Accompagner au montage de projet agroforestier, Lily Castay
![]()
Cette classe virtuelle a eu lieu dans la cadre de la formation Passage à l'Arbre 2022. Pour en savoir plus sur la formation et vous inscrire à la prochaine session (100% finançable), cliquez-ici ! https://formation.verdeterreprod.fr/courses/passage-a-l-arbre-2022
Présentation et positionnement
Cette intervention est un témoignage de Lily Castay, conseillère technique à Arbres et paysage 32 depuis septembre 2019. Elle précise d’emblée qu’il ne s’agit pas d’un exposé théorique, mais d’un retour d’expérience construit à partir de quatre saisons de plantation au sein de la structure.
L’objectif est de parler surtout de posture, de savoir-être, de réflexes professionnels et de manière de fonctionner, plus que d’apporter un contenu purement technique ou scientifique. La présentation est donc centrée sur ce que signifie, concrètement, accompagner des projets agroforestiers sur le terrain.
Lily Castay insiste aussi sur le fait que ce fonctionnement est celui d’Arbres et paysage 32 et qu’il n’est pas forcément identique partout en France.
Conseiller, c’est avoir une vue d’ensemble
Le conseil technique en agroforesterie, tel qu’il est pratiqué à Arbres et paysage 32, ne se limite pas à la plantation. Il recouvre plusieurs dimensions :
- l’accompagnement à la plantation ;
- l’agroforesterie intraparcellaire ;
- la régénération naturelle, c’est-à-dire le fait de laisser pousser ce qui est déjà présent ;
- le conseil en gestion de l’existant.
Lily Castay explique avoir découvert à quel point ce métier demande un très large éventail de compétences. Cette polyvalence peut être vertigineuse, notamment au début, car il faut à la fois intégrer des connaissances sur :
- les essences ;
- les sols ;
- la réglementation ;
- la PAC ;
- les techniques de plantation ;
- les dynamiques territoriales.
Connaître son territoire
Pour elle, la connaissance du territoire est la base du métier de conseillère technique.
Cela comprend :
- les milieux naturels ;
- la topographie ;
- le climat et son évolution ;
- les types de sols ;
- les systèmes de production agricoles ;
- les acteurs locaux ;
- les dynamiques des collectivités.
Dans le Gers, cette lecture territoriale est essentielle pour comprendre les paysages, les sols, la circulation de l’eau et les logiques agricoles. Elle permet d’ancrer les projets dans la réalité locale.
Lily Castay souligne que la crédibilité des structures qui accompagnent des projets agroforestiers se joue sur le terrain. Une structure implantée localement, qui connaît bien le territoire, se distingue rapidement d’acteurs extérieurs proposant des solutions toutes faites.
S’adapter aux publics
Le conseiller doit constamment adapter son discours à la personne qu’il a en face de lui.
Dans une même journée, il peut rencontrer :
- une personne très investie dans des approches fines, demandant beaucoup de détails sur les mycorhizes ou le fonctionnement biologique du sol ;
- un agriculteur gérant plusieurs centaines d’hectares et ne disposant que d’un quart d’heure.
Dans le premier cas, il faut pouvoir entrer dans le détail ; dans le second, il faut savoir synthétiser et transmettre en peu de temps les éléments indispensables à la réussite du projet.
Cette capacité d’adaptation s’acquiert en grande partie avec l’expérience.
Prendre de la hauteur
Pour Lily Castay, conseiller, c’est aussi prendre de la hauteur sur les projets et les paysages :
- se demander où l’on se situe ;
- sur quel versant ;
- dans quelle dynamique paysagère ;
- avec quelles connexions écologiques.
Elle rappelle une hiérarchie importante dans les interventions :
- laisser pousser ;
- gérer l’existant ;
- planter en dernier recours.
Ce message est parfois difficile à faire passer aux porteurs de projet, mais il est central dans sa pratique.
Un métier transversal
L’arbre est présenté comme un sujet transversal. Il concerne à la fois :
- l’agriculture ;
- l’aménagement du territoire ;
- l’eau ;
- la voirie ;
- les parcs ;
- les collectivités.
À ce titre, Arbres et paysage 32 est sollicité dans différents cadres territoriaux, par exemple :
- des commissions d’aménagement ;
- des dispositifs liés à l’eau ;
- des projets de territoire ;
- des plans alimentaires ;
- des projets portés par des collectivités.
Cette transversalité explique aussi la richesse des profils au sein de la structure : certains viennent de l’agriculture, d’autres de l’aménagement.
Travailler avec les réseaux
Lily Castay insiste sur l’importance du lien avec les homologues et les réseaux, notamment le réseau national de l’Afac-Agroforesteries. Conseiller, ce n’est pas avancer seul, mais partager, mutualiser et se former en continu.
Ce réseau joue un rôle important sur plusieurs sujets, comme :
- les grandes orientations du secteur ;
- le label Végétal local ;
- les discussions autour de la PAC.
Conseiller, c’est écouter, reformuler et proposer
Dans la relation avec un porteur de projet, Lily Castay identifie trois grandes étapes :
- écouter ;
- reformuler ;
- proposer.
Elle place cette réflexion au niveau de la première visite sur site.
Identifier les motivations
La question principale, selon elle, est la suivante : qu’est-ce qui a amené la personne à vouloir faire ce projet ?
Avant même de parler technique, il faut comprendre :
- les motivations ;
- les objectifs ;
- les attentes.
Deux projets peuvent être similaires sur le papier, mais reposer sur des motivations très différentes. Or ces motivations orientent fortement la manière de construire l’accompagnement.
Pour faire émerger ces motivations, elle commence généralement par laisser parler la personne, avec des questions ouvertes. Cette phase d’écoute permet :
- d’installer une relation de confiance ;
- de recueillir des informations ;
- de laisser la personne formuler son projet avec ses propres mots.
Dans un second temps, elle reprend la main pour reformuler, clarifier et structurer les objectifs. C’est seulement ensuite que vient la proposition d’aménagements adaptés et, si besoin, la priorisation des actions.
Exemples de motivations rencontrées
Parmi les motivations évoquées par les porteurs de projet, Lily Castay cite notamment :
- le simple fait d’aimer les arbres ;
- la biodiversité ;
- la circulation de la faune ;
- la recherche de floraisons variées ;
- la lutte contre l’érosion ;
- le stockage de carbone ;
- parfois la production de bois.
Sur l’érosion, elle explique qu’un projet de haie peut conduire à ouvrir la discussion sur d’autres leviers, comme la couverture des sols.
Sur le carbone, elle souligne qu’il faut aussi considérer la régénération naturelle, qui évite certaines opérations coûteuses en énergie.
Concernant la production de bois, elle indique que cette motivation est peu fréquente dans le Gers, davantage marqué par d’autres enjeux que les régions bocagères. Elle rappelle cependant que les anciens dispositifs de soutien à l’agroforesterie étaient souvent très orientés vers le bois d’œuvre.
L’essentiel d’une première visite
Avec l’expérience, Lily Castay a évolué sur ce qu’elle considère comme le plus important à l’issue d’une première visite. Il ne s’agit pas forcément d’avoir déjà tout planifié dans le détail, mais plutôt :
- d’avoir compris les motivations ;
- d’avoir posé une relation de confiance ;
- d’avoir ouvert un cadre de travail.
Les ajustements techniques peuvent venir ensuite, par téléphone, par mail ou lors d’une deuxième visite.
Rester ouvert, mais solide sur les bases
La conseillère technique doit rester ouverte :
- aux expérimentations ;
- aux évolutions réglementaires ;
- aux changements de la PAC ;
- aux nouveaux retours d’expérience.
Mais cette ouverture doit s’appuyer sur des bases solides. Lily Castay insiste sur la nécessité d’être claire, d’utiliser des mots justes et compréhensibles, et d’adapter son vocabulaire au public rencontré.
Par exemple, on ne parle pas forcément du paillage de la même manière à un agriculteur qu’à un responsable administratif de clinique.
Elle rappelle aussi l’importance de vérifier que la personne a bien compris, et de lui laisser la possibilité de poser des questions.
Les prescriptions techniques de base
Dans le cas d’une plantation, certains points ne sont pas négociables pour elle.
Le paillage
Le paillage est considéré comme obligatoire. Plusieurs options techniques existent :
- paille ;
- bois broyé ;
- bâche biodégradable ;
- autres matériaux organiques.
Mais l’absence de paillage n’est pas acceptable dans sa pratique.
Le travail du sol
Le travail du sol est aussi un point central, en particulier avec des porteurs de projet non agricoles. Il faut rappeler qu’il s’agit de transplanter un végétal issu de pépinière, qui n’a pas poussé dans les conditions du terrain final.
Un minimum de préparation du sol est donc nécessaire pour favoriser la reprise.
Le choix du jeune plant
Arbres et paysage 32 travaille avec de jeunes plants. Lily Castay assume ce choix pour plusieurs raisons :
- il est plus cohérent avec leur manière de travailler ;
- il facilite la logistique ;
- il favorise la reprise ;
- il limite les perturbations du système racinaire.
Les périodes de plantation
Elle insiste fortement sur l’importance de planter tôt en saison. Plus on plante tard, plus les risques augmentent, et plus le suivi, notamment l’arrosage, devient exigeant.
Elle souligne les écarts observés cette année entre des plantations réalisées en janvier et d’autres fin mars, avec des mortalités très différentes.
Le geste technique
Parmi les points techniques sur lesquels elle insiste, figure notamment la bonne prise en compte du collet lors de la plantation.
Le déroulement type d’un accompagnement
À Arbres et paysage 32, les trois conseillers techniques accompagnent chacun environ 50 à 70 projets aboutis par saison, pour un nombre de visites encore plus élevé.
La visite
La première étape est la visite sur site. Elle dure généralement :
- une heure à une heure et demie pour un projet simple ;
- parfois une demi-journée pour des situations plus complexes.
Cette visite permet :
- de cerner les objectifs ;
- de découvrir le lieu ;
- de noter des éléments d’observation qui ne sont pas toujours verbalisés par le porteur de projet.
La phase de bureau
Après la visite vient le temps de bureau, avec la production des documents de rendu :
- devis ;
- choix des essences ;
- plan de plantation.
Pour les haies, Arbres et paysage 32 fonctionne avec des séquences de plantation, c’est-à-dire l’ordre de répétition des végétaux le long du linéaire. L’idée n’est pas de fournir seulement une liste d’essences, mais une logique de composition.
Les principaux types de haies évoqués sont :
- la haie basse ;
- la haie moyenne ;
- la haie ondulée ;
- la haie brise-vent.
Pour l’agroforesterie intraparcellaire, la présentation se fait plutôt en surface, avec des indications sur :
- les interlignes ;
- les interplants ;
- la densité à l’hectare ;
- les variations selon les zones de la parcelle et les conditions de sol.
Délais et complexité
Le temps nécessaire pour produire un devis et un plan dépend beaucoup de la complexité du projet. Un dossier simple et clair peut être traité rapidement ; d’autres demandent davantage de réflexion.
Le calendrier idéal serait de réaliser les visites suffisamment tôt pour que :
- les devis soient validés à l’automne ;
- le travail du sol soit fait en octobre-novembre ;
- la plantation ait lieu entre décembre et mars.
La pénurie de plants
Lily Castay mentionne les difficultés actuelles d’approvisionnement sur certaines essences, avec des ruptures de stock fréquentes. Dans ce cas, l’équipe cherche à adapter les projets en fonction des disponibilités, sans reporter inutilement les plantations.
Le cormier est cité comme exemple d’essence très difficile à trouver.
Le chantier et la plantation
Lorsque le devis est accepté, le chantier commence.
Préparation du sol
Dans la plupart des cas, la préparation du sol est à la charge du porteur de projet.
Pose du paillage
L’équipe peut aider à la pose du paillage, notamment lorsqu’il s’agit de bâche biodégradable.
Livraison et encadrement du chantier
Au moment de la plantation :
- soit l’équipe livre les plants et montre le geste technique ;
- soit elle encadre le chantier, avec de la main-d’œuvre fournie par le porteur de projet.
Dans ce second cas, le rôle du conseiller est de répartir les tâches, fluidifier le chantier et transmettre la méthode.
Lily Castay souligne qu’à ce stade, le porteur de projet a déjà été vu plusieurs fois. Cette répétition des contacts fait partie de la manière de travailler d’Arbres et paysage 32.
Le suivi, étape essentielle
Le suivi est présenté comme au moins aussi important que la plantation elle-même.
Il permet :
- de corriger rapidement les erreurs ;
- de former à la gestion ;
- d’expliquer la taille de formation ;
- de montrer comment gérer les arbres de rejet et les formes buissonnantes ;
- d’évaluer les choix techniques réalisés ;
- de suivre l’état sanitaire des plants ;
- d’apprendre des réussites comme des échecs.
Apprendre dans le temps long
L’arbre impose un temps long. On ne peut pas se contenter de planter sans revenir. Pour progresser dans ce métier, il faut observer les plantations anciennes, voir ce qui fonctionne ou non, et tirer des enseignements des expériences passées.
Lily Castay explique que ses collègues, ayant plus de vingt ans d’expérience, ont déjà fait évoluer leurs choix d’essences à partir de ces retours, notamment pour des espèces désormais moins adaptées localement comme :
La mortalité et les remplacements
La prise en charge du remplacement des plants dépend des causes de mortalité.
Arbres et paysage 32 peut assumer le remplacement si :
- les prescriptions techniques ont été respectées ;
- la mortalité est liée à un défaut des plants ;
- ou à un aléa indépendant du porteur de projet.
En revanche, si la personne n’a pas respecté les consignes techniques, la structure ne prend pas en charge le remplacement.
La taille et la gestion des plantations
Deux grands types de taille sont évoqués.
Le recépage
Le recépage concerne les formes buissonnantes. Il s’agit d’une taille hivernale visant à supprimer l’axe principal pour favoriser les rejets depuis la base et densifier la haie.
La taille de formation
La taille de formation concerne les arbres que l’on souhaite conduire, soit pour produire du bois d’œuvre, soit simplement pour permettre le passage du tracteur.
Il s’agit d’une dimension importante de l’accompagnement, mais qui reste encore difficile à faire intégrer pleinement à certains porteurs de projet, notamment en agroforesterie intraparcellaire.
Dire les choses lors du suivi
Le suivi suppose une posture claire. Il faut être capable :
- de dire quand ça va mal ;
- de dire aussi quand ça va bien ;
- de rassurer ;
- sans tout faire à la place du porteur de projet.
Lily Castay insiste sur le fait qu’il ne faut pas materner les personnes accompagnées. Le projet doit rester le leur. Le conseiller est là pour accompagner, pas pour se substituer à elles.
Elle rappelle aussi l’importance de conserver des traces, des documents signés et des preuves du cadre d’intervention, afin de se protéger en cas de litige.
Gérer l’existant avant de planter
Au-delà des plantations, Lily Castay revient sur l’importance de la gestion de l’existant.
Elle insiste sur plusieurs points de base :
- une haie doit conserver une largeur suffisante pour assurer une fonction écologique ;
- les tailles doivent respecter certaines périodes ;
- les coupes doivent être propres ;
- il faut éviter les interventions brutales sur de gros diamètres ;
- les pratiques de broyage ou d’épareuse peuvent fortement dégrader la qualité écologique des haies.
Elle rappelle aussi l’interdiction de l’entretien pendant la période de nidification, avec la remarque faite lors de l’échange que cette période va jusqu’au 15 août.
Dans sa pratique, même lorsqu’elle est appelée pour un projet de plantation, elle considère qu’il faut aussi parler de la manière dont est géré l’existant. Sinon, on risque de planter d’un côté tout en dégradant de l’autre.
Les limites et contraintes du métier
Plusieurs limites du métier apparaissent dans l’intervention :
- la difficulté d’accompagner sans structure d’appui ;
- le grand volume d’informations à maîtriser ;
- le manque de temps pour réaliser de vrais diagnostics à l’échelle complète des exploitations ;
- les effets de certains appels à projets ou subventions qui font émerger des projets peu mûrs ;
- les pénuries de plants ;
- la nécessité de maintenir une éthique de travail claire.
Lily Castay évoque aussi les limites liées au positionnement associatif d’Arbres et paysage 32. La structure ne peut pas faire exactement le même travail qu’un paysagiste privé, sous peine de concurrence déloyale. Cela explique notamment :
- qu’elle ne fasse pas de chantiers clé en main dans la majorité des cas ;
- qu’elle attende des porteurs de projet qu’ils prennent en charge une partie de la mise en œuvre ;
- qu’elle refuse certaines demandes qui ne relèvent pas de sa mission d’intérêt général.
Quelques principes défendus par Lily Castay
En conclusion, Lily Castay résume plusieurs grands principes qui guident sa manière d’accompagner les projets agroforestiers :
- parler de diversité et de complémentarité entre essences et aménagements ;
- être fortement ancré dans son territoire ;
- intégrer l’arbre dans une vision d’ensemble ;
- ouvrir les discussions vers d’autres pratiques, comme la couverture des sols ;
- réfléchir aux connexions écologiques ;
- rester ouvert tout en s’appuyant sur des bases solides ;
- accorder une grande importance au suivi ;
- chercher d’abord à gérer l’existant et à laisser pousser avant de planter.
Elle présente cela comme une forme de fil conducteur, voire de « mantra » professionnel.
Ressources mentionnées
Pour le choix des essences et pour continuer à se former, plusieurs ressources sont citées :
- Flore forestière ;
- Plantes des haies champêtres ;
- le site Flore locale ;
- le site ClimEssences.
Ces outils permettent d’approfondir la connaissance :
- des essences locales ;
- de la récolte de graines ;
- de la production de plants ;
- et des capacités d’adaptation des essences au changement climatique.