1800 HECTARES CULTIVÉS AU CHILI, RETOUR D'EXPÉRIENCE, Felipe Montesinos
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Son témoignage retrace l’évolution des pratiques depuis le brûlage des pailles vers le semis direct et la gestion des résidus, avec de nombreux essais pour limiter les problèmes de ray-grass, limaces et implantation. Il détaille aussi l’organisation de l’exploitation familiale, les rotations mises en place — blé, colza, orge, avoine, pois, lupin — ainsi que les débouchés locaux, notamment pour la meunerie et l’alimentation du saumon.
Au fil de cette présentation très concrète, Felipe Montesinos met en avant une agriculture d’adaptation, fondée sur l’observation, l’expérimentation et les échanges techniques, notamment avec des agriculteurs français.Felipe Montesinos est agriculteur Chilien en TCS et semis direct au Chili sur 1800 hectares
Intérêt du bâchage et du paillage
Sur bâche, cela semble mieux pousser, notamment pour les courges. Même quand elles sont seules, elles poussent mieux. C’est peut-être parce que le sol reste plus humide, ce qui est important, surtout en période sèche.
Quand le sol est sec, comme actuellement, on voit bien l’effet de la bâche. Si on met une bâche quelques jours seulement, on constate déjà que cela travaille en dessous : le sol change complètement. Au printemps, il y a plein de choses qui viennent remuer tout cela dans le sol.
L’idéal serait d’obtenir le même effet avec du paillage. Sous le paillage, on a aussi cet effet, mais il faut savoir que la bâche réchauffe aussi le sol, alors que le paillage isole davantage. Or les courges, comme les tomates, les poivrons et les aubergines, sont des plantes venant de climats plus tropicaux, qui aiment les sols chauds. Si on peut avoir un sol chaud, surtout au printemps, c’est tant mieux. Après l’été, ce problème se pose moins.
Effet du plastique sur les tomates
Il remarque aussi que ses tomates ont mieux réussi sous plastique. À un moment, il avait fait moitié sous plastique, moitié sans plastique, et c’était toujours mieux sous plastique. Les tomates y tombaient moins malades, parce que la bâche protège de l’humidité qui remonte du sol. Du coup, le mildiou et les autres maladies vont moins vite.
Mais il y a aussi des compromis à faire. Il y a deux ans, il a eu des problèmes de cloportes. Ce sont des décomposeurs, qui mangent normalement le bois, le fumier et ce genre de matières, mais ils apprécient aussi parfois un peu de « chair fraîche ». Ils venaient manger les tomates au moment de la plantation.
Le fait de bâcher joue alors différemment : sous bâche, c’est très humide, donc les cloportes sont présents. Mais quand c’est bâché, ils restent plus en profondeur et mangent moins les plantations. C’est pour cela qu’il a finalement fait ses tomates sur bâche cette année-là.
L’année suivante, il envisage de refaire un essai, avec moitié bâche et moitié sans bâche, pour comparer. Comme souvent, tout est affaire de compromis : il faut gérer à la fois les limaces, les cloportes, et la nécessité de faire démarrer correctement les cultures.
Observation et suivi des cultures
Il tient une sorte de journal, mais de manière simple : il prend surtout des photos. Il les classe ensuite dans des dossiers, ce qui lui permet de revenir dessus plus tard et de mieux comprendre ce qui s’est passé.
Il explique qu’il n’a pas le temps de tout consigner en détail. Il faudrait presque une personne dédiée aux semences, une autre au suivi, à la mise à jour des informations, et encore quelqu’un pour valoriser tout cela. C’est un vrai travail à plein temps.
Ils essaient donc de se monter en groupe, en réseau, avec d’autres maraîchers, pour faire justement ce suivi des cultures de manière plus collective. C’est en cours de réflexion. Cela demande aussi du temps à construire, mais cela peut ensuite en faire gagner.
Rotations de cultures
À la question des rotations, il explique qu’il y a les rotations… et les réalités du terrain. L’année dernière, sur certaines planches, il y avait par exemple des céleris, ailleurs des carottes, puis des pommes de terre, des choux-fleurs, des chicorées, des betteraves, etc.
Dans les tunnels, en revanche, c’est plus compliqué. Il y fait surtout tourner les tomates, qui reviennent souvent. Pour bien faire les rotations, il faudrait de grands tunnels ou des tunnels mobiles, que l’on puisse déplacer.
Il mentionne justement les tunnels mobiles : à la limite, il pourrait déplacer certains tunnels, ce n’est pas forcément très compliqué techniquement. En revanche, sur les tout petits tunnels ou sur certaines structures moins stables, ce n’est pas idéal. Ce n’est pas très costaud pour les tomates ; cela convient mieux à des cultures comme les aubergines ou d’autres plantes moins hautes. Pour les plantes hautes, c’est plus limite.
Au bout d’un moment, il peut y avoir des problèmes si l’on garde toujours les mêmes cultures au même endroit. Une solution serait donc de déplacer le tunnel, ou d’en installer un nouveau ailleurs, afin de pouvoir faire de vraies rotations sous abri.
Pour l’instant, il reconnaît qu’il a du mal à faire des rotations dans les tunnels. C’est un point qu’il ressent comme une limite dans son système actuel.