Adapter les systèmes et les pratiques en fonction du niveau de restauration des sols, Olivier Husson

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Dans cette intervention, Olivier Husson explique pourquoi les recommandations agronomiques paraissent parfois contradictoires : elles ne tiennent pas assez compte du niveau de restauration ou de dégradation des sols. Il décrit une trajectoire en « courbe en S » où, selon l’état du sol, les leviers à mobiliser ne sont pas les mêmes. Sur un sol très dégradé, un minimum de travail du sol, de fertilisation et de protection des cultures peut être nécessaire pour relancer la production de biomasse et franchir des seuils de régénération. À l’inverse, sur un sol déjà restauré, ces pratiques deviennent souvent inutiles, voire nuisibles. Le cœur de la restauration repose sur la photosynthèse : maximiser la couverture végétale, les rotations, les mélanges d’espèces et la présence de plantes actives le plus longtemps possible. Olivier Husson insiste enfin sur l’urgence d’adapter systèmes, pratiques et indicateurs au contexte de chaque parcelle.

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Résumé
Dans cette intervention, Olivier Husson explique pourquoi les recommandations agronomiques paraissent parfois contradictoires : elles ne tiennent pas assez compte du niveau de restauration ou de dégradation des sols. Il décrit une trajectoire en « courbe en S » où, selon l’état du sol, les leviers à mobiliser ne sont pas les mêmes. Sur un sol très dégradé, un minimum de travail du sol, de fertilisation et de protection des cultures peut être nécessaire pour relancer la production de biomasse et franchir des seuils de régénération. À l’inverse, sur un sol déjà restauré, ces pratiques deviennent souvent inutiles, voire nuisibles. Le cœur de la restauration repose sur la photosynthèse : maximiser la couverture végétale, les rotations, les mélanges d’espèces et la présence de plantes actives le plus longtemps possible. Olivier Husson insiste enfin sur l’urgence d’adapter systèmes, pratiques et indicateurs au contexte de chaque parcelle.

Cette intervention a eu lieu lors de Paysage in Marciac 2022. Pour participer à Paysage in Marciac 2023, c'est ici ! https://paysages-in-marciac.fr/




Introduction

Dans cette intervention, Olivier Husson explique qu’il est essentiel d’adapter les systèmes agricoles et les pratiques au niveau de restauration ou de dégradation des sols. Il part d’un constat simple : de nombreux agriculteurs se forment, reçoivent beaucoup de recommandations, parfois contradictoires, et finissent par être perdus. Selon lui, la raison principale est que ces recommandations ne sont pas assez contextualisées, notamment par rapport à l’état réel du sol.

L’idée centrale est que l’on ne peut pas proposer les mêmes pratiques à un sol très dégradé, à un sol en cours de régénération, ou à un sol déjà bien restauré. Toute la suite de l’exposé vise à montrer comment se situer, comment comprendre les dynamiques en jeu, et quelles conséquences cela a sur les choix techniques.

Se situer sur une courbe de restauration des sols

Olivier Husson présente la restauration et la dégradation des sols comme des processus non linéaires, décrits par des courbes en S, ou sigmoïdes.

Si l’on place en ordonnée un indicateur de santé du sol — par exemple la structure, l’activité biologique, ou simplement la production de la parcelle — et en abscisse le temps, on peut représenter deux trajectoires :

  • une trajectoire de régénération, dans laquelle on améliore le milieu ;
  • une trajectoire de dégradation, dans laquelle on est dans une « agriculture minière » et la santé du sol se dégrade.

L’enjeu est de savoir où l’on se situe sur la courbe :

  • en bas de la courbe : le sol est très dégradé, l’évolution est lente ;
  • au milieu : l’évolution est rapide, on peut améliorer le sol plus facilement ;
  • en haut : on arrive vers un plafonnement, la production n’est pas illimitée.

Cette position dépend aussi fortement du climat. En climat favorable, les courbes montent plus haut et descendent moins bas. En climat contraignant, les trajectoires sont plus lentes, les pentes sont moins fortes, et il est plus difficile d’atteindre des niveaux élevés de production.

Des indicateurs simples pour évaluer l’état du sol

Le test bêche

Pour estimer simplement le niveau de santé du sol, Olivier Husson cite le test bêche, ou test d’évaluation visuelle de la santé des sols. Il permet d’attribuer un indice de qualité du sol, de 1 à 5, et d’apprécier l’état de la structure.

Selon lui, lorsque le sol se dégrade, de 1 à 3 notamment, on perd du carbone et de la porosité. Puis un seuil est franchi, et l’on assiste à un effondrement de la structure, qui peut être très rapide et très difficile à récupérer.

Le ratio matière organique / argiles

Un autre indicateur simple est le ratio matière organique / argiles, exprimé en pourcentage. Olivier Husson le rattache aux travaux de Pascal Boivin et de son équipe.

Il mentionne plusieurs seuils :

  • au-dessus de 24 % ;
  • un seuil à 17 % ;
  • un seuil à 12 %.

Ces seuils permettent de repérer des situations très différentes :

  • en dessous de 12 %, on est sur des sols très dégradés, avec effondrement de la structure ;
  • 17 % correspond à un seuil critique, sous lequel il ne faudrait pas descendre.

L’objectif est donc bien de régénérer les sols pour remonter sur la courbe et reconstituer un milieu favorable à la culture.

Deux types de systèmes : sols dégradés et sols régénérés

En bas de la courbe : systèmes dégradés

Lorsqu’on se situe en bas à gauche de la courbe, on est sur des milieux dégradés :

  • systèmes peu productifs ;
  • systèmes peu durables ;
  • produits de faible qualité ;
  • faible couverture du sol en général.

Ces systèmes subissent de fortes fluctuations des conditions du milieu :

  • eau ;
  • température ;
  • pH ;
  • potentiel rédox ;
  • conductivité ;
  • activité biologique.

On est alors très sensible aux aléas climatiques.

En haut de la courbe : systèmes régénérés

À l’inverse, dans les milieux régénérés :

Olivier Husson insiste sur un point qu’il juge fondamental : on oppose souvent productivité et durabilité, alors que dans les systèmes régénérés, la durabilité repose justement sur une forte productivité. Toute l’énergie du système vient de la photosynthèse ; pour qu’un système soit durable, il faut donc qu’il dispose de suffisamment d’énergie, donc d’une forte productivité.

Dans ces milieux régénérés, les conditions sont beaucoup plus tamponnées :

  • disponibilité en eau plus équilibrée ;
  • températures plus stables ;
  • meilleur équilibre pH / rédox / conductivité ;
  • activité biologique forte et soutenue dans le temps.

Les conséquences pratiques selon le niveau de régénération

Travail du sol

Olivier Husson rappelle que le travail du sol détruit beaucoup dans de nombreuses situations. Mais il nuance immédiatement : sur un sol complètement dégradé, un minimum de travail du sol est parfois nécessaire pour relancer le système.

Il peut servir à :

Sans cela, rien ne démarre.

En revanche, sur un sol régénéré, le travail du sol devient nuisible, car il détruit :

  • l’activité biologique ;
  • les mycorhizes ;
  • toute une série de structures construites progressivement.

Il faut donc absolument l’éviter dans les milieux régénérés.

Fertilisation

Sur des milieux très dégradés, une fertilisation minimale est souvent nécessaire, y compris pour les couverts végétaux, faute de quoi rien ne démarre.

Sur des sols régénérés, la fertilisation minérale peut devenir nuisible. Olivier Husson donne plusieurs exemples :

  • si on apporte de l’azote, les légumineuses fonctionnent moins bien ;
  • si on apporte du phosphore disponible, la plante ne nourrit plus les mycorhizes chargées d’aller le chercher.

Dans ce cas, l’apport minéral remplace des fonctions biologiques et ralentit le système.

Pesticides

Même logique pour les pesticides.

Sur des sols dégradés, ils peuvent être nécessaires pour protéger des plantes sensibles, placées dans des conditions difficiles.

Sur des sols régénérés, ils deviennent nuisibles :

  • les fongicides impactent fortement les populations de micro-organismes du sol ;
  • certains herbicides bloquent des éléments ;
  • ils provoquent divers effets négatifs sur le fonctionnement biologique du système.

L’idée n’est pas de nier les problèmes rencontrés en bas de la courbe, mais de montrer que l’on ne peut pas rester durablement dans cette zone. Tant qu’on y reste, on tourne en rond dans les mêmes difficultés.

Compaction, érosion et passage des engins

Dans les sols dégradés, on observe :

  • une forte sensibilité à l’érosion ;
  • une forte sensibilité au passage des engins ;
  • une tendance à la compaction.

Dans les sols régénérés, avec des systèmes racinaires actifs et un sol mieux couvert :

  • la sensibilité à l’érosion est réduite ;
  • la tolérance au passage des engins augmente ;
  • la souplesse des opérations culturales est meilleure.

Risque économique

Pour Olivier Husson, les sols dégradés cumulent plusieurs handicaps :

  • nécessité de mettre beaucoup d’intrants ;
  • conditions peu tamponnées ;
  • risques élevés ;
  • faible retour économique.

À l’inverse, les sols régénérés sont associés à :

  • des conditions plus stables ;
  • des systèmes moins coûteux ;
  • un risque plus limité.

La vraie question : sortir de la zone des problèmes

Après avoir construit sa réflexion, Olivier Husson explique qu’il s’est demandé quelle était la « bonne question » à se poser. Il reprend à ce sujet une citation attribuée à Albert Einstein : si l’on disposait d’une heure pour résoudre un problème, il faudrait consacrer 55 minutes à définir la bonne question.

Selon lui, la vraie question n’est pas de savoir comment gérer séparément la compaction, les maladies, les besoins en fertilisation ou les pesticides. Le vrai problème, c’est d’être dans la zone basse de la courbe.

Autrement dit, le problème n’est pas seulement la compaction, ou les maladies, ou les adventices : le problème, c’est de rester dans un système qui entretient ces difficultés.

Pour sortir de ces problèmes, il faut sortir de cette zone. Cela implique de changer de système.

Le rôle central de la photosynthèse

Olivier Husson insiste ensuite sur une idée majeure : toute l’énergie du système vient de la photosynthèse.

Cette énergie sert à :

  • construire la structure du sol ;
  • maintenir cette structure ;
  • nourrir l’activité biologique ;
  • assurer la nutrition des plantes ;
  • contribuer à leur protection.

Quand la photosynthèse est insuffisante, le système manque d’énergie. On est alors obligé de compenser artificiellement en injectant de l’énergie extérieure :

  • travail du sol avec des tracteurs, donc du gasoil ;
  • fertilisation, souvent issue directement ou indirectement de ressources fossiles ;
  • pesticides ;
  • transports.

Ces apports sont coûteux, émettent des gaz à effet de serre, et reposent sur des ressources en voie d’épuisement.

À l’inverse, la photosynthèse :

  • capte des gaz à effet de serre ;
  • fournit une énergie renouvelable ;
  • permet d’alimenter directement le système.

Pour Olivier Husson, il faut donc « rebrancher » l’agriculture sur l’énergie de la photosynthèse.

Maximiser la photosynthèse

La conséquence directe est qu’il faut mettre des plantes en activité photosynthétique :

  • le plus longtemps possible ;
  • sur la plus grande surface possible ;
  • avec la meilleure efficacité possible.

Il évoque au passage les différences entre plantes en C3 et plantes en C4 :

  • les plantes en C3, comme le blé ou le riz, sont adaptées aux climats tempérés ;
  • les plantes en C4, comme le maïs, sont souvent d’origine tropicale et ont un meilleur rendement photosynthétique dans certaines conditions, notamment de chaleur.

Mais au-delà des différences entre types de plantes, le principe général reste le même : il faut augmenter l’activité photosynthétique du système.

Passer des seuils : du cercle vicieux au cercle vertueux

Pour Olivier Husson, toute la difficulté consiste à franchir des seuils qui permettent de passer :

  • d’un cercle vicieux ;
  • à un cercle vertueux.

Les cercles vicieux

Il décrit ces cercles vicieux sur trois plans.

Au niveau physique

  • sol compacté ;
  • enracinement difficile ;
  • faible croissance des plantes ;
  • manque d’énergie dans le système ;
  • déstructuration croissante ;
  • plus grande sensibilité à l’érosion ;
  • faible réserve utile en eau ;
  • nouvelle baisse de croissance.

Au niveau chimique

  • carences et toxicités liées à des déséquilibres chimiques ;
  • mauvaise croissance des plantes ;
  • déstructuration ;
  • réactions chimiques défavorables ;
  • perte de carbone ;
  • nouvelle baisse de croissance.

Au niveau biologique

  • faible activité biologique ;
  • peu de structuration ;
  • nutrition déséquilibrée ;
  • faible croissance ;
  • plus de maladies ;
  • nouvelle baisse d’activité biologique.

Les cercles vertueux

Quand les seuils sont franchis :

  • la structure devient correcte ;
  • les plantes poussent ;
  • les racines restructurent ;
  • la macrofaune et la microflore se développent ;
  • les équilibres chimiques s’améliorent ;
  • la nutrition des plantes s’améliore ;
  • les maladies diminuent ;
  • la croissance nourrit à son tour le système.

Une fois les seuils passés, cela devient beaucoup plus facile.

Implications pratiques

Premier principe : maximiser les rotations, associations et couverts

Pour Olivier Husson, le premier principe de l’agriculture de conservation ou de régénération n’est pas d’abord l’arrêt du travail du sol, mais les rotations, les associations de plantes, et plus largement la présence maximale de plantes en activité photosynthétique.

Il s’agit d’utiliser en permanence l’espace disponible pour augmenter la production photosynthétique et sortir de la zone dégradée.

Le choix des plantes dépend de l’état du sol

Quand on part de très bas, le choix des cultures et des couverts végétaux est limité : il faut des espèces capables de démarrer dans des conditions très dégradées.

Quand les sols sont restaurés, beaucoup plus de plantes deviennent utilisables, et la diversité des choix s’élargit.

Olivier Husson souligne aussi que les systèmes, les rotations, les espèces et même les variétés doivent évoluer avec l’état de restauration des sols. Un système performant sur un milieu déjà restauré peut échouer totalement sur un milieu trop dégradé.

L’intérêt des mélanges

Les mélanges d’espèces présentent plusieurs avantages :

  • ils augmentent la production de biomasse ;
  • ils limitent le risque de mauvais choix d’espèces ;
  • ils assurent une meilleure adaptation aux conditions du moment ;
  • ils constituent une assurance climatique.

Pascal Boivin est cité à ce sujet : en semant 12 espèces, seules 4 ou 5 poussent parfois réellement, mais ce ne sont jamais les mêmes selon les années ou les contextes. Les mélanges permettent donc de sécuriser la production.

Difficulté d’implantation des couverts en sols dégradés

Dans les sols très dégradés, l’implantation des couverts est souvent difficile sans un minimum de travail du sol. Si l’on sème « sur du béton », cela ne pousse pas. Il faut des conditions minimales de germination et de démarrage de la photosynthèse.

À l’inverse, dans les sols régénérés, l’installation des couverts devient beaucoup plus facile, au point que certains semis à la volée peuvent fonctionner.

Le rôle particulier des plantes pérennes

Plus le climat est contraignant, plus les plantes pérennes deviennent importantes.

Olivier Husson cite par exemple :

Selon lui, lorsque les couverts d’été deviennent trop aléatoires faute de pluie, les plantes pérennes peuvent rester parmi les rares solutions encore capables de maintenir une activité photosynthétique.

Quand réduire les apports extérieurs ?

Une question clé de la transition est : à quel moment peut-on, ou doit-on, réduire les apports d’énergie extérieurs ?

Réduction du travail du sol

Le travail du sol doit être réduit dès qu’on peut obtenir une bonne implantation des couverts et des cultures sans lui, ou avec un travail minimum.

Réduction des pesticides

La réduction des pesticides est souvent plus lente, car leur impact négatif peut ralentir la transition, mais les supprimer trop tôt peut exposer le système à des échecs. L’une des voies de l’agroécologie est alors la substitution : remplacer des produits très nocifs par d’autres, jugés moins toxiques, dans une phase transitoire.

Réduction de la fertilisation minérale

En bas de la courbe, la fertilisation minérale peut être nécessaire, mais elle n’est pas toujours suffisante. Sur les sols dégradés, Olivier Husson insiste sur l’existence fréquente de carences induites, liées à des déséquilibres du sol. Dans ces cas, apporter l’élément au sol ne suffit pas, car il reste bloqué.

Il évoque notamment :

Dans ces situations, la voie foliaire peut permettre de débloquer le système.

Fertiliser les couverts végétaux

Olivier Husson insiste aussi sur un point souvent négligé : il ne faut pas hésiter à fertiliser les couverts végétaux. Un couvert peut produire plus de biomasse que la culture principale et jouer un rôle essentiel pour nourrir le sol. Si on ne lui donne rien, sa production risque de rester faible, et l’on perd un levier important pour sortir de la zone dégradée.

Le rôle des amendements organiques

Les amendements organiques peuvent fortement aider au redémarrage. Plus on peut en apporter dans les situations dégradées, plus on peut accélérer la remontée. Mais cela doit être raisonné : aller trop vite peut provoquer une sorte « d’indigestion » du sol, si sa capacité biologique à transformer cette matière n’est pas encore restaurée.

En bas de la courbe, il faut plutôt des apports modérés mais fréquents ; ensuite, on peut aller vers des apports plus importants et plus irréguliers ; à terme, la production in situ par les plantes prend le relais.

Combiner les leviers

Plus le sol est dégradé et plus le climat est contraignant, plus il faut combiner les leviers pour passer les seuils.

Aucune action isolée ne suffit :

  • inoculer des mycorhizes seules ne suffit pas ;
  • apporter seulement de l’engrais chimique ne suffit pas ;
  • travailler seulement le sol ne suffit pas.

Il faut lever en même temps les différents facteurs limitants :

  • structure ;
  • nutrition ;
  • disponibilité en eau ;
  • protection.

Sinon l’amélioration reste marginale et le système ne décolle pas.

Rentabilité et niveau de dégradation

La rentabilité des interventions dépend de l’état de restauration des sols.

  • En bas à gauche, les interventions sont peu rentables à court terme et très risquées.
  • Au milieu de la courbe, les investissements peuvent devenir très rentables s’ils sont bien adaptés.
  • En haut, beaucoup d’interventions deviennent inutiles, voire nuisibles.

Cela pose une vraie question de politique publique : dans les situations les plus dégradées, il ne s’agit plus seulement de « crédits de campagne », mais d’investissements comparables à des infrastructures, visant à recréer un outil de production viable sur le moyen terme.

Concentrer les efforts pour passer les seuils

Olivier Husson insiste sur la nécessité de passer les seuils le plus vite possible. Tant qu’on reste en dessous, on est dans un système qui descend en permanence.

Cela suppose souvent :

  • de gros apports de matière organique quand on en dispose ;
  • des apports exogènes pour redémarrer ;
  • de concentrer localement l’eau et la biomasse.

Il cite l’exemple des systèmes de zaï au Burkina Faso, où l’on concentre l’eau, la matière organique et les semences sur de petites zones. Localement, cela permet de franchir le seuil et d’enclencher une dynamique positive.

Cette logique de concentration peut valoir :

  • à l’échelle d’un pied ;
  • à l’échelle d’un mètre carré ;
  • à l’échelle d’une parcelle ;
  • voire à l’échelle d’une région.

Arbres, climat et paysage

La question des arbres est abordée dans les échanges.

Pour Olivier Husson, il faut planter des arbres le plus tôt possible. Les arbres sont indispensables dans le paysage car ils maximisent la photosynthèse sur de longues périodes et offrent une très grande surface foliaire.

Ils participent aussi à :

  • la production de biomasse ;
  • l’amélioration du cycle de l’eau ;
  • la reconstitution d’un microclimat ;
  • la réduction des températures ;
  • la relance des pluies.

Il est rappelé dans les échanges que si l’agriculture régénérative se généralisait, elle pourrait contribuer à inverser l’évolution du climat localement, en particulier en maintenant des surfaces végétalisées l’été.

Implications pour la recherche

Olivier Husson critique le fait que l’essentiel de la recherche se fasse dans la zone intermédiaire ou sur des systèmes déjà relativement fonctionnels. Selon lui, il faut élargir le champ de recherche pour travailler aussi sur les situations de transition, sur les sols dégradés, et sur les moyens d’en sortir.

Il insiste sur plusieurs points :

  • ne pas extrapoler abusivement les résultats d’une zone à une autre ;
  • raisonner en dynamique ;
  • prendre en compte la variabilité spatiale et temporelle ;
  • éviter de linéariser des processus qui ne le sont pas.

Sélection variétale

La sélection variétale doit elle aussi être repensée.

Aujourd’hui, elle est largement conçue pour des systèmes situés dans une certaine zone de fonctionnement. Il faudrait au contraire sélectionner :

  • des plantes capables d’aider à sortir de la zone dégradée ;
  • mais aussi des plantes adaptées aux systèmes régénérés.

Ce ne sont pas forcément les mêmes profils génétiques.

Besoin d’indicateurs simples

Pour pouvoir adapter les pratiques, il faut des indicateurs simples permettant de se situer et d’évaluer une tendance.

Parmi les indicateurs évoqués :

L’enjeu n’est pas forcément d’obtenir une mesure très précise, mais de savoir :

  • si l’on est en bas, au milieu ou en haut de la courbe ;
  • si l’on est en train de progresser ;
  • ou si l’on recule encore.

Conclusion

La conclusion d’Olivier Husson est claire :

  • il n’y a pas d’autre solution que de régénérer les sols ;
  • toute l’énergie du système vient des plantes ;
  • il faut donc reconcevoir les systèmes pour optimiser la photosynthèse.

Cela implique :

  • de maximiser la surface de « panneaux solaires » végétaux ;
  • de garder des plantes en activité le plus longtemps possible ;
  • d’optimiser l’efficacité de cette photosynthèse, notamment par une bonne nutrition et le déblocage de certains oligo-éléments ;
  • d’adapter systèmes et pratiques aux conditions du milieu ;
  • de contextualiser les recommandations ;
  • de se placer sur des trajectoires de restauration ;
  • de s’adapter au climat en même temps.

En fin d’intervention, Olivier Husson rend hommage à Utilisateur:Lucien Seguy