du terrain de foot

Le terrain de foot présente plusieurs avantages :

  • il est plat ;
  • la terre est bonne ;
  • il y a un forage ;
  • la surface totale est d’environ un hectare ;
  • il existe déjà des bâtiments, même souvent vétustes, qui permettent de démarrer.

Il souligne toutefois plusieurs points de vigilance :

  • présence de fondations en béton, notamment celles des anciens buts ;
  • risques de pollution ;
  • compaction importante, comparable à celle causée par un troupeau de vaches, surtout dans les surfaces de réparation et au rond central ;
  • présence de filets de but parfois retrouvés dans la forêt voisine.

Organisation de l'espace

Au démarrage, des planches de culture ont été conçues et rationalisées :

  • planches de 50 mètres ;
  • format adapté au tracteur ;
  • organisation pensée pour mécaniser au maximum les apports de matière organique.

Julien Broual insiste sur la nécessité de penser le système dans la durée. L’objectif est de produire pendant plusieurs années sans se détruire physiquement.

Les serres et la planification

Les serres sont présentées comme l’outil principal du maraîcher :

  • c’est là que se fait l’essentiel de la valeur économique ;
  • c’est aussi là que « la magie opère ».

Pour la planification, l’équipe utilise le logiciel libre Qrop. Julien Broual le recommande vivement aux producteurs ou futurs producteurs, car il permet d’organiser la planification de manière efficace, sans être expert sur Excel. Selon lui, une heure de prise en main suffit pour commencer à l’utiliser correctement.

Le forage

Le forage existant a dû être curé, car il était rempli de sédiments. Julien Broual rappelle qu’un forage demande de l’entretien et du nettoyage.

Apports de matière organique

Après discussion avec Cécile et compte tenu de la texture du sol, il a été décidé de ne pas chercher à augmenter massivement le taux de matière organique, déjà autour de 4 %. Théoriquement, il serait possible de monter à 6 ou 7 %, mais cela représenterait des quantités très importantes de biomasse.

Le choix a donc été de réaliser un apport plus modéré :

  • 100 tonnes au total ;
  • 50 % de compost ;
  • 50 % de bois broyé.

L’épandage a été réalisé par une entreprise de travaux agricoles équipée pour cela.

Origine des matières organiques

Julien Broual a la chance de disposer, à 15 km de chez lui, d’une station de compostage produisant :

  • un compost bio de bonne qualité ;
  • un bois broyé très fin, calibré en 0/20, qui part normalement à l’incinération.

Il considère cette ressource en matière carbonée comme particulièrement intéressante.

Le recours au foin avait été envisagé, mais les calculs montraient un coût trop élevé et une logistique trop compliquée. Le bois broyé, au contraire, se manipule bien mécaniquement et peut être épandu avec un épandeur.

L’usage de la bâche

Après broyage de l’herbe, compost et bois broyé sont épandus, puis des bâches sont installées. Julien Broual dit avec humour qu’il fait de la « plasticulture » : selon lui, le maraîchage bio, ce n’est pas seulement les oiseaux et la biodiversité, c’est aussi beaucoup de plastique.

La bâche sert ici à :

  • détruire l’herbe spontanée ;
  • éviter le labour ;
  • mettre en place un système de maraîchage sur sol vivant (MSV).

Il précise que, dans son système, il ne travaille plus le sol. L’idée est de faire des apports massifs au départ, puis de raisonner la fertilité du sol sur le long terme.

Des trous sont ensuite faits dans la bâche pour semer ou planter des cultures comme :

  • les courges ;
  • les melons ;
  • les pastèques.

Ces cultures supportent bien les éventuelles faims d’azote liées au mélange compost / bois.

Coût des bâches

Au total, 6 500 m² ont été couverts pendant l’année 0, c’est-à-dire l’année d’installation.

Les bâches utilisées sont des bâches d’ensilage, celles qui servent à couvrir les tas de maïs pour l’alimentation animale. Elles peuvent :

  • être achetées autour de 0,50 € / m² ;
  • ou être récupérées auprès d’éleveurs qui en jettent chaque année.

Dans son cas, les bâches ont été achetées neuves, même si un peu de récupération est aussi envisageable.

Coût de la mise en place

Pour convertir 6 500 m², Julien Broual donne les ordres de grandeur suivants :

  • 1 000 € de semences ;
  • 500 € de petit matériel ;
  • environ 7 500 € hors temps de travail au total pour cette phase ;
  • environ 15 grosses journées de travail pour la mise en place.

Le petit matériel comprend notamment :

  • des canapés ? non, vraisemblablement des outils ou accessoires divers ;
  • des arbres thermiques ? transcription incertaine ;
  • des désherbeurs thermiques, utilisés pour faire des trous ou désherber au pyro-désherbeur.

Malgré les imprécisions de transcription sur cette partie, l’idée générale est claire : la conversion demande un investissement initial raisonnable mais réel, auquel il faut ajouter un temps de travail conséquent.

Résultats de l’année 0

L’année 0 n’est pas encore une vraie année de production complète : elle sert à installer les infrastructures, monter les circuits et tester le système. Malgré cela, des récoltes ont été réalisées.

Cultures mises en place

Outre les légumes alimentaires, une partie de la production avait une finalité pédagogique ou expérimentale :

  • calebasses utilisées avec les enfants pour faire des sculptures, grigris, lampes et autres objets ;
  • courges à graines ;
  • melons ;
  • pastèques.

Les calebasses sont intéressantes pédagogiquement, se vendent correctement et demandent peu d’entretien, mais ne génèrent pas beaucoup de revenu.

Rentabilité comparée des cultures

Julien Broual insiste sur le fait que certaines cultures sont peu intéressantes économiquement.

Il cite l’exemple des courges à graines :

  • 500 m² cultivés ;
  • environ 100 kg de courges brassées ;
  • seulement 5 kg de graines récoltées ;
  • vendues 10 € / kg ;
  • soit une rentabilité d’environ 0,10 € / m².

À l’inverse, les pastèques ont donné autour de 53 € / m².

Il déconseille aussi fortement la courgette, qu’il juge peu rentable dans ce contexte.

Production vendue

Les rendements de cette première année sont d’environ :

  • 5 tonnes vendues.

Cependant, Julien Broual précise que les conditions de stockage n’étaient pas bonnes. Les produits ont été stockés dans la cave de la mairie, dans des conditions difficiles, avec des pertes importantes. De plus :

  • l’irrigation n’était pas encore en place ;
  • les calibres obtenus étaient donc limités.

Le prix moyen constaté est d’environ :

  • 1 € / kg en moyenne sur l’année ;
  • autour de 2 € / kg en vente directe ;
  • la grande distribution servant de point de comparaison.

Selon lui, cette première année permet globalement de rembourser l’investissement réalisé pour transformer la prairie. Cela équilibre l’installation, même s’il reste ensuite à trouver comment se rémunérer.

Apprentissage par l’essai

Julien Broual montre aussi des essais moins concluants. Par exemple, il a testé le fait de mettre de la paille sur la bâche pour limiter la chaleur. Avec le recul, il déconseille cette pratique :

  • cela prend énormément de temps ;
  • le bénéfice n’est pas à la hauteur.

À l’inverse, il cite comme outil très utile une lame à neige montée sur motoculteur, récupérée dans une région où l’équipement de déneigement est courant. Selon lui, c’est un outil auquel on ne pense pas forcément, mais qu’il juge très intéressant.

L’irrigation

La mise en place de l’irrigation a représenté un investissement important :

  • environ 25 000 €.

Le système comprend :

  • du goutte-à-goutte ;
  • des sprinklers.

L’objectif n’est pas seulement d’arroser la culture, mais surtout d’arroser le sol, afin de continuer à minéraliser pendant l’été et de garder un sol vivant capable de nourrir les plantes.

Julien Broual dit ne pas regretter cet investissement.

Les serres

Trois serres d’occasion ont été achetées :

  • 12 000 € pour les structures avec le plastique ;
  • environ 20 000 € une fois démontées, transportées et remontées par leurs soins.

Avec le recul, Julien Broual se demande si acheter de l’occasion valait vraiment le coup, tant le démontage et le remontage demandent du temps et de l’énergie. Il souligne que le neuf peut parfois être pertinent si l’on prend en compte l’ensemble de ces coûts cachés.

Il rappelle la règle générale souvent évoquée :

  • environ 10 % de la surface totale devrait être couverte sous serre.

Les serres permettent :

  • d’avoir de la précocité ;
  • de produire davantage ;
  • de bien piloter l’irrigation.

Plantation de haies

Des haies ont aussi été plantées. Sans revenir longuement sur tous les arguments en faveur des haies, Julien Broual insiste sur un point particulier : leur fort intérêt pédagogique. Planter des arbres et des haies avec des enfants fonctionne très bien et constitue un support valorisant pour le projet.

Ressources humaines

Sur le plan humain, l’organisation repose sur plusieurs personnes, représentant au total environ quatre équivalents temps plein.

On retrouve notamment :

  • Julien Broual ;
  • des volontaires européens ;
  • des services civiques ;
  • des bénévoles ;
  • des personnes impliquées dans la production et la vente.

Les volontaires européens

Julien Broual met particulièrement en avant le dispositif de volontariat européen, qu’il juge trop peu connu. Il le compare au service civique, mais avec des jeunes venant d’autres pays. Dans leur cas, ils travaillent par exemple avec :

  • un Estonien ;
  • un Espagnol.

Il recommande ce dispositif, notamment pour les structures associatives.

Vigilances sur les projets d’agriculture urbaine ou périurbaine

Le site étant au cœur du village, plusieurs points de vigilance apparaissent.

Les voisins

Il faut être attentif :

  • aux bruits ;
  • aux odeurs ;
  • aux traces sur la route ;
  • à l’adhésion ou non des habitants au projet.

Julien Broual raconte qu’ils ont reçu des messages très hostiles parce qu’ils avaient transformé un stade de football en jardin maraîcher. Il faut donc expliquer en permanence le projet : produire pour les enfants, pour la cantine, faire venir les scolaires, etc.

Le vol et la curiosité

Le risque de vol existe, d’autant que tout le monde voit ce qui pousse. En même temps, la présence de voisins peut avoir un effet dissuasif.

Il mentionne aussi le temps considérable pris par les curieux qui demandent des explications. Il ne peut pas les envoyer promener, mais cela représente une vraie charge dans le quotidien.

Les accès poids lourds

Un point très important est la nécessité d’avoir des accès poids lourds, notamment pour faire entrer :

  • le compost ;
  • le bois broyé.

Comme ils font entrer environ 100 tonnes de matière organique, il faut penser cet aspect dès le départ. S’il n’existe pas d’accès adapté, il faut parfois le créer, même si cela suppose de bétonner un peu de surface pour mieux en remettre d’autres en culture.

Mécanisation et préservation physique

Julien Broual insiste beaucoup sur la nécessité de se préserver physiquement et de mécaniser autant que possible. Il rappelle qu’en France, la durée de vie moyenne d’une exploitation maraîchère est d’environ 4 ans et demi, chiffre qu’il attribue à une étude de la Confédération paysanne.

Il souligne aussi que :

  • les aides à l’installation imposent souvent de rester cinq ans ;
  • certains jeunes installés tiennent difficilement jusque-là.

Dans ce contexte, investir au minimum dans un tracteur ou un motoculteur lui semble indispensable.

Stockage, bâtiments, urbanisme

Il faut également bien anticiper :

  • le stockage ;
  • les bâtiments ;
  • les constructions autorisées ;
  • les questions de PLU ;
  • les éventuelles pollutions.

À Kembs, le projet est facilité par le fait qu’il est directement porté avec la mairie.

La régie municipale agricole

Julien Broual ouvre ensuite sur la question plus large des régies municipales agricoles.

Le constat de départ

Selon lui, tout le monde veut que les enfants mangent bien, mais personne ne veut payer davantage. Le prix des repas de cantine est un sujet très sensible.

En parallèle, il existe dans beaucoup de communes :

  • des terrains de sport inutilisés ou en friche ;
  • des réserves foncières importantes sur lesquelles il ne se passe rien.

À Kembs, alors même que la pression foncière est très forte du fait de la proximité avec Bâle, la Suisse et les activités industrielles, la mairie dispose encore d’une vingtaine d’hectares non exploités.

L'idée de la régie

L’idée est donc de mobiliser ces terres au sein même de la commune pour :

  • maîtriser les coûts de production ;
  • maîtriser les coûts de transformation ;
  • maîtriser les coûts de distribution jusqu’à l’assiette de la cantine.

Julien Broual rappelle qu’aujourd’hui, dans les chaînes classiques, celui qui produit gagne moins que celui qui transforme, qui lui-même gagne moins que celui qui vend. La régie municipale agricole vise à reprendre la main sur l’ensemble de cette chaîne.

Exemple évoqué

Il cite l’exemple de Mouans-Sartoux, commune du sud de la France, où les prix n’auraient presque pas augmenté depuis près de dix ans. Même avec l’inflation, cette organisation absorberait mieux les hausses que d’autres systèmes.

Avantages de la régie municipale agricole

Pour Julien Broual, les avantages sont multiples.

Pour les paysans

L’installation est beaucoup plus simple. Lui-même travaille sur une base de 35 heures par semaine, alors que beaucoup de maraîchers font 80 heures sans toucher le SMIC. La régie offre donc une forme de sécurisation et de simplification.

Pour la mairie

La mairie maîtrise davantage les coûts et peut piloter plus finement son approvisionnement alimentaire.

Pour la société

Le dispositif permet de produire une alimentation de qualité et de rendre possible l’accès à une alimentation bio ou de bonne qualité à des personnes qui n’y auraient pas forcément accès autrement.

Pour les écoles

Le support pédagogique est excellent. Le jardin devient un outil concret pour faire découvrir aux enfants la production alimentaire.

Pour les équipes municipales

Julien Broual le dit avec humour : ce sont aussi des projets vitrines qui peuvent aider à se faire réélire.

Freins identifiés

Plusieurs limites ou freins sont également mentionnés :

  • le manque de connaissance des collectivités sur la manière de faire ;
  • une surcharge de travail potentielle pour la mairie ;
  • la question de la saisonnalité, car les légumes sont souvent au meilleur moment quand les enfants ne sont pas à l’école ;
  • le financement.

Sur la saisonnalité, il imagine des solutions comme :

  • la transformation ;
  • la surgélation ;
  • la production de ratatouille en masse pour la ressortir plus tard.

Sur le financement, il indique que la mairie de Kembs a investi environ 500 000 € dans le projet. Il reconnaît qu’il s’agit d’une somme importante, mais rappelle qu’un rond-point coûte à peu près le même prix, posant ainsi la question des priorités collectives.

Échanges avec le public

Sur la durée de vie des exploitations maraîchères

À une question sur la source du chiffre de 4 ans et demi de durée de vie moyenne des exploitations maraîchères, Julien Broual répond qu’il provient d’études de la Confédération paysanne.

Sur l’usage de la bâche plastique

Interrogé sur le caractère pérenne du plastique et sur les alternatives, Julien Broual explique que la bâche a ici été utilisée pour une occultation longue, c’est-à-dire un désherbage sans labour.

Selon lui, les alternatives sont limitées :

  • le labour, qui est d’abord un outil de désherbage, mais qui consomme du carburant et dégrade le sol ;
  • les paillages naturels de type foin, qui ont été testés dans les conversions de prairie mais donnent des résultats médiocres ;
  • le carton, comme le pratique Richard Perkins en Suède, avec des rouleaux de carton recouverts de 20 cm de compost.

Sur ce dernier point, il signale que le carton pose parfois un problème de conformité avec le cahier des charges bio.

Sur le maraîchage sur sol vivant

À propos du maraîchage sur sol vivant, Julien Broual confirme qu’il se considère bien dans cette démarche, dans la mesure où il ne travaille pas le sol.

Il distingue plusieurs itinéraires techniques :

  • pour les cycles courts comme les salades ou les épinards, implantation sur compost, avec ou sans bâche ;
  • pour d’autres cultures, recours à des paillages ou couverts.

Il mentionne les difficultés actuelles de plantation dans les couverts, notamment parce que l’écartement du paillage est très chronophage.

Il cite alors :

  • des planteuses à godets de marque Ferrari, très efficaces mais coûteuses ;
  • des expérimentations de François Mulet sur les couverts permanents ;
  • l’usage d’une perceuse avec tarière pour ouvrir localement un trou dans le couvert et y déposer le plant.

Selon lui, la gestion de l’implantation dans les couverts reste aujourd’hui un verrou technique important, même si les pistes avancent. Dans les systèmes MSV, on retrouve fréquemment :

Sur l’amendement

Interrogé sur la fréquence des amendements, Julien Broual explique qu’il les fait d’abord quand le compost est disponible, plus que selon un calendrier théorique. Son outil de planification lui permet de prévoir, mais la réalité de la disponibilité du compost modifie souvent les dates.

Il indique qu’aujourd’hui, il réalise plutôt :

  • un amendement par an.

Dans l’idéal, il aimerait conserver ce rythme. Cependant, certaines parcelles, notamment en salades, lui ont échappé sur la gestion de l’herbe, ce qui l’oblige à envisager de broyer puis de remettre du compost pour repartir sur une base propre.

Il rappelle que certains recommandent de faire les amendements à l’automne, en observant que dans la nature, les apports tombent à cette période.

Sur la certification bio

Enfin, à une question sur la certification biologique, Julien Broual répond qu’ils l’ont engagée immédiatement. Selon lui, la première chose à faire lorsqu’on arrive quelque part est de lancer tout de suite la conversion en bio.

Conclusion

À travers ce retour d’expérience, Julien Broual présente un projet original mêlant maraîchage, emploi salarié, cantine scolaire, pédagogie et action municipale. Son témoignage montre à la fois :

  • la faisabilité concrète de la conversion d’un ancien terrain de sport en espace productif ;
  • l’importance du diagnostic de sol, de la mécanisation et de l’organisation ;
  • la nécessité de penser les conditions de travail des maraîchers ;
  • le potentiel des régies municipales agricoles pour relocaliser une partie de l’alimentation collective.

Le projet de Kembs illustre ainsi une manière très concrète d’articuler transition agroécologique, alimentation locale et action publique.