Les nématodes, impact sur les cultures, comment les gérer

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Pour ce premier webinaire 2025 du Centre national d’agroécologie, Camille Chauvin, d’Eliosol Environnement, éclaire le rôle des nématodes dans les cultures. Loin de se limiter aux espèces nuisibles, ces micro-organismes sont aussi de précieux bioindicateurs du fonctionnement biologique des sols. Leur analyse permet d’évaluer l’activité biologique, la minéralisation, la structure des réseaux trophiques et la résilience des sols face aux perturbations. Le webinaire montre aussi comment diagnostiquer le risque lié aux nématodes phytoparasites en grandes cultures, betterave, légumineuses ou maraîchage, et insiste sur l’importance de la rotation, du choix des couverts, de la qualité biologique du sol et de la prophylaxie. Les exemples présentés soulignent qu’un sol actif n’est pas forcément un sol équilibré. En filigrane, une idée forte : mieux connaître les nématodes peut aider à piloter la fertilité biologique et accompagner la transition agroécologique.

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Résumé
Pour ce premier webinaire 2025 du Centre national d’agroécologie, Camille Chauvin, d’Eliosol Environnement, éclaire le rôle des nématodes dans les cultures. Loin de se limiter aux espèces nuisibles, ces micro-organismes sont aussi de précieux bioindicateurs du fonctionnement biologique des sols. Leur analyse permet d’évaluer l’activité biologique, la minéralisation, la structure des réseaux trophiques et la résilience des sols face aux perturbations. Le webinaire montre aussi comment diagnostiquer le risque lié aux nématodes phytoparasites en grandes cultures, betterave, légumineuses ou maraîchage, et insiste sur l’importance de la rotation, du choix des couverts, de la qualité biologique du sol et de la prophylaxie. Les exemples présentés soulignent qu’un sol actif n’est pas forcément un sol équilibré. En filigrane, une idée forte : mieux connaître les nématodes peut aider à piloter la fertilité biologique et accompagner la transition agroécologique.

Ce webinaire aborde l’impact des nématodes sur l’agriculture, avec Camille Chauvin comme intervenant, soulignant leur rôle en tant que bioindicateurs des sols.

Résumé

  • 🌱 Importance des nématodes: Ils jouent un rôle clé dans la santé des sols et des cultures.
  • 🌾 Dommages aux cultures: Les nématodes phytoparasites peuvent entraîner des pertes de jusqu’à 75%.
  • 🔄 Méthodes de gestion: Rotation des cultures et lutte intégrée sont essentielles pour contrôler les nématodes.
  • 🦠 Rôle dans les réseaux trophiques: Les nématodes contribuent à la biodiversité des sols, influençant leur fonctionnement.
  • 📊 Analyse des nématodes: Permet d’évaluer la qualité biologique des sols et de détecter les pathogènes.
  • 🌍 Sols suppressifs: Un réseau trophique structuré peut limiter l’implantation des pathogènes.
  • 🌿 Sensibilisation nécessaire: L’éducation sur la gestion des nématodes est cruciale pour une agriculture durable.

Points clés

  • 🌱 Les nématodes comme bioindicateurs : Ils révèlent la santé des sols et aident à évaluer la fertilité, soulignant leur importance pour une agriculture durable.
  • 🌾 Impact économique : Les dégâts causés par les nématodes phytoparasites peuvent gravement affecter la rentabilité des cultures, rendant leur gestion cruciale.
  • 🔄 Stratégies de gestion : La rotation des cultures et la lutte intégrée sont des pratiques efficaces pour réduire l’infestation par les nématodes.
  • 🦠 Biodiversité des sols : Les nématodes jouent un rôle central dans les réseaux trophiques, affectant la décomposition et la fertilité des sols.
  • 📊 Outils d’analyse : L’étude des nématodes, combinée à d’autres micro-organismes, offre une vue d’ensemble de la santé du sol.
  • 🌍 Importance des sols suppressifs : Des sols avec des réseaux trophiques diversifiés peuvent limiter la propagation des pathogènes, y compris les nématodes.
  • 🌿 Nécessité d’éduquer : La sensibilisation sur les nématodes et leur gestion est essentielle pour améliorer les pratiques agricoles durables.



La réalisation de cette vidéo a été faite dans le cadre du projet NBSoil financé par l'union Européenne

Sources

  • Imbert, C., Santorufo, L., Ortega, C., Jolivet, C., Bougon, N., Cheviron, N., ... & Bispo, A. Le RMQS comme support de suivi de la biodiversité des sols.

Prévost-Bouré, N. C., Cannavacciuolo, M., d’Oiron-Verame, E., Villenave, C., Cluzeau, D., Riou, V., ... & Ranjard, L. (2018). Appréhender l’impact des pratiques agricoles sur l’état biologique et le fonctionnement du sol. Quelles recommandations et pistes de R&D en matière de pilotage biologique des sols?. Innovations Agronomiques, 69, 39-46.




Cette page a été rédigée dans le cadre du projet NBSOIL avec le soutien financier de l'Union Européenne, avec la participation du Centre National d'Agroécologie, de Ver de Terre Production et de Neayi




Introduction

Ce webinaire ouvre l’année 2025 du Centre national d’agroécologie. Il s’inscrit dans le cadre d’un projet permettant de consacrer du temps à des webinaires autour des savoirs techniques et scientifiques sur les sols.

L’invitée est Camille Chauvin, du laboratoire Elisol Environnement, venue présenter un sujet qui suscite de plus en plus de questions en agriculture : les nématodes, leur impact sur les cultures et les moyens de les gérer.

Le sujet intéresse particulièrement les systèmes en légumineuses et les systèmes betteraviers, avec des interrogations très concrètes :

  • est-ce que la répétition de la betterave favorise les nématodes ?
  • est-ce qu’une moutarde « antinématode » règle réellement le problème ?
  • que sait-on exactement de ces organismes, souvent réduits à tort à l’image d’un « micro-ver de terre » ?

L’objectif du webinaire est justement de dépasser cette vision simplifiée.

Présentation de l’intervenante et d’Elisol Environnement

Camille Chauvin explique être ingénieure de recherche chez Elisol Environnement, une structure basée dans le Gard, créée en 2011, qu’elle a rejointe en 2016.

L’entreprise compte aujourd’hui sept personnes et développe une expertise centrée sur la biologie des sols, avec trois grands volets :

  • un laboratoire d’analyses, notamment sur les nématodes présents dans les sols ;
  • un organisme de formation ;
  • un centre de R&D avec une forte composante recherche.

Cette dimension scientifique est importante : sur les sept personnes de la structure, quatre sont docteures en écologie ou en biologie. L’équipe travaille donc à la fois sur l’analyse, la formation et le développement d’outils fondés sur les nématodes comme bioindicateurs.

Les outils proposés sont applicables à de nombreux types de sols :

  • sols agricoles ;
  • sols pollués ;
  • sols naturels.

Trois grands types d’analyses sont évoqués :

  • la bioindication : évaluer la qualité et le fonctionnement biologique d’un sol ;
  • la phytoprotection : détecter les nématodes parasites des cultures et estimer les risques ;
  • les biotests : en écotoxicologie et pour tester l’efficacité de solutions, notamment de bionématicides.

La présentation se concentre surtout sur la bioindication et la phytoprotection.

Pourquoi considérer le fonctionnement biologique des sols ?

Camille Chauvin rappelle que la fertilité d’un sol repose sur trois composantes :

  • la composante chimique ;
  • la composante physique ;
  • la composante biologique.

En agriculture, les composantes chimique et physique sont souvent les plus étudiées : carbone, azote, pH, structure, pédologie, etc. En revanche, la composante biologique est souvent mise de côté, alors qu’elle joue un rôle d’interface entre les deux autres et contribue directement à la fertilité globale du sol.

L’idée défendue dans le webinaire est la suivante :

  • il faut s’assurer que la fertilité biologique du sol est bien mobilisée ;
  • si elle ne l’est pas assez, il faut la remobiliser ;
  • puis s’appuyer sur elle pour faire évoluer les pratiques vers une transition écologique.

L’enjeu n’est pas seulement descriptif : il s’agit aussi de savoir si un sol est capable d’assurer certaines fonctions importantes pour la production agricole et la durabilité des systèmes.

Les grandes fonctions assurées par les organismes du sol

Les organismes du sol contribuent fortement à plusieurs fonctions essentielles.

Recyclage des nutriments

La matière organique est transformée et minéralisée. Cette minéralisation libère des éléments sous forme minérale, ensuite disponibles pour les plantes.

Transformation du carbone

Les chaînes carbonées apportées au sol, par exemple sous forme de cellulose, sont découpées, transformées, parfois respirées sous forme de CO2, parfois stockées. Cet enjeu est particulièrement important dans le contexte du changement climatique.

Maintien de la structure du sol

Un sol vivant aide à maintenir sa structure et à mieux résister aux épisodes de pluie, ce qui limite l’érosion. Camille Chauvin insiste sur le fait que l’érosion est une menace majeure : un centimètre de sol met tellement de temps à se former qu’il faut tout faire pour éviter de le perdre en quelques orages.

Régulation des populations

Les organismes du sol ne se contentent pas de produire des nutriments. Ils participent aussi à la régulation biologique, notamment vis-à-vis des organismes pathogènes, mais plus largement de l’ensemble des équilibres biologiques du sol.

Patrimoine biologique

Une étude de 2023 est citée : 59 % des espèces terrestres passent une partie de leur cycle de vie dans les sols. Un sol en bonne santé constitue donc aussi un habitat majeur pour la biodiversité terrestre.

Quand faire une analyse biologique des sols ?

Trois grands cas de figure sont présentés.

Faire un état des lieux

Lorsqu’on découvre une nouvelle parcelle ou qu’on connaît mal son historique, une analyse biologique permet de savoir comment le sol fonctionne au départ.

Suivre l’effet d’un changement de pratique

Après modification d’un travail du sol, apport de matière organique, changement de rotation ou autre évolution technique, l’analyse biologique permet de suivre les effets de ces changements. Le suivi peut être annuel, bisannuel ou trisannuel, selon la vitesse d’évolution du système.

Diagnostiquer une anomalie

En cas de problème de production ou d’environnement, l’analyse biologique ne vient pas seule. Elle s’inscrit dans une démarche plus globale :

  • observation de terrain ;
  • profils de sol, tests bêche, tests de structure ;
  • analyses physico-chimiques ;
  • puis analyses biologiques en complément.

Camille Chauvin insiste fortement sur ce point : une analyse biologique seule ne permet pas de répondre à toutes les questions. Elle doit être intégrée à un diagnostic global.

Conditions pour qu’un bioindicateur soit pertinent

Face à la multiplication des bioindicateurs, plusieurs critères sont donnés pour juger de leur sérieux. Un bioindicateur doit :

  • être normé ;
  • être reconnu scientifiquement ;
  • permettre de faire le lien avec les usages et les fonctions du sol ;
  • s’appuyer sur des études scientifiques reconnues ;
  • disposer d’un référentiel d’interprétation.

Autrement dit, il ne suffit pas de mesurer une valeur : il faut pouvoir dire si elle est bonne ou mauvaise au regard de l’usage du sol.

Que sont les nématodes ?

Les nématodes sont décrits comme de petits vers ronds microscopiques, non segmentés, mesurant environ de 0,3 à 5 mm. Leur transparence permet d’observer leur cavité buccale, leur tube digestif et leur système reproducteur, ce qui facilite leur identification.

Ils ont plusieurs caractéristiques majeures :

  • ils sont ubiquistes : présents dans tous les sols ;
  • ils sont très diversifiés : environ 26 000 espèces décrites à ce jour, avec encore beaucoup d’espèces à découvrir ;
  • ils sont très abondants : dans 1 m² de prairie, on peut estimer qu’il y a environ un million de nématodes actifs.

Un chiffre marquant est donné : les nématodes représenteraient 80 % des espèces pluricellulaires sur Terre si l’on retire les organismes unicellulaires.

Cet avantage est fondamental pour l’analyse biologique : dans n’importe quel sol, on trouve des nématodes en abondance et en diversité, donc de l’information exploitable.

Les nématodes dans les réseaux trophiques du sol

Les nématodes occupent tous les niveaux des réseaux trophiques du sol. Cela en fait d’excellents bioindicateurs du fonctionnement biologique.

Camille Chauvin rappelle brièvement le fonctionnement de ces réseaux :

  • les plantes, autotrophes, captent le carbone par photosynthèse ;
  • lorsqu’elles sont vivantes, elles nourrissent les organismes phytophages ;
  • lorsqu’elles sont mortes, elles alimentent les décomposeurs ;
  • bactéries et champignons transforment la matière organique ;
  • d’autres organismes viennent consommer bactéries et champignons ;
  • puis des prédateurs régulent ces consommateurs.

Dans ces réseaux, les nématodes existent sous différentes formes alimentaires :

  • bactérivores ;
  • fongivores ;
  • phytophages ;
  • prédateurs.

Plus les réseaux trophiques sont diversifiés, abondants et structurés, plus ils sont capables d’assurer des fonctions utiles agronomiquement :

  • minéralisation ;
  • transformation du carbone ;
  • régulation biologique.

Camille Chauvin rappelle aussi que les vers de terre ne sont pas directement dans ces chaînes trophiques, car ils ne mangent pas d’autres organismes pour constituer leur corps. Ils sont plutôt des ingénieurs du sol : ils créent de la porosité, distribuent la matière organique et améliorent l’habitat pour d’autres organismes.

Ressources et habitat : les deux grandes forces du fonctionnement biologique

Deux facteurs gouvernent l’activité des organismes du sol :

  • la qualité de l’habitat ;
  • la disponibilité des ressources.

L’intervenante prend une image simple : pour vivre, les organismes ont besoin d’« un appartement solide, un frigo plein et un lit pour dormir et se reproduire ».

À chaque pratique agricole, on peut donc se poser deux questions :

  • est-ce que cette pratique affecte la ressource des organismes du sol ?
  • est-ce qu’elle affecte leur habitat ?

Pourquoi les nématodes sont de bons bioindicateurs

Les nématodes ne sont pas les seuls acteurs du sol, mais comme ils sont partout, nombreux et très diversifiés, leur communauté reflète les conditions du milieu.

Chaque espèce a des sensibilités différentes. Ainsi, dans un sol donné, ne seront présentes que les espèces adaptées aux conditions rencontrées. À force d’études, il a été possible d’associer certaines structures de communautés à certains types de fonctionnement :

  • sols perturbés ;
  • sols enrichis ;
  • sols stables ;
  • sols minéralisant fortement ;
  • sols minéralisant peu.

Le message central est le suivant : en observant la communauté de nématodes, on peut déduire comment fonctionne le réseau trophique du sol.

Camille Chauvin cite Nathan Cobb, qui expliquait dès 1915 que si la Terre devenait transparente et qu’on ne voyait que les nématodes, on pourrait quand même savoir dans quel type d’écosystème on se trouve.

Nématodes utiles et nématodes problématiques

Il faut distinguer deux grands groupes.

Les nématodes libres

Ils n’ont pas d’activité parasitaire. Ils participent au fonctionnement biologique du sol :

  • minéralisation ;
  • décomposition ;
  • régulation ;
  • indication du niveau de perturbation.

Les nématodes phytoparasites

Ils parasitent les racines des plantes et peuvent provoquer des pertes importantes. Ils représenteraient environ 40 % des espèces décrites et seraient responsables d’environ 100 milliards de dollars de pertes annuelles à l’échelle mondiale, selon une étude citée datant de 2013.

La gestion des sols doit chercher un équilibre entre ces deux dimensions : limiter les phytoparasites tout en soutenant les nématodes utiles et les réseaux trophiques qui favorisent la résilience du système.

Étude de cas : deux sols avec le même niveau d’activité, mais des fonctionnements différents

Un premier cas d’étude est présenté en grandes cultures sur des limons profonds avec un taux de matière organique supérieur à 2 %.

Deux sols sont comparés. Ils présentent tous les deux un niveau d’activité biologique similaire, autour de 1000 nématodes libres pour 100 g de sol sec.

Pris seul, ce chiffre indique seulement que les deux sols ont une activité comparable, et même satisfaisante au regard du référentiel grandes cultures. Mais cela ne suffit pas à comprendre leur fonctionnement.

Structure écologique des communautés

Lorsque l’on regarde les groupes présents, les deux sols diffèrent nettement :

  • les proportions de bactérivores ;
  • de fongivores ;
  • de prédateurs ;
  • et de phytophages

ne sont pas les mêmes.

Il faut donc utiliser d’autres indicateurs.

Les principaux indicateurs présentés

L’indice d’enrichissement

Il reflète la proportion de nématodes bactérivores et fongivores dans la communauté. Il varie de 0 à 100.

Plus il est élevé, plus les flux de nutriments issus de la minéralisation sont importants.

Camille Chauvin rappelle qu’il existe un optimum selon la culture :

  • trop faible : manque de minéralisation ;
  • trop élevé : excès, risque de lessivage et pertes d’éléments nutritifs.

L’indice de structure

Il traduit en gros la proportion de prédateurs dans la communauté.

Plus il est élevé, plus le réseau trophique est structuré. Cela signifie que le système est capable d’assurer d’autres fonctions que la seule minéralisation et qu’il est plus résilient face aux aléas ou aux perturbations.

Cet indice est sensible notamment :

  • au travail du sol ;
  • à la diversité végétale ;
  • aux apports organiques.

Le diagnostic du réseau trophique

En croisant l’indice d’enrichissement et l’indice de structure, on obtient quatre grands types de fonctionnement :

  • sols dégradés et pauvres en azote ;
  • milieux enrichis mais perturbés ;
  • sols matures et régulés ;
  • sols très structurés mais peu enrichis, typiques de forêts.

L’ordonnée représente en quelque sorte la fertilité biologique, et l’abscisse la durabilité biologique de l’usage.

Interprétation des deux sols étudiés

Sol 1

Le sol 1 présente :

  • un indice d’enrichissement très élevé ;
  • un indice de structure faible.

Cela signifie :

  • des flux de nutriments importants ;
  • un milieu biologiquement actif ;
  • mais un réseau trophique peu structuré, donc plutôt perturbé.

La voie de décomposition y est très majoritairement bactérienne. Le sol minéralise fort, rapidement.

Conclusion : c’est un sol très actif, mais dont la vocation principale est de minéraliser. Il n’assure pas aussi bien les autres fonctions biologiques.

Les questions à poser portent donc sur :

  • la stratégie de travail du sol ;
  • les périodes de sol nu ;
  • d’éventuels problèmes de compaction, pollution ou aléas climatiques ;
  • la qualité, la quantité et la fréquence des apports organiques et fertilisants.

Sol 2

Le sol 2 présente :

  • des flux de nutriments plus modérés ;
  • un indice de structure très élevé ;
  • une bonne diversité taxonomique.

La voie de décomposition tend un peu vers le fongique, ce qui peut indiquer une minéralisation un peu trop modérée pour certaines cultures de grande culture.

Conclusion : c’est un sol actif, diversifié, régulé, plutôt durable, mais qu’il faut peut-être soutenir un peu pour alimenter la minéralisation.

Là encore, la réflexion porte surtout sur les apports organiques.

Message clé

Deux sols peuvent avoir le même niveau d’activité biologique et pourtant fonctionner de façon très différente. Cela conduit à des raisonnements agronomiques différents.

Les nématodes phytoparasites : de quoi parle-t-on ?

Lorsque l’on réalise une analyse globale de bioindication, les nématodes phytoparasites sont aussi observés, ce qui permet une première estimation du risque phytosanitaire.

Toutefois, pour une évaluation fine du risque, il faut une analyse spécifique avec une stratégie d’échantillonnage adaptée.

Camille Chauvin distingue :

  • les phytophages facultatifs, qui se nourrissent sur les poils absorbants mais sans causer de dégâts notables ;
  • les phytoparasites, qui ont besoin de racines vivantes pour accomplir leur cycle et peuvent causer des pertes importantes.

Les pertes de rendement évoquées vont de 10 % à 90 % selon les cultures et les situations.

Exemples de nématodes phytoparasites

Heterodera carotae

C’est un nématode à kystes spécifique de la carotte. Il est très problématique car les femelles produisent des kystes capables de survivre 5 à 10 ans dans le sol, en attendant le retour de la culture hôte.

Les pertes peuvent atteindre 75 % au champ.

Les méloïdogyne

Ce sont les nématodes à galles, bien connus en maraîchage. Ils ont un spectre d’hôtes très large et attaquent de nombreuses cultures, notamment les solanacées et la carotte.

Ils provoquent des galles sur les racines, visibles sous forme de boursouflures. En partie aérienne, les symptômes ressemblent souvent à des carences, notamment azotées, ce qui peut conduire à des erreurs de diagnostic.

Le vrai problème est racinaire : la plante ne capte plus correctement l’eau et les nutriments.

Camille Chauvin qualifie les méloïdogyne de « hackers des sols » tant ils sont capables de parasiter de nombreuses espèces et sont difficiles à gérer. Le mieux est donc d’éviter leur introduction.

Comment les nématodes phytoparasites arrivent-ils dans les parcelles ?

La plupart du temps, ils sont déplacés par :

  • les outils ;
  • les bottes ;
  • les machines.

Les nématodes eux-mêmes se déplacent peu sur de longues distances. En revanche, les particules de terre transportées d’une parcelle à l’autre par le matériel permettent leur dissémination.

L’érosion peut aussi jouer un rôle, lorsque des sols contaminés sont entraînés vers des parcelles situées en contrebas.

Le premier réflexe de gestion est donc la prophylaxie :

  • identifier les parcelles concernées ;
  • limiter les transferts ;
  • nettoyer les outils en sortie de parcelle.

De l’éradication chimique à la lutte intégrée

Historiquement, la lutte contre les phytoparasites reposait sur des nématicides puissants, notamment des organochlorés, très persistants et problématiques pour l’environnement. D’autres produits, comme le métam-sodium, permettaient de réaliser des « vides sanitaires ».

Mais ces approches ont plusieurs limites :

  • elles détruisent aussi une grande partie de la vie du sol ;
  • elles laissent un vide biologique ;
  • ce vide favorise ensuite souvent le retour des parasites, faute de régulations biologiques.

La tendance actuelle va donc vers une approche systémique et de lutte intégrée, fondée sur :

  • la connaissance des nématodes présents ;
  • l’évaluation des risques ;
  • la maîtrise des leviers disponibles.

Les leviers de gestion des nématodes phytoparasites

Plusieurs leviers sont détaillés.

La prophylaxie

Il s’agit d’abord de savoir à qui l’on a affaire, d’éviter les transferts et de suivre la présence des nématodes.

La qualité biologique du sol

Le fonctionnement biologique du sol joue un rôle dans la régulation. Cela rejoint la notion de suppressivité des sols.

Les techniques assainissantes

Elles peuvent être :

  • physiques ;
  • chimiques ;
  • biologiques.

La biofumigation

Certaines plantes, comme des moutardes, peuvent avoir des effets nématicides. Mais la question centrale est toujours : sur quel nématode ?

Une plante dite « antinématode » ne l’est pas forcément contre tous les nématodes.

Les plantes de coupure

Ce sont des plantes qui ne sont pas hôtes du nématode concerné. Le parasite ne peut donc pas accomplir son cycle.

Les plantes pièges

Elles attirent le nématode, mais sont détruites avant que celui-ci ait le temps de se reproduire.

La protection de la culture

Par exemple avec des porte-greffes, des variétés tolérantes ou résistantes.

La désynchronisation des cycles

L’idée est de faire en sorte que le cycle de la culture et celui du nématode ne coïncident pas.

La rotation

C’est le mot-clé le plus important. Comme pour toute régulation biologique, retirer la ressource est souvent le levier le plus efficace.

Exemple betteravier : importance du statut d’hôte dans la rotation

Camille Chauvin prend l’exemple de la betterave avec un nématode à kystes : Heterodera schachtii.

Dans une rotation de type :

on observe le mécanisme suivant :

  • la betterave est hôte : les populations augmentent ;
  • l’orge n’est pas hôte : les populations régressent ;
  • le colza est à nouveau hôte : les populations remontent ;
  • la betterave suivante retrouve donc un niveau de pression élevé.

L’idée est alors de remplacer le colza par une plante non hôte, par exemple un radis fourrager, si cela est techniquement possible. On aurait alors deux plantes de coupure successives entre deux betteraves, ce qui permettrait de mieux faire baisser les populations.

Cela montre à quel point il est important de connaître le statut d’hôte des cultures et même, parfois, des variétés.

Le manque actuel de références sur le statut d’hôte

Camille Chauvin souligne qu’il existe aujourd’hui un déficit de connaissance structurée sur ce sujet, notamment en France. Les informations sont dispersées.

Elle cite le site issu du programme européen Best4Soil comme une ressource intéressante pour évaluer les risques selon les successions culturales, même si les données ne sont pas toujours assez fines jusqu’au niveau variétal.

Les instituts techniques, comme l’ITB pour la betterave, produisent aussi des références sur la sensibilité des variétés.

La suppressivité des sols

La notion de suppressivité désigne le fait que certains sols sont naturellement défavorables au développement des pathogènes.

Dans un sol à réseau trophique structuré, avec de nombreux acteurs et plusieurs niveaux de prédation, un pathogène qui arrive rencontre :

  • de la concurrence ;
  • de la prédation ;
  • un accès plus difficile à la ressource.

À l’inverse, dans un sol à réseau trophique peu structuré, dit conductif, les organismes opportunistes peuvent s’installer plus facilement.

Les mécanismes précis de la suppressivité ne sont pas encore totalement connus, mais plusieurs choses sont établies :

  • la suppressivité est bien d’origine biologique ;
  • elle est transférable d’un sol à un autre ;
  • elle est favorisée par des réseaux trophiques structurés.

Il ne s’agit pas d’un phénomène magique, mais d’un fonctionnement biologique qu’il est possible de soutenir.

Questions et échanges avec le public

Plusieurs questions ont été abordées pendant le webinaire.

Effet du changement climatique sur les communautés de nématodes

Oui, il existe des études montrant que la sécheresse réduit l’activité biologique. Les nématodes vivent dans l’eau interstitielle du sol. En cas de manque d’eau, ils entrent en dormance, ce qui réduit l’activité du sol et la minéralisation.

Les pics d’activité se situent généralement au printemps et à l’automne. En été, notamment en climat méditerranéen, l’activité chute fortement. Dans des régions plus froides, c’est plutôt la température hivernale qui limite l’activité.

Nématodes dans les fumiers et composts

Oui, il y a beaucoup de nématodes dans les composts et fumiers. Il existe même des indicateurs de qualité du compost fondés sur les communautés de nématodes, pour distinguer les phases de maturation.

Concernant l’hygiénisation :

  • pour certains nématodes, la montée en température peut être efficace ;
  • pour les nématodes à kystes, cela ne suffit généralement pas.

Comparaison avec d’autres analyses microbiologiques

Les résultats sont globalement cohérents avec d’autres approches, notamment celles portant sur la biomasse microbienne. Les convergences sont fortes sur les niveaux d’activité et sur la structuration des milieux.

Rôle des nématodes dans la porosité

Les nématodes n’ont pas un rôle comparable à celui des vers de terre. Ils agissent à une échelle bien plus fine. En revanche, ils subissent fortement l’absence de porosité : un sol compacté pénalise leur développement.

Cas d’une parcelle à problèmes avec taupins et vers gris

La réponse proposée est d’abord systémique : s’il y a peu de prédateurs, cela peut refléter un réseau trophique perturbé, donc une faible régulation biologique. Il faut alors raisonner la rotation et chercher des plantes de coupure adaptées au ravageur visé.

Biocontrôle et acariens prédateurs

Le sujet est suivi avec intérêt. Certaines solutions montrent un potentiel, mais les essais au champ sont encore nécessaires. Là encore, il faut raisonner la solution en fonction du nématode ciblé.

Moutardes et radis « antinématodes »

Ils peuvent fonctionner, mais pas de manière universelle. Il faut connaître :

  • le nématode présent ;
  • le mode d’action de la plante ;
  • et la stratégie de conduite.

Pour les moutardes, l’effet passe largement par la biofumigation après destruction : les glucosinolates libérés lors de la dégradation végétale ont un effet nématicide.

Selon les cas, il peut être préférable d’utiliser :

  • un couvert monospecifique ciblé ;
  • ou un couvert plus diversifié si le risque est moindre et si l’on veut aussi stimuler le fonctionnement biologique global.

Carences minérales et attraction des phytoparasites

Selon Camille Chauvin, ce n’est pas le manque qui attire les nématodes. Au contraire, plus la plante produit de racines, plus elle fournit de ressource au parasite. Une fertilisation supplémentaire peut donc parfois aggraver le problème si le vrai facteur limitant est un nématode phytoparasite.

Comment réaliser une analyse nématologique ?

Échantillonnage pour la bioindication

Pour une analyse de bioindication, on recherche une zone représentative de la parcelle. On prélève généralement :

  • 5 à 10 carottes ;
  • sur 0–10 ou 0–20 cm ;
  • mélangées dans un seau ;
  • puis un sous-échantillon d’environ 500 g est envoyé rapidement au laboratoire.

Le délai est important car les nématodes sont extraits vivants.

Échantillonnage pour les phytoparasites

Dans ce cas, on cible au contraire les zones à problème, au pied des plantes suspectes, souvent sur les premiers centimètres du sol, autour des racines.

Extraction et analyse au laboratoire

Le laboratoire utilise un dispositif où les nématodes sont séparés du sol par flottation, puis migration sur tamis vers de l’eau propre. Ils sont ensuite observés, comptés et identifiés au microscope.

Le travail se fait encore largement à l’œil, mais des développements en intelligence artificielle et reconnaissance d’image sont en cours pour accélérer et amplifier les analyses.

Les référentiels d’interprétation

Elisol Environnement s’appuie sur une base de données nationale d’environ 10 000 analyses, permettant de construire des référentiels par usage :

  • forêt ;
  • prairie ;
  • grande culture ;
  • vigne ;
  • maraîchage.

Camille Chauvin souligne qu’à grande échelle, le fonctionnement biologique d’un sol dépend d’abord :

  • de l’usage du sol ;
  • puis du type de végétation ;
  • ensuite des caractéristiques physico-chimiques.

C’est pourquoi les résultats sont toujours interprétés relativement à l’usage considéré.

Coût indicatif des analyses

Les ordres de grandeur donnés sont :

  • environ 300 € pour une analyse de bioindication ;
  • environ 110 € pour une analyse ciblée phytoparasites.

Les fiches de résultats présentent :

  • une synthèse sous forme de scores ;
  • les principaux indicateurs ;
  • leur positionnement par rapport au référentiel.

Effet des pratiques agricoles : enseignements d’une méta-analyse

Camille Chauvin évoque une méta-analyse réalisée sur l’effet des pratiques agricoles en grandes cultures sur les paramètres de la nématofaune.

Les principaux enseignements mentionnés sont :

  • le labour conventionnel a globalement un effet négatif sur l’activité et le fonctionnement biologique ;
  • l’interculture avec couvert végétal a au contraire un effet positif très net ;
  • le combo perdant est l’association d’un labour conventionnel et d’une période de sol nu.

Le couvert végétal est présenté comme le meilleur levier pour réactiver le fonctionnement biologique des sols.

Étude de cas expérimentale en grande culture

Un essai factoriel a comparé plusieurs combinaisons :

  • fertilisation minérale + labour traditionnel ;
  • fertilisation minérale + travail simplifié ;
  • apport de fumier + labour ;
  • apport de fumier + travail simplifié.

Le résultat marquant est que l’association :

  • apport annuel de fumier
  • et travail du sol simplifié

augmente fortement et significativement l’activité biologique.

Sur le diagnostic du réseau trophique, la fertilisation minérale seule, qu’elle soit associée au labour ou au travail simplifié, change finalement peu de choses. En revanche :

  • l’ajout de fumier augmente l’enrichissement ;
  • la combinaison avec travail simplifié améliore aussi la structure.

Cependant, le système n’atteint pas encore la zone optimale, car d’autres facteurs limitent encore le fonctionnement, notamment :

  • un travail du sol encore annuel ;
  • une rotation simplifiée.

Le levier supplémentaire serait alors d’allonger la rotation et d’augmenter la diversité végétale.

Étude de cas en lavande

Un autre exemple concerne la culture de lavande, dans un réseau d’agriculteurs de la région de Valensole.

Les pratiques comparées montrent un gradient clair :

  • inter-rang nu : activité biologique plus faible ;
  • inter-rang enherbé : activité plus élevée ;
  • inter-rang enherbé + apports réguliers de matière organique : activité la plus forte.

Le simple apport de matière organique ne suffit pas. C’est l’association de l’enherbement et de la matière organique qui donne les meilleurs résultats.

L’enherbement augmente aussi la présence de phytoparasites, puisque davantage de racines sont disponibles, mais dans cet exemple les genres présents ne posaient pas de problème à la lavande.

Sur le diagnostic du réseau trophique :

  • le sol nu est le moins favorable ;
  • la matière organique seule améliore un peu la structure ;
  • l’enherbement seul améliore aussi le système ;
  • la combinaison des deux permet à la fois de stimuler la fertilité et la durabilité biologique.

Messages de conclusion

Camille Chauvin insiste sur plusieurs idées fortes.

Considérer l’activité et le fonctionnement biologique des sols

Ce sont des dimensions essentielles de la fertilité, et elles peuvent être pilotées.

Ne pas changer brutalement de système à la suite d’un mauvais diagnostic

Lorsqu’une analyse révèle un mauvais fonctionnement biologique, il ne faut pas « tout changer demain ». Il faut d’abord remobiliser la biologie du sol par de petits changements, puis s’appuyer sur elle pour aller plus loin.

Penser en association de pratiques plutôt qu’en étiquette de système

Selon l’intervenante, ce n’est pas tant le fait d’être en bio, en conventionnel ou en biodynamie qui détermine le fonctionnement biologique des sols, mais surtout l’association des pratiques :

  • limitation du travail du sol ;
  • limitation des périodes de sol nu ;
  • diversité végétale ;
  • apports de matière organique.

S’appuyer sur la biologie pour une agriculture moderne

Le message final est que l’agriculture peut entrer dans une forme de modernité différente, qui ne repose pas seulement sur la chimie et les machines, mais aussi sur la capacité à piloter le fonctionnement biologique des sols.

La nématofaune est présentée comme un outil particulièrement utile pour accompagner cette transition agroécologique.

Formation proposée

Camille Chauvin mentionne une formation de deux jours et demi proposée chaque année par Elisol Environnement. Elle porte sur :

  • les nématodes libres ;
  • les nématodes parasites ;
  • l’interprétation des analyses ;
  • leur utilisation pour le conseil et le pilotage agronomique.

Une session est annoncée en mars, et une autre a lieu chaque année en novembre.

Remerciements et mot de la fin

Le webinaire se termine sur des remerciements à Camille Chauvin pour son intervention, jugée très riche et instructive.

Elle souligne qu’il existe relativement peu de nématologistes dans le monde, comparativement aux microbiologistes, ce qui explique aussi pourquoi les nématodes sont encore peu connus. Elle appelle donc à mieux faire connaître ces organismes et leur intérêt pour la transition agroécologique.