30 pays visités pour partager le meilleur de l'innovation agricole - Guillaume Tant
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Guillaume Tant est agronome et agriculteur dans le 47. Après avoir passé plusieurs années à voyager autour du monde, et notamment dans le cadre d'une bourse NUFFIELD, il vient ici nous partager les innovations agricoles qu'il a vues.
30 pays visités pour partager le meilleur de l'innovation agricole - Guillaume Tant
Guillaume Tant, agriculteur, technicien agricole et lauréat Nuffield, partage lors de ce webinaire au sein du Centre national d'agroécologie ses découvertes agronomiques réalisées à travers le monde. Durant deux ans, il a parcouru cinq continents pour étudier deux problématiques majeures : comment capturer et conserver la valeur ajoutée sur une exploitation, et comment développer une agriculture sans énergie fossile.
La consommation d'énergie sur l'exploitation
Selon les analyses, deux postes principaux concentrent la consommation d'énergie sur une exploitation :
- L'utilisation des engrais industriels, notamment les engrais azotés, dont la production repose quasi intégralement sur les énergies fossiles.
- La mécanisation, qui représente une part moins importante qu'on ne l'imagine, bien que la mobilité soit un enjeu central de la transition.
Pour Guillaume Tant, le passage vers une agriculture sans énergie fossile ne signifie pas un retour aux méthodes anciennes, mais une réflexion sur des systèmes efficaces, s'appuyant sur l'électrification et l'efficience.
L'électrification et les énergies renouvelables
L'électrification globale
L'électrification permet une efficience accrue, tant sur la mobilité que sur les transformations. L'exemple de la ferme néo-zélandaise Electric Cherry, productrice de cerises, illustre un modèle 100 % électrifié (pompage, irrigation, traction et protection antigel) avec des résultats économiques probants :
- Réduction des charges d'exploitation.
- Meilleure efficience des ressources.
Le stockage d'énergie
Le solaire, associé à des batteries, est présenté comme l'outil le plus efficient pour atteindre l'autonomie énergétique à l'échelle d'une ferme (environ 1 à 2 hectares de panneaux pour 100 hectares). Contrairement aux idées reçues :
- Un stockage de 12h à 24h suffit pour couvrir la majorité des besoins quotidiens.
- Il n'est pas nécessaire de chercher 100 % d'autonomie toute l'année, 95 % étant suffisant pour la majorité des exploitations.
- Pour le stockage stationnaire, des technologies plus anciennes et moins coûteuses que le lithium (comme le plomb) sont envisageables sur une ferme, où l'espace n'est pas limité.
Le stockage thermique
Il est parfois plus pertinent de stocker la chaleur directement sous forme de calories plutôt que d'électrons, grâce à des technologies comme les silos de sable isolés (capables de stocker la chaleur à haute température) ou les briques réfractaires (utilisées dans l'industrie pour réutiliser la chaleur fatale).
Électrification du matériel de traction
Le tracteur électrique devient une réalité, notamment pour des puissances allant jusqu'à 150 chevaux.
- Avantages : Couple supérieur, absence de pertes mécaniques (prise de force), réduction de la maintenance.
- Nouveaux modèles : Des tracteurs comme le Monarque (autonome et électrique) montrent la voie.
- Matériel attelé : L'électrification ne doit pas se limiter au tracteur ; l'équipement arrière (atomiseurs, etc.) doit aussi être électrifié pour optimiser la transmission de puissance.
Biocontrôle et fermentation
La fermentation est un processus clé, trop souvent perçu négativement, mais essentiel pour capturer de l'énergie et améliorer la fertilité des sols.
- Bokashi : Cette technique d'ensilage de matières organiques permet de conserver la valeur énergétique sans les pertes liées au compostage classique (perte de carbone et d'azote).
- Microbiologie et biocontrôle : À l'instar des pratiques observées au Brésil, le développement de laboratoires à la ferme permet de multiplier des souches locales (bactéries, champignons) pour gérer les problématiques phytosanitaires. L'utilisation de ces préparations apporte non seulement la bactérie elle-même, mais aussi une multitude de métabolites (enzymes, molécules) qui stimulent la vie du sol de manière exponentielle.
Agronomie et gestion des cultures
Guillaume Tant insiste sur le triptyque de base à vérifier avant toute innovation :
- Structure du sol.
- Équilibres chimiques (analyse de sol).
- Apport de carbone ([[matière organique]], couverts).
Il souligne également l'importance des détails techniques, comme l'apport d'oligo-éléments (exemple du molybdène pour la fixation de l'azote par les légumineuses), qui peuvent être des facteurs limitants majeurs si négligés.
Enfin, il prône une vision pragmatique de la rotation :
- Ne pas hésiter à réduire la rotation si certaines cultures ne sont pas rentables.
- Utiliser une culture "tête de rotation" (trèfle, prairie) pour restaurer la fertilité tous les 2-3 ans, et se concentrer sur les cultures les plus rentables le reste du temps.
Conclusion : Sortir du cadre
Pour conclure, Guillaume Tant encourage les agriculteurs à :
- Analyser précisément la rentabilité économique de chaque parcelle.
- Oser tester de nouveaux modèles basés sur des systèmes éprouvés techniquement, sans se laisser enfermer par les idéologies.
- Ne pas hésiter à solliciter des échanges et à explorer les pratiques à l'étranger (notamment via le réseau Nuffield).