40 ans d'ACS en pays tropicaux, Serge Bouzinac, Stéphane Boulakia - Journée Séguy 2024
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Pendant la journée technique Séguy en septembre 2024 à Nevers, et ont rendu hommage à lors d'une intervention où ils nous ont partager un peu de leur expérience de développement de l'agriculture de conservation des sols en pays tropicaux, et notamment au Brésil.
Hommage à Lucien Séguy et 40 ans d’ACS en milieu tropical
Stéphane Boulakia et Serge Bouzinac reviennent sur quatre décennies de recherche et d’accompagnement agronomique, en rendant d’abord un hommage appuyé à Lucien Séguy. Fils de paysans, pédologue formé à l’INSA Toulouse, Lucien Séguy a consacré sa vie à accompagner les agriculteurs, du Brésil au Cameroun, en passant par le Sénégal, avec une approche pragmatique et humaniste.
De l’agriculture traditionnelle au semis direct
Leur parcours commun a débuté au Brésil, dans l’État du Maranhão, où ils ont observé les systèmes traditionnels de défriche-brûlis. Ils ont rapidement compris que les tentatives de mécanisation conventionnelle étaient désastreuses, provoquant une érosion massive. C’est en pratiquant ces systèmes traditionnels, qu’ils qualifieront plus tard de “semis direct sans le savoir”, qu’ils ont posé les bases de leur réflexion.
Par la suite, dans le Mato Grosso, confrontés à une agriculture mécanisée intensive basée sur le labour et les instruments à disques, ils ont constaté la formation de semelles de labour et de compaction délétères pour l’enracinement des cultures. Inspirés par les pionniers du semis direct du Paraná et du Rio Grande do Sul, ils ont alors initié le développement du semis direct, stimulé par une crise économique sévère qui a forcé les agriculteurs à repenser leurs systèmes de production.
Le profil cultural comme outil de diagnostic
Serge Bouzinac souligne l’importance cruciale du profil cultural, technique qu’ils ont largement promue pour comprendre comment les racines pénètrent dans le sol. En creusant des fosses, ils ont pu visualiser les obstacles à l’enracinement (comme les semelles de disques) et l’impact de l’activité biologique sur la structure du sol. Le semis direct, en maintenant les résidus de récolte en surface, permet de recréer une “pompe biologique” inspirée du fonctionnement de la forêt tropicale. Cette couverture protège le sol, favorise l’enracinement profond et le recyclage des nutriments, évitant ainsi le lessivage.
La gestion de la fertilité et des systèmes de culture
Le semis direct ne se limite pas à l’absence de labour ; il s’agit d’une agriculture de conservation basée sur :
- La biomasse : L’apport continu de [[matière organique]] sert de tampon contre l’acidité et alimente la fertilité physique et organo-biologique.
- La biodiversité : La diversification des rotations et l’utilisation de couverts végétaux (permanents ou annuels) permettent de réguler les bioagresseurs et d’optimiser le cycle des nutriments.
- La portance : Un point de friction souvent évoqué, mais résolu par l’amélioration de la structure du sol et, si nécessaire, par l’aménagement de bandes de circulation.
Méthodologie et recherche-action
Les intervenants insistent sur le fait que la transition vers l’agriculture de conservation est un processus de longue haleine. Ils privilégient la “recherche-action” :
- Diagnostic territorial : Analyser le fonctionnement des exploitations, les filières et les contraintes.
- Conception participative : Travailler avec les agriculteurs pour créer des systèmes adaptés au contexte local.
- Évaluation : Utiliser des dispositifs expérimentaux à l’échelle de parcelles réelles pour comparer ces systèmes aux pratiques conventionnelles sur le long terme.
Bien que la recherche puisse apporter une expertise pour recadrer les grands principes, les agriculteurs restent les meilleurs concepteurs et gestionnaires de ces systèmes vivants. En conclusion, malgré l’apparition de nouvelles menaces (comme la chenille légionnaire), les systèmes en agriculture de conservation démontrent une résilience et une capacité de régulation bien supérieures aux modèles conventionnels, tout en préservant le potentiel productif à long terme.