10 ans de conservation des sols en terres difficiles en Sologne, retour d'expérience d'Hélène Leduc

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Sur 120 ha de terres très pauvres, sableuses, hydromorphes ou séchantes, réparties sur trois sites, cette agricultrice raconte sa transition vers le semis direct sous couvert végétal (SCV), amorcée en 2008 pour rendre son système viable. Formée sur le terrain, puis fortement inspirée par les conseils de Lucien Séguy après un voyage au Brésil, elle a adapté les grands principes du SCV à ses sols : couverts permanents, mélanges d’espèces, cultures rustiques, réduction forte des intrants et observation fine du vivant. En 13 ans, les résultats sont nets : sols plus foncés, grumeleux, mieux couverts, hausse marquée de la matière organique, meilleurs rendements et plus grande résilience face à l’hétérogénéité des parcelles. L’intervention souligne aussi l’intérêt des cultures associées, des doubles cultures et des couverts longs pour restaurer la fertilité, sécuriser la production et avancer vers une agriculture plus autonome et agroécologique.

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Résumé
Sur 120 ha de terres très pauvres, sableuses, hydromorphes ou séchantes, réparties sur trois sites, cette agricultrice raconte sa transition vers le semis direct sous couvert végétal (SCV), amorcée en 2008 pour rendre son système viable. Formée sur le terrain, puis fortement inspirée par les conseils de Lucien Séguy après un voyage au Brésil, elle a adapté les grands principes du SCV à ses sols : couverts permanents, mélanges d’espèces, cultures rustiques, réduction forte des intrants et observation fine du vivant. En 13 ans, les résultats sont nets : sols plus foncés, grumeleux, mieux couverts, hausse marquée de la matière organique, meilleurs rendements et plus grande résilience face à l’hétérogénéité des parcelles. L’intervention souligne aussi l’intérêt des cultures associées, des doubles cultures et des couverts longs pour restaurer la fertilité, sécuriser la production et avancer vers une agriculture plus autonome et agroécologique.

Cette intervention a eu lieu dans le cadre du colloque d'hommage à Lucien Séguy et Hubert Charpentier.

Pour retrouver la vidéo du colloque dans son entièreté : https://www.youtube.com/watch?v=aXs59o8AoZc




Présentation de l'exploitation

La ferme d'Hélène Leduc, située en Sologne, s'étend sur 120 hectares répartis sur trois sites distincts :

  • Salbris : Terres sableuses, acides et hydromorphes, avec des poches d'argile plus ou moins profondes.
  • Prélis : Terres sableuses (type "sable à lapin") avec présence de cailloux.
  • Tiji : Terres limono-argileuses en pente, souffrant d'un drainage défectueux.

Avant le passage au Semis sous couvert végétal (SCV), l'exploitation était peu rentable. Les terres les plus difficiles restaient impraticables de fin septembre à fin juin, forçant l'usage de cultures à gibier, tandis que les meilleures parcelles, labourées, ne produisaient que 10 à 20 quintaux d'avoine ou de triticale.

Transition vers le semis sous couvert végétal

Hélène Leduc a entamé sa transition vers le SCV en 2008, cherchant à sortir d'une impasse économique. Son engagement s'est renforcé en 2013 suite à un voyage au Brésil avec Jean-Claude Quillet pour rencontrer Lucien Séguy. Ce voyage a été un tournant majeur : l'enseignement portait sur l'adaptation des grands principes du SCV à chaque climat et sol spécifique, grâce au choix rigoureux des plantes.

Les conseils de Lucien Séguy se sont concentrés sur plusieurs axes :

Pratiques agronomiques

Gestion des couverts et biodiversité

Hélène Leduc privilégie désormais les mélanges d'espèces, tant dans les couverts que dans les cultures de vente. Cette pratique permet une meilleure occupation de l'espace et une résilience accrue face à l'hétérogénéité des sols :

  • Les plantes se complètent : dans une parcelle, certaines espèces prospèrent là où le sol est humide, d'autres là où il est sec.
  • Le maintien du couvert vivant au moment du semis est privilégié : cela aide à la germination grâce à la conservation de l'humidité et détourne les limaces de la culture principale.
  • Le "génie végétal" : l'utilisation de gros couverts multi-espèces (mélange de céréales, légumineuses, plantes d'été comme le sorgho ou le sarrasin) a permis une amélioration spectaculaire de la structure du sol, le rendant grumeleux et plus fertile.

Réduction des intrants

La stratégie d'Hélène Leduc repose sur la suppression totale des insecticides et des traitements de semences (réutilisation des semences de ferme). L'usage de fongicides a été progressivement arrêté au profit d'un équilibre biologique naturel, tandis que les herbicides sont utilisés à très bas volume.

Résultats et évolution des sols

Après 13 ans de SCV, le bilan est très positif :

  • Amélioration pédologique : Le taux de [[matière organique]] a progressé de 1 % à 2,9 %. La Capacité d'Échange Cationique (CEC) a également augmenté, passant de 6 à 7,4.
  • Structure du sol : Les terres autrefois blanches et caillouteuses sont devenues plus foncées et structurées.
  • Rendement : La production s'est stabilisée entre 40 et 50 quintaux pour les céréales rustiques (orge, seigle), avec des coûts d'intrants fortement réduits.

Conclusion et perspectives

Hélène Leduc souligne l'importance d'observer la nature et d'agir en fonction de ses lois plutôt que contre elle. Malgré les erreurs inhérentes à l'apprentissage, la résilience du système permet de maintenir des résultats réguliers. Elle insiste sur le rôle des paysans dans la transition agroécologique et le stockage du carbone, saluant la transmission du savoir par Lucien Séguy, visant à rendre chaque exploitant plus autonome et performant.